‹ Les métamorphoses des insectes (volume 3)Chapitre 7 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les abeilles; mères, faux-bourdons, ouvrières. — Éducation des larves, influence de la nourriture. — Les mélipones ou abeilles sans aiguillon. — Les bourdons. — Parasites de leurs nids.

— Abeilles solitaires, perce-bois, maçonnes, coupeuses de feuilles et tapissières. — Guêpes et poiistes. — Guêpes solitaires. — Hyménoptères fouisseurs. — Fourmis, travaux, soins maternels, combats. — Essaimage des mAles et des femelles.

— Ichneumoniens zoophages. — Cynips et galles végétales.

— Hyménoptères porte-scies; ravages, perforations.

Si notre intention était de faire connaître dans leurs merveilleux détails l'intelligence et l'instinct, les mœurs et l'industrie des insectes, aucun ordre de classe ne nous arrêterait aussi longtemps que les hyménoptères qui tiennent le premier rangparleurs aptitudes. Nous trouverons, au contraire, une grande uniformité dans l'étude des larves et des nymphes. La majeure partie des hyménoptères ont des larves privées de pattes et demeurant toute leur vie dans le berceau où la mère est venue

pondre son œuf. Rien ne varie plus que cette première demeure, ainsi que l'alimentation propre au jeune insecte. Un instinct admirable a guidé la mère dans le choix et la disposition de ces nids , et dans leur approvisionnement, et toute la vie de l'adulte est destinée à assurer la conservation d'une postérité que la mère ne connaîtra jamais dans la plupart des cas. Les différentes provisions qui serviront à nourrir les larves nous amènent , de la manière la plus naturelle, à classer les objets de notre examen.

Les mets les plus délicats et les plus suaves , puisque les anciens en faisaient le seul aliment des dieux immortels, sont offerts à la progéniture des hyménoptères mellifîques. Le nectar, ou miel des fleurs, mêlé à leur pollen, constitue une gelée parfumée, sorte d'ambroisie, servie à ces enfants débiles, et soignés avec la plus tendre et la plus inquiète sollicitude. Les anciens, qui ne connaissaient pas le sucre , avaient divinisé le miel exquis des habitantes de l'Hymète et de l'Ida. Ils savaient qu'il existait dans chaque ruche d'abeilles un individu unique, mais ils le croyaient mâle, et le nommaient roi (paatXeuç, rex); malgré les idées prédominantes de la génération spontanée des abeilles, Aristote avait pressenti avec doute leur reproduction sexuelle; il semble croire que les faux-bourdons sont des femelles, et les ouvrières

des mâles particuliers. C'est Swammerclam qui le premier, par une anatomie interne , établit la vérité à cet égard. L'individu unique est une mère ou femelle, qui porte à tort le nom de reine , car elle n'exerce pas de commandement; les faux-hourdons ne sont pas ses soldats , mais ses époux aléatoires; les ouvrières ne sont pas ses sujets, mais de singuliers et nécessaires compléments de sa fonction maternelle. En effet si deux êtres différents sont en général nécessaires, mais suffisants, pour assurer la perpétuité de l'espèce , les insectes nous offrent certains exemples où il en faut un plus grand nombre. La ruche n'est ni une monarchie ni une république , c'est une communauté de trois sortes d'individusindispensables pour lareproduction, et chez qui tous les instants de l'existence concourent à ce but, avec la plus parfaite concordance harmonique. Les faux-bourdons servent à assurer la fécondité entière de la mère ; mais cette mère, cette reine imaginaire que ses enfants re~ tiennent souvent captive ou dont ils retardent l'éclosion, est incapable de recueillir sa propre nourriture, de construire la demeure de son innombrable postérité, d'en nourrir les premiers âges. Les ouvrières, ou femelles imparfaites, rempliront ce rôle accessoire de la maternité, l'abeille mère passant uniquement sa vie à pondre. Cette mère est plus allongée et plus grosse que les ou-

vrières, surtout au moment de la grande ponte. Sa couleur est plus brillante et plus fauve , surtout dans sa jeunesse , car elle vit quatre à cinq ans. Ses pattes sont plus colorées et plus longues que celles des ouvrières, mais sans brosse ni cuilleron pour récolter le pollen. On la distingue tout de suite en ce que ses ailes ne dépassent guère le milieu de son abdomen, lorsqu'elles sont couchées sur le dos (fig. 131). Un aiguillon, plus fort et plus recourbé que chez les neutres, arme l'extrémité terminale de son corps. La prétendue reine, avec ce glaive redoutable , est trèstimide, se cache au moindre danger dans la partie la plus reculée de la ruche , alors que les ouvrières furieuses se près- ^'S- '31-

Abeille femelle.

sent à 1 entrée et se jettent sur l'agresseur. On peut saisir impunément la reine sans qu'elle sache piquer votre main ; une abeille étrangère ne craint pas de la molester, de lui tirer les ailes et les pattes; singulière harmonie! ce craintif insecte devient un tigre féroce à l'égard de tous ses pareils. Deux mères ne veulent pas exister ensemble; elles se poursuivent avec fureur et se lancent adroitement , entre les jointures des anneaux, le mortel aiguillon. Quand une seule mère, après l'essaimage ou la mort de ses rivales,

est restée maîtresse de la ruche, elle se hâte d'aller tuer dans leurs berceaux les mères plus jeunes encore emprisonnées , de sorte que normalement il ne s'en trouve qu'une seule en activité par ruche. Les mâles ou faux-bourdons sont au nombre d'environ quinze cents par ruche ; ils sont plus gros et plus longs que les ouvrières, sans organes collecteurs de pollen. Leur couleur est d'un brun noirâtre, leurs yeux énormes occupent toute la tête et se rejoignent (fig. 132). Leur abdomen arrondi et poilu à l'extrémité n'a pas d'aiguillon, fait général chez les mâles des hyménoptères.

Malgré la grosse tête, le cerveau de ces mâles est plus petit que celui des neutres ou ouvrières ; aussi sont-ils peu intelligents. Ils ont des mœurs douces et paisibles, comme il convient à des êtres désarmés. Ils dorment dans la ruche quand le temps incertain ou le vent ne les invitent pas à la promenade. Ils mangent du miel à leur fantaisie, puis, par les beaux jours de printemps, se décident à sortir, font autour de la ruche ces évolutions sonores qui leur valent leur nom, car leur bruit en volant est bien plus fort que celui des ouvrières et très-différent, ainsi que leur odeur. Leur vie est limitée forcément,

comme nous le verrons, à deux ou trois mois. Les ouvrières varient en nombre de quinze mille à trente mille par ruche, et dix mille pèsent un kilogramme. Elles vivent de douze à dix-huit mois. Elles voient à grande distance, et leur odorat subtil les guide, à deux ou trois kilomètres, vers les fleurs préférées. Leurs ailes atteignent presque le bout de l'abdomen (fig. 133). On y distingue deux classes d'individus : les pourvoyeuses et nourrices s'occupent de récolter au dehors le miel et le pollen, de nourrir les larves, d'aider à l'éclosion des nymphes, ^^^s- ^'■>^-

T x-1 1 11 1 Abeille ouvrière.

