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CHAPITRE IV

NEVROPTERES.

Les Iburmilions et leurs pièges. — Les ascalaplies. — Les némoptères. — Les panorpes, métamorphoses nouvellement connues. Le.i bittaques, les borées. — La semblide de la boue. — Les piiryganes; larves à fourreaux mobiles, larves à abris fixes.

Une partie seulement des névroptères offre des métamorphoses complètes, ce qui nous oblige à scinder en deux sections l'histoire de ces insectes, à mœurs très-variées, comme les précédents, habitant les uns la terre, d'autres les eaux à leurs premiers âges.

Si l'on se promène pendant la belle saison sur des terrains secs et légers, et surtout contre les excavations d'où on retire du sable, il n'est pas rare que les yeux soient frappés par des entonnoirs creusés avec une régularité parfaite. Au fond apparaissent quelquefois deux crochets recouverts de sable. Ils appartiennent à une larve d'un gris

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rosé, courte, ramassée, à six pattes,' les deux paires antérieures dirigées en avant, la troisième en arrière. La tête est large, carrée, munie de deux mandibules en crochets acérés, avec un orifice absorbant communiquant à la bouche et permettant la succion. Cette larve ne peut marcher qu'à reculons. Elle creuse son entonnoir en moins d'une demi-heure, en décrivant en arrière des tours de spire de diamètre décroissant. Sa robuste tête lui sert de pelle pour rejeter le sable, chargé par une de ses pattes de devant. Puis elle se tapit cachée au fond de l'entonnoir de sable, bien exposé au midi, car la rusée chasseresse paraîtfrileuse(fig. 96). Tout

Fig. 96. Eiitoimuir du Founuiiion.

est prêt. Si quelque malheureux insecte vient rôder autour de l'abîme mouvant, le sable s'écroule sous ses pas. 11 cherche à se cramponner au talus ; une

pluie de sable, lancée du fond du trou par la larve, l'aveugle et l'étourdit. Il tombe; aussitôt les crochets cruels s'enfoncent dans son corps, et tout ses fluides sont sucés, comme par une araignée. Puis le cadavre est lancé hors du trou d'un coup de tète, et la larve recommence l'affût. Comme les fourmis sont souvent ses victimes, on nomme le genre auquel elle appartient myrméléon ou fourmilion. Le Myrmeleo forniicarius se trouve aux environs de Paris, mais s'avance peu au Nord. On le rencontre encore à Compiègne. Par une erreur singulière, Réaumur croyait que la larve n'avait pas d'orifice anal. Il est très-petit, et les excréments très-fins se perdent dans le sable. Elle se file un cocon ovoïde en soie tout satiné à l'intérieur, revêtu à l'extérieur de grains sableux, et y devient une nymphe à parties bien visibles, recouvertes d'une mince pellicule. On est étonné de la grandeur des ailes de gaze de l'élégant insecte qui sort de cette petite nymphe. On dirait, au premier aspect, une libellule ou demoiselle. Ses antennes grenues, terminées par un renflement, l'en distinguent (fig. 97). En outre, pour qui l'a vu voler, il est impossible de faire confusion. Ses ailes molles s'agitent lentement, et il est obligé de se reposer bientôt, tandis que les libellules ont un vol trèsrapide et longtemps soutenu. Il répand une odeur de rose, comme plusieurs autres insectes des sables.

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Les espèces de ce genre augmentent à mesure qu'on s'avance vers les régions cliaudes. On ren-

Fig. 97. Fourmilion adulte.

contre, dans la partie la plus méridionale de la

France, et sortant du repos seulement sous les

rayons les plus ardents du soleil, une grande et

superbe espèce, à ailes tachetées

de noir, le Myrméléon libelluloïde.

(fig. 98), Sa larve ressemble à

celle de l'espèce parisienne, mais

beaucoup plus forte, également

avide du sang des insectes. On

dit qu'elle peut se diriger en

avant et chasse à découvert dans

les lieux arides et sablonneux, Larve de Myrméléon

mais sans creuser d'entonnoir; iibeiiuioïde. cependant le fait n'est pas parfaitement certain (tig. 99).

