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leur ventre gonflé d’œufs. Il est probable qu'elles les pondent dans de petites entailles faites avec leur tarière sur les branches et qu’ils y passent l'hiver.
Pans les endroits humides des bois des environs de Paris et de la plus grande partie de l'Europe, de préférence sur les hautes tiges de fougères et sur les chardons, on voit sauter avec vigueur un petit insecte d’un brun noirâtre, ayant à la partie antérieure du corselel deux cornes aiguës et trigones, avec une partie postérieure très-rétrécie ondulée et bossue dans le milieu, atteignant labdomen à l'extrémité de cette proéminence. Celle forme bizarre aval frappé Geotfroy, le vieil historien des insectes des environs de Paris, et il appelait le Petit diable ce bizarre Centrote cornu. Cet imsecte appartient à un typetrès-étrange, les membraces, dont le corselet se prolonge en dessus de la façon la plus singulière et la plus variée, comme la figure permet de s’en convaincre (fig. 535 à 540). Presque tous ces singuliers hémiptères de petite taille sont américains, de la Guyane, du Brésil et de la Floride. On croirait volontiers à quelque caprice extravagant de lartiste dans le dessin si fidèle de ces créatures anomales.
Des insectes dégradés, remarquables par leur extrême mulliplication et par leurs dégâts, terminent la section des hémiptères homoptires. Il n° a presque pas de plante qui ne possède une ou plusieurs espèces de pucerons. Ces petits insectes trèslents, de couleurs diverses, verts, noirs, bronzés, bigarrés, enfoncent dans les végétaux un long bec au moyen duquel ils sucent la séve, et amènent des
o 0 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
déformations dans les feuilles et Les tiges. Depuis plusieurs années le puceron du tilleul abime ces arbres sur les promenades publiques de Paris. C’est le puceron du pêcher qui produit la cloque des feuilles, maladie que les paysans attribuent à du hâle, à des mauvais vents. Le puceron lanigère, recouvert d’un duvet cireux, à corps rempli d’un liquide rouge, fait souvent manquer la récolte des pommes dans les pays à cidre. On a encore fort peu éludié les pucerons qui produisent sur les feuilles des saules, des peupliers, des ormes, etc., des galles où ils sont logés en grand nombre. Ces insectes laissent suinter par de longs tubes qui terminent leur abdomen un liquide sucré que les fourmis et aussi certaines noctuelles (lépidoptères) recherchent avec avidité. Il parait servir à nourrir les très-jeunes pucerons. Ce liquide sucré imbibe les feuilles et les tiges où vivaient les pucerons, et bientôt se développent des matières noires, cryptogames très-inférieurs, constituant la fumagine, qui recouvre les orangers, les oliviers, ele., et cause de grands dommages. Les vignes de la Provence el du Bordelais viennent d’être envahies par un puceron des racines, le Phylloxera vastatrix Planchon, et les ceps meurent.
La reproduction des pucerons est entourée de singuliers phénomènes qui sont encore l’objet des plus récentes études. Bonnet reconnut le premier, en 1740, sur le Puceron du plantain, ce fait général pour les pucerons, que pendant toute la belle saison il n'existe que des femelles sans ailes mettant au monde de petits pucerons vivants également fe-
HÉMIPTÈRES. 5ç1
melles, et ainsi de suite pendant un grand nombre de générations. Bonnet obtint neuf générations de ce genre. Duveau en observa jusqu’à onze en une saison. À l’approche de l'hiver apparaissent des nymphes à moignons d’ailes, puis des mâles munis d'ailes transparentes, et de même des femelles ailées. Très-différentes des précédentes femelles, celles-ci pondent des œufs qui passent l'hiver, et d’où naissent au printemps exclusivement des femelles vivipares. La température à une très-grande influence sur ce double mode de reproduction, car Kyber, en 1812, publia des expériences faites sur le puceron de l’œillet, dont il obtint, en serre-chaude, des générations exclusivement femelles et sans ailes pendant quatre années successives.