de ventiler la ruche lorsque la température s'y élève trop, en agitant rapidement leurs ailes près de l'entrée, et déterminant ainsi un courant d'air frais, de faire sentinelle à la porte pour écarter les ennemis ou jeter le signal d'alarme auquel répond ce bourdonnement aigu précurseur de la sortie de l'armée. Les autres sont les ciriéres ou architecies, à abdomen plus long que celui des précédentes, ressemblant plus à la mère. Elles ramassent entre les anneaux de leur abdomen de minces plaques de cire, produit d'une sécrétion intérieure , la pétrissent et construisent les alvéoles des gâteaux. Selon beaucoup d'apiculteurs, et notamment M. Hamet, la division des fonctions n'est pas absolue. Les jeunes ouvrières sont ci-

rières , les vieilles butineuses. En outre, par les beaux jours, la pluiDart vont récolter au dehors; elles construisent beaucoup plus au dedans dans les jours moins propices. Les architectes font trois sortes de cellules. Les trois quarts des cellules des gâteaux sont les plus petites. Elles ont une section hexagonale , comme par une géométrie innée chez les abeilles, la figure de l'hexagone régulier étant celle qui permet de remplir une surface donnée du plus grand nombre de compartiments. Ces cellules servent à deux usages. Les unes sont des réserves de miel et sont bouchées par une mince couche de cire formant un couvercle plat, les autres sont employées comme berceaux des larves et des nymphes d'ouvrières, et remplies constituent leur couvain. Chaque gâteau offre deux rangs de cellules se touchant par le fond. D'autres cellules de même forme , un peu plus grandes , sont destinées uniquement au couvain des mâles. Enfin, sur le bord des gâteaux, sont construites d'énormes cellules arrondies , en très-petite quantité , employant de cent à cent-cinquante fois plus de cire qu'une cellule d'ouvrière. Ce sont les cellules royales où s'élèveront les mères, à surface guillochée de petits trous triangulaires (fig. 134). Les ouvrières, sans avoir vu les œufs que pondra la mère, ont le pressentiment exact des cellules à édifier et varient leur travail selon les époques. Au

fJSSSk

milieu du printemps, de mai à juin chez nous, selon la température extérieure, une activité extraordinaire s'empare de la ruche.

Elle est remplie de couvain , et de nombreux mâles sont nés. Les abeilles respirent avec force , par de rapides pulsations ; elles frémissent continuellement des ailes, et, en raison de la combustion considérable qui se produit en elles , une chaleur étonnante est dégagée, maintenue , puis accumulée par les parois de la ruche, qui conduisent très-mal la chaleur. Un thermomètre placé dans la ruche peut alors monter de 40° à 45°, et Réaumur a vu parfois la cire des gâteaux couler à demi fondue. C'est aussi, pour les visiteurs des ruches, le moment dangereux. Une véritable fureur maternelle a saisi les ouvrières, ces mères imparfaites, qui gardent la progéniture de la mère commune ; continuellement de nouveaux défenseurs éclosent, les sentinelles vigilantes avertissent au moindre bruit. Il ne faut alors s'approcher qu'avec précaution, sans aucun mouvement brusque qui effraye et irrite les

Fig. 134.

Diverses cellules d'abeilles.

abeilles, et surtout ne pas frapper contre la ruche. Une mère nouvelle sort de sa cellule , c'est elle que nous allons suivre. L'ancienne mère cherche à la tuer. Si elle ne réussit pas , une grande partie des ouvrières se groupe autour d'elle, et, dépossédée de son domaine, elle sort entourée de son essaim qui se pend en pelotte à une branche voisine, la vieille mère au centre. On se hâte de le recevoir dans une ruche nouvelle, sinon, averti par les éclaireurs , il irait construire dans quelque creux d'arbre ou dans une cavité fortuite du sol. La jeune mère est restée maîtresse. Six à sept jours après sa naissance , par un beau matin où brille le soleil, elle sort, tourne autour de la ruche pour bien la reconnaître, puis s'élance dans les hautes régions de l'air, où voltigent en tourbillonnant de nombreux faux-bourdons. Elle revient bientôt à la ruciie, féconde pour toute sa vie, et ne la quittera que pour essaimer. Elle commence sa ponte dès le second jour. Ses œufs sont ovoïdes, allongés, un peu courbés, d'un blanc bleuâtre. Ils sont de deux sortes, les uns de femelles, les autres de mâles. La jeune mère pendant la belle saison de la première année et l'hiver, s'il est doux , ne pond que des œufs de femelles, dans les petites cellules vides. Ces œufs doivent produire des ouvrières ou femelles imparfaites. Pendant la ponte la mère est l'objet des soins empressés des

ouvrières. Elles l'essuient avec leur langue, lui dégorgent de temps à autre du miel dans la bouche , et détruisent les œufs (jui tombent par hasard ou dont le nombre dépasse un par alvéole.

La mère s'arrête quelques secondes dans chaque cellule et dépose un œuf au fond, où il est maintenu par un enduit visqueux. La température de la ruche, de 25° à 30°, suffit pour faire éclore cet œuf au bout de trois jours habituellement. Il en sort une larve sans pattes, d'un blanc un peu grisâtre ou jaunâtre, ridée circulairement, à tète à peine plus colorée que le corps. Sa bouche n'offre que deux faibles mandibules écailleuses, sa lèvre inférieure a une filière comme celle des chenilles. Ces larves restent toujours roulées en anneau au fund de la cellule et peuvent s'y mouvoir lentement en spirale (fîg. 135). Les nourrices leur apportent une pâtée formée de miel et de pollen et variant selon l'âge du ver, d'abord blanche et insipide, puis devenant de plus en plus sucrée et pig. 135, sous forme de gelée transparente, i-arve d'aijeiiie, Les soins les plus tendres sont g^ssie.

ainsi donnés plusieurs fois par jour, pendant six jours environ. Alors les nourrices ferment les cellules des larves avec un couvercle bombé et non plat, comme celui des cellules à miel; les larves se redressent, s'allongent, et pendant un jour et demi

tapissent les cellules d'une pellicule de soie roussâtre. La même cellule peut avoir ainsi plusieurs pellicules, si elle a logé plusieurs larves. Cette chemise de soie est destinée à empêcher la peau si délicate de la nymphe d'être blessée par les parois. Après trois jours de repos, la larve se change en nymphe blanche, enimaillottée d'une fine peau qui laisse voir les yeux, les antennes, les ailes et les pattes couchées le long du corps. Pendant sept jours environ, la nymphe reste immobile, et ses organes internes se forment. La larve n'a eu besoin que de la chaleur de la ruche. S'il faut admettre qu'on puisse généraliser par analogie les observations bien positives de Newport sur les bourdons, les nourrices seraient aussi des couveuses et augmenteraient volontairement, par une plus puissante respiration, la chaleur ambiante, en se posant, à la fin de la vie de la nymphe, sur le couvain operculé. Les mâles pourraient aussi participer à cette incubation qui serait nécessaire pour donner aux nymphes leur vitalité complète. Celles-ci déchirent avec leurs mandibules les couvercles qui les maintenaient captives, et sortent sans secours étranger; mais aussitôt que les jeunes abeilles, encore molles et plus pâles, ont réussi à quitter les cellules et sont reconnues par là aptes aux travaux communs, les ouvrières les essuient, les brossent, étendent leurs ailes cl leur offrent du miel. Tant que la

clialeiir du début de l'été se maintient et que les tleurs pullulent, les mâles, paresseux et indolents, ont continué leurs excursions et rentrent le soir à la ruche; mais les provisions deviennent moins abondantes, une fureur subite s'empare des ou vrières contre ces bouches devenues inutiles. La consigne du meurtre est donnée; des sentinelles spéciales signalent l'arrivée des malheureux faux bourdons, une escouade d'exécuteurs se précipite sur chaque mâle qui rentre plein de confiance, à l'heure habituelle du souper ; il est percé de coups d'aiguillons, et le lendemain les alentours des ruches sont noirs de cadavres. Ce n'est pas tout; les larves et nymphes de mâles qui existent encore sont arrachées des berceaux et jetées dehors, criblées de blessures mortelles. Cependant on peut trouver accidentellement, à la tin de l'automne, quelques mâles dans les ruches; tantôt ce sont des ruches en décadence où les neutres semblent devenus indifférents àTintérèt général; tantôt, au contraire, par les années florissantes où les rayons regorgent de miel, c'est à une dédaigneuse insouciance que quelques faux bourdons doivent la vie, comme le riche bien repu qui admet un insignifiant parasite à sa table.