Fis.99.

Les Parisiens connaissent très-peu de magnifiques insectes, au vol le plus vif pendant les chaudes journées où le soleil brûle la terre de ses rayons : ce sont les ascalaphes. Des ailes amples, variées de noir et de jaune", un corps noir, velu, de longues antennes avec une large massue à l'extrémité, comme chez les papillons de jour, les caractérisent. On en signale plusieurs espèces, trèsanalogues. L'Ascalaphelongicorne se montre toujours rare dans le centre de la France et se trouve au mois de juillet près de Paris, sur les coteaux secs de Lardy et de Poquency ; on observe en Provence YAscalaphe méridional (fig. 100). Les mâles, à la recherche des femelles, volent avec la plus grande vélocité le long du versant des collines arides, au plus ardent soleil. La femelle s'élève verticalement, quand le

Fi^. 100. Fig. 101.

Ascalaphe méridional. Larve d'ascalaphe.

mâle vient à passer au-dessus d'elle, comme une pierre lancée avec force. Les deux insectes s'accro-

Fig, 98. .Myrméléon libelluloïde.

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chent par leurs ongles arqués et le couple va se poser sur quelque plante. Quand ces puissants voiliers se reposent quelques instants, c'est sur l'extrémité des plantes. Les larves des ascalaphes ont une tête très-grande, des tubercules épineux aux anneaux de l'abdomen. Leurs mandibules sont percées, comme chez les larves de fourmilions, de manière à sucer le sang des insectes (lig. 101). Elles ne font pas d'entonnoirs, marchent en avant, se cachent dans les petites pierres et les détritus, et de là s'élancent sur les insectes qui passent. On peut dire qu'elles sont aux fourmilions immo])iles et rétrogrades ce que les araignées sauteuses sont aux araignées tendeuses de toiles.

Il serait curieux de rechercher les premiers états, encore inconnus, des némoptères, à ailes élégamment maculées de jaune et de noir, et dont les ailes inférieures sont très-gréles, presque linéaires, souvent dilatées en spatule à l'extrémité. On rencontre l'espèce la plus commune dans les îles de l'Archipel et en Egypte; cette espèce, ou une très-voisine, existe aussi en Espagne et en Portugal, et, dit-on, très-rarement en France, aux environs de Perpignan (.tig. 102). Nous serions heureux de provoquer à ce sujet d'intéressants travaux.

On observe dans les bois, les jardins, et souvent à la fin de l'hiver, colles aux vitres, à l'intérieur

des maisons de campagne, de délicats insectes, au corps grêle, aux ailes finement réticulées de vert

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Fig. 102. Némoptère de Cos.

OU de jaune, aux yeux très-saillante et d'une teinte d'or ou de cuivre poli. Ils laissent entre les doigts, si on les saisit, l'odeur la plus infecte, plus infecte encore que celle des coccinelles, autres mangeurs de pucerons. Cette sécrétion paraît être la seule défense d'animaux aussi débiles, dont le vol est faible et de courte durée. De longues et fines antennes surmontent leur tête. Ce sont les hémérobes ou demoiselles terrestres. Elles pondent sur les tiges ou sous les feuilles des œufs très-singuliers, portés sur de longs filaments, qui les firent prendre pour des champignons par les premiers observateurs et décrire comme tels. La femelle vole un peu après

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avoir déposé l'œuf, de sorte que la matière gluante qui l'entoure s'étire et se solidilie à l'air en pédicule. Il naît de ces œufs des larves ressemblant à celles des fourmilions, mais plus élancées, à tète moins aplatie. Elles marchent en avant, sur les tiges et les feuilles, à la chasse des pucerons, dont elles font un grand carnage, enfonçant dans leur corps dodu et succulent leurs longues mandibules percées d'un canal pour la succion. Aussi l'habile historien des mœurs des insectes, Réaumur, les appelle les lions des pucerons. Elles attaquent aussi les chenilles. Parvenues à toute leur croissance, elles filent dans les replis de quelque feuille une très-petite coque de soie, de forme sphérigue, et l'insecte parfait en sort au bout d'une quinzaine de jours. On est tout étonné de ses dimensions si on le compare à la nymphe ramassée qui était dans cet étroit cocon. Les nombreuses espèces de ce genre se ressemblent beaucoup et sont difficiles à distinguer. Nous avons choisi, pour la faire figurer, la plus grande espèce de France, d'un genre trèsvoisin, YOsmyle tacheté, qu'on trouve près de Paris, au mois d'août, dans les arbustes qui bordent les ruisseaux et les mares (fig. 103). Ce bel insecte est toujours rare. Sa larve vit dans la terre humide et monte après les tiges des plantes pour se métamorphoser en nymphe.

Les névroptères carnassiers terrestres nous of-

frent encore un groupe singulier par le prolongement des pièces de la bouche, rassemblées en une

Fig. 103. Osmyle tacheté.

sorte de bec perforant. Aristote et Théophraste avaient observé les panorpcs et, trompés pat une analogie fort grossière, les appelaient mouchesscorpions, distinguant alors deux sections dans les scorpions, les uns fixés au sol et sans ailes, les autres pouvant s'élancer dans les airs pour saisir leurs victimes. Les panorpes se tiennent dans l'herbe et dans les broussailles, depuis le mois de mai jusqu'à la fin de l'été. Elles ont le corps grêle, porté sur de longues pattes, tacheté de jaune et de noir. Quatre ailes droites, maculées de noir, chevauchent au repos l'une sur l'autre et recouvrent l'abdomen (fig. 104, 105). Chez le mâle, l'abdomen se recourbe à l'extrémité sur le dos, et son dernier anneau se termine par un crochet rougeâtre et gonflé qui offre quelque ressemblance avec la grifîe courbe qui termine la queue relevée du scorpion ; mais ici il n'y a pas de poche à venin, et, en regardant mieux, on voit que le crochet est double. Les

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deux pointes sont insérées sur deux tubercules renflés et forment une pince destinée à saisir la

Fis. 106.

Pince du mâle.

Fig. 104 et lO.ï. Panorpc reinelle et mâle.

femelle (fig. 106). L'abdomen de celle-ci se termine tout différemment; sesanneaux s'effilent en un long tube rétractile propre à la ponte des œnfs. En liberté , dans la nature, ces insectes montrent leur audace et leur bravoure. Ils saisissent au vol les moucbes et les papillons, les percent de leur bec puissant et les dévorent posés sur les plantes. On les voit souvent se jeter sur des libellules de beaucoup plus grande taille, les renverser et les tuer.

Bien que ces panorpes soient communes, ce n'est que tout récemment que leurs premiers états ont été bien connus et décrits en Allemagne par M. Bauer. Les larves et les nymphes vivent en effet profondément cachées dans les terrains humides. M. Bauer réussit à élever pendant six semaines une paire de ces insectes en les nourrissant de pommes.

Fig. 107.

Panorpe femelle pondant.

de pommes de terre et de viande crue, et à les faire reproduire. La femelle dépose ses œufs dans la terre (fig. 107). Ces œufs, d'abord blancs , deviennent ensuite d'un vert brunâtre , avec des lignes d'un brun foncé. Ils sont volumineux et éclosent au bout de huit jours. La larve molle se tient courbée (;t se nourrit de débris organiques. En captivité, on peut lui faire manger de la viande pourrie et du pain. Elle grandit peu d'abord, subit plusieurs mues, et ne parvient à toute sa croissance qu'au bout d'un mois. Sa couleur est en dessus d'un gris rougeâtre et blanchâtre en dessous. La tête a la forme d'un cœur, des yeux saillants, de fortes pièces buccales. Les anneaux du thorax ont de petites pattes cornées, les autres charnus ont des pattes abdominales molles et en forme de cône. Sur le dos des trois derniers anneaux sont des slylets cylindriques terminés par de longues soies. Le dernier anneau porte quatre tubes qui déversent une liqueur blanche. Ordinairement tranquille, elle sait se mouvoir avec rapidité si on l'effraye. Pour se changer en nymphe, elle s'enfonce plus profondément dans la terre et conserve encore assez longtemps