La famille presque immobile des cochenilles est aussi singulière que celle des pucerons. Les femelles, qui sont les plus nombreuses, sont privées d’ailes, de forme globuleuse et attachées par leur bec au végétal, dont elles aspirent la séve. Elles se fixent ainsi et pondent un grand nombre d'œufs qu'elles font passer à mesure sous leur corps. Celui-ci se vide et devient, après la mort de la mère, un toit protecteur des œufs et des jeunes larves. Celles-ci d’abord agiles se fixent à leur tour, si elles sont femelles. Les mâles sont des insectes à deux ailes (les inférieures avortent), très-petits comparativement à leurs femelles, sans bec et toujours agiles ; ils ont des antennes pareilles à celles des femelles, mais plus complètes, leur abdomen se termine par deux longs filets, qui sont, au contraire, fort courts chez les femelles. Comme certains
pucerons, les cochenilles sécrètent une matière cireuse qui revêt leur corps d’un duvet blanc plus ou moins épais. Il en est aussi qui produisent des liquides sucrés et que les fourmis viennent visiter avec une affection peu désintéressée.
Beaucoup de végétaux sont recouverts par ces singulières excroissances, dues aux femelles enveloppant leurs œufs, et qui, confondues autrefois avec les galles, firent donner à leurs producteurs le nom de gallinsectes. On en rencontre sur l’orme, sur le chêne, le tilleul, l’aune, le houx, l’oranger, le laurier rose, etc. Certaines de ces espèces d’hémiptères sont remarquables par les belles matières colorantes rouges qu'elles renferment. Le nom de cochenille où graine d'écarlate vient de ce qu’on prit d'abord pour une graine les femelles desséchées que les Espagnols importèrent du Mexique, où on les employait déjà à la teinture avant l'invasion européenne. La cochenille du cactus, saupoudrée seulement de point blancs, s’élève sur le cactus nopal et exige certaines précautions (fig. 5341, 342). On récolte
Fig. 341, 542.
Cochenille du cactus les femelles avant la ponte, en
nopal, mâle et femelle, grossis.
laissant sur la plante quelquesunes de celles-ci pour la reproduction. L'insecte à été introduit aux Antilles, en Andalousie, à Madère, en Algérie, où les essais ont été heureux, mais où cette éducation se répand peu par ignorance des soins à y apporter. Cette
cochenille, qui donne le meilleur carmin, ne passant pas à l'air comme les rouges des goudrons de houille, est de la grosseur d’un pois, et son mâle est à peine visible à Pœil. L'histoire de son importation aux îles Canaries est assez curieuse. Elle v prospéra jusqu'en 18352 sur le cactus à figues de Barbarie, mais comme elle épuisait ces plantes, dont les fruits douceâtres sont d’une grande ressource pour la classe pauvre, une véritable émeutc se produisit en fut suivie du massacre des cochemilles. Actuellement il n’en reste que dans queiques propriétés. Une seconde espèce, la Cochenille sylvestre, couverte d’un duvet qui la rend peu délicate, et bien moins sensible aux pluies, se récolte au Mexique à lélat sauvage et donne une couleur moins vive. Autrefois on employait, pour obtenir des rouges violacés, la cochenille du chêne vert, du midi de l’Europe, et la cochenille de Pologne, insectes assez délaissés maintenant. Aux Indes orientales, la cochenille laque, qui vit sur les figuiers, s’entoure ainsi que ses larves d’une abondante sécrétion de gomme-laque. C’est une cochenille qui, en piquant les tamarix, produit la manne alimentaire, dont la rencontre causait la joie des Hébreux émigrant vers la terre promise.
La seconde catégorie d'hémiptères renferme ceux qu'on nomme les hétéroptères, parce que les ailes supérieures coriaces à la base sont membraneuses à l'extrémité. Le vulgaire comprend tous ces insectes sous le nom de punaises. Nous les diviserons irès-simplement d'après leur mode d'habitation. Les unes vivent dans l’eau, les autres à Pair libre.
Toutes les punaises d'eau sont des insectes trèscarnassiers et qu’il ne faut saisir qu'avec précaulion, car ils font pénétrer dans les doigts leur rostre acéré. Ils sucent avec avidité des insectes et les mollusques des eaux, auxquels ils livrent une chasse active. Nous nous bornerons à indiquer les deux principaux {ypes. Les nèpes ont l'abdomen terminé par une longue tar ère formée de deux pièces servant à introduire l'air dans les trachées, et probablement aussi à la ponte des œufs (fig. 343).
