CHAPITRE VIT
Les cousins, larves et nymphes, éclosion en bateau. — Les moustiques. — Les tipules. — Le vermilion et ses piéges. — Les volucelles. — Les mouches des viandes ét des cadavres. — La mouche qui tue les forçats à Cayenne. — Les mouches des squelettes. — Les mouches ennemies des chenilles. — La mouche tsetsé, fléau de l'Afrique centale. — Les œstres, leurs larves à l'intérieur des chevaux et des moutons. — Les mouches des tumeurs. — Les mouches-araignées sur les mammifères et les oiseaux.
Les diptères ou mouches à deux ailes offrent une immense quantité d'espèces; beaucoup sont trèspeu distinctes, et les naturalistes sont très-loin de connaitre complétement ces insectes, dont les larves ont cependant des habitudes curieuses et des plus variées. Ce sont les diptères qui s’avancent le plus loin versles pôles, et ils forment les seuls insectes des régions glacées qui entourent le pôle boréal ; ils peuvent vivre et voler à des températures inférieures à celle de la glace fondante. Il en est qui piquent les animaux et même l'homme pour se repaitre de son sang. C’est au moyen de leur bouche munie de lancettes perforantes que la piqûre s’0père. I n’y a aucun danger à saisir entre les doigts les diptères dont la piqûre est le plus douloureuse. Ils sont alors terrifiés et ne songent aucunement à
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manger. Ils n’enfoncent leurs lancettes que quand ils sont sans crainte et libres sur la peau. Au contraire, nous pouvons laisser courir une abeille ou une guêpe sur la main et le visage : elle ne fera pas usage de l’aiguillon qui termine son abdomen. C’est que chez les hyménoptères, ou mouches à quatre ailes, cet aiguillon est une arme et non une bouche, et l'insecte ne s’en sert que lorsqu'on Île serre ou qu'on l’irrite.
Il nous est impossible de présenter autre chose que l’examen de quelques types remarquables, en laissant de côté tous les intermédiaires. Il est d’abord des diptères dont les antennes sont développées, souvent plumeuses. Ils ont de longs balanciers et des pattes excessivement allongées se dirigeant en arrière dans le vol.
Au-dessus des eaux, apparaissent le soir des danses aériennes formées de cousins qui montent et descendent en s’'entre-croisant en tous sens, illuminés par les rayons obliques du soleil couchant. De temps à autre, les femelles fécondées quittent la troupe, s’abattent doucement à la surface de l'eau, placent leurs quatre pattes de devant sur quelque corps qui flotte ou même les appuient sur l’eau. L'abdomen porte son extrémité sur la surface liquide, et les œufs allongés sortent, passant à mesure entre les pattes de derrière entre-croisées. La mère en façonne ainsi une espèce de radeau en les accolant les uns contre les autres. Sa forme est celle d'un fuseau : il se renfle au milieu et s’amincit aux deux extrémités. Le radeau est abandonné à la chaleur solaire, et, au bout de deux jours, appa-
raissent des larves ressemblant à de très-petits poissons, à corps allongé et diaphane, à grosse tête, à œil noir. Elles aiment les eaux croupies, se trouvent dans les tonneaux d'arrosage, etc. Dès qu'on agite l’eau, elles fuient de toutes parts en faisant de
nombreux soubresauts. Elles sont sans pattes; de :
courtes antennes poilues les aident à nager avec vivacité (fig. 270). En outre, une roue locomotrice de cils, servant aussi de branchies, entoure l’orifice anal ; l’avant-dernier anneau porte un tube destiné à puiser l’air en nature au-dessus de l’eau. En quinze jours ou en trois semaines, celte larve éprouve trois ou quatre mues. Elle sort de l’eau la région dorsale du thorax. La peau se dessèche et se
fend, et tout le corps parvient à sortir par cette ou- |
verture, en laissant l’ancienne peau flotter à la surface de l'eau. A la dernière mue, la larve du cousin prend l'aspect d’une nymphe encore mobile. La forme est tout à fait changée ; le thorax, très-élargi, gonflé d’air, vient flotter; l'abdomen, replié en dessous, se termine par des battants membraneux qui aident l'animal à nager, et aussi par deux larges branchies. La respiration se fait en outre par deux tubes, simulant deux cornes, implantés sur le thorax. La nymphe monte à la surface de l’eau ; elle déroule sa queue, son thorax se boursoufle et crève entre les deux cornets respiratoires. La dépouille de la nymphe forme alors une nacelle, au centre de laquelle sort d’abord la tête du cousin. [se dresse verticalement comme un mât, et l’esquif tournoie sous le vent sans chavirer et se remplir d’eau. Ensuite, les pattes et les ailes se dégagent ;
Fig. 270, — Le cousin, mâle et femellefnymphe, larve, cloison. (Figures très-grossies.)
les pattes se posent sur l’eau, les ailes s’écartent. Si la brise souffle doucement sur ces voiles, cent fois plus fines que la dentelle, le navigateur est poussé vers la rive; si un vent impétueux s’élève, la frêle embarcation est submergée, et Le cousin trouve la mort dans les flots qui tout à l'heure lui donnaient la vie.
Les maringouins où moustiques, très-voisins des cousins, sont le fléau des pays humides, plus encore dans les régions froides que sous les tropiques (fig. 271). Ils rendent certaines localités inhabitables. Ils sont en telle quantité dans le haut Canada, pays des grands lacs, que Les bisons sauvages et les besliaux passent les mois d’été enfoncés dans l’eau tout lejour, ne laissant sortir que le mufle, tant ils Rene
2 Ædes cendré, moustique grossi.
sont lourmentés par ces insectes. Nous empruntons sur ces moustiques du Nord de curieux extraits à l’exploration du capitaine Bach, à la recherche de la rivière du Poisson qui se jette dans l'océan Arctique américain (Voyages dans les glaces du pôle arctique, Hervé et de Lanoye, Paris, Hachette, 1865, p. 323 et 350).
« Parmi les nombreuses misères inhérentes à la vie aventureuse du voyageur, il n’en est point, dit Bach, de plus insupportable et de plus humiliante
que Ja torture que vous fait subir cette peste ailée. En vain vous essayez de vous défendre contre ces petits buveurs de sang, en vain en abattez-vous des milliers, d’autres milliers arrivent aussitôt pour venger la mort de leurs compagnons, et vous ne tardez pas à vous convaincre que vous avez engagé un combat où votre défaite est certaine. La peine et la fatigue que vous éprouvez à chasser ces innombrables assaillantsdeviennent à la fin si grandes, qu'à moitié suffoqué vous n'avez d'autre ressource que de vous envelopper d’une couverture et de vous eter la face contre terre, pour tâcher d'obtenir quelques minutes de répit. Les vigoureuses et incessantes attaques de ces insectes montrent bien toute l'impuissance de l'homme, puisqueavectoutes ses forces si vantées, il ne peut venir à bout de repousser ces faibles atomes de la création. »
Et plus loin :
« Mais comment décrire les souffrances que nous causèrent, dans ce trajet, les moustiques et leurs alliés les maringouins? Soit qu'il nous fallüt descendre dans des abimes où la chaleur nous suffoquait, ou passer à guë des terrains marécageux, ces persécuteurs s’élevaient en nuages et obscurcissaient Pair. Parler et voir était également difficile; car ils s’élançaient sur chaque point de notre corps qui n'était pas défendu, et yenfonçaient en un instant leurs dards empoisonnés. Nos figures ruisselaient de sang comme si on y eût appliqué des sangsues. La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, immédiatement suivie d'inflammation et de verlige, nous rendait presque fous.
Toutes les fois que nous nous arrètions, et nous y étions souvent forcés, nos hommes, même les Indiens, se jetaient la face contre terre en poussant des gémissements semblables à ceux de l’agonie. « Comme mes bras avaient moins souffert, je cherchaï à me garantir moi-même en faisant tournoyer un bâton dans chaque main ; mais en dépit de cette précaution, et malgré les gros gants de peau et le voile que j'avais pris, je fus horriblement piqué. »
Acesujet,ilrapporte une anecdote assez curieuse : Leur guide Maufelly, Le voyant remplir satente de fumée, se jeter à terre, agiter des branches pour chasser les intolérables insectes, témoigna sa surprise de ce qu’il ressemblait si peu à l’ancien capitaine, sir John Franklin. Il parait, en effet, que celui-ci, se faisant scrupule de tuer une mouche, avait assez d’empire sur lui-même pour continuer tranquillement son ouvrage, en dépit de toutes les piqûres de ces venimeux essaims, el ne leur faisait lâcher prise que lorsqu'ils étaient à moitié gorgés. Un jour qu'il en était affreusement tourmente, il se contenta de souffler dessus en disant : « Allez, le monde est assez grand pour vous et pour moi. » C’est pour se garantir des moustiques que beaucoup de peuplades sauvages s’enduisent le corps de graisse, et que le pauvre Lapon se condamne à vivre dans une hutte enfumée. Les régions boréales, et aussi, moins souvent, les vallées humides des Cévennes, des basses Alpes offrent parfois de véritables nuées de moustiques noirâtres qui obscurcissent littéralement l'éclat du jour. Ainsi, dans les
Cévennes, au commencement de septembre, « des ouvriers employés au reboisement d’une partie de la montagne de l'Espérou ont été témoins d’un phénomène extraordinaire dans ces contrées. A deux heures du soir, un bruit sourd et monotone, à peu près analogue à celui que produit un orage lointain, fixa leur attention sur un épais brouillard qui traversait un mamelon à environ deux kilomètres devant eux. L'air était très-calme ; ils furent étonnés de ce bourdonnement, et leur: première pensée leur fit croire à un incendie du côté de l'Espérou ; mais voulant connaître la cause réelle de ce brouillard intense, ils ne furent pas peu surpris lorsque, s'étant avancés, ils reconnurent que c'était une colonne immense de moucherons dont la longueur était de plus de 1,500 mètres sur une largeur de 50 et une hauteur de 50. Cette colonne d'insectes se dirigeait de l’est à l’ouest !. » Les cousins et les moustiques ont la bouche munie de stylets trèsgrêles, capables cependant de percer les peaux les plus épaisses. La salive est venimeuse et produit des ampoules causant une douleur qui persiste longtemps.
Les tipulaires ressemblent d'aspect aux cousins, mais ils ont la bouche trop faible pour attaquer l’homme et les animaux, et ne peuvent que sucer les fluides végétaux. Il en est dont les larves vivent dans l’eau. Tel est le chironome plumeux, dont la larve, d’un beau rouge de sang, ressemble à un ver délié. Cette larve, connue sous le nom de ver de
1 Bibliothèque des Merveilles, les Météores, p. 251.
vase, est fort recherchée des pêcheurs parisiens pour amorcer les lignes destinées aux petits poissons. On amoncelle en tas le sable retiré de la Seine, surtout près d’Asnières, on laisse l’eau s’égoutter, et on récolte en abondance, en fouillant le sable, ces larves, qu’on doit conserver toujours humides.
Fig. 272. — Tipule des potagers pondant, nymphe, larve.
De grandes espèces de tipules se voient dans les champs et dans les jardins potagers. Souvent on les aperçoit, appuyées sur les feuilles par leurs longues pattes, balançant leur corps d’un mouvement saccadé et rapide. La tipule femelle pond sur le sol humide (fig. 272). Les larves allongées, grises,
sans pattes, à la tête écailleuse, dévorent les racines, et sont souvent très-nuisibles aux légumes. Elles changent de peau pour devenir une nymphe immobile, laissant reconnaitre les ailes et les pattes couchées de Padulte.
Dans ces tipulaires nous devons citer les mycétophiles, dont les larves à tête noire vivent dans les champignons, les sciara, amies des truffes, mais ne servant nullement à propager ce savoureux cryptogame ; les petites cécidomyes, dont plusieurs espèces attaquent les céréales. Une d'elles ravage les blés en Amérique, et a recu dans ce pays le nom de mouche de Hesse, car elle fut importée avec les grains destinés à nourrir les troupes mercenaires de Hesse dans la guerre de l'indépendance.
Les diptères dont il vient d’être question ont de longues antennes (némocères). La plus grande partie, au contraire, des insectes de cet ordre, ne présente que des antennes courtes (brachocères), formées de trois articles, dont le troisième est comme un gros bouton renflé, présentant sur le côlé une tige grêle, avec indices d’articulations, qui est le reste de l'antenne, déplacé et atrophié.
Parmi ces brachocères est un genre qui partage avec les fourmilions, de l’ordre des névroptères, le curieux instinct de la chasse à l'affût dans un entonnoir. Aussi l’insecte s'appelle ver-lion ou vermilion, d'après les mœurs de sa larve. Cette curieuse bête fut indiquée pour la première fois en 1706, sous le nom de fourmi-renard , el étudiée en 1795 par Réaumur, puis par de Géer, en Suède, sur un individu envoyé par Réaumur à la reine Ulrique
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Éléonore, sœur de Charles XI, passionnée pour l’entomologie, et possédant un riche musée d’insectes de tous pays. On trouve l'espèce (Leptis ou Psammorycter vermileo) en Provence, dans le Lyonnais, en Auvergne. Réaumur la chercha vainement aux environs de Paris, où elle n’a pas encore été trouvée, à ma connaissance. Cette larve, comme celle des fourmilions, et souvent en leur compagnie, se tient au pied des murs dégradés ou au bas des talus abrités de la pluie par une roche en surplomb. Le corps de la larve, d’un gris sale, un peu jaunâtre, va régulièrement en augmentant de grosseur de la têle à la région opposée. La tête est effilée comme celle des asticots, et rentre au repos dans le premier anneau du corps. Il en sort deux mandibules en forme de dards, qu'elle enfonce dans ses victimes, et dont elle se sert comme point d’appui pour marcher, lirant son corps après elle. En outre, elle saute en débandant sa région postérieure. Le dernier anneau, plus long que les autres et un peu aplati, se recourbe en dessus, comme un crampon qui fixe la larve au sable de l'entonnoir pendant que sa proie se débat. Il se termine par quatre appendices charnus, que Réaumur compare à une main ouverte à quatre doigts. Elle n’a pas de pattes et s'enfonce comme un éclair dans le sable dès qu'on touche à son entonnoir ; très-agile, elle s'élance du fond sur la victime, qui y tombe, et l'enlace comme un petit serpent. Elle ne commence pas par tracer l'enceinte &@e son entonnoir, ainsi que le fourmilion. Elle s'enfonce dans le sable, de haut en bas, par sa tête pointue. Le sable est lancé au
dehors par les inflexions alternatives de son corps ; parfois il se plie en compas, dont la plus longue branche tourne autour de la plus courte, formée
Fig. 275. — Entonnoir, larve et nymphe du vermilion.
par la partie postérieure, de sorte que le bout de la partie antérieure jette le sable en tournoyant.
On comprend que ce mouvement est trèspropre à faire un cône ; aussi l’entonnoir du vermilion est
plus profond, eu égard à sa taille, que celui du fourmilion, et à parois plus abruptes. Il en aplanit les bords escarpés en frottant son corps contre eux, et lance une pluie de sable sur l’insecte infortuné qui cherche à lui échapper en remontant la surface du
cône meurtrier.
La larve parait vivre plusieurs années. Elle de-
Fig. 274. — Vermilion adulte, grossi.
vient nymphe sans faire de coque, entourée de grains de sable collés à elle et gardant la peau de larve plissée et attachée au dernier segment. La nymphe fait pressentir les formes de l'adulte. Elle a une petite tête, un thorax
renflé et comme bossu, avec des ailes enroulées
autour du thorax, des rudiments de pattes, un abdomen long et mince. Au bout de quinze jours, vers la fin de juin, les adultes sortent de la peau de la nymphe fendue sur le dos. Ils sont jaunätres, avec des traits et des taches noires et ont un aspect général de tipules, en raison de leur corselet renflé et de leurs longs balanciers. Souvent ils recourbent en dessous leur abdomen, grêle à l’origine, déprimé, arrondi à l'extrémité. Ces diptères ont un vol léger et rapide; au repos, leurs ailes transparentes, légèrement embrunies et irisées, se placent l’une sur l’autre le long du corps, atteignant presque l'extrémité de l'abdomen.
Nous avons parlé précédemment de ces psithyres qui, vêtus comme les maitres de la maison, vont introduire sous ce déguisement leurs enfants à la table des enfants légitimes, et partagent la pâtée de miel et de pollen des larves de bourdons. Un arüifice analogue sert à certains diptères à pénétrer dans les nids des hyménoptères sociaux. Ce sont les volucelles, qu’on voit en été et en automne tournoyer dans nos bois d’un vol rapide et bourdonnant.
Leur corps parait souvent comme vésiculeux par la transparence des téguments. Tantôt elles sont velues et ornées de poils jaunes, blancs, rouges, comme les bourdons chez lesquels elles pénètrent ; ou bien, faiblement poilues et parées de bandes jaunes ct brunes, elles ressemblent aux guëpes et aux frelons, et envahissent sans crainte, sous ce masque trompeur, leur asile redoutable. Il semble
rouvé par là que les insectes n’ont pas à distance P P Ï
une vision très-netle et sont plus facilement impressionnés par les couleurs que par les formes des ohbjets. Les volucelles pondent dans les gâteaux, mais leurs larves, bien moins innocentes que celles des psithyres, puissamment cuirassées contre l’aiguillon, dévorent les larves des hyménoptères. Réaumur avait observé les ravages des larves de la Volucella bombylans dans les nids de bourdons. M. Künckel a étudié complétement les métamor-
Fig. 275, — Volucella zonaria, adulte.
phoses de cette espèce et de plusieurs autres. Il a constaté les plus curieux changements dans les terminaisons extérieures de l'appareil respiratoire. Chez la larve, hérissée de spinules, on trouve quatre
: stiymates, deux antérieurs au second anneau, deux postérieurs au douzième. Les pattes existent bien développées. Lors de la nymphose, le tégument s'isole de la peau de la larve; on a une pupe, plus raccourcie, offrant
Fig. 276, 277.
Larve et pupe de la a Volucella Zonaria. aussi des couronnes de spinules.
Ces pupes des volucelles ont été découvertes par:
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M. Künckel'. Les orifices d'entrée de l'air ont disparu, et la région antérieure offre au dos deux tuyaux qui simulent deux courtes cornes. A leur surface est un nombre considérable de petits orifices d'entrée de l'air, spéciaux à ces pupes. Enfin, chez l’adulte, cet appareil transitoire si singulier m’existe plus ; il y a sept paires de stigmates aux places habituelles, et cette multiplicité d’orifices correspond à des trachées perfectionnées. Nous représentons les divers états de la Volucella zonaria des nids de frelons et aussi de guêpes.
Les larves, sans pattes, ne changent pas de peau, dans la grande majorité des espèces de diptères à courtes antennes, pour prendre l’état Intermédiaire, mais deviennent des pupes brunes et immobiles dans l'ancienne peauséchée,àl’intérieur de laquelles’organise l'adulte, sans que rien au dehors atteste sa forme. La plus grande puissance de locomotion que présente le règne animal est celle de certains de ces diptères, si on considère que, malgré leur pelite taille, nous en voyons des espèces, en été, attirées par l'odeur, suivre quelque temps des convois de chemin de fer lancés à toute vitesse et pénétrer dans les wagons. Écoutons Macquart nous exposer le rôle harmonique de l’innombrable famille des mouches : « Voyez ces nuages vivants de tipulaires qui s'élèvent du sein de nos prairies comme l’encens de nos temples, et qui rendent également hommage à la Divinité en nous montrant sa puissance créatrice; voyez ces myriades de muscides répandues sur toutes les par-
! La figure, que M. Künckel nous permet de donner, est encore inédite,
ties du globe, tourbillonnant autour de tous les vé-
gétaux, de tous les êtres animés, et même particu-
lièrement de tout ce qui a cessé de vivre : La profu-
sion avec laquelle ils sont jetés leur fait remplir
deux destinations importantes dans l’économie
générale : ils servent de subsistance à un grand
nombre d'animaux supérieurs; lhirondelle les
happe en rasant l’eau ; le rossignol les saisit de son
bec effilé pour les porter à ses nourrissons; ils sont pour {ous une manne toujours renaissante. D'autre part, ils travaillent puissamment à consommer et à
faire disparaitre tous les débris de la vie, toutes les
substances en décomposition, tout ce qui corrompt
la pureté de l'air : 11s semblent chargés de la salu-
brité publique. Telle est leur activité, leur fécondité
et la succession rapide de leurs générations, que
Linné à pu dire, Sans trop d’hyperbole, que trois
mouches consomment le cadavre d'un cheval aussi
vite que le fait un lion. »
Les plus connues des mouches proprement dites sont celles qui sont attirées par les matières pus tréfiées ou mortes. La mouche domestique, si com= mune dans les maisons, pond ses œufs dans le fumier où vivent ses larves. Éloignez avec soin les amas de fumier des maisons de campagne si vous voulez diminuer en été leur innombrable multi tude. Les animaux abattus, les viandes dépectes attirent aussitôt des légions de diptères, parmi les= quels la mouche à viande (Calliphora vomitoria), d'un bleu d’acier,et la mouche dorée (Lucilia Cæsar),quiy pondent des œufs, et les sarcophages , mouches grises, rayécs de noir, qui déposent de petites |
ves vivantes, les œufs étant éclos dans le corps de la mère (fig. 278). Les femelles ont l'abdomen prolongé pour la ponte en une sorte de tuyau. Les larves molles, sans pattes, blanches, rampant sans cesse en contournant leurs anneaux, sont les asticots des pêcheurs à la ligne. Fig. 278.
Elles deviennent des pu- ‘be de la viande.
pes brunâtres. Il se dégage de la chaleur de ces animaux à nutrition si active, et les pêcheurs en éprouvent la sensation quand ils versent ces larves dans leur main engourdie par le froid. Ces mouches, attirées par les odeurs fortes, pondent parfois accidentellement sur les plaies de Phomme, ou s’introduisent dans la bouche et dans les narines de malheureux endormis dans une dégoûülante ivresse.
Fig. 2179, 280. — Lucilia hominivorax, larve, adulte.
Depuis que les condamnés aux travaux forcés sont transportés à Cayenne, on à déjà constaté cinq cas mortels causés par un insecte de ce groupe, nommé par le docteur Coquerel Lucilia hominivorax (fig.279,
280). D'autres condamnés ont perdu le nez. La larve, à crochets des mandibules très-aigus, vit dans l'intérieur des fosses nasales et des sinus frontaux. On en voit gagner le globe de l'œil et gangrener les paupières ; elle peut entrer dans la bouche, corroder les gencives, l'entrée de la gorge, dévorer le pharynx, avec les symptômes d’une angine aiguë. Les malades commencent par éprouver un fourmillement dans les fosses nasales, puis du mal de tête, un gonflement du nez. Ils ressentent une douleur sous les orbites comme si on y appliquait des coups de barre. Vient ensuite une ulcération du nez d’où sortent les larves, puis une réaction inflammatoire très-vive amène une méningite ou un érysipèle du cuir chevelu, suivi de mort: Des larves, sorlies des malades, ont élè nourries de viande, et on à obtenu la mouche. Celle-ci n'est pas un parasite de l’homme, car les véritables épizoïques ne tuent pas leurs animaux ; ils sont destinés à vivre l'un de Pautre. Il n’y a là que des faits accidentels dus à une horrible malpropreté et à l'ivresse ; un des malheureux qui ont succombé aux larves de cette mouche était atteint de boulimie ou faim insaliable et dévorait souvent des viandes gâtées. La larve en question est connue à Cayenne sous le nom de ver macaque et avait été indiquée par Arture, médecin du roi, en 1755. IL est probable que le ver moyacuil du Mexique, qui attaque l’homme et le chien, est une espèce analogue. Le docteur Coquerel a aussi fait connaitre une autre mouche (dia Bigoti) | piquant, au Sénégal, les soldats des petits postes de la côte, probablement en introduisant sa tarière |
dans la peau avant de pondre. La larve a été rencontrée dans des furoncles du dos, des bras, des jambes. Les nègres sont souvent attaqués par cet insecte et savent très-bien extirper la larve.
Quand les mouches ordinaires des viandes et des cadavres ont rempli leur office, tout n’a pas encore satisfait à la voracité de la gent à deux ailes. Des mouches, qu’on peut qualifier de funèbres, vivent de la graisse des os des squelettes. L'espèce la plus célèbre de ces thyréophores se trouve, en janvier et février, sur les squelettes de cheval, de mulet, d'âne, dans les charniers des équarrisseurs. Elle est trèsrare, et singulière, parce que sa tête répand, la nuit, une lueur phosphorescente, peut-être pour éclairer l’insecte dans son œuvre de dernière destruction. Une autre espèce, plus commune, fréquente les squelettes des chiens morts dans la campagne. Le squelette du roi de la création n'est pas à l'abri des outrages de ces mouches. Une imperceptible espèce réduit en poussière impalpable les os, les ligaments , les muscles desséchés. Elle abondait, dans l’année 1821, sur les préparations du Musée de l’École de médecine de Paris.
D’autres muscides déposent toujours leurs œufs dans des animaux vivants, et leurs larves doivent se nourrir des tissus animés. Les hyménoptères ne sont pas les seuls auxiliaires que la nature nous présente pour détruire les insectes hostiles à l’agriculture. Une foule de mouches, nommées pour cette raison entomobies, ont des larves dont l'instinct est de dévorer les amas graisseux des insectes, pour n’attaquer qu’à la fin de leur existence les viscères
essentiels de l'insecte dont le corps est à la fois leur. berceau et leur magasin de vivres. Ces entomobies peuvent subsister dans beaucoup d'insectes d'ordres différents, et même dans des araignées ; mais elles attaquent surtout les chenilles des lépidoptères. Les mouvements inquiets de la tête, les poils, les épines défendent peu les chenilles. La mouche pond ses œufs sur la peau, sans faire de trous à la façon des femelles des ichneumoniens. Les petites larves, écloses très-promptement, se hâtent de déchirer la peau de la chenille avec leurs crochets ; parvenues à toute leur croissance, elles sortent de la chenille ou de la chrysalide, et très-rarement de l'adulte, et deviennent pupes immobiles dans leur dernière peau durcie. I faut remarquer que les larves doivent se métamorphoser au dehors, parce que la mouche adulle manque d’organe pour perforer la peau de lanimal où a véeu la larve. En Chine, les vers à soie sont altaqués par des insectes de cette section ; ce qu’on nomme la maladie de la mouche. J'ai publié des observations analogues faites en France sur des vers à soie élevés à Passy par M.Caillas. L'instinct avait trompé la femelledel’entomobie cherchant seulement de la chair vivante pour ses enfants, car les larves ne peuvent sortir de l’épais cocon, et les mouches y trouvent la tombe à côté du berceau. C’est en ouvrant des cocons deslinés au grainage et qui ne donnaient pas de papillons qu'on à pu reconnailre ces faits.
I ne faudrait pas croire que les mouches produisent seulement la mort de chétifs insectes (les cas mortels pour l’homme sont des accidents ano-
maux). Une des causes qui rendent si difficile l’exploration de l’intérieur de l'Afrique est l'existence d'une simple mouche (Glossina morsitans) nommée la tsetsé. Cette mouche infeste d’une manière permanente le centre de l'Afrique australe, entre 18° et 25° lat. sud et de 22° à 28° long. Elle remonte périodiquement vers le nord en certaines saisons, car elle fut indiquée autrefois par Agatharchides, puis par Bruce en Abyssinie. Ne peut-on pas admettre, qu’à l'ordre du Seigneur, dépassant ses limites ordinaires , elle causa la quatrième plaie d'Égypte? « Une multitude de mouches très-dangereuses vint dans les maisons de Pharaon, de ses serviteurs, et par toute l'Égypte. » (Exode, chap. vin, v. 24.) La cinquième plaie, la peste sur les bêtes, devient alors la conséquence de la quatrième.
Les premiers renseignements positifs sur ce ter-rible insecte sont ceux de MM. Livingstone et Oswald qui le rencontrèrent en 1849 dans leur voyage au Zambèse, sur la rive méridionale du Chobé, un des affluents septentrionaux du lac Noeami. La tsetsé n’est pas plus grosse que la mouche domestique, elle est brune avec quelques raies jaunes et transversales sur l'abdomen (fig. 281,282).S$es ailes sont plus longues que son corps. Sa vue est très-perçante ; et, rapide comme la flèche, elle s'élance du haut d’un buisson où elle guette ses victimes, et immédiatement sur le point qu’elle veut attaquer. C’est une suceuse de sang. Si on la laisse agir sans la troubler, dit M. Livingstone', on voit sa trompe
1! Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe, par le docteur Livingstone. Hachette, 1859, p. 86, 92 et suiv.
se diviser en trois parties dont celle du milieu s'insère assez profondément dans votre peau. La piqüre prend une teinte cramoisie ; l'abdomen de la mouche, flasque et aplati auparavant, se gonfle peu à peu, et, si l’insecte n’est pas tourmenté, il s'envole tranquillement aussitôt qu’il est gorgé de sang.
Fig. 281, 282. — Mouche tsetsé de grandeur naturelle et grossie, avec détail des pièces buccales.
Une légère démangeaison succède à cette piqûre, mais n’est pas aussi sérieuse que celle causée par un moustique. Les enfants de M.Livingstone étaient souvent piqués par cette mouche. Il n’y a aucun danger pour l’homme, pour tous les animaux sauvages, et parmi les animaux domestiques pour le pore, la chèvre, l'âne, le mulet et les veaux tant qu'ils tettent leur mère. Par une étrange exception,
cette piqûre est mortelle au bout de quelques jours pour le bœuf, le cheval, le mouton et le chien. C'est un empoisonnement du sang produit par le venin que sécrète une glande placée à la base de la trompe dela tsetsé. M. Livingstone perdit quarantetrois bœufs magnifiques qui, bien surveillés, n'avaient reçu chacun que très-peu de piqûres. Au bout de peu de jours, le bœuf piqué rend par les yeux et le mufle un mucus abondant. La peau tressaille et frissonne comme sous l'impression du froid. Le dessous de la bouche enfle, les muscles deviennent flasques. Il en est qui sont pris de vertige et deviennent aveugles. Un bruit sourd et prolongé sort de l’intérieur du corps quand l'animal marge. Au bout d’une à deux semaines il meurt dans un état d'amaigrissement considérable. A lPautopsie, le tissu cellulaire parait hoursonflé, la graisse changée en un liquide jaune verdâtre ; le sang est devenu albumineux el tache très-peu les doigts. C’est à peine s'il en est resté. La chair est molle, le foie et le poumon altérés, et le cœur, semblable à de Ia viande macérée dans l’eau, est tellement mou et vide que les doigts qui le saisissent se rencontrent en le pressant.
La mouche tsetsé parait peu en plaine mais fréquente les buissons et les roseaux qui bordent les fleuves et les marais. Son bourdonnement , bien connu des bestiaux, les frappe d’épouvante. Elle est localisée dans certains cantons de la manière la plus complète et ne franchit jamais leurs limites. Les deux rives du Zambèse en sont infestées, et beaucoup de peuplades qui les habitent ne peuvent
avoir d’autre animal domestique que la chèvre. Quand des troupeaux doivent traverser les domaines de celte mouche si redoutable, on choisit les clairs de lune des nuits de la saison froide, où elle est trop engourdie pour piquer. Les docteurs indigènes ont aussimis à profit le dégoût qu’inspirent aux tsetsés les excréments desanimaux ; on barbouille de fiente mêlée de lait les bœufs qui doivent traverser les cantons dangereux. Les rares observateurs de la tsetsé ne nous ont encore rien appris de certain sur ses métamorphoses. Ils s'accordent à dire que sa disparition suivra celle des animaux sauvages devant l'extension de l’empire de l’homme et l'emploi des armes à feu, car Le sang de ces animaux est sa seule nourriture.
Il semble que les diptères sont les insectes créés le plus spécialement pour vivre aux dépens des grands animaux. Les æstres, au corps velu, à la
Fig. 285, 984. — Œstre du cheval, mâle et femelle.
bouche à peine formée chez l'adulte, ne paraissent pas prendre de nourriture à l’état parfait, où 1ls ne vivent que peu de jours. Les femelles s’approchent des chevaux, se balancent quelque temps les ailes ouvertes, puis fondent comme un trait, l'abdomen
replié. Un œuf adhère au poil touché par le diptère. Le même manége est répété un grand nombre de fois. Le noble quadrupède redoute singulière-
Fig. 285. — Œufs collés aux poils.
ment ces contacts renouvelés, qui lui causent des titillations excessives. Il se frotte contre les arbres, cherche à replier sa tête entre les jambes de devant quand l'insecte a touché ses lèvres, enfin quitte le
Fig. 286. — Portion d'estomac avec larves d’œstres.
champ de bataille dans un état de rage, et, si son galop rapide ne suffit pas pour le soustraire à l’ennemi, n a d'autre ressource que de se plonger dans
l’eau. Les œufs sont déposés sur les poils dans toutes les parties que la langue du cheval peut atteindre (fig.283). De ces œufs munis d’une opercule sortent des petites larves. En se léchant, le cheval les colle à sa langue, puis, avec la nourriture, elles passent dans l'estomac. Les larves s’accrochent aux parois par des couronnes de crochets qui les entourent et qui leur servent aussi à ramper (fig. 287). Quand leur développement au moyen des sucs digestifs est achevé, elles sortent avec les excréments et, dans leur peau durcie, deviennent pupes à la surface du sol. La cephalémye du mouton pond ses œufs dans les narines de l’animal ; les larves remontent avec leurs crochets dans les cavités olfactives. On trouve fort souvent ces larves dans les boucheries quand on fend les têtes de mouton pour en extraire la cervelle. C. Daméril rapporte avoir recueilli les insectes adultes en grande quantité sur les solives du plafond des bergeries. Au moment où cet insecte touche le nez du mouton, le pauvre animal secoue la tête et frappe violemment la terre avec ses pattes de devant. Il se sauve, le museau baissé contre le sol, il flaire l'herbe en courant de crainte qu’une autre mouche n’y soit cachée, et, s'il l’aperçoit, s'éloigne avec terreur. Il cherche les ornières pleines de poussière et y place son museau pour en rendre l'accès impossible.
Les larves des genres voisins doivent vivre dans des tumeurs excitées par elles. Les femelles déposent l'œuf sur la peau percée ensuite par les larves. Ces larves sont munies de crochets pour se mouvoir dans leur horrible berceau. Elles en sortent et se
laissent tomber sur le sol à l’état de pupes encore molles. L'hypoderme du bœuf en France fait développer des tumeurs sur le dos du bétail. Réaumur en étudiait les larves sur les vaches de l’abbaye de Malnoue en Brie. Les diptères qui proviennent ce
Fig. 287. — Hypoderme du bœuf, très-grossi.
ce genre de larves sont très-velus, et Réaumur les compare à des bourdons. Leurs cuillerons sont trèsdéveloppés, et leurs balanciers ont de gros boutons ovales. D’autres espèces produisent des tumeurs sur le dos des cerfs, des daims et des chevreuils dans nos bois, et les oiseaux insectivores viennent parfois les becqueter et les débarrasser des larves. Le renne, dans les marécages glacés de la Laponie, souffre des attaques d’un diptère analogue. Dans les pays tropicaux, les cutérébrés ont les mêmes mœurs.
Une espèce, à la Nouvelle-Grenade (Cuterebra noæialis) couvre de tumeurs les bœufs et les chiens (fig. 288, 289, 290). Ce diptère est aussi à redouter pour l'homme, et l’on voit souvent le ventre des
Fig. 288, 289, 290. — Cutérébré nuisible, adulte, larve, nymphe.
naturels couvert de petites tumeurs où vit la larve pourvue de cercles de crochets. Quand ces larves se sont fixées sur les jambes, elles peuvent produire de graves ulcères, avec de vives douleurs, et mettre obstacle à la marche. On les force à sortir au moyen de cataplasmes de tabac.
Les derniers diptères présentent les signes de la dégradation la plus manifeste. Ils ne peuvent plus vivre seuls, mais courent entre les poils ou les plumes de certains mammifères et oiseaux. Les balanciers ont disparu; les ailes ne leur servent qu'à passer d’un animal à l’autre; la bouche est munie de deux soies qu’ils enfoncent dans la peau pour aspirer le sang ou la graisse. Enfin l'abdomen, sorte de poche volumineuse, est garni d’une peau trèsextensible. Ce sont les métamorphoses qui rendent curieuse au plus haut point cette famille d'insectes dégénérés. Elles ont été très-bien décrites par
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Réaumur sur la mouche-araignée du cheval, qu'on trouve en été entre les poils du ventre des chevaux et sous la queue. Tous ces insectes très-agiles, courant même de côté, à longues pattes munies de forts ongles crochus pour se cramponner aux poils ou aux plumes, ressemblent à des araignées. On voit sortir de l'abdomen distendu des femelles non pas un œuf, mais une énorme masse blanche, presque aussi grosse que la mère, en forme de lentille ronde et plate. C’est une larve qui a accompli
Fig. 291. Fig. 292.
Sténoptéryx Mélophage du mouton, de l’hirondelle, grossi. grossi.
son évolution à l’intérieur du corps de la mère. Bientôt elle brunit et l’on reconnait que réellement le diptère a mis au monde une pupe, d’où l’insecte parfait sort bientôt en soulevant la portion supérieure comme un couvercle. L'hippobosque du cheval a les ailes assez développées; elles deviennent longues et très-élroites dans le sténoptérix de l'hirondelle, qu’on rencontre entreles plumesdes jeunes hirondelles et dans les nids de ces oiseaux (fig. 291). Elles sont presque nulles dans une espèce qui vit sur le cerf, et enfin manquent tout à fait dans les mélophages, qui restent accrochés au milieu de la
toison des moutons (fig. 292). Leur présence nous
explique ces vols d'étourneaux suivant les troupeaux et se cramponnant sur le dos des moutons au point de s’empêtrer parfois les pattes dans la laine; ils cherchent ces diptères parasites. La tête se distingue à peine du thorax chez lous ces Insectes imparfaits; elle se confond tout à fait avec lui dans les nyctéribies cachées entre les poils des chauves-
Fig. 293. — Nyctéribie de la chauvesouris, gros:ie.
souris et ressemblant tout à fait à des araignées quin’auraient que six paltes (fig. 293). On ne sait trop si ces singuliers insectes ont des métamorphoses. Les diptères nous conduisent ainsi, de dégradation en dégradation, aux insectes épizoiques, les poux des mammifères et les
ricins des oiseaux, chez lesquels les changements se réduisent à de simples mues.