‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 25 sur 40 · TS PS · texte numérisé non relu

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nées et mobiles du müûrier en plein air, agité par le vent ; il n'a plus ladresse de se cacher sous les

feuilles pour éviter l’ardeur du soleil et échapper

aux ennemis des chenilles. La femelle demeure

immobile : à peine si elle sait remuer les ailes; le

mâle tourne autour d’elle en voletant, sans quitter

le plan d'appui. Il est certain que le ver à soie sau-

vage doit avoir un vol énergique à la façon des

bombyx silvestres. M. Martins a reconnu, à Mont-

pellier, qu'après trois générations d'élevage en

plein air, les mâles avaient repris la faculté de. voler.

Les vers à soie, nommés magnans dans le midi de la France, présentent dans leur existence les phases qui caractérisent tout lordre des lépido- nu ptères. On fait éclore les œufs lorsque la feuille du | müûürier est assez développée. Autrefois on déterminait cette éclosion par la chaleur du fumier ou M celle du corps humain; on se sert maintenant de chambres d’incubation échauffées par des poêles. Quand le ver est sur le point d’éclore, la loupe per- « met de voir son bec noir commençant à user lentement la coque. Les éclosions se font à toutes less heures, mais principalement et dans une proportion considérable de cinq à dix heures du matin, et Ja“ plus grande partie de cinq heures à sept heures, uni-« formité fort commode pour le premier travail de la magnanerie où atelier de l'éducation des vers à soie. On nomme âges du ver à soie les périodes de son existence séparées par des mues. Prenons une édu cation dans une bonne condition de température," à 19°, et non à de trop hautes températures ; elles

mont en effet augmenté le profit des éleveurs par la rapidité du développement qu’en affaiblissant les races et les prédisposant à la redoutable épidémie qui menace aujourd'hui d'anéantir cette mdustrie capitale de la France, et qui a provoqué les plus justes alarmes au sein des pouvoirs publics. Le premier âge comprend cinq jours, le second quatre, le troisième six, le quatrième sept; le cinquième dix. Ces âges sont séparés par des périodes où le ver à soie reste immobile et sans prendre de nourriture, le corps à demi relevé, comme les chenilles de sphinx, auxquelles il ressemble par sa tête petite, son premier anneau très renflé, et l’avantdernier muni d’une corne. Les magnaniers n'ont

Fig. 251 et 232.— Vers à soie en position de mue et sa tête.

aonc pas besoin de donner de feuille de mürier dans chaque jour de passage d’un âge à l’autre, et c’est .ce qui explique la grande importance d’une égalité parfaite dans l'éducation des vers. On laisse jeûner les premiers éclos pour assurer celte précieuse et économique uniformité de transformations. La tête de la chenille, qui ne grossit pas, parait allongée et noire au moment d’une mue ; elle est au contraire grosse et peu foncée après la mue. Le ver jette autour de lui des fils qu'il attache comme supports aux objets voisins, et, appuyé sur ces fils, il sort de

son ancienne peau, qui sc fend au milieu du dos. Nous avons pu constater que, dans ces sommeils, la température de la surface du corps du ver devient celle du milieu ambiant et peut même tomber un peu au-dessous, pour se relever un peu au-dessus | dans les frèxes ou périodes de voracité. Au premier âge, le ver à soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment où va s’opérer la première mue. Pour commencer l’éducalion, on a jelé sur les œufs en train d’éclore des bourgeons de mürier qu'on ramasse bientôt chargés de petits vers; ou mieux, on verse de la feuille finement hachée sur des papiers percés de petits trous dont on recouvre les œufs dans la chambre d’incubation. Cette feuille hachée convient aux premiers âges, car elle évite de la fatigue aux jeunes chenilles, en multipliant les bords artificiels. En effet, à l'exception de trèspetites espèces de papillons dont les chenilles minent le parenchyme des feuilles, les chenilles sont dans l'habitude de manger les feuilles des arbres en partant du bord : ce sont les coléoptères ou les limaces qui dévorent les feuilles dans lintérieur du limbe.

Au second âge, le ver parait gris, presque sans. duvet, puis blanc jaunâtre, et on voit se dessiner les croissants sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. Il n’y à plus aucun poil au troisième âge, et le ver devient d'un blanc terne qui va toujours en s’éclaircissant. Pour le nourrir et enlever en même temps la litière sans blesser les vers (délitage), on place les feuilles fraiches sur des filets ou sur des papicrs percés de trous proportionnés à

la grosseur de la chenille. Les vers passent à travers les interstices pour gagner les feuilles; on les enlève alors d'un seul coup et on se débarrasse des litières putrides.

Au quatrième âge, on opère le dédoublement , c'est-à-dire on transporte une partie des vers sur de nouvelles tablettes pour leur donner plus de place, et, par suite, plus d’air. Le cinquième âge est celui de la plus grande voracité de ces insectes. Au septième jour de cet âge, leur faim est insatiable: c’est la grande frèze ou briffe, la furia des Italiens. En ce jour, les vers issus de 50 grammes de graine (œufs) consomment en poids autant que quatre chevaux, et le bruit de leurs mâächoires ressemble à celui d'une forte averse. A la fin de cet âge se fait la montée. Le ver, prêt à filer, va récompenser le travail et la dépense du magnanier. On voit les vers grimper sur la feuille sans la mordre et dresser la tête; leur corps devient translucide, de la couleur d’un raisin blanc très-muür, mou comme de la pâte. Les anneaux se raccoureissent, la peau du cou se ride. Enfin, la plupart des vers trainent après eux un long fil sorti de leur bouche. La soie, que le ver produit toute sa vie, provient de deux longues glandes occupant toute la longueur du corps, et dont la couleur, dans les races à cocon jaune, se voit à travers la peau. Le fil est formé de deux fils, tordus ensemble par la chenille avant de sortir par la filière, au moyen de petits muscles. On peut, en effet, parfois, au moyen d’eau de savon, dédoubler le fil en deux fils presque invisibles.

Les glandes à soie ne contiennent pas un peloton de fil qui se déroulerait, mais une matière visqueuse qui se solidifie dans l’intérieur même de la bouche du ver. Quand on voit l’animal se raccourcir, ce qui indique qu'il ne donnera qu'un trèsmauvais cocon ou deviendra tapissier, c'est-à-dire ne fera qu'un enduit plat de sa soie, on le fait macérer dans du vinaigre et on tire de sa bouche les deux glandes à soie, qu’on crève. Il en sort un filet visqueux qu'on allonge tant qu’on peut en le maintenant à l'air pour qu'il se solidifie. On obtient ainsi ces fils si résistants, servant à attacher lhameçon à la ligne, et qu’on nomme fils de soie, fils de Florence.

A l’état sauvage, le ver à soie établissait son cocon dans les branches mêmes du mürier. Domestique, il ne procède pas autrement. Il faut donc lui donner des moyens d'attache. Ce sont des branches de bruyère, de genêt, de buis, des tiges de colza ou de chicorée sauvage, etc., des bottes de paille, ou, enfin, ce qui vaut mieux, des sortes d’échelles de petites planchettes parallèles, entre lesquelles il y a place pour un cocon (coconnières Davril). Le ver à soie commence par jeter des fils rameux çà et là pour accrocher le cocon; c’est la bave. Puis ül reimue constamment la tête en décrivant des tours ovales, et forme son cocon d’un fil continu, mais non homogène, pouvant atteindre environ 4,000 mètres de longueur, de sorte que quarante mille cocons permeltraient d’entourer le globe terrestre d’un fil de soie. Les premières couches sont floconneuses, s’enlèvent facilement et forment Ia bourre,