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sa forme. Ce n'est qu'au bout de dix à vingt jours qu'elle devient nymphe, laissant voir alors la forme définitive de l'insecte et deviner son sexe (fig 108, 109). Elle offre déjà les couleurs de l'adulte, avec cette différence que le jaune est beaucoup moins

Fig. 108, 109. Larve et nymphe de panorpe, très-grossies.

intense, surtout en dessous. C'est au bout de quinze jours environ que l'insecte remonte à la lumière. Il lui a fallu neuf semaines pour atteindre, à partir de l'œuf, son entier développement. Comme lespanorpes n'apparaissent pour la première fois qu'au

commencement de mai, il en résulte qu'il ne peut y avoir que deux générations par an. Les larves de la seconde génération passent l'hiver sous la terre et donnent les adultes de mai.

Le midi de la France possède un autre genre de ces névroptères à bec, de mêmes mœurs, la Bittaque tipulaire, dont l'aspect est celui d'un grand cousin qui aurait quatre ailes (fig. 110). Cette espèce, diton, se rencontre très-rarement et d'une manière

Fig. 110.

Bittaque tipulaire.

Fig. 11 :

Borée hyémal grossi.

accidentelle près de Paris. On ne connaît pas ses métamorphoses, et il en est de même pour un autre genre de très-petite taille , le Borée hyémal. La tête présente un rostre, comme les panorpes. Les borées sautent, et sont d'un noir luisant avec des reflets d'un vert de bronze. Les mâles ont des ailes amincies en soie, finement ciliées, les femelles

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n'o.nt que de très -petits rudiments d'ailes, avec une tarière aiguë destinée à la ponte, presque aussi longue que la moitié du corps (fig. 111). C'est dans le nord de l'Europe, en Suède, et dans les régions élevées des Alpes, qu'on rencontre ces singuliers insectes, en troupes considérables sur la neige.

Dans le précédent ordre d'insectes, les larves vivaient dans l'eau, ainsi celles des dytiques et des hydrophiles, mais ne cessaient pas de respirer l'air en nature. Les moyens employés par le Créateur sont multiples, appropriés à des circonstances que nous ne saisissons pas toujours. Aussi ne devons-nous pas nous étonner si les larves aquatiques des névroptères nous présentent un autre mode de respiration, la respiration au moyen de branchies, organes qui absorbent l'air dissous dans l'eau, comme on le voit chez les poissons, les écrevisses, les huîtres, etc. Les eaux vaseuses contiennent en abondance des larves allongées, à tête écailleuse, pourvues d'yeux, de mandibules arquées et de courtes antennes ; elles vivent de proie. Les anneaux de l'abdomen portent des paires de filets libres, flottants, perpendiculaires au corps et articulés en quatre pièces qui vont en s'effilant. Les nymphes sont terrestres ; aussi les larves quittent l'eau et gagnent la terre sèche, au pied des arbres, parfois à plusieurs mètres de distance de l'eau. Elles s'enfoncent en terre et vivent encore

environ quinze jours avant de se transformer, respirant alors l'air gazeux au moyen de ces mêmes branchies, qui auparavant fonctionnaient dans l'eau. C'est un fait curieux, analogue à celui des crabes de terre ou toicrlourous, de nos colonies des Antilles. Elles se creusent une cavité ovoïde et y deviennentune nymphe, immobile et molle, offrant des antennes, des pattes, des rudiments d'ailes et des couronnes de poils roides aux anneaux de l'abdomen. Ces nymphes laissent éclore sur place l'adulte qui sort de terre en y abandonnant intacte sa peau de nymphe. L'espèce très-commune est la Semblide de la boue, à ailes réticulées de noir, d'aspect enfumé, les postérieures très-larges, recouvertes au repos par les antérieures en forme de toit un peu renflé sur les côtés (fig. 112, 1 13, 1 14).

Fig. 112, 113, 114. Semblide de la boue, adulte, nymphe, larve.

Les semblides ne vivent que quelques jours à l'état parfait. Le mâle est d'environ un tiers plus petit que la femelle. Celle-ci pond sur les feuilles, les roseaux, les pierres, les murs, des œufs allongés à l'extrémité, et que la mère dispose les uns contre

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les autres, comme des petites bouteilles. La jeune larve est quelquefois forcée de parcourir une certaine distance pour se rendre à l'eau.

Les pêcheurs à la ligne connaissent parfaitement des larves, que Réaumur plaçait dans ses Teignes aquatiques, et dont le corps mou et délicat est protégé par des fourreaux très-variés. Elles s'y cramponnent par des crochets, placés à l'extrémité de l'abdomen, et il faut un certain effort pour les retirer du fourreau quand on veut s'en servir pour amorcer la ligne. On les nomme casets, d'après cette habitude de se renfermer dans une case, charrées, parce qu'on les voit souvent traîner après elles ces fourreaux. Les paysans les appellent por/ebois, porte- feuilles, porte-sables, parce que, selon les espèces et selon les eaux, les fourreaux sont recouverts de substances différentes. Le nom scientifique qui leur a été donné par Belon, notre vieux naturaliste des habitants des eaux, et adopté par Linngeus, celui de phryganes, a la même signiiication, car il veut dire fagot, réunion de petites branches. Ces insectes aquatiques, après avoir fixé l'attention des anciens observateurs, ont été étudiés avec soin par C. Duméril, puis par M. Pictet, à qui nous emprunterons quelques curieuses figures. Les œufs pondus par les femelles sont renfermés dans des sortes de boules gélatineuses qui se gonflent dans l'eau et se fixent aux pierres. Cette gelée conserve

l'œuf quand les petites mares et les ruisselets sont à sec pendant les chaleurs de l'été, et nous expliquent comment on peut trouver des phryganes dans des fossés qui ont été privés d'eau pendant plusieurs mois. La larve s'aperçoit dans l'œuf transparent, comme un petit ver sans pattes; elle éclot peu de jours après la ponte, sort de l'œuf, puis de la gelée, après avoir séjourné plusieurs jours dans celle-ci. Elles sont alors comme de petites lignes noires. Les coques des œufs restent dans la gelée, qui bientôt se détruit. Toutes les larves de ce groupe vivent dans l'eau, mais se partagent d'après leurs mœurs en deux sections. Les phryganes proprement dites se construisent des étuis mobiles dont nous allons parler; d'autres genres ne bâtissent que des abris fixes, plus ou moins imparfaits, contre le sol et les grosses pierres. Il est facile d'élever ces larves dans des aquariums et de voir leurs singuliers travaux; c'est ce qui nous engage à entrer dans certains détails.

Si les larves à étuis mobiles vivent dans les eaux courantes, elles attachent leurs étuis par quelques fils de soie ; dans les eaux stagnantes elles flottent ou marchent au fond de l'eau. L'abdomen est toujours protégé par l'étui; la tête et le thorax sont souvent plus ou moins dehors, et la larve se cramponne par les pattes. Tout rentre dans l'étui si l'animal est inquiété. Les anneaux de l'abdomen

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portent des houppes molles et couchées transversalement pour se placer commodément dans l'étui (fig. 115). Ce sont des sacs branchiaux, communiquant avec les trachées intérieures et servant à la respiration par l'eau aérée sans que l'animal ait besoin de venir à la surface. Ces larves sont omnivores. On les élève bien avec des feuilles dans l'eau, des feuilles de saule par exemple , en ayant soin de renouveler l'eau trèsfréquemment, car elles meurent vite dans l'eau corrompue. Les grandes espèces mangent toute la feuille en commençant par le bord, les petites ne vivent que du parenchyme en laissant intactes les nervures. En outre, comme leurs mâchoires sont peu tranchantes, elles mangent les parties molles des insectes aquatiques ou de leurs compagnes sorties par accident de l'étui

Fig. 115.

Larve de phrygane rhombique.

protecteur. L'instinct porte les larves, dès leur naissance, à s'entourer d'étuis cylindroïdes, un peu plus larges en avant qu'en arrière. Leur intérieur, toujours lisse, est formé par un tissu fin et assez fort de soie produite par deux glandes placées de chaque côté du corps et sortant par la filière de la bouche. Le fourreau est toujours fortifié par des matières étrangères qui lerecouvrentà l'extérieur. Chaque espèce choisit ses matériaux et les dispose suivant une loi régulière et prédestinée. Ainsi la phrygane rhombique (que nous figurons) (fig. 116, 117), dispose transversalement des brins de bois

Fig. 116.

Phrygane rhombique.

Fig. 117.

Phrygane au repos.

et des débris végétaux (fig. 118, 119); d'autres espèces disposent ces mêmes matériaux longitudinalement, d'autres en spirale. La Phrygane flavicorne se sert volontiers de petites coquilles , ainsi de planorbes très-jeunes, pour constituer son étui, et souvent les mollusques continuent

Fig. 118, 119 Fourreaux réculiers.

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de vivre. Réaumur dit à ce sujet : « Ces sortes d'habits sont fort jolis, mais ils sont aussi des plus singuliers . Un sauvage qui, au lieu d'être couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de taupes ou autres animaux vivants, aurait un habillement bien extraordinaire ; tel est en quelque sorte celui de nos larves. » Les espèces qui se servent de pierres ou de sable ont des étuis plus réguliers et plus constants que celles qui emploient les matières végétales. L'instinct de construction est perfectible et laisse parfois entrevoir une lueur d'intelligence. Ainsi une larve habituée à faire un étui de pailles ou de feuilles, mise dans un vase où il n'y a que de petites pierres, finit par s'en servir pour se construire un étui inaccoutumé. Si on expulse une larve de son étui en la poussant en arrière avec une pointe mousse, elle cherche à y rentrer par la plus large extrémité, celle de la tête, mais alors elle doit se retourner ou couper l'étui et le moditier. Si on le lui retire, elle en fait un autre. Supposons la larve nue se promenant sur un fond sablé de petites pierrailles. Elle reconnaît d'abord et choisit ses matériaux. Elle fait ensuite

une voûte de deux ou trois pierres plates, soutenues et liées par des fils de soie et se loge en dessous. Puis elle choisit les pierres une à une, les tient entre ses pattes et les présente, comme un maçon, de manière qu'elles entrent dans les intervalles des autres et que les surfaces planes soient intérieures. Quand la pierre est bien placée, la larve la colle par des fils de soie aux pierres voisines. C'est toujours par la partie postérieure que se commence l'étui. Les étuis de petites pierres, les plus longs à construire, demandent cinq à six heures.

La larve doit venir à l'état de nymphe, immobile, impropre à se défendre. Il faut un surcroît de précautions. Elle ferme les extrémités de son étui par des fils de soie, à interstices assez lâches, laissant passer l'eau. Ces grilles de soie sont fortifiées par des brins de bois, des herbes, des pierres. Les nymphes laissent voir les organes de l'adulte; elles ont sur le dos des panaches de filaments blancs, servant à la respiration. Elles font osciller presque constamment l'abdomen dans le fourreau. Au bout de quinze à vingt jours, elles rompent la grille, sortent du fourreau, et on voit ces nymphes blanchâtres nager librement dans l'eau, le plus souvent sur le dos, au moyen de leurs pattes intermédiaires ciliées, servant de rames (lig. 120). G. Duméril a pu ainsi en conserver vivantes et mobiles pendant huit

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jours, en les empêchant de sortir de l'eau où elles ne sauraient se transformer. Vient-on à présenter un support à cette nymphe , elle le saisit, puis, quand elle est hors de l'eau, on la voit tout d'un coup se boursouffler comme une vessie pleine d'air. Elle se déchire sur le dos; par cette crevasse saillit le corselet entraînant les ailes; celles-ci s'allongent et s'étendent. Les antennes se déroulent comme par ressort, puis les pattes se déplient, enfin l'abdomen sort de la peau, qui reste en place complète et transparente comme un spectre.

Comme les nymphes marchenttrèsmal sur la terre, l'éclosion a toujours lieutrès-près du bord de l'eau.

Les phryganes adultes , d'abord pâles et molles, ne se colorent phrygane poilue complètement qu'au bout de quel- (nymphe grossie). ques heures. Elles ne mangent pas à l'état adulte et leur bouche est rudimentaire. Leurs couleurs sont peu variées, le gris jaunâtre y domine. Leurs ailes sont poilues. L'aspect de ces insectes rappelle certains papillons de nuit; aussi furent-ils appelés mouches papillonnacées. Elles volent peu et ne quittent guère le bord des eaux. Pendant le jour elles

se tiennent sous les feuilles des buissons, sur les murs, les troncs H'arbres; les ailes supérieures

sont alors repliées en toit sur les inférieures, bien plus larges et plus délicates (fig.

121). Ces ailes supérieures sont des sortes d'élytres. Au repos, les longues antennes sont accolées et dans le prolongement du corps. Si ^^ la phrygane entend quelque bruit, elle les écarte vivement, puis s'envole à quelque distance. Le printemps et l'automne voient paraître des espèces différentes, dont, dans sa durée totale, la vie est d'un an. Le soir, les phryganes volent au-dessus des ruisseaux et sont parfois si nombreuses que certaines espèces forment des nuées au-dessus des rivières. Comme tous les insectes nocturnes, la lumière les attire , et on les trouve parfois en grand nombre sur les réverbères des quais.

Il y a de petites espèces, très-analogues à l'état adulte, mais dont les larves ont certaines différences. Ce sont les rhyacophUes et les hydropsijckes.

Fig. 121.

Phrygane poilue , adultes.

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Il est de ces larves qui ont des branchies en touffes, et en outre, au bout de l'abdomen, deux longs pédicules à crochets entre lesquels sortent quatre tubes rétractiles communiquant avec les trachées. D'autres n'ont pas de branchies et offrent à l'abdomen deux tubes pour respirer l'air au dehors (fig. 122, 123, 124, 125). Toutes ces larves se

Fig. 122, 123, 124, 12).

Hydropsyche atomaire, larve, adulte, nymphe, sa maison.

font des abris momentanés et fixes, dont elles sortent au reste souvent pour y rentrer à volonté. Le plus souvent l'abri consiste en une calotte en réseau de fils de soie, collée à une pierre plate, à une souche, à une tige immergée. Cette calotte est

fortifiée de corps étrangers, herbes ou pierres, et la larve rampe en dessous, dans un canal ménagé entre la pierre et la calotte. Telles sont les larves d'hydropsyches sans branchies. Parfois les réseaux sont très-grands, lâches, irréguliers, et plusieurs

Fig. 126, 127, 128, 129, 130.

Hhyacophile vulgaire, larve, nymphe, abri, cocon et adulte mâle.

larves se logent dedans. Parfois ces réseaux flottent dans la vase. Enfin il est des larves qui se font des boyaux sinueux en terre durcie, dont un côté est appliqué contre une pierre, et circulent dedans; la pierre en paraît réticulée. Au moment de se changer en nymphes, toutes ces larves ferment les en-

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trées et sorties de leur dernier abri fixe, façonné avec plus de solidité que les précédents. Les rhyacophiles présentent une particularité propre; leur nymphe n'est pas libre, comme chez les autres insectes qui nous occupent; outre l'abri fixe, la larve se file une seconde enveloppe soyeuse, exaclement adaptée à son corps, et subit sa métamorphose dans ce véritable cocon (Hu. 126, 127, 128, 129, 130).

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