Ceux-£1, présentant plusieurs Fig. 543. pointes, sont enfoncés dans les ti-
Nèpe cendrée. , ges submergées de plantes aquatiques. Les nèpes nagent mal et se trainent lentement dans la vase. Elles volent très-rarement. Leurs pattes antérieures sont recourbées en pince pour saisir la proie et l’apporter contre la bouche. Les notonecles, à face ventrale aplatie tandis que l’autre est convexe, nagent renversées sur le dos au moyen de leurs longues pattes postérieures contournées, qui leur ont valu le nom de punaises à avirons. Un fin duvet retient autour de leur corps, comme un fourreau d'argent, l'air nécessaire à leur respiration. Elles se rencontrent dans les mares et s'y meuvent avec vélocité. Le soir elles en sortent en marchant el surtouten volant. Les femelles pondent un grand nombre d'œufs qu'elles attachent aux plantes aquatiques, et les larves éclosent au printemps. On
trouve en abondance près de Paris une assez grande espèce, la notonecte glauque, à corps noir, à élytres d'un jaune brunâtre (fig.
944). On ne se douterait guère du singulier usage de certaines punaises d'eau de petite taille au Mexique (Corixa femorata G. Mén.). Dans les lacs voisins de Mexico, et principalement dans le lac Tesceuco, ces hémip- Fig. 34.
tères aquatiques sont en Din nombre immense. On recueille leurs œufs pondus contre les jones, on les réduit en farine dont on fait des galettes d’un pain appelé hautlé, et qui à un goût prononcé de poisson. Les indigènes du Mexique faisaient usage de ce pain d'œufs de punaises avant la conquête. Ces punaises séchées, de la grosseur d’un fort grain de millet, se vendent dans les rues de Mexico, sous le nom de mosquitos, pour nourrir les pelits oiseaux en cage. Les punaises qui vivent à l'air libre renferment des genres qui courent à la surface de l’eau sans y pénétrer. Leur corps est comme huilé, afin de ne pas être mouillé, et une matière grasse, qui existe à l'extrémité des pattes, empêche l’eau d'y adhérer et la courbe au-dessous. Il en résulte, par les lois de la capillarité, une force plus que suffisante pour porter l’insecte, de même qu'on fait surnager une aiguille d'acier enduite de graisse. Si on lave avec un pinceau imbibé d'éther les bouts des pattes de
ces insectes, ils enfoncent dans l’eau et n'y marchent plus qu'avec peine. Les gerris courent trèsvite, sous leurs trois états, à la surface des eaux calmes, et sautent rapidement par bonds à peu près égaux. Les hydromètres, dont le corps est beaucoup
Fig. 345. — Hydromètre des étangs grossi.
plus grêle et la tête plus allongée, sont très-souvent terrestres, et ont des mouvements plus lents à la surface de Peau (fig. 345).
On rencontre au pied des arbres, au bas des murs exposés au midi, des hémiptères assez allongés, bariolés de noir et de rouge vermillon. C’est la Pyrrhocoris aptère (punaise rouge des jardins de Geoffroy, punaise sociable de Stoll). Les paysans et les enfants des environs de Paris l’appelaient autrefois le suisse, d’après l'uniforme rouge des troupes suisses au service de la France. La très-majeure partie de ces insectes ne prend pas d’ailes ; on en trouve fort rarement qui présentent des élytres à membrane noire et, au-dessous, des ailes de même couleur. Ces individus aïlés sont plus communs dans les départements méridionaux. Ces punaises, dépourvues de mauvaise odeur, sucent des végéaux, des fruits tombés, des insectes morts. Elles s’'engourdissent en hiver sous les pierres et les écorces. Les femelles déposent sous les feuilles humides des œufs d’un blanc de perle, lisses et bril-
lants, devenant ensuite bleuâtres. Les petiteslarves sont blanches en sortant de l'œuf; elles se colorent bientôt à l'air, et leur abdomen, de forme lenticulaire, est d’abord entièrement d'un beau rouge vermillon. Peu à peu, avec les mues, il s’allonge et se raye de bandes transversales noires.
Les végétaux nourrissent de nombreuses espèces d'hémiptères larges et aplalis, répandant une odeur infecte, qui persiste longtemps sur les doigts qui les saisissent. D'après M. J. Künckel, deux glandes odorifiques occupent, chez les larves et les nymphes, la région dorsale de l'abdomen. Chez l'adulte les ailes meltraient obstacle à leur fonction ; une autre glande se développe sur la partie inférieure du thorax, produisant la même matière odorante,
Fig. 346. Fig. 547.
Pentatome grise. Phyllomorphe de Madagascar, grossie.
moyen de défense de ces insectes appelés punaises de bois. Nous signalerons parmi elles la pentatome grise, à corps et à élytres d'un jaune grisätre ponctué de noir (fig. 546). Très-commune dans toute l'Europe, elle vit en famille sur les troncs des arbres, principalement des bouleaux et des ormes
qui bordent les routes. De Geer rapporte que la femelle, au mois de juillet, conduit ses pelites larves, au nombre de vingt à quarante, comme une poule ses poussins ; elles la suivent quand elle se déplace. Si on l’inquiète, elle bat des ailes comme pour les défendre, sans fuir ni s’envoler. Elle a surtout à les protéger contre le mâle, qui, nouveau Saturne, cherche avec empressement à les dévorer. Certaines de ces punaises de bois sont remarquables par des appendices bizarres. Telle est par exemple la phyllomorphe de Madagascar, qui ressemble à une feuille à demi déchirée (fig. 547).
Une odeur plus infecte encore relie ces espèces sylvestres avec un insecte domestique, fléau des maisons malpropres, la punaise des lits. Cet insecte n’était pas inconnu des anciens, mais parait avoir été rare autrefois. Aristote le désigne, avec les poux et les puces, parmi les insectes qui ne sont pas car-nivores, mais qui vivent des humeurs de la chair vivante. Pline, Dioscoride, Martial en font mention. C’est à partir du seizième siècle que la punaise devint commune dans une partie de l’Europe. Mouffet raconte qu’elle fit son apparition en Angleterre en 1505, et que deux dames nobles, épouvantées des pustules produites par ses piqûres, firent venir en toute hâte leur médecin, se croyant atteintes de quelque contagion. La punaise des lits est inconnue dans le nord de la Suède et de la Russie, et paraît manquer aussi dans l'extrême midi de l’Europe. M. Blanchard dit n’en avoir rencontré que deux en Sicile et pas une en Calabre, pays où lPespèce hu-
maine ne brille pas cependant par la propreté. C’est le centre de l’Europe qui en est infesté, et Lyon est connu en France comme leur quartier général. Un célèbre naturaliste, voyageur espagnol, Azzara, remarquant que les punaises sont inconnues chez les sauvages et n’attaquent que les hommes civilisés rassemblés dans des maisons, arrive à cette conclusion singulière, qu’elles ont été créées longtemps après l’homme, et seulement quand il fut parvenu à l’état urbain. I parait probable que la punaise des lits provient des Indes orientales et qu’elle y acquierl un développement complet des ailes et des élytres. En Europe, au contraire, c’est une extrême rareté de voir la punaise des lits avec des ailes; elle reste à la mue des nymphes et n’a que des vestiges d’ailes (fig. 348).
L'aplatissement de la punaise, passé en proverbe, lui Fig 345.
permel de se loger sous les Punaise des lits, grossie, tentures des murailles et dans les interstices des lits. Cet abominable insecte nocturne a l'instinct de se laisser tomber verticalement du plafond sur le lit qu'on à eu la précaution d’écarter du mur. Les œufs des punaises sont pondus isolés dans les encoignures. Leur coque est couverte de sortes de poils destinés à faciliter leur adhérence contre les corps et les tissus où ils sont déposés. C. Duméril dit en avoir trouvé sous les ongles des gros orteils de cadavres provenant des hôpitaux. L’œuf (c'est le cas habituel de hémiptères) a un couvercle que
la petite punaise pousse pour sortir. On comprend qu'un insecte qui n’a qu’un sucçoir effilé ne pourrait percer une coque. Ces larves sont d’abord pâles et blanchâtres, puis leur tube digestif devient rouge par le sang qu’elles absorbent, ensuite tout leur corps. La punaise des lits (ou peut-être des espèces voisines) a élé rencontrée dans les nids des perdrix, des pigeons, des hirondelles et dans les poulaillers.
Dans les maisons vole souvent le soir un hémiptère nocturne, sans odeur, qu’on ne doit saisir qu'avec précaution, car il pique avec son rostre imprégné d’un venin et produit plus de douleur qu'une abeille. Cet insecte noir et velu (figuré dans l'Introduction, p.29) est la punaise-mouche de Geoffroy ou le réduve masqué, à cause des curieuses habitudes de la larve et de la nymphe. Elles sont peu agiles, et s'enveloppent de poussière, de flocons de laine, de toiles d’araignées, au point de doubler leur volume. Elles s’avancent ainsi par petits soubresauts et trompent sous ce déguisement les insectes qui deviennent leur proie. Adulte et volant bien, le réduve abandonne ce travestissement. Sous leurs trois états les réduves font dans les maisons une guerre active aux punaises des lits, aux mouches et aux araignées.