qui, cardée avec les déchets du filage, donnera la fantaisie ; vient ensuite la soie proprement dite, qui doit être dévidée sur le tour et former la soie grége, et enfin un tissu interne si serré qu'il n’est qu’une pellicule. Il finit par n’être plus dévidable, et cela d'autant plus tôt que l’ouvrière fileuse est moins adroite. Le fil du cocon est maintenu accolé dans tous ses replis par une sorte de glu naturelle, bien moins tenace et épaisse que celle qu’on trouve dans beaucoup de cocons de bombycides. L'eau bouillante décolle les fils et permet Ie dévidage. Le plus grand nombre des races de vers à soie font des cocons jaunes, et d’autres des cocons blancs. Il en est à cocon jaune pâle ou soufré, ou blanc verdâtre (céladons); en Chine, dit-on, il y a des races à cocons tout à fait verts. On connait aussi des cocons de couleur nankin ou jaune roussâlre ; une race, élevée en Toscane près de Pistoie, a des cocons d’un rose pâle; enfin, on a fait mention de cocons couleur de pourpre.

Le ver à soie met trois ou quatre jours à filer son cocon sans muer ; seulement ses anneaux se resserrent, et il se raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit à mesure que se vident ses glandes à soie. Au bout de deux ou trois jours, 1l se change en chrysalide (cinquième mue), c’est-à-dire passe au sixième âge. On opère alors le déramage des cocons, on les détache de leurs appuis et on se hâte de les vendre à cause de la perte de poids. En effet, le cocon n'empêche pas complétement l’évaporation de la chrysalide. Son rôle harmonique est de diminuer celte évaporation et Le refroidissement super-

ficiel qui en résulte. Comme nous l'avons constaté sur beaucoup d’espèces de chrysalides à cocon, au moment où on les en retire, elles sont toujours notablement plus chaudes que Pair ambiant; puis, mises à l'air, la température de leur surface s’abaisse promptement à celle de l'air qui les entoure et même au-dessous, à mesure que l’évaporation superficielle amène des pertes de poids croissantes.

Le septième âge, qui succède à la sixième mue ou éclosion de la chrysalide, est l’âge adulte ou de reproduction du ver à soie (fig. 259). Les chrysalides éclosent au bout de quinze à vingt jours après la confection du cocon. Celles du ver à soie, comme celles de toutes les espèces à cocon fermé, ont à la tête une vésicule, découverte par M. Guérin-Méneville, et contenant un liquide qui permet au papillon d’écarter les fils de soie en les décollant, afin de se frayer un passage. Les bombycides à cocon très-lâche ou ouvert naturellement à un bout manquent de cet organe. Les cocons percés n'ont pas le fil coupé, car la bouche du papillon n’a aucune partie tranchante, mais aminci et dissocié. Ces cocons non dévidables sont cardés et servent à faire la filoselle. En général, les cocons mâles sont de dimension moyenne et étranglés au milieu ; les cocons femelles sont plus gros, plus renflés, plus arrondis aux extrémilés. Les cocons de choix, réservés pour la ponte, sont placés dans une chambre où la température varie de 21° à 24°, et on a soin de les attacher, afin que les papillons ne puissent les entrainer. Ils éclosent le matin (comme les œufs), de cinq heures à huit heures. On établit l'obscurité autour d'eux, car

Fig. 255. — Ver à soie à ses divers états.

re:

ces papillons nocturnes seraient blessés par l'éclat du jour et se fatigueraient en agitant leurs ailes. On met les mâles à part dans une boite, puis on les réunit aux femelles après que, les uns comme les autres, se sont vidés d’un liquide de couleur nankin. On fait enfin pondre les femelles fécondées sur des toiles ou sur des cartons (procédé chinois et japonais suivi à la magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation). Les œufs sont d’abord d’un jaune tendre, passant, en huit à dix jours, au jonquille, puis au gris roussätre, et enfin au gris d’ardoise, avec une légère dépression au centre. On conserve les toiles ou les cartons à œufs dans des filets qu’on suspend dans une chambre où la température ne doit pas dépasser 18°. Au reste, ces œufs, bien que la petite chenille y soit formée de très-bonne heure, peuvent supporter sans périr une chaleur de 50° et les froids les plus rigoureux de nos hivers, et même de la Sibérie, comme l'expérience en a été faite pour des graines chinoises venues par caravane. Au printemps, quand la température commence à s'élever, on porte la graine à la cave ou à la glacière, de peur d'éclosions prématurées.