La ponte de la mère diminue peu à peu à mesure que la saison s'avance. Aux premiers froids, les abeilles tombent dans une torpeur hibernale et ne

mangent plus. Réaumur et Huber ont cru à tort que pendant l'hiver il régnait dans les ruches la chaleur d'un perpétuel printemps. En introduisant les thermomètres, ils avaient réveillé les abeilles, et la température s'était élevée par suite de cette activité inaccoutumée. Newport a reconnu, au moyen de thermomètres maintenus à demeure dans ses ruches d'observation, que la température s'y abaisse peu à peu et peut tinir par arriver à la glace fondante, les abeilles étant alors en engourdissement complet. Aux premières chaleurs du printemps, elles se réveillent et consomment le miel mis en réserve, jusqu'aux premières fleurs La ponte de la mère reprend, et pendant deux mois environ ce sont encore des œufs de femelles qu'elle dépose dans les petites cellules et qui donnent des ouvrières destinées à réparer les pertes dues aux décès de l'hiver. Puis, la ponte d'ouvrières continuant toujours, en avril et en mai, à certains jours, la mère pond des œufs diff'érents, des œufs de mâles, et, sans hésitation, les confie aux grandes cellules hexagonales. L'œuf du mâle éclôt en trois jours; sa larve vit six jours, nourrie de la même pâtée que celle des ouvrières, avec la même tendresse. Après la pose du couvercle de.cire bombé, cette larve reste trois jours à filer, puis douze.jours environ en nymphe, ce qui fait que le couvain de mâles n'éclôt qu'en vingt-quatre jours au plus tôt, "

an liou de vingt et un jours qui ont suffi au couvain des ouvrières. Les jeunes mâles, qui seront massacrés par la suite, reçoivent en naissant les mêmes atteji lions dévouées que les ouvrières. Par intervalles, à des jours distincts, la mère, au milieu de sa ponte de mâles, va déposer des œufs de femelles, pareils en tout à ceux d'où naissent les ouvrières, dans les immenses cellules latérales dont nous avons parlé. Un des plus étonnants prodiges dont abondent les métamorphoses des insectes va nous être otfert. A la petite larve, toute pareille aux larves d'ouvrières, qui sort de l'œuf au bout de trois jours, les nourrices apportent une nourriture particulière, d'abord acidulée, puis plus sucrée que la pâtée ordinaire. En outre, cette pdtée royale est prodiguée et reste en excès dans cette vaste loge où la jeune larve dilate son abdomen à son aise. Qu'arrive-t-il? les organes producteurs des œufs, au lieu de rester stériles comme chez l'ouvrière peu nourrie et resserrée dans sa petite loge, se développent, et, à la place d'un neutre, la larve donnera une mère féconde. Tout va aller plus vite sous l'influence de cette succulente nourriture. Elle ne met qu'un jour à filer, prend deux jours et demi de repos, devient nymphe et ne reste sous cette forme que quatre à cinq jours, de sorte qu'au bout de quinze à seize jours après la ponte, la jeune mère est prête à percer le long couvercle pointu

avec lequel les ouvrières ont fermé la cellule royale. Il arrive quelquefois que les ouvrières ne jugent pas l'instant de sa sortie favorable; elles renforcent le couvercle avec de la nouvelle cire et maintiennent la femelle en prison, de quatre à huit jours, en lui passant du miel par un petit trou. L'influence de la pâtée royale est bien évidente, car il en tombe quelques miettes dans les cellules d'ouvrières placées près de la grande cellule, par la confusion inévitable de la multitude de nourrices empressées autour de la larve de mère. Gela suffit pour donner une demi-fécondité à ces ouvrières et leur faire pondre exclusivement des œufs de mâles. Ces ouvrières pondeuses, comme les vraies femelles, sont exposées à toute la colère de la mère. Les ouvrières connaissent très-bien cette propriété merveilleuse qui assure la durée des ruches. Si un accident les prive de la reine à un moment où la ruche n'a pas de couvain d'ouvrières, tout est perdu, les abeilles se dispersent et vont mourir dans la campagne, car les abeilles des autres ruches tuent sans pitié toute étrangère qui cherche à entrer. S'il y a du couvain, le travail continue. Vite on isole une larve d'ouvrière en massacrant les voisines pour rompre les cloisons, et une vaste cellule, cette fois au milieu du gâteau (cellule royale flriJ/?deZ/c), entoure la préférée ; on lui apporte la précieuse nourriture, elle devient une femelle : la ruche est sauvée.

Nous connaissons en Europe deux espèces trèsvoisines d'abeilles, V Abeille commune {Apis meUificd,), à abdomen brun, do l'Europe centrale, et l'Abeille ligurienne {Apis ligustica), d'Italie, de Sicile, de Crète et de Grèce, celle qu'a chantée Virgile. Son abdomen est fauve. Peut être n'a-t-on que deux races constantes, car on peut les croiser et l'on a des ruches mixtes fécondes. En Egypte, on élève, également en ruches, VAbeille à bandes. Dix ou douze autres espèces d'abeilles existent dans l'ancien monde, au Sénégal, au Cap, à Madagascar, aux Indes orientales, à Timor, etc. On récolte leur miel sauvage. L'Amérique n'avait [.oint d'abeilles; on y a introduit, au nord et au sud, l'abeille d'Europe qui y a multiplié. Seulement elle y devient très-facilement sauvage dans les bois, ce qui lui arrive au contraire très-rarement chez nous. Cette influence du continent américain s'est manifestée sur tous nos animaux domestiques imf.ortés, sur les bœufs et les chevaux libres aujourd'hui dans les pampas comme sur les abeilles. Les vaches n'y gardent de lait que pendant l'allaitement de leur veau.

