‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 30 sur 40 · A LA CIGALE · texte numérisé non relu

A LA CIGALE

Heureuse cigale, qui, sur les plus hautes branches des arbres, abreuvée d'un peu de rosée, chantes comme une reine ! ton royaume, c'est tout ce que tu vois dans les champs, tout ce qui nait dans les forêts. Tu es aimée du laboureur; personne ne te fait de mal; et les mortels te respectent comme le doux prophète de l'été. Tu es chérie des Muses, chérie de Phébus

ÉMIPTÈRES. 515

même, qui t'a donné ton chant harmonieux !. La vieillesse ne t'accable point. O sage petit animal, sorti du sein de la terre, amoureux des chants, libre de souffrances, qui n’as ni sang ?, ni chair, que te manque-t-il pour être dieu ?

Les Grecs enfermaient les cigales dans des pots ou dans de petites cages pour se donner le plaisir de les entendre. Ils regardaient leur corps comme un mets délicat, en choisissant, d’après Aristole, les femelles remplies d’œufs et surtout les nymphes qu'on cherchait en terre au pied des arbres. On se servait de cigales dans l’ancienne pharmacopée comme remède contre les calculs urinaires. Il parait que les Chinois tiennent aussi des cigales captives dans les appartements pour entendre leur bruit. Les Latins avaient le chant des cigales en médiocre estime et n'y trouvaient qu’un son rauque et désagréable. Virgile s’écrie, avec l'habitude antique de personnifier toute la création :

Et les cigales criardes ébranleront les arbustes par leur chant !

(Bucol.)

Plus la chaleur du jour est forte, plus le chant des cigales est vif et continu. C’est l'instant où les moisonneurs quittent le travail pour prendre leur

1 Avpupos signifie proprement clair, aigu; mais les Grecs le prennent presque toujours dans le sens d’harmonieux.

* Homère, JL, V, 342, dit que les dieux n'ont pas de sang, mais une certaine humeur aqueuse appelée iyp.

Cette traduction, comme celle du Phèdre, est d'une grande exactitude. Nous en remercions un de nos anciens élèves, M. Carrau; mais comment rendre toute la grâce et l'élégance de cette langue divine !

repas et se reposer. Les anciens disaient que les civales aimaient à se réjouir en même temps que les hommes, et que plus elles les voyaient riant, buvant, chantant, plus elles redoublaient de vivacité dans leurs stridulations. Virgile fait allusion à cette heure du chant des cigales, quand il dit, dans sa seconde églogue : « Thestilis broie les plantes odorantes de l'ail et du serpolet pour les moissonneurs succombant sous une chaleur accablante, tandis que moi, à l’ardeur du soleil, je cherche tes traces, et les arbustes résonnent de bruyantes cigales. »

Le bruit des cigales est assourdissant et insupportable dans le midi de l’Europe. A Solférino, les müriers étaient couverts de leurs légions, mais bientôt une terrible musique fit concurrence aux pauvres arlistes, qui tombaient avec les branches brisées par la mitraille.

Dès la plus haute antiquité, on a observé que le mâle seul des cigales d'Europe chante, tandis que la femelle est silencieuse. Il y a des cigales exotiques où sans doute elles stridulent comme les mâles, car elles offrent les organes développés et non rudimentaires comme chez les femelles des cigales européennes. Aristote (Hist. des Animaux, livre V, chap. xxx) indique l’existence de l'organe sonore sous la ceinture du mâle. On voit en effet, à la base de l'abdomen du mâle, deux volets écailleux qui recouvrent l'appareil musical (fig. 526). Il consiste essentiellement en deux cavités où sont deux timbales où membranes ridées, contournées et convexes en dehors, résonnant comme du parchemin sec, et munies de sillons. Deux muscles s’y atta-

chent; l’un, très-petit, tend la timbale, l'autre, très-développé, fixé aux parois de l'abdomen, se relie à un tendon qui s'attache au fond de la concavité de la timbale. Par les contractions et relàchements très-rapidement réitérés de ce muscle, la timbale se déprime et reprend brusquement sa forme convexe en vertu de son élasticité. De là le son qu’on peut produire, comme Pa vu Réaumur en disséquant des cigales mâles, si on tire le tendon avec une pince sur l’animal mort. D’autres membranes accessoires servent à renforcer le son, comme la table Fig. 3%.

d'harmonie d’une guitare. On ne Fr 0 | se rend pas encore compte dans

tous ses détails de l'appareil compliqué de la stridulation.

C'est à tort que les fabulistes ont fait des cigales un modèle d’imprévoyance. Des insectes qui doivent mourir à l’arrière-saison n’ont pas à faire de provisions pour l'hiver. Les cigales vivent de la séve des arbres qu’elles piquent avec leur rostre. On prétend qu’en Calabre la manne purgative découle des ornes (sorte de frènes) par suite des piqüres des cigales. Les femelles ont, à l'extrémité de l’abdomen, une tarière munie de trois pièces. Au milieu est un poinçon qui s’enfonce dans une branche et maintient l’insecte, tandis que les deux valves dentelées scient le bois et produisent un trou où la

femelle pond ses œufs. Dans chaque incision sont déposés de cinq à huit œufs, vers la fin de l'été. Des œufs naissent de petites larves blanches, de la srosseur d’une puce. Elles descendent le long des ges et s'enfoncent en terre où elles sucent les racines des arbres (fig. 527). Elles se changent en nymphes très-peu agiles, avec rudiments d'ailes. Leurs pattes antérieurs très-développées leur per-

Fig. 527. Fig. 598.

Larve de cigale, Nymyphe de cigale.

mettent de fouir la terre et de s'attacher aux racines (fig. 328). A la fin du printemps les nymphes sortent de terre, s'accrochent au tronc, et les cigales se dépouillent le soir de la peau de la nymphe qui reste entière et desséchée (fig. 329). Elles sont d’abord faibles et se traînent péniblement sur les tiges. Le lendemain, réchauflées par le soleil, elles volligent, et les mâles se mettent à chan- VC ter:

25-000 nr CE de Dans le midi de la France vd ircleas se trouvent plusieurs espèces de cigales. La cigale plébéienne ou du frêne est très-commune en Provence et remonte assez loin

au nord. On la prend tous les ‘ans, en pelite quantité, à Fontainebleau, et, de temps à autre, accidentellement dans la Brie. Quand elle chante, ellé remue rapidement son abdomen, de manière à l'éloigner et à le rapprocher alternativement des opercules des cavités sonores. Sa stridulation est forte et aiguë, formée d’une seule note fréquemment réitérée, finissant par s’affaiblir peu à peu et se terminant par une sorte de sifflement, comme sf, analogue au bruit de l'air sortant d’une petite ouverture d'une vessie que l’on comprime. Si on la saisit, elle jette des cris intenses qui diffèrent assez notamment de son chant en liberté et paraissent évidemment le résultat de la frayeur. L'entomologiste Solier rapporte une observation très-intéressante faite sur cet insecte par son ami Boyer, pharmacien à Aix, et qu'il a répétée avec lui. Les cigales, en général, sont très-craintives et s’envolent au moindre bruit suspect qu’elles entendent. Cependant, lorsqu'une d'elles chante, on peut s’en approcher en sifflant d’une manière tremblotante, à peu près comme elle, de façon à dominer son chant. Elle descend d’abord un peu le long de larbre, comme pour se rapprocher du siffleur, puis elle s'arrête. St on lui présente une canne, en continuant de siffler, elle s’y pose et redescend lentement encore à reculons; elle s'arrête de temps en tenfps, comme pour écouter, et finit, sous l'attrait de cette harmonie, par venir jusqu'à l'observateur. Boyer parvint un jour à en faire placer une sur son nez, où elle chantait en même temps qu'il sifflait d'accord avec elle. La cigale semblait charmée par

ce concert et avait perdu sa timidité naturelle. On croirait, avec un peu d'illusion, assister à la lutte musicale d'Eunome et d’Ariston. De même en Amérique les chasseurs d’iguanes (sauriens comestibles très-estimés) s’'approchent lentement et en sifflant de ces reptiles placés sur les arbres, et finissent, au moyen d’une longue perche, par leur passer au cou un nœud coulant et faire tomber à terre l’animal fasciné. Une autre espèce, la cigale de l’orne, abonde surtout dans le midi occidental de la France, entre Bordeaux et Bayonne, et en Andalousie. Son chant est d’une intonalion plus basse, moins accéléré et dure moins longtemps ; il ne se termine pas par l'expiration qui caractérise celui de l’autre espèce.

A côté des cigales viennent les fulgores, remarquables par leur tête vésiculeuse, tantôt gonflée et massive, tantôt offrant un prolongement grêle et recourbé. La plus grande espèce est le célèbre fulgore porte-lanterne de la Guyane (fig. 530). Mademoiselle Sibylle Mérian rapporte qu’en ayant renfermé plusieurs dans une boite, ils s'échappèrent la nuit et remplissaient la chambre de léclat phosphorescent que jetait leur énorme tête. Un de ces insectes lui servit à lire la Gaxette de Leyde, dont les caractères étaient très-petits. Depuis on a révoqué en doute la phosphorescence de la tête des fulgores. Peut-être cette propriété n’existe que dans un des sexes et à certaines époques. En Chine, une espèce plus petite, le fulgore porte-chandelle, est souvent représentée sur les papiers peints de ce pays. Une petile espèce loute verte, à front prolongé et

Fulgore porte-lanterne.

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strié de cinq lignes longitudinales, existe en Europe. ©. Duméril dit l'avoir recueillie deux fois sur les noyers. Cette fulgore d'Europe se rencontre dans les Landes, à été capturée à Agen par le docteur Laboulbène. L’abdomen des fulgores offre une sécrétion de poussière blanche, cireuse. Dans des senres voisins, les phénax, les lystres, cette cire blanche sort de labdomen en longs filaments

Fig. 351. — Lystre pulvérulente.

(fig. 331). Cette matière, mêlée à de l’huile, s’emploie dans certains pays comme la cire d’abeilles. Il existe dans l’Europe centrale et septentrionale même un certain nombre de petits hémiptères sauteurs qu'on nomme cicadelles, mot diminutif de eigale. On trouve fréquemment dans les lieux ombragés des environs de Paris, la cercope sanglante (cigale à taches rouges de Geoffroy), ornée de trois taches rouges sur les ailes supérieures, et ayant l'abdomen et les pattes mêlés de rouge et de noir (fig. 552). Elle saute sur les buissons, mais assez lourdement, de sorte qu’on la saisit sans difficulté. Cette espèce a beaucoup de variétés à taches diversement modifiées dans les parties méridionales de

l’Europe. L’aphrophore écumeuse (cigale écumeuse de Linnæus) est d’un gris cendré ou jaunâtre, avec

Fig. 532. — Cercope sanglante, grossie.

deux bandes obliques blanches sur les élytres du mâle, plus ou moins marquées selon les sujets, qui

Fig. 355. — Larves d'aphrophore écumeuse.

firent appeler l'espèce cigale bedeaude par Geofroy, d’après l'analogie avec la robe à deux couleurs des bedeaux. Les métamorphoses très-curieuses de cette espèce ont été étudiées par de Géer. Au mois de mai

et de juin, les larves molles et sans défense de cet insecte ont recours à un singulier mode de proteclion. Elles ont la tête, le thorax et les pattes noires,

Fig. 554. — Aphophore écumeuse, mâle et femelle. avec ses larves, grossis.

l'abdomen mou, gonflé, d’un blanc grisätre, avec

le bout ou dernier anneau noir. On trouve sur les

tiges des arbres de presque toute espèce, surtout à

Paisselle des feuilles, des amas d’écume très-blan-

che, que les paysans nomment écume printanière, crachat de coucou. Ce sont surtout les saules jeunes et ombragés et les petits peupliers qui offrent ces écumes ; elles sont plus rares sur les chênes et ont moins de larves. À l’intérieur de chaque flocon se trouve une larve et souvent plusieurs, jusqu'à cinquante environ (fig. 533, 594). La larve suce la séve de la plante et bientôt rejette par l’anus une bulle d'air entourée d'une pellicule liquide, qu’elle fait ghisser au-dessous de son corps. Les bulles successives entourent la larve d’une mousse qui prévient la dessiccation par le soleil de son corps délicat. La viscosité du liquide empêche l'air de s'échapper. Par moment l’écume dégoulte des arbres de manière à imiter une pluie. De Geer rapporte que des hyménoptères chasseurs savent arracher ces larves au milieu de l'écume qui les cache aux resards. Si on met la larve sur une plante dessechée, Pécume s'évapore peu à peu, et la larve n'en produisant plus s’amaigrit et meurt bientôt. Les nymphes ne quittent point écume où ont vécu les larves pour subir leur dernière métamorphose. Elles ont l’art de faire évaporer et dessécher la couche d'écume qui les couvre immédiatement, de manière à se trouver à sec au centre d'une voûte mousseuse. Alors la peau de nymphe se fend sur le dos et l’adulte sort de son enveloppe. C'est au mois de septembre qu’on trouve sur les plantes les insectes parfaits, faisant, malgré leur petite taille, des sauts de 2 mètres. On a peine à saisir les mâles et à les retrouver si on les laisse échapper. Les femelles au contraire sont peu santeuses, à cause de

grossies,

— Les membraces

Fig

Centrote cornu.

e feuillée,

Membrac

- Mypsauchénie baliste,

Cyphonie

lobulaire.

— 5. Bocydie

épineuse,

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