On a depuis longtemps créé en Italie une race spéciale, dite trivoltine, à peine connue en France, en choisissant pour la reproduction des vers hâtifs qui accomplissent leurs évolutions en trois mues au lieu de quatre. L'éducation a alors une moindre durée, mais la soie est médiocre. Dans les pays chauds existent des races de vers à suie à plusieurs générations dans l’année.

Les autres bombycides à cocons soyeux présen-

tent, les uns des chenilles munies de {ubercules surmontés d’épines, les autres de longs poils. Les deux principales espèces du premier groupe, originaires de l’Europe, sont le grand paon de nuit et le petit paon, à cause des taches arrondies et vitrées de leurs ailes (fig. 254, 255,256). La première espèce, le plus grand papillon d'Europe, ne dépasse

Fig. 254. — Petit paon de nuit, femelle.

gucre la latitude de Paris. Introduit par des amateurs dans le département du Nord, il a bientôt dépéri. ILest très-commun dans tous les environs de Paris, vit sur les arbres fruitiers de sa banlieue, sur les platanes du chemin stratégique des fortifications, etc. La seconde s'étend plus au nord, existe en Angleterre, se nourrit sur le prunellier, l'aubépine, l'orme, le charme. Dans ces deux insectes, la chenille se file un cocon en forme de nasse, ouvert naturellement à un bout pour la sortie du papillon. Elle ne casse nullement le fil à eet orifice de sortie,

comme on l'a cru autrefois, mais le replie; on la voit, par un mécanisme différent du ver à soie, transporter continuellement sa têle d'une extrémité à l’autre du cocon. La chrysalide manque de la vésicule destinée à la liqueur pour percer le cocon ; elle était inutile dans ces espèces à cocon ouvert. Leurs cocons sont trop incruslés pour être dévidables. L'Allemagne nous présente en outre le paon

Fig. 255. Fig. 256.

Chenille du petit paon de nuit. Son cocon.

moyen; une autre espèce, à ailes jaunes, est spéciale à la Dalmatie. Enfin, dans le centre de l'Espaone, vit une rare et magnifique espèce, à ailes d’un vert d’émeraude, avec d’épaisses nervures rougeàtres, découverte en 1848, et dédiée à la reine Isabelle. Elle conservera ainsi, dans le paisible domaine de la science, un rang à jamais incontestable. Quelques personnes seules connaissent exactement les localités de cette espèce et l'arbre qui la nourrit ; mais elles gardent le secret avec soin. Aussi une

paire de ces papillons s’est vendue 250 francs. Nous figurons, pour la première fois en France, le mâle, si curieux par les longues queues un peu tordues qui terminent ses ailes inférieures (fig. 237). Dans tous ces Attacus d'Europe, les antennes du mâle sont bien plus pectinées que celle de la femelle. Les antennes sont à peu près également fournies dans les deux sexes de deux races ou espèces, à cocons ouverts, employés pour leur soie grise, plus crossière que celle du ver du mürier. Ce sont les Atiacus du ricin et de Pailante, le premier de l'Inde, le second du nord de la Chine. M. Milne Edwards éleva le premier au Muséum, en 1854, le ver du ricin, abandonné aujourd’hui en France, à cause de ses générations trop rapprochées et de l’impossibilité de le nourrir en hiver. Quant au ver de Pai-

lante, dont on doit lintroduction en France à. M. Guérin-Méneville, en 1858, 1l n’a d'ordinaire que :

deux <énérations par an. Le cocon commence à être dévidé en soie grége. On peut dire qu'il est tout à fait acclimaté aujourd'hui. On a pu voir, à l’exposition des insectes de 1865, un nombre considérable de ses cocons et une vaste cage de toile pleine de papillons dus aux remarquables éducations de M. Givelet, en son château de Flamboin (Seine-et- Marne). On trouve maintenant de ces papillons, échappés aux éducations, venant voler autour des

ailantes, dans les jardins de Paris, pour y déposer «

leurs œufs.

L'Asie donne également à l'industrie trois vers à soie du chène, de l'Inde, de la Mandchourie, du Japon, à cocons fermés, dévidables comme ceux

1belle, mâle ; sa chenille.

Fig. 257, 258. — Allacus de la reine Is

Lo

du ver à soie du mürier. De très-intéressantes tentalives se sont faites dans ces dernières années pour introduire en France l'espèce japonaise (Attacus yama-mai), à cocon d'un blanc verdätre, ressemblant aux céladons. En Autriche, M. de Bretton élève cette espèce et la fait reproduire depuis 1863. Il y a là le germe d'une bien précieuse conquête. L'intérêt qu'offre cette espèce si importante nous fait un devoir d’un figurer les divers états. Le pa-

pillon est dessiné un peu réduit en taille (fig. 239, 240, 241). C'est au Muséum que furent essayées les premières éducations, en France, de l'Attacus Cecropia, par Audouin, puis par MM. Lucas et Blanchard. Cette espèce, des régions méridionales de l’'Améri-

que du Nord, se nourrit volontiers d’aubépine, de pommier et surtout de prunier. La Guyane, le Sénégal ont aussi des espèces à cocon utilisable.

- Les bombyx proprement dits ont des chenilles très-velues. Nous voyons les papillons de plusieurs espèces parcourir nos bois d’un vol rapide, avec de fréquents crochets. Le plus commun, celui du chêne, n’a qu'un cocon de couleur brune, commeune sorte

-de gros papier. Le Bombyx de la ronce, dont la chenille se roule dès qu'on la touche, ce qui l’a fait appeler anneau du diable, présente un cocon plus

-soyeux, mais bien trop pauvre encore pour nous servir. Le même genre est beaucoup plus favorisé

Len soie à Madagascar, et plusieurs espèces sont uti-

lisées par les Hovas. Elle vivent sur un cytise, 'am-

1 Voy. les Auxiliaires du ver à soie, Paris, 1864, J.-B. Baillière et Fils.

brevate, et pourront être acclimatées à l'ile de la Réunion. Les cocons sont remplis de poils de la chenille ; il faut s’en débarrasser par des lessives bouillantes, puis les carder. La soie est inaltérable, et les Hovas couvrent leurs morts de vêtements de cette soie. Les chrysalides servent encore à un curieux usage ; on les mange frites ou bouillies. Lors de la réception de ambassade française envoyée au couronnement du malheureux Radama Il, le docteur Vinson rapporte que le fils du roi, enfant de dix ans, présent à l’audience, mangeait de ces chrysalides avec un grand plaisir. Les chrysalides du ver à soie sont aussi employées à l'alimentation dans plusieurs provinces de la Chine.

Les bombyx ont des espèces qui vivent en société dans d’immenses toiles de soie filées en commun, et où chaque chenille, parvenue à sa croissance, se file en outre un cocon particulier. À Madagascar, au Mexique, on a cardé la soie sauvage de certaines de ces espèces. Nos bois de pin et surtout les forêts. de chêne offrent en France deux espèces de mœurs analogues. Celle du chêne est appelée la Processionnaire, parce que le soir les chenilles sortent du nid commun en véritable procession, une en tête, suivie de files qui augmentent d’une chenille àchaquerang, jusqu'à une largeur égale à l'entrée du nid. Ces chenilles sont très-velues, et les poils se détachent, volent de toute part, pénètrent dans la peau, produisant des rougeurs, des cuissons comme lesorties, au point de donner la fièvre à certaines personnes. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses, si redoutées dans les bois des environs de Paris, dans

gl 7) \\ a

Fig. 259, 240, 241. — Cocon du ver du chène, chenille et papillon de ce ver à soie du chêne du Japon.

les années où les bourses abondent, collées au tronc des chênes. Dans l’année 1865, plusieurs allées du bois de Boulogne furent interdites aux promeneurs pour cette cause. Ces poils urticants empêchent de faire aucun usage des toiles. Enfin rien de plus commun que le Bombyx neustrien, dont la chenille est nommée la livrée, à cause de ses lignes longitudinales, de diverses couleurs. Les œufs sont pondus en bracelets autour des branches, et éclosent au printemps, aux premiers bourgeons. Accidentellement, si on les garde chez soi, à la chambre, sous- (raits au froid de l'hiver, on voit la chenille sortir de l'œuf en octobre ou en novembre. Cette chenille de la livrée se file un mince cocon blanc, saupoudré d’une poussière comme de la fleur de soufre. Les Liparis sont très-nuisibles aux arbres. Une espèce à ailes blanches (L. chrysorrhea) dévaste les plantations des promenades parisiennes.

Les petites chenilles, nées à la fin de l’au- ) tomne, assemblent des Liparis nn ris mäle, paquets de feuilles avec des fils de soie pour y passer l'hiver. Elles se dispersent au printemps. Les femelles des liparis s'arrachent les poils roux de leur abdomen et en font un moelleux duvet autour de leurs œufs, pour préserver du froid ces enfants qu’elles ne verront jamais, car leur mort suit la ponte. Sur nos boulevards extérieurs nous trouvons sur le tronc des ormes des plaques d'œufs du L. dispar passant

l'hiver sous cet abri protecteur. Les mâles de cette. espèce sont bien plus petits que leurs énormes femelles immobiles.

Les bombycides ont certaines chenilles des plus bizarres, où les pattes anales se sont changées en prolongements fourchus, qu'elles agitent d’un air

Fig. 245, — Chenille de Dicranura erminea.

de menace et qui paraissent destinés à chasser les insectes hostiles, cherchantà pondre sur leur corps. Telles sont les chenilles du genre dicranure (fig. 245) etcelles de la harpie du hêtre, d’un aspect si étrange, qu'on hésite d’abord à y reconnaitre une chenille (lg. 244). Les papillons n’ont au contraire rien de remarquable.

Il y à quelques bombycides dont les chenilles vivent dans l’intéricur des bois. Les femelles ont

alors l'abdomen très-prolongé en pointe pour pondre dans les cavités des écorces. Ainsi le cossus güûte-bois,

Fig. 244. — Chenille de harpie du hêtre.

à chenille rougeätre, comme cuirassée, d’une odeur très-désagréable , ronge l'intérieur des saules et

Tig. 245. — Zeuzère du marronnier, femelle.

d'autres arbres ; ainsi la coquette ou Zeuxère du marronnier d'Inde, qui vole le soir dans nos Jardins

publics (fig. 245), vit à l'état de chenille dans l’arbre qui donne son nom à l'espèce.

Les femelles des bombycides sont en général aussi lourdes et paresseuses que les mâles sont vifs et agiles. Bien plus, il en est qui n'ont que des rudiments d'ailes et sortent seulement sur le bord du cocon. Ce sont les orgyes (fig. 246, 247). Nous voyons souvent, dans les rues de Paris à jardins, voler, en septembre et octobre, le mâle à ailes

Fig. 246, 247. — Orgye antique (mâle et femelle).

fauves de lorgye antique. Les femelles perdent complétement les ailes chez les psychés. Elles ressemblent tout à fait aux chenilles et en général ne sortent pas du fourreau de celles-ci. Leurs chrysalides n'ont aucune marque d'ailes. Les chenilles ont les anneaux du thorax assez durs et à pattes agiles (fig. 248, 249) ; les autres anneaux sont trèsmous et leurs pattes ne servent qu’à retenir des brins d'herbes, de feuilles, des morceaux d'écorce, ele., avec lesquels la chenille se fabrique un four-

reau protecteur , toujours hérissé et de forme spéciale, ainsi que la nature des matériaux, suivant des espèces. Les mâles, à antennes pectinées, sont

Fig. 248, 249. Fig. 250.

Chenille de Psyche du gramen Psyché du gramen et de Psyche radiella. mâle,

d’un gris noirâtre et volent très-vivement (fig. 252).

Un très-nombreux groupe de papillons est constitué par les noctuelles. Les papillons ont, en général, les ailes supérieures sombres, avec des taches au milieu en forme de rein, et les inférieures trèsvariablement colorées, parfois rouges ou jaunes, souvent blanchätres. Ils volent presque tous le soir, sont pourvus d’une trompe pour sucer le miel des fleurs. Les chenilles, lisses ou très-peu velues, se cachent pendant le jour, vivent le plus ordinairement de plantes basses, parfois de racines et sont alors très-nuisibles à nos cultures. Elles ont presque toujours seize pattes. Il en est qui se dévorent entre elles. Les unes s’entourent d’un léger cocon pour devenir chrysalides, et d’autres s’enfoncent dans la terre meuble (fig. 251). Nous représentons, comme exemple de ce type, une es-

pèce qui vit sur les pins et qui leur nuit dans certains pays. On la trouve près de Paris, mais pas très-commune.

Fig. 251. — Trachea piniperda à ses divers états.

Bien plus singulières sont les chenilles qu'on nomme arpenteuses où géomètres. En général, outre les six paltes du thorax, elles n’ont plus que quatre

LÉPIDOPTÈ ES. 985

pattes de l’abdomen, y compris les deux autour de l'orifice anal. Quand elles veulent avancer, elles fixent d'abord les pattes de devant, puis rapprochent les pattes postérieures en formant une boucle avec leur corps. Elles paraissent ainsi arpenter le sol sur lequel elles marchent. Souvent elles restent

immobiles des heures entières, dressées sur leurs pattes dederrière, leur corps simulant tout à fait une baguette (fig. 252). Les chrysalides sont le plus habituellement dans la terre. Les papillons ont des ailes délicates, ornées parfois de riches couleurs et en général horizontales au repos. On les nomme spécialement phalènes. Nous figurons une belle espèce du début du printemps (fig. 255).

On peut appeler certaines phalènes les papillons de l’hiver. On ne se doute guère que des papillons

Fig. 253, — Amphidasys prodromaire.

volent par les soirées brumeuses du mois de novembre. C’est pourtant ce qui arrive aux mâles des hibernia. Deux espèces, la phalène défeuillée et la

Fig. 254. Fig. 255.

Phalène défeuillée mâle Phalène défeuillée femelle.

phalène hyémale, sont fort communes. La femelle de la seconde n’a que des ailes très-petites, tout à fait impropres au vol (fig. 256, 257); celle de lautre, entièrement aptère, marquée de taches noires sur le dos, à abdomen pointu, ressemble à une araignée allongée (fig. 254, 255). On les trouve facilement, au commencement de novembre, dans une singuhière stalion, sur les candélabres à gaz de certaines promenades publiques, par exemple des

mois de mars, la Nyssia zona-

LÉPIDOPTÈRES. 287 routes du bois de Boulogne, soit qu’elles aient grimpé, attirées par la lumière, soit que les mâles ailés les y transportent. En février et mars appa-

Fig. 256. Fig. 257.

Phalène hyémale, mâle. Phalène hyémale, femelle. raissent d’autres espèces analogues. On peut citer parmi elles, comme type nouveau de femelles sans ailes, la phalène æsculaire, à femelle cylindrique, couverte de brosses de poils étagées, dont l'abdomen se termine par une houppe (fig. 258). Nous trouvons aussi près de Paris, dans les prairies qui entourent le confluent de la Seine ct de la Marne, à la fin du

ria, dont les mâles restent pendant le jour immobiles sur l'herbe; les femelles à moi- (( gnons d’ailes sont très-poi- Fig. 258.

lues. Les mâles volent le soir Phalène æsculaire femalle. en rasant l'herbe. Nous représentons cette espèce qui malheureusement va disparaître tout à fait près de Paris, car ces prairies sont envahies par les constructions et livrées à la culture maraichère. Les derniers papillons sont de très-petite taille.

Leurs écailles semblent une imperceptible poussière que délache Le moindre contact. Les chenilles de ces délicates espèces, tantôt roulent les feuilles en

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Fig. 259, 260. — Nyssia Zonaria, mâle et femelle.

attachant leurs bords avec de la soie, tantôt minent leur parenchyme, n’attaquant que la matière verte, trop faibles pour manger les nervures (fig. 261). Il

Fig. 261. Fig. 262.

Œcophore du prunier, très-grossie. Teigne des draps, très-grossie.

en est qui vivent à l’intérieur des pommes ou des poires (fruits véreux), des châtaignes, des glands. On donne en général le nom de teignes à ces insectes. Les chenilles courent très-vite, se tortillent en tous sens dès qu’on les touche. Il en est deux espèces qui vivent des grains de blé, deux qui dévastent les vignes. Certaines de ces chenilles se nourrissent

de matières animales. Les galleries chassent les abeilles des ruches et mangent la cire dont les rayons sont pénétrés de leurs fils soyeux. Une chaleur considérable, sensible à la main, se dégage des gâteaux envahis par ces larves voraces. Beau-

Fig. 265. — Drap rongé.

coup de chenilles de teignes s’abritent sous des

Fig. 264. Fig. 265.

Teigne du drap marchant. Fourreau suspendu.

fourreaux qu’elles traînent avec elles. Telle est la teigne des draps, qui accroit son fourreau à mesure

qu'elle grandit en y mettant des pièces de laine

(fig. 265, 264, etc.). En lui donnant à manger des étoffes de laine de diverses couleurs, on finit par lui voirun véritablehabit d’arlequin.Nousreprésentons, en figures grossies, les chenilles qui attaquent le drap dans diverses attitudes. La feigue des pelleteries se comporte de mème. Dans nos bois, beaucoup de

Fig. 266. — Adèle de de Géer, très-grossie.

icignes ont des fourreaux lisses, d'une sorte de carton grisätre : ainsi les petites chenilles des adèles (fig. 266), dont les adultes, ornés des plus riches couleurs métalliques, lorsqu'ils sont rassemblés dans les matinées de printemps sur les buissons, ressemblent à des émeraudes ou à des améthystes élincelantes. Les antennes démesurtes des

mâles, comme des fils d'argent, les gènent pour leur vol, toujours lent et oblique. Il est des teignes dont les chenilles s’entourent de plusieurs étages de parcelles de feuilles en forme de collerettes. Réaumur les nommait les teignes à falbalas (fig. 267). Remarquons aussi des papillons frappés de dégradation organique, ayant les ailes divisées en espèce de plumes. Leurs chenilles, à seize pattes, sont couvertes d'un duvet court et serré; la plupart s'attachent, pour se transformer, par la queue et par un lien autour du corps. Les chrysalides res semblent beaucoup aux chenilles, dontelles gardent

Fig. 267. Fig. 268.

Chenilles à fourneaux Ptérophore pentadactyle.

d'une coléophore.

la-couleur et la villosité. Une espèce fort commune dans les jardins, au bord des chemins, le long des haies, est le ptérophore pentadactyle, d’un beau blanc de lait (fig. 268). Une autre espèce, assez fréquente contre les vitres à l’intérieur des maisons de campagne, est l’ornéode hexadactyie, dont les ailes ont l'apparence d’un éventail étalé, à douze divisions. La chenille vit pi, 969. Grnéode sur le chèvrefeuille des jardins hexadactyle.

et se fileun petit cocon à claire-voie (fig. 2C9).

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