Les populations primitives de l'Amérique connaissaient cependant le miel, un miel moins doux que le nôtre, plus parfumé, plus coloré et plus fluide. Lors de la conquête, les Espagnols reconnurent au Mexique et en Colombie l'existence d'in-

sectes pins petits (\ue nos abeilles, faisant leurs gâteaux dans les creux d'arbres, où l'on va encore habituellement, les chercher, présentant des mâles, des femelles et des neutres, mais tous sans aiguillon (il est rudimentaire chez les femelles et ouvrières), ce qui rend la récolte très-aisée. La cire est brune et de médiocre qualité. Sous d'épais feuillets de cire sont des gâteaux à alvéoles hexagonales, les unes de mâles, les autres de femelles ou d'ouvrières. Ces cellules des larves sont bouchées par les ouvrières, et les larves se filent un cocon. Tout autour de cet amas de berceaux sont de grands pots arrondis, ou amphores, où s'amasse le miel, de forme tout autre que les cellules à couvain. Il est très-probable que les mâles, les neutres et plusieurs femelles fécondes existent ensemble. En effet, ici personne n'a d'arme, la bonne intelligence doit régner. Il est très-probable que les femelles fécondes se font, à la volonté des ouvrières, par une pâtée spéciale ; car, quand on veut multiplier les nids de ces douces méhpones, on prend au hasard quelques gâteaux et on les porte dans un creux d'arbre, et toujours une nouvelle colonie se fonde. On commence en Amérique à rendre domestiques certaines espèces de mélipones, qui consentent à accepter pour ruche des pots de terre, des caisses de bois ou des troncs d'arbres perforés. On a amené plusieurs fois en Europe ces nids de mélipones. En été, les insectes ont butiné,

mais ont toujours péri aux premiers froids, en refusant le miel qu'on leur ottraiL. Ainsi, on a conservé au Muséum, pendant l'été de 1863, une ruche de la Mélipone scutellaire, du Brésil (tig. 136). On ne trouva pas de couvain dans le nid, les amphores à miel étaient vides, et tous les individus qui arrivèrent jusqu'en octobre étaient des neutres. Il est très-probable que ^''o- i^'^.

Mélipone scutellaire.

les sociétés des méupones sont permanentes, comme celles des abeilles. L'Ancien- Monde offre aussi quelques mélipones, en Abyssinie, au Bengale, etc. ; la Tasmanie également.

Les mellifiques sociaux dont il nous reste à parler ne font que des colonies annuelles, dont tous les individus meurent à la fin de l'automne, à l'exception de certaines femelles fécondes , qui vont passer l'hiver engourdies dans quelque trou, et commenceront au printemps le logement do. leur nombreuse postérité. Parcourez, au mois de mars, les prairies où commence le gazon, les bois encore dépourvus de feuilles ; vous verrez voler çà et là des bourdons au corps velu, tous de la plus grosse taille. Ce sont les femelles réveillées par les premiers soleils du printemps. Elles visitent les interstices des pierres, les trous creusés par les mulots; elles se glissent sous les amas de mousse, cherchant une place convenable pour leur nid. Si nous suivons le travail

d'une de ces grosses femelles, nous la verrons apporter d'abord de la mousse, des herbes sèches pour façonner les parois du nid, dans lequel elle pénètre par une longue et étroite galerie couverte, afin d'en rendre l'accès difficile aux insectes ennemis. Puis elle y dépose une pâtée demiel et depollen; des petits trousy sont creusés où elle pond ses œufs, opération assez pénible pour elle et dans laquelle son aiguillon lui sert d'appui. Il en naît des larves blanches, sans pattes, trouvant tout de suite leur subsistance dans cette boule mielleuse que la mère accroît sans cesse autour d'elle. Les larves se filent des coques de soie, placées l'une contre l'autre, où elles se transforment en nymphes. Il n'éclôt d'abord que des ouvrières ou petites femelles infécondes, qui aident aussitôt la mère dans son travail et amassent la nourriture des larves. Elles achèvent le nid, l'agrandissent, y font une voûte d'une cire grisâtre et peu fusible. Elles façonnent des gâteaux grossiers formés de cellules ovoïdes. Un miel très-fin y est déposé, servant à humecter la pâtée des larves et à nourrir la colonie, seulement dans les jours pluvieux, car les bourdons meurent à l'entrée de l'hiver; certaines cellules sont remplies de boulettes de pollen. Bientôt la mère ne fait plus que pondre, mais aux œufs d'ouvrières s'ajoutent des œufs de petits mules et de femelles moyennes fécondes, plus petites nue la mère, plus grosses que les ouvrières.

C'est sans flont(> uno nourrllure spéciale qui ])rovoque la formation de ces femelles. On croit que ces sortes de femelles ne donnent naissance qu'à des mâles, et on expliqno ainsi le grand nombre de ceux-ci h l'arrière-saison. Vers la fin d'août, la femelle fondatrice produit huit à dix grosses femelles fécondes, pareilles à elle, et il naît aussi de grands mâles, destinés à ces femelles. Il n'y a pas de cellules distinctes pour ces divers individus; la colonie des bourdons est une dégradation évidente de celle des abeilles. Les femelles fécondes demeurent ensemble dans le nid sans com' at. Les grosses femelles, nées à la fin de l'été, ne pondent pas, bien que fécondées. Elles se dispersent à la fin de Tannée, alors que la mère fondatrice de l'année d'avant, les mules, les petites femelles, les ouvrières meurent. Ce sont elles qui, après l'engourdissement de Thiver, seront les mères des colonies de l'année suivante. Chaque nid de bourdons peut avoir de cent cinquante à deux cents individus, mais il est rare qu'ils y soient tous en même temps; beaucoup, surpris par la nuit ou par la pluie, restent à dormir sur les fleurs et découchent du nid. Le petit nombre d'habitants des nids de bourdons rend ceux-ci bien plus faciles à observer que les abeilles et les guêpes. Ce sont les bourdons qui ont permis à Newport de constater le rôle des femelles, et aussi des mâles, se plaçant comme couveuses au-dessus des coques de soie où

résident les nymphes prêtes à éclore , et par une respiration volontairement activée, ainsi que le témoignent les rapitles inspirations de leur abdomen, élevant la température de leurs corps et par suite celle des nymphes au-dessus de celle de l'air du nid. Voici, sur l'espèce que nous avons figurée, quelques observations du célèbre naturaliste anglais, traduites en degrés centigrades. Des thermomètres très-étroits , à réservoir gros comme une plume de corbeau, étaient glissés entre les coques à nymphes et les bourdons placés au-dessus. Dans une expérience, la tempéra' are de l'air du nid étant de 21,2 celle des bourdons, au nombre de sept, recouvrant les nymphes, fut "de 33,6 et la température des coques voisines , sous la même voûte de cire, mais non recouvertes par les bourdons, seulement 27,5. Dans une autre expérience, l'air du nid étant à 24,0 le thermomètre placé sous quatre bourdons couveurs, monta à 34,5. Les jeunes bourdons sortaient de leurs coques, après plusieurs heures de ces incubations dans lesquelles les insectes couveurs se relayent. Ils sont d'abord mous et grisâtres, mouillés, très-sensibles au moindre courant d'air, s'insinuant pour se réchaufTerau milieu des gâteaux ou entre les bourdons anciens. Ce n'est qu'au bout de plusieurs heures qu'ils durcissent, et qu'on voit se dessiner les bandes jaunes et noires de leurs anneaux.

C'est en étudiant les bourdons que le comte Lepelletier Saint-Fargeau fit une bien curieuse découverte, qui éclaira toute l'histoire des hyménoptères nidifiants. Il avait reconnu qu'on trouve dans nos bois certains insectes ayant tout à fait l'apparence de bourdons, par leur corps poilu, à bandes de diverses couleurs, mais dont les pattes postérieures, étroites et non dilatées, sans épines, ni corbeille, ni brosses, ne peuvent permettre la construction des nids ni la récolte du pollen. Ces psiûiyres n'ont que des mâles et des femelles fécondes. Incapables de nourrir leurs larves, ils vont pondre leurs œufs au milieu de la pâtée des bourdons, et ceux-ci, confondant les enfants étrangers avec les leurs, les entourent de la même sollicitude. Les psithyres sont de véritables parasites, selon la signification antique donnée très-souvent mal à propos aux animaux épizoïquesqui vivent sur le corps d'autres animaux. Vêtus comme les légitimes propriétaires du nid, ils trompent, sous cette analogie délivrée, les yeux vigilants des ouvrières. Les hyménoptères présentent bien des exemples de ce genre. 11 y a chez les insectes de nombreuses espèces pareilles aux coucous qui portent leurs œufs dans les nids des fauvettes, et dont les petits, avides et gloutons, prennent toute la nourriture apportée par les pauvres parents, dont ils jettent souvent au dehors la malheureuse postérité.

Un grand nombre de mellifiques vivent isolés. . Les lemelles seules construisent des nids divisés en cellules, et ne sécrètent plus de cire. Dans chacune est déposé un œuf, et la jeune larve sans pattes se nourrit de miel et de pollen accumulés par la mère, puis devient nymphe, tantôt nue, tantôt dans une mince coque de soie. Il y a une complète identité dans les métamorphoses, avec les constructions de nids les plus diverses. Toutes ces abeilles solitaires qui nidifient sont des femelles, fécondées à la lin de l'été précédent, et qui ont passé l'hiver engourdies. Elles bouchent le nid, après qu'il est rempli d'œufs et de pâtée mielleuse, et meurent sans voir éclore cette postérité , pour laquelle elles ont cependant l'attachement le plus vif.

Un premier groupe de ces abeilles solitaires a encore, comme les abeilles et les bourdons, les pattes postérieures élargies et munies de brosses, de façon à pouvoir amasser sur ces pattes une boulette de pollen. Les anthopliores, qui ressemblent à des abeilles, mais plus velues et grisâtres, font leur nid entre les fentes de muraille , entre lés pierres des heux arides, dans la terre sèche. Ce nid est un tuyau courlje, en terre gâchée et agglutinée par leur salive. Il est divisé par des cloisons terreuses en cellules, dont chacune contient une larve entourée de pâtée. La cellule du fond, la plus ancienne, se rapproche du sol, de sorte que le premier insecte qui

éclôt n'a qu'une mince couche de terre à percer pour sortir. Les autres éclosent successivement, chacun perçant la cloison de la cellule du frère ([ui l'a précédé, et tous profitant du trou de sortie du premier-né. Les antliophores abondent dans les ravins arides de la Provence, exposés au brûlant soleil du midi. Ce sont elles qui ont fourni à M. Fabre ses curieuses observations sur les métamorphoses des coléoptères vésicants, à larves parasites. Cet habile observateur a d'abord remarqué que l'on peut étudier sans danger ces abeilles solitaires, bien qu'on soit effrayé au premier abord par la quantité d'insectes qui bourdonnent sur les talus criblés de nids. A cet aspect, on croirait à une ruche; mais, en réalité, on n'a pas ici des insectes sociaux, solidaires pour la défense d'une progéniture confiée à tous. Ces insectes sont des voisins indifférents, qui laissent bouleverser sans émoi la maison d'autrui ; on n'a à craindre que l'aiguillon de la mère dont on attaque les berceaux. M. Fabre a bien examiné aussi des insectes, poilus comme les anthophores, noirâtres, tachetés de blanc, les mélectes, dépourvus d'instruments propres à recueillir le pollen. Ces mélectes ne peuvent que déposer leurs œufs au milieu de la pâtée des anthophores, et celles-ci laissent les mélectes entrer en toute liberté dans leur galerie, leur font place, en se serrant contre la paroi, pour leur livrer passage, sans co-

1ère, sans inquiétude. Ineffables harmonies! Qu'une anthophore, au contraire, pénètre étourdimenlchez sa voisine, qu'elle se montre seulement à la porte : aussitôt celle-ci se précipite sur l'imprudente, et, toutes deux, ivres de fureur, se mordent, se roulent dans la poussière du chemin, cherchant à s'enfoncer l'aiguillon. Cette anthophore, si courroucée pour une sœur inoffensive, capable de prendre à peine une gorgée de miel, se montre pacifique, débonnaire pour la mélecte, qui ne sait élever ses larves, et qui, pour leur procurer le vivre et le couvert, extermine à demi la race de l'aveugle mère, dont une partie des enfants périront affamés.

Les xylocopes (abeilles charpentiers ou perce-bois de Réaumur) sont ces gros insectes à ailes enfumées, d'un beau violet métallique, qui Ijutinent au printemps dans les jardins sur les fleurs des arbres fruitiers. Les femelles creusent des galeries dans le bois vermoulu, selon le sens des fibres, et y placent une série de cellules superposées. Dans chaque cellule est déposé un tas de pollen mêlé de miel, exactement calculé pour chaque larve, dans lequel un œuf est pondu ; puis la cellule est fermée par un plafond de sciure de bois humectée de salive gluante. Sur ce plafond, nouveau dépôt de pâtée, nouvelle cellule construite. Le premier œuf pondu est dans la cellule la plus éloignée du trou d'entrée de l'insecte; elle se recourbe très-

près de la paroi, de sorte que la jeune xylocope n'aura qu'une mince lame de bois à percer, et chacune de celles qui naissent successivement n'ont à percer que le plancher de leur cellule. De cette façon il n'y a jamais de massacre; l'insecte qui sort de la nymphe trouve le chemin libre, chacun naissant dans l'ordre de la ponte. Les nymphes passent l'hiver et les adultes sortent au début du printemps.

Dans un autre groupe d'abeilles solitaires, les pattes postérieures sont impropres à récolter le pollen des fleurs. Celui-ci est ramassé entre les anneaux de l'abdomen qui est muni de poils. Telles sont les chalicodomes et les osmies, ressemblant à de petits bourdons, construisant contre les murs des nids en terre gâchée, d'une dureté extrême, et pleins de cellules à larves; Réaumur nommait à juste titre abeilles maçonnes ces insectes, dont il trouvait les nids en abondance sur le mur de sa maison de campagne de Conflans. I désignait sous le nom d'abeilles coupeuses de feuilles d'autres hyménoptères du même groupe, nidifiant dans des tubes enroulés, faits avec des feuilles de rosier, de poirier, de bourdaine (mégachiles) , et sous celui de tapissières les anthocopes, qui revêtent avec des pétales de fleur, par exemple de coquelicot, les tubes creusés en terre, contenant les larves et la pâtée de pollen et de miel.

