‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 8 sur 40 · DOTE · texte numérisé non relu

DOTE

se plait surtout dans les pelleteries, où il cause les ‘plus grands ravages. La compagnie de la baie d'Hudson, dont les magasins à Londres étaient dé-

Fig. 55, 56 et 57.

Dermeste du lard, nymphe, larve, adulte.

vastés par cet insecte, avait offert 20,000 livres sterling pour le moyen de le détruire. Les sombres dermestes volent peu ; sans cesse ils fuient le jour; ümides, ils s'arrêtent au moindre bruit, paraissent morts afin d'échapper au danger. Les pelleteries ont aussi à craindre un autre insecte du même eroupe, le dermeste à deux points blancs de Geoffroy (attagenus pellio) ; sa larve, couverte de poils Jaunâtres que termine un long pinceau, marche par mouvements saccadés; sa nymphe est couverte de poils courts et blanchâtres (fig. 58, 59, 60). L’adulte, fort différent des vrais dermestes, vole sur les fleurs, où sans doute il chasse aux petits insectes. Enfin, un petit coléoptère d’un genre voisin, l’'anthrène des musées', est le désespoir des entomologistes. Il pénètre dans les boites d'insectes et dépose ses œufs sur leurs corps desséchés. Les,

1 Nom vulgaire, c’est réellement l'anthrène varié. I Y a ici une confusion d'usage. Le véritable anthrène des musées, de Linnæus, est fort rare.

larves s'introduisent dans l’intérieur, et un amas de fine poussière brune au-dessous trahit seul leur présence. Elles sont blanchâtres, entourées de fai-

Fig. 58, 59 et 60.

Altagène des pelleteries, nymphe, larve, adulte.

sceaux de poils qu’elles hérissent à la façon du porc-épic, dès qu’on les touche. Un petit coléoptère globuleux, couvert de fines écailles agréablement colorées, en provient. Il replie ses pattes et semble mort quand on le veut saisir. 11 vole bien et vit sur les fleurs. Une visite fréquente des boïtes, les vapeurs de benzine ou de sulfure de carbone, sont les meilleurs moyens de détruire les larves des anthrènes. IL est fort difficile de dire aujourd’hui quelle est la patrie première des insectes dont nous venons de parler. Le commerce les a transportés partout, et comme tous les insectes cosmopolites, ils sont fort peu sensibles à la température. Par suite des échanges, les collections d'insectes en Amérique sont infestées par l’anthrène des musées, comme les nôtres.

En général, tous les coléoptères dont il a été question jusqu ici avaient des téguments durs et solides. Ces armures puissantes ne sont cependant pas nécessaires à tous les insectes de cet ordre qui

vivent de proie. Il en est à élytres faibles et molles, :

d’un vol facile, très-carnassiers surlout à l’état de larve. Les transformations et les mœurs de deux groupes de ces malacodermes méritent toute notre

attention. Dans toutes les nuits d’été, on voit scin-

tiller dans l'herbe, sous les buissons, de petits feux blanchâtres et mobiles. On cherche à les saisir, et l’on a dans la main un être aplati, annelé, d’un gris brunâtre. Les plus gros, les plus brillants de ces vers luisants sont des femelles privées d'ailes, ayant conservé l'aspect des larves (fig. 61, 62). Seulement, chez les larves, tous les anneaux sont pareils, la tête très-petite et cachée; les femelles ont la tête plus apparente, à petites antennes, et le corselet en bouclier

Fig. 61, 62. comme les mäles, et bien dis-.

Lampyre noctiluque, mâle finct.… |Les trois tdermer et femelle. : À

neaux de leur abdomen bril-

lent par-dessous d’un vif éclat. La lueur est produite par la combustion lente d’une sécrétion qui laisse des traces lumineuses si on l’écrase entre les’doigts. Dans l'oxygène, elle devient plus intense, el le gaz se mêle d’acide carbonique, comme par l'action de nos lampes, de nos foyers. Elle s'éteint bientôt dans les gaz inertes. Elle semble émise par scintillations et s’affaiblit à la volonté de l'animal, se dégageant violemment lors deses contractions musculaires et quand on les excite artificiellement; ces

propriétés appartiennent, au reste, à tous les ani-.

maux phosphorescents. Les adultes vivent peut-être

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de végétaux mais leslarves, très-carnassières, s'attaquent aux mollusques terrestres, pénètrent dans la coquille des colimaçons, en tuent lhabitant, et au moyen d’une brosse de poils roides, dont leur partie postérieure est munie, se débarrassent des mucosités qui gêneraient leur respiration. Elles sont phosphorescentes par-dessous, mais moins que les femelles, et de mème les nymphes, dont la forme reste celle de la larve quand il en doit éclore des femelles. La nymphe, au contraire, est tout autre si elle doit donner un mâle. Elle offre alors les ailes repliées sous une mince peau, et présente en dessous deux points très-lumineux, surtout quand l'air les frappe. Il en sort en automne un coléoptère ailé, à corselet arrondi comme un bouclier, à longues élvtres recouvrant l'abdomen. Le mâle du lampyre noctiluque est très-faiblement phosphorescent comparé à la femelle, seulement en deux points sous V’avant-dernier anneau. Il recherche sa femelle immobile attiré par l'éclat qu'elle projette au loin. On voit donc que cette brillante lumière est pour elle le seul moyen d'assurer la reproduction de son espèce, un véritable flambeau de l’hyménée. Telle Héro, prêtresse de Vénus, plaçait chaque soir un fanal sur une tour élevée, pour guider Léandre dans les flots écumeux de l'Hellespont. Le lampyre splendide, fort analogue au précédent, habite surtout le midi de la France. En Italie, dans un petit genre voisin (luciola italica) les deux sexes sont ailés, d'un brun foncé, et également phosphorescents. [ls se poursuivent la nuit à travers les sombres feuillages, et multiplient à un point prodi-

gieux. Ils offrent, pendant les nuits d’élé, un des spectacles les plus curieux qu'on puisse voir, car l'air est éclairé d’une multitude de petites étoiles errantes, fugitives étincelles du plus charmant effet. Ces insectes présentent en dessous de l’abdomen, à lPextrémité, l'appareil phosphorescent comme une large plaque d’un jaune soufré, conservan! cette couleur chez les sujets secs de collection. Nous trouvons ces lucioles dans l'extrême midi de la France, près de Nice, de Marseille jusqu'à Grasse.

IL est d’autres mangeurs de colimaçons qui se montrent au jour et n’ont dès lors plus besoin des lueurs de feu des lampyres nocturnes. On connaissait depuis longtemps un petit coléoptère ailé et jaunâtre, à antennes munies de longs filaments, ressemblant de forme aux mâles des lampyres.

C'est le drile flavescent, le panache jaune de Geoffroy. Un naturaliste polonais élabli à Genève, Mielzincky, trouva dans les coquilles de lhelix nemoralis (la livrée, à coquilles à bandes) des larves qui dévoraient l'animal, mais 11 w’obtint de leurs métamorphoses que des insectes sans ailes, ressemblant beaucoup à ces larves carnassières et aux femelles de vers luisants, mais plus aplalies, dont il fit un genre spécial, ne connaissant pas les mâles. En France, G. Desmarest fut plus heureux. Ayant trouvé dans le parc de l’école vétérinaire d'Alfort un grand nombre de colimacons remplis de ces larves, 1l en vit sortir, des uns les petits driles aux élégants panaches, des autres les lourdes femelles, dix à quinze fois plus grosses que les mâles et re-

cherchées par ceux-ci. Le docteur Laboulbène a élevé à Agen les deux sexes du drile flavescent avec lPhelix hmbata, jolie espèce à trait blanc sur le dos de la spire. Nous rencontrerons par la suite d’autres exemples de ces bizarreries de la nature dans ces espèces dont rien ne montre au dehors la ressemblance des sexes. La larve du drile, d’un jaune blanchâtre, est transportée, on ne sait encore comment, sur la coquille du mollusque, et s’y fixe par une sorte de ventouse qu’elle porte à son extrémité postérieure, à la façon d'une sangsue. Ces larves aplaties ont de fortes mandibules et des bouquets de poils latéraux, des pattes assez longues et grêles. Elles se glissent entre l'animal et la coquille, le dévorent peu à peu, puis, quand elles deviennent nymphes, elles ferment l’entrée de la coquille avec la vieille peau de la larve. Une espèce très-voisine, observée en Algérie, près d'Oran, par M. Lucas, le drile mauritanique, offre un instinct plus singulier. La larve s'attaque à des cyclostomes, mollusques qui ferment l'entrée de leur coquille avec un opercule de même substance. Le vorace ennemi s’est cramponné par sa ventouse à la coquille, mais la porte est close et trop dure pour ses robustes mandibules. Il ne se décourage pas, il est persuadé qu'elle devra s’ouvrir. Sa patience égale son appétit ; il demeure en sentinelle parfois plusieurs jours. Le malheureux limaçon sait sans doute que la mort attend à l'entrée de sa maison, car il retarde sa sortie tant qu’il peut. Enfin, vaincu par le jeûne ou par le besoin de respirer, il détache son opércule. La larve du drile aux aguets le blesse aussitôt au

muscle qui fait adhérer la petite porte au corps du limaçon, de manière à empêcher à l'avenir cette porte de se clore, puis se glisse sans inquiétude à l’intérieur de la coquille, et, maitresse de la place, dévore à loisir le pauvre et inoffensif animal qui l'habite.

Nous allons retrouver les facultés lumineuses dans un autre groupe de coléoptères, de conformation remarquable à d’autres égards. Ce sont des insectes qui vivent habituellement de végétaux, mais qui, dans certains cas, peuvent devenir carnivores. lis sont de forme ellipsoidale, et plus ou moins aplatis. Leur tête est petite, leur corselet ou premier anneau du thorax, très-grand, en forme de trapèze allongé, rebordé latéralement, et plus ou moins prolongé en pointe aux angles postérieurs. Ce qui les fera immédiatement reconnaitre, c'est que, placés sur le dos, alors que leurs pattes trop courtes ne leur permettent pas de se retourner, 1ls savent sauter et retomber sur le ventre par un Ingénieux mécanisme. De là leur nom d’élatères, de taupins, de maréchaux, à cause d’un choc sec qu'ils produisent en sautant. Leur corps retourné se cambre en s'appuyant par la tête et par l'extrémité de l'abdomen. Une pointe du dessous du corselet pénètre, par un brusque mouvement de linsecte, dans une fossette du dessous de lanneau suivant ; en même temps le dos vient heurter avec force le plan d'appui, et, par réaction, l'animal est lancé en l'air, et recommence sa manœuvre jusqu'à ce qu'il retombe sur ses pattes (fig. 63, 64). Les larves de certaines espèces sont très-nuisibles à nos cultures,

et vivent dans les racines ; la plupart se trouve dans les bois décomposés. Ces larves sont cylindriques, revètues d’écussons cornés, à pattes courtes, mais fortes, avec de rares poils roides entre Les anneaux (fig. 65). La dureté dela peau et leur forme les ont fait nommer, par les Anglais et les Allemands, vers fils de fer. Nous représentons la larve d’une espèce étudiée par M. Blanchard.

Quelques espèces d'Amérique, appartenant au genre pyrophorus (porte- re feu), répandent une vive lueur phos- Organe de saut phorescente. Les plus célèbres (Pyro- % tupin (face): phorus noctilucus) abondent à la Havane, à la Guyane, dans le nord du Brésil (fig. 66). Leur lumière provient de deux taches sur les côtés du corselet, et aussi des anneaux de l'abdomen :

elle est assez vive pour permettre de lire à petite distance.

Les Indiens en attachent sur leurs orteils pour se gui der la nuit dans les sentiers des bois. [ls les capturent en balançant en l’air des charbons incandescents au bout d’un bâton, ce qui prouve que la lueur qu'ils répandent est pour eux un appel. On les renferme dans de petites cages de fil métallique, on les nourrit de morceaux de canne à sucre et on les baigne deux fois par jour ; ce bain est indispensable

Fig. 64. — Profil.

à leur santé et remplace pour eux les rosées du soir et du matin. La nuit ils s'élèvent par milliers à travers les feuillages. Lors de la conquête espagnole, une troupe nouvellement débarquée, et en hostilité avec a les premiers arrivants, crut

TA Vire murin, Voir les mèches d’arquebuses prêtes à faire feu et n’osa en-

gager le combat. Ces insectes deviennent des bijoux vivants, d’un bien autre éclat que les pierres précieuses. On les introduit le soir dans des petits sacs en tulle léger qu’on dispose avec goût sur les jupes. Ilen est d’autres à qui on passe sans les blesser une aiguille entre la tête et le corselet, et on la pique ensuite dans les cheveux pour maintenir la mantille, en les entourant de plumes d’oiseaux-mouches et de diamants, ce qui forme une éblouissante coiffure.

Fig. 66. Voici quelques détails que Pyrophore noctiluque. nous empruntons à ce sujet

à M. Chanut: «Ces insectes ser-

vent dejouet aux belles dames créoles de la Havane, où ils sont appelés cucujos. Souvent, par un charmant caprice, ellesles placent dans les plis de leur blanche robe de mousseline, qui semble alors réfléchir les rayons argentés de lalune, oubien elleslesfixent dans leurs beaux cheveux noirs. Cette coiffure originale a un éclat magique, qui s’harmonise parfaitement

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avec le genre de beauté de ces päles et brunes Espagnoles. Une séance de quelques heures, dans les cheveux ou sous les plis de la robe d’une señora, doit fatiguer ces pauvres insectes habitués à la liberté des bois. Cette fatigue se révèle par la diminution ou la disparition passagère de la lumière qu'ils émettent ; on les secoue, on les taquine pour la ramener. Au retour de la soirée, la maitresse en prend grand som, car ils sont extrêmement délicats. Elle les jette d’abord dans un vase d’eau pour les rafraichir ; puis elle les place dans une petite cage où ils passent la nuit à jouer et à sucer des morceaux de canne à sucre. Pendant tout le temps qu'ils s’agitent, ils brillent constamment, et alors la cage, comme une veilleuse vivante, répand une douce clarté dans la chambre. » Leurs larves se trouvent à l’intérieur du bois; c’est ce qui explique comment, au milieu du siècle dernier, le peuple du faubourg Saint-Antoine fut agité d’une frayeur superstitieuse, des cucujos, sortis de morceaux de bois des iles, s'étant répandus la nuit dans un atelier.

Ce sont les coléoptères à nourriture végétale qui vont maintenant nous occuper, à peu d'exceptions près. Les pièces de la bouche deviennent moins proéminentes et moins acérées. Au premier rang se présentent à nous les hannetons, aux antennes à larges lamelles, s'écartant à la volonté de l'animal, plus amples chez le male que chez la femelle, Nous sommes habitués à rire à la pensée de cet insecte sans défense, jouet infortuné des enfants, au vol

lourd, retombant au moindre obstacle, ou ballotté

par le vent, ce qui a amené le proverbe : Etourdi comme un hanneton. Les agriculteurs ne rient pas à

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tFig, 67. — Hanneton commun, mâle et femelle.

la vue du hanneton ordinaire (melolontha vulgaris), au corselet noir, aux élytres et pattes fauves (fig. 67). A l’état parfait, le hanneton ne vit pas au dela de six semaines, généralement du milieu

d'avril à la fin de mai. Il se tient sous les feuilles pendant la forte chaleur du jour qu'il redoute beaucoup ; il dévaste tous les arbres, aimant principalement les ormes, dont les enfants désignent les fruits sous le nom de pain de hanneton. Ce n’est que par exception qu'il touche aux plantes herbacées. La durée totale de la vie du hanneton est de trois ans. La femelle, avec ses fortes pattes de devant, creuse le sol pendant la nuit, à un ou deux décimètres de profondeur, et y dépose de vingt à trente œufs d’un blanc jaunâtre, de la grosseur d’un grain de chènevis. Son instinct la conduit à choisir les terres les plus légères et les mieux fumées pour leur confier sa progéniture ; ce sont les terres où les végétaux abondent et qui sont les plus perméables à Pair, nécessaire à tout être vivant. Elle évite avec soin les lieux marécageux, les terres qui reposent sur un fond de glaise, ou compactes et battues que les jeunes larves ne sauraient percer ; elle redoute pour elles l’ombrage des grands arbres, ne pond pas dans les taillis serrés, n1 sous les arbustes touffus et dont Les branches et les feuilles descendent jusqu’à terre. La prudence conseille aux cultivateurs de terrains secs et légers de s'abstenir de fumer et labourer au printemps, et de remettre ces travaux après la ponte. L'état dela terre à celte époque explique comment, de deux champs contigus, l'un peut être ravagé par les vers blancs et Pautre épargné. Les cultures de Phomme et ses labours, rendant la terre perméable, ont fait devenir le hanneton plus commun qu'il ne devrait être naturellement. Dans les années où il abonde, on peut en effet

remarquer dans les bois que ce sont les arbres des lisières, contre les champs cultivés, qui sont dépouillés de leur feuillage, et que le hanneton n’est jamais dévastateur au centre des grandes forêts. Un mois après la ponte sortent des œufs ces larves recourbées, à têle dure et cornée, à pattes grèles, d'un fauve terne, dont la peau est gonflée d’une oraisse blanchätre et paraît noirâtre à l'extrémité postérieure par amas des excréments (fig. 68, 69). Ce sont les insectes connus, selon les pays, souslesnoms de ver blanc, ture, man, terre, engraisse-poule, chien de terre, etc. Les corbeaux et les pies, er qu'onvoitconstam- Fig. 68, 69. ment picorer de

Larve de hanneton. motte en motte |

leur font une guerre très-acharnée, mais bien insuffisante. Les petites larves mangent peu la première année, restant réunies en famille. En hiver , elles s’enfoncent profondément, échappant ainsi à la gelée et aux inondations. Au printemps suivant, la faim les presse, elles se dispersent en tous sens dans des galeries qu’elles creusent. Alors commencènt d’affreux ravages. Les racines sont dévorées, d’abord celles des céréales et des légumes, puis, lorsque les larves sont plus fortes, les racines des arbustes et des arbres. Bien que mangeant toutes les racines, et même le bois mort,

COLÉOPTÈRES. 101 les vers blancs ont une prédilection pour les salades et les fraisiers, et parmi les rosiers, pour ceux des quatre saisons. Sur les racines des arbustes, les morsures des vers blancs s'étendent dans toute la longueur et simulent celles des rats; les plantes potagères, au contraire, sont en général coupées au Collet en travers, et viennent à la main dès qu’on les tire. D’immenses pièces de gazon, de luzerne, d’avoine ou de blé jaunissent et meurent. Les rosiers, les arbres à fruits se fanent sur pied, et on trouve parfois autour de chaque souche de deux à huit litres de vers blancs. Aussi jadis les foudres de l’excommunication furent lancées contre ces ennemis souterrains, ainsi que contre les chenilles. Les mans, cause d’une famine, étaient cités en 1479 devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne, défendus par un avocat de Fribourg, probablement trop peu éloquent ou mal à l'aise devant les méfaits de ses clients, car le tribunal, après müre délibéralion, les bannit formellement du territoire. Il faut dire, à la décharge de ces pieuses et naives croyances, que nous ne sommes pas plus avancés aujourd'hui contre leurs dévastations. C’est encore à la Providence, par suite de gelées subites au printemps, qu'il est donné d'en détruire le plus grand nombre. Leurs ravages semblent augmenter d'année en année, avec l'extension de nos cultures. Ainsi, en 1854, un seul pépiniériste de Bourg-la-Reine évaluait à 50,000 francs la perte que lui causait cette terrible larve. M. de Reiset estimait, il y a trois ans, à 25 millions, les dommages causés au seul département de la Seine-Inférieure. Il a reconnu

que les vers blancs, très-sensibles à la chaleur, s’'enfoncent ou reviennent près de la surface, selon les variations de la température.

Ces larves s’enterrent et s’engourdissent pour passer le second hiver et sont alors aux quatre einquièmes de leur taille. Elles remontent au printemps et continuent pendant deux mois et demiles ravagesdel'année précédente, s’altaquantalorsmème aux racines des arbres, dont leur forme arquée leur permet d'embrasser le contour. Vers le milieu de l'été de la seconde année qui a suivi Pannée de la ponte, le ver blanc, parvenu à toute sa croissance, : s'enfonce profondément à plus d’un demi-mètre, se façonne une coque enduite d’une bave glutineuse, consolidée par la pression de son corps. Il s'y change en nymphe où les élytres et les ailes couchées recouvrent les pattes et les antennes (fig. 70, 71).

Fig. 70, 71. Dès la fin d'octobre, la plus

Nymphe de hante. orande partie des hannetons sont devenus insectes parfaits, mais encore d’un blancjaunâtre, mous et sans force. Ils passent l'hiver dans la chambre natale, se durcissent et se colorent en général vers la fin de février et remontent peu à peu pour sortir de terre en avril. Dans les hivers très-doux, on voit paraitre accidentellement des insectes adultes beaucoup plus tôt, trompés par une chaleur insolite. Voilà pourquoi nous avons tous les trois ans une année à hannetons ; Ceux qui paraissent en bien moins grand nombre dans les deux

COLÉOPTÈRES. 195 autres années forment des générations dont l’origine première est une éclosion précoce ou retardée.

Pendant tout l'hiver on trouve des hannetons, éclos et colorés, dans les labours, dans les trous qu'on pratique dans les vergers pour planter les arbres. Dans les années chaudes, on en voit voler dans les mois de septembre et d'octobre, ce qui fut constaté dans tout le nord de la France en 1865. En janvier 1854, il en parut dans le Wurtemberg et en Suisse. Cela se présente dans les hivers trèsdoux où les adultes sont trompés par une chaleur insolite.

La vie entière du hanneton, qui est en France de trois ans, peut se répartir à peu près de la manière suivante, les dates, n’ayant, bien entendu, qu'un sens approximatif :

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