Tous les hyménoptères précédents conservent au repos les ailes supérieures étalées; d'autres, au contraire, ne les étendent que pour voler et les plient en deux au repos, selon leur grand diamètre, de sorte qu'elles paraissent alors très-étroites. Nous trouvons d'abord dans cette subdivision la grande famille des guêpes. Ce sont des insectes sociaux dans lesquels trois sortes d'individus sont nécessaires pour perpétuer l'espèce. Leur corps dépourvu de poils mous indique que ces insectes ne peuvent plus récolter le pollen des fleurs. Les guêpes ne sécrètent pas de cire; elles coupent les végétaux avec leurs fortes mandibules, et, au moyen d'une salive particulière, composent une sorte de carton servant à faire les guêpiers, et sur lequel on peut écrire. Les guêpes proprement dites ont le corps épais. Leurs nids présentent des feuillets papyracés entourant les gâteaux composés de cellules hexagonales sur un seul rang. La Guêpe commune fait son nid sous .terre avec un boyau de sortie; la Guêpe rousse ou guêpe des arbustes, un peu plus petite, suspend son guêpier, entouré de nombreux feuillets- et sphéroïdal, aux branches des arbres ; la Guêpe frelon, de très-grosse taille, fait son nid dans les troncs d'arbres, avec un carton jaunâtre, trèsfriable, composé d'écorces d'arbre. Les nids sont toujours commencés au printemps par une seule femelle féconde, à la fois architecte et nourrice.

Ses premiers œufs donnent des ouvrières (femelles avortées) qui ne tardent pas à suppléer la mère dans ses soins et agrandissent le nid. Les guêpes butinent sur les fleurs et amassent du miel qu'elles dégorgent dans certaines alvéoles ; en outre elles déchirent des fruits, des morceaux de viande, des insectes qu'elles tuent. Dans les beaux jours de l'automne, on voit les diptères, ([ui pullulent sur les fleurs des allées des bois, s'éloigner avec crainte dès qu'ils entendent le bourdonnement du terrible frelon. Au milieu de l'été, la mère guêpe pond des œufs de mâles, de femelles et encore de neutres. Les larves sont soignées dès lors par les ouvrières seules, qui leur apportent du miel et aussi des morceaux de fruits et d'insectes, du jus de viande, etc. Les larves ont la bouche plus forte que celle des abeilles, en vue de cette nourriture plus résistante. Elles filent un petit couvercle soyeux à leur alvéole, s'y changent en nymphe. Celle-ci, au bout de peu de jours, devenue adulte, coupe avec ses mandibules le couvercle de la cellule et prend son essor. Le nid est gardé par des sentinelles qui veillent aux abords, rentrent lors du danger et avertissent les guêpes qui sortent en colère et piquent les agresseurs. Si on bouche tout de suite l'entrée du guêpier et si on tue les sentinelles avant qu'elles aient jeté l'alarme, ou si on les distrait de leur devoir avec des morceaux de sucre, les guêpes de-

meurées dans le nid sont pleines de confiance, ne s'irritent pas, ne cherchent pas à piquer. Les mâles des guêpes sont notablement plus petits que les femelles. Les sociétés des guêpes sont bien moins nombreuses que les ruches d'abeilles, ont, au plus et rarement, deux à trois mille individus. Au mois d'octobre, les neutres cessent de construire et de nourrir les larves, tuent et jettent dehors les dernières larves qui du reste périraient de faim ; puis les mâles, les ouvrières, une partie des femelles meurent de froid. D'autres, plus vivaces et fécondées, sortent du guêpier abandonné et hivernent dans des trous pour perpétuer l'espèce au printemps. C'est dans cette saison qu'avec un peu d'entente il serait aisé de diminuer singulièrement le nombre des guêpes, si nuisibles plus tard aux fruits, en chassant au filet les mères guêpes, qu'on attirerait en abondance au moyen de groseillierscassis en fleur.

Les polistes sont des guêpes particulières, plus petites, élancées, à abdomen aminci à sa base. Leurs nids sont moins partaits que les vrais guêpiers, en ce qu'ils n'ont jamais d'enveloppes, les gâteaux sont à nu. On trouve en abondance sur les arbustes, sur les genêts, la Poliste française, dont la femelle, aux premiers beaux jours du printemps, attache à une tige ou contre un mur un gâteau porté par un pédicule et contenant un petit nombre de cellules

(fig-. 137). Elle nourrit d'abord des larves d'ouvrières seulement, et celles-ci augmentent le gâteau et (luel-

Fig. \'M. Nid de poliste française.

quefois en superposent un second, attaché au premier par des piliers. La seconde ponte de la mère donne à la fois des mâles, des femelles et des neutres. On peut détacher le nid et le transporter où on veut, sans que la mère et les ouvrières songent à le quitter, et ces pauvres insectes sont si attachés aux larves et aux nyn^phes renfermées dans les alvéoles, qu'ils ne pensent pas à piquer l'observateur, s'o'ibliant en entier dans leur préoccupation maternelle.

Les guêpes solitaires, aux couleurs variées de jaune et de noir comme les guêpes sociales, vivent à l'état adulte du miel des fleurs, mais leurs larves sont devenues exclusivement carnassières. Les mères font des trous dans la terre et dans des tiges de diverses plantes et y établissent des cellules

dans chacune desquelles est pondu un œuf que la mère entoure d'un certain nombre de larves, souvent toutes de la môme espèce et destinées à fournir une proie à la larve molle et sans pattes qui sortira de l'œuf. Admirable et aveugle instinct! Un insecte qui ne vit que de miel chasse des insectes vivants qu'il ne doit pas manger ni voir manger à ses petits. En outre, comment la larve pourra-t-elle trouver une pâture toujours fraîche et cependant incapable de résister .^ ses morsures? les larves ou les insectes adultes sont percés par l'aiguillon de la mère, mais demeurent vivants, engourdis et immobiles, en véritable anesthésie. De même, certaines peuplades sauvages de l'Amérique du Sud lancent au gibier des flèches empoisonnées, avec une dose de curare telle que l'animal atteint est seulement paralysé et sans défense. Les odynères sont les plus communes de ces guêpes solitaires. Ainsi VOdynère rubicok (fig. 138), étudiée par M. Blan-

Fig. 138.

Odynère rubicole

adulte.

Fig. 139.

Nul de l'ud\nèie daiis une tige

de ronce.

chard, creuse une tige de ronce sèche et y dispose des loges, à parois de terre sableuse pétrie et cha-

cune séparée par un plancher de moelle et de terre

(fig. 139). Dans chcique loge est un œuf, entouré

de chenilles de pyrales. La larve, à anneaux gonflés,

moyen d'appui et de mouvement limité (fig. 140),

tapisse la loge d'un enduit soyeux ,

et construit, au-dessus de sa tête et

de celle de la nymphe, un couvercle

de soie à deux tuniques séparées par

delà moelle très-serrée; puis elle

devient nymphe (fig. 141). Ici la

première cellule n'est pas rappro- Fig. uo.

,-11 . , T Larve de rodvnère

chee de la paroi, comme chez les , . , •

^ ' rubicolej grossie.

abeilles solitaires. Aussi un fait inverse se présente. C'est l'œuf le dernier pondu, dans la dernière cellule, qui se développe le plus vite, et dont l'adulte sort le premier. Le plus anciennement pondu, au contraire, donne l'adulte le dernier. Sans cela, si un insecte parfait était sorti d'abord d'une loge inférieure, il aurait détruit tous les au- pjg 141. très sur son passage. La môme chose odynère rubicoie, se passe pour d'autres odynères qui font leurs nids en terre ou dans de vieilles murailles. On peut s'amuser, à l'exemple de Réaumur, à élever au fond d'un petit tube de verre, une jeune larve, retirée d'un de ces nids d'odynères, en ayant soin de lui fournir chaque jour une chenille ou une

larve appropriée à son espèce. On la voit manger avec voracité et ; atteindre toute sa croissance au bout d'une quinzaine de jours.

Un très-grand nombre d'hyménoptères, différents des guêpes en ce que leurs ailes supérieures au repos ne se replient pas, sont désignés sous le nom de fouisseurs, parce qu'ils nidifient en terre ou dans des troncs d'arbres. On y distinguera encore des solitaires et des sociaux. Les premiers approvisionnent leurs nids avec les proies les plus variées, engour lies par le venin de l'aiguillon, qui n'est plus mortel comme celui des abeilles et des guêpes. Nous nous contenterons de citer quelques exemples.

Les cerceris donnent à leurs larves des insectes adultes, toujours de la même espèce pour le même cerceris; ainsi, dans les Landes, le Cerceris bupresticide va, à plus d'une lieue de sa demeure, chercher des buprestes; comme ces coléoptères sont très-rares, le plus sûr moyen, pour les amateurs, de se les procurer est de visiter les nids des cerceris, et de guetter leur retour. Le Philantlie apivore rôde autour des ruches. 11 est moitié plus petit qu'une abeille ; mais sa peau est très-épaisse, et sa vivacité est telle qu'il se jette sur le dos de l'abeille butinant dans une fleur et lui enfonce son aiguillon dans le cou avant qu'elle ait le temps de se mettre en défense. Il la porte engourdie dans le trou en

terre où seront ses larves, en la tenant dans ses pattes postérieures. Si elle ne peut entrer, il lui coupe les pattes et les ailes et la tire à lui, à reculons, en la comprimant comme à la filière. Les pompiles semblent les vengeurs de la rac^ des insectes, car ils donnent à leurs larves des araignées eipgourdies par l'aiguillon. Ils saisissent surtout les araignées errantes, mais ne craignent pas d'affronter le danger des toiles, et parfois l'on voit le Pompile des chemins venir jusque dans les maisons saisir l'araignée domestique. L'Ammophile des sables noir, très-allongé, avec une partie de l'abdomen fauve, emporte dans son nid les chenilles des gros papillons de nuit. Les sphex, à pédicule de l'abdomen très-grêle, ont un aiguillon à piqûre trèsdouloureuse, surtout chez les grandes espèces exotiques. Beaucoup attaquent les araignées; nous en avons en France qui arrachent de sa toile l'araignée des jardins {Epeira diadema), bien plus grosse qu'eux, lui coupent la tète et les pattes, et donnent à leurs larves son énorme abdomen gonflé de sucs. A l'île de la Réunion, les chlorions, à corps métallique, percent de leur aiguillon ces hideuses blattes ou cancrelats, fléau de nos colonies, les traînent avec effort, leur enlèvent les pattes et les font entrer dans leur nid en terre en les comprimant.

On trouve dans le midi de la France et très-rarement près de Paris, à Fontainebleau, un singulier

genre de ce groupe, les mutilles, dont .les femelles, toujours sans ailes, ressemblent à des fourmis, agréablement variées de rouge et de jaune (fig. 142). Les mâles, ailés et bien plus petits, sont noirs (Gg. 143). On a longtemps ignoré les métamor-

Fig. 142. Mutille maure, femelle grossie.

Fig. 143. Mutille maure, mâle grossi.

phoses des mutilles. On sait maintenant que ces hyménoptères des terrains sablonneux vivent parasites dans les nids des abeilles solitaires. Leurs larves dévorent, non la pâtée mielleuse, mais les propres larves des abeilles. Sans doute la mutille femelle les perce de son aiguillon acéré.

Les hyménoptères fouisseurs ont des parasites, encore très-mal connus, de leurs nids, ne sachant pas s'emparer de proies vivantes et devant cependant les fournir à leurs larves. Telles sont, entre autres, les jolies guêpes dorées (chrysidiens) k corps brillant de bleu métallique et de rouge cuivreux. Leur abdomen, continuellement agité ainsi que leurs antennes, étincelle au soleil comme une pierre précieuse. Les unes vont pondre leurs œufs au

milieu des larves amassées par les cerceris et les pliilanthes ; d'autres entrent dans les nids des mellifiques solitaires pour tuer leurs larves, comme les mu tilles, au bénéfice de leurs propres enfants. Les fouisseurs sociaux constituent l'immense légion des fourmis, répandues dans tous les pays. Nous ne devons voir dans les fourmilières aucune espèce d'organisation à la façon de nos gouvernements; ce sont des associations pour la reproduction de l'espèce composées de mules, de femelles et de neutres ou femelles incomplètes plus modifiées encore que chez les abeilles et les guêpes, car elles ont perdu les ailes. On distingue trois groupes principaux, dont les mœurs et les métamorphoses sont analogues. Les myrmiques ont deux nœuds au pédicule de l'abdomen, un aiguillon chez les femelles et les neutres (fig. 144). Les^onères n'ont qu'un nœud au pédicule et un aiguillon chez les femelles et les neutres. Dans ces deux groupes les larves ne filent pas de cocon pour se changer en nymphe. Enfin les founnis proprement dites, de beaucoup les plus nombreuses en espèces, n'ont qu'un nœud au pédicule de l'abdomen. Leurs

Fig. 144. Myrmique routée, mule srossi.

larves se filent une petite coque de soie. Elles n'ont pas d'aiguillon, mais versent dans les blessures que font leurs mandibules un liquide acide, l'acide formique, produit de combustion des matières ligneuses et amylacées. Leur corps en est imprégné et a une forte saveur aigre. Les fourmilières ou habitations communes des fourmis sont construites avec des matières végétales ou en terre. On y trouve des séries de chambres soutenues par des piliers, des galeries, des corridors multipliés pour le service de ces chambres où sont déposés dans les unes des œufs, dans les autres des larves et des nymphes ; certaines enfin contiennent des femelles fécondes retenues captives. Les fourmis ont de tout temps été citées comme des modèles d'économie et de prévoyance. Les Anciens croyaient qu'au centre de l'Asie existaient d'énormes fourmis, allant chercher l'or dans les sables aurifères et gardant avec soin les précieux trésors qu'elles accumulaient. Les opinions sont aujourd'hui très-partagées au sujet des provisions qu'elles amasseraient pour l'hiver. Dans nos hivers rigoureux les fourmis tombent en engourdissement et beaucoup périssent. Peut-être dans les hivers doux en est-il autrement, et alors des aliments leur sont nécessaires, comme pour les jours pluvieux où elles ne sortent pas ; au reste une grande partie des objets que les ouvrières transportent sans cesse sont des matériaux de con-

struction. Les ouvrières exécutent seules les travaux d'architecture, nourrissent les larves et leurs prodiguent des soins bien plus compliqués que chez les abeilles, car ces larves ne sont pas à poste fixe. Enfin elles défendent avec acharnement la progéniture des mâles et des femelles qui, eux, ne s'occupent de rien. Les femelles vivent en bonne intelligence et pondent des œufs çà et là. Les neutres recueillent avec soin ces œufs, tantôt cylindriques, tantôt renflés et arqués, selon les espèces, les humectent d'un liquide qui les grossit et les portent dans les couvoirs.

Au bout d'une quinzaine dejours ces œufséclosent par la chaleur de la fourmilière. Il en sort de petites larves blanches, privées de pattes, à corps ramassé et conique (fig.

145). Leur bouche est une sorte de mamelon rétractile qu'elles enferment entre les mandibules écartées des ouvrières; celles-ci, comme les oiseaux pour leurs petits, leur donnent la becquée en dégorgeant dans cette bouche un liquide sucré. Ces larves sont entourées des soins les plus tendres. La nuit les ouvrières les portent dans des parties profondes de la fourmilière pour leur épargner tout air froid. Quand le soleil du matin a acquis assez de force, elles les

Fig. 145. Larve de

niyrmique rouge,

grossie.

exposent au sommet de la fourmilière pour qu'elles reçoivent Finfluence bienfaisante de ses rayons; plus tard il est devenu trop ardent, alors elles les descendent dans des chambres supérieures, mais moins rapprochées des parois. Si la fourmilière est attaquée , une partie des ouvrières emporte en toute hâte les œufs, les larves, les nymphes dans les casemates de sûreté, situées dans la partie la plus profonde, les autres se jettent avec un intrépide courage sur les assaillants et lancent en quantité l'acide formique. Ce sont les larves et les nymphes qu'on appelle improprement œufs de fourmis. On les recherche, dans les grosses espèces, pour élever les jeunes faisans et les jeunes perdreaux, principalement chez la Fourmi rousse, si commune dans nos bois, oi^i elle amoncelle des petits fragments de branches. Les larves des fourmis proprement dites, parvenues à toute leur taille, deviennent nymphes sous une coque de soie, allongée , d'un tissu serré, jaunâtre ou gris. La nymphe d'abord d'un blanc pur, passe peu à peu au jaune pâle, au roussâtre, au brun ou au noir. Elle offre tous les organes de l'adulte enveloppés d'une peau si mince qu'elle paraît irisée à la lumière (flg. 146). Ce sont les ouvrières qui déchirent le sommet de la coque de soie, en se mettant plusieurs pour cette opération. Elles tirent avec précaution les nymphes hors de la coque, puis les débarrassent de la

pellicule, étalent leurs pattes et leurs antennes, les brossent, leur donnent à manger, guident leurs premiers pas et pendant quelques jours les promènent dans la fourmilière pour leur en faire connaître les couloirs et les issues. Ces mêmes ouvrières, quand les provisions manquent ou que la fourmilière est trop exposée aux attaques, ont l'instinct d'èmigrer et transportent ailleurs, ce qu'on doit "Wv^^"

vraiment appeler leurs dieux do- Fig. i46.>iym|)hede mestiques , les œufs, les larves , myrmique louge,

11 grossie.

les nymphes objets de leur continuel amour. Elles prennent aussi sur le dos les mâles et les femelles qui refuseraient de les suivre, sans oublier les ouvrières infirmes ou malades. Ce sont également les ouvrières qui s'acquittent du soin difficile d'étaler les ailes si fragiles des mâles et des femelles qui viennent d'éclore et qui restent dans la fourmilière jusqu'au moment de la reproduction.

C'est le plus souvent en été, et aussi en automne pour quelques espèces, que se forment ces essaims composés de fourmis ailées des deux sexes, emportés parfois à d'assez grandes distances par les vents. Par une belle soirée chaude on voit d'abord sortir les mâles de leurs souterrains. Ils agitent

192 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, par centaines leurs ailes argentées et transparentes. Les femelles, moins nombreuses, traînent au milieu d'eux leur large ventre bronzé et déploient aussi leurs ailes, d'un éclat changeant et irisé. Un nombreux cortège d'ouvrières les accompagne sur les plantes qu'elles parcourent; le désordre et l'agitation régnent dans la fourmilièi-e. Elles vont des uns aux autres, les touchent de leurs antennes et semblent leur offrir encore delà nourriture. Enfin les mâles, comme obéissant à une impulsion générale, quittent le toit de la famille, et les femelles ne tardent pas à les suivre. La troupe ailée a disparu et les ouvrières retournent encore sur les traces de ces êtres favorisés qu'elles ont soignés avec tant de persévérance. Une fois les femelles fécondées, la force qui soutenait tant d'insectes tourbillonnant dans les airs les abandonne : mâles et femelles retombent sur le sol. Les ailes se détachent aussitôt qu'elles sont exposées à l'humidité de la terre, et souvent les femelles se les arrachent elles-mêmes. Selon les espèces, la scène varie. Tantôt l'essaim a été emporté loin de la fourmilière : alors les femelles fécondées se groupent comme une peuplade naissante et donneront de nouveaux nids ; tantôt c'est près de Tancienne fourmihère que se laisse choir la gent ailée : alors les ouvrières s'emparent des femelles, les dépouillent de leurs ailes et entraînent avec empressement

ces précieuses mères, leur espérance nouvelle, dans les galeries intérieures où elles les garderont à vue. Dans ce cas, quelques femelles s'échappent, chacune se met isolément dans quelque trou, des ouvrières errantes les rejoignent, une nouvelle fourmilière commence.

Nous ne suivrons pas plus loin Huber fils, observateur aussi passionné des fourmis que son père aveugle l'était des abeilles. Nous laisserons de côté tant de curieux détails étrangers aux métamorphoses, l'amour des fourmis pour les pucerons et pour les coccus, fixés à diverses plantes, et qui leur procurent une liqueur sucrée, leurs délices; les soins qu'elles leur donnent en les portant sur les plantes propices et en le? enfermant dans leurs fourmilières, comme des vaches à l'étable; les nombreuses espèces de petits coléoptères qui vivent au milieu d'elles en hôtes affectionnés. Rien de plus bizarre que les combats de fourmis , incapables d'élever leurs larves, allant chercher les ouvrières d'autres espèces, les emmenant captives et en faisant de véritables nourrices sur lieux. Les fourmis sont très-batailleuses et pillent parfois les habitations d'autres espèces, les expulsent, les détruisent même. Ainsi dans les serres chaudes du Muséum il n'existe plus, depuis une dizaine d'années, qu'une seule espèce de fourmis, la Formica gracilescens, très-agile, poilue, à longues pattes grêles.

Elle s'est d'abord montrée dans la serre des orchidées et vient probablement de la Guyane; elle a détruit toutes les espèces françaises. Les serres chaudes de Vienne et de Schœnbrunn sont envahies par une espèce indienne; celles d'Helsingfors par la Formica vividula, étrangère àl'Euro[)e, d'origine inconnue.

Beaucoup d'hyménoptères, avons-nous vu, alimentent leurs larves de proie vivante engourdie, disposée d'avance auprès d'elles. D'autres, dont les larves sont pareillement carnassières, déposent leurs œufs sous la peau de divers insectes, principalement à l'état de larves ou de chenilles. Ces hyménoptères; qui constituent plusieurs grandes familles, sont de véritables protecteurs de l'agriculture. Une continuelle alternance s'opère entre les insectes nuisibles aux végétaux et les parasites intérieurs qui les dévorent. Ces derniers finissent ainsi par anéantir presque entièrement la race des insectes herbivores, mais alors les carnassiers meurent presque tous de faim, et les insectes nuisibles, au bout de peu de générations, reparaissent en abondance, donnant ainsi une pâture excessive aux carnassiers qui ne tardent pas à prédominer à keur tour. C'est ce qui explique comment les ravages de nos arbres forestiers, de nos vignes, de nos céréales ne se produisent que par intermittences. Tous ces hyménoptères sont dépourvus de l'ai-

guillon. Il s'est transformé en une tarière, ou tube destiné à percer la peau des victimes et à pondre l'œuf, entourée de deux valves. Ces tarières peuvent parfois percer nos doigts si nous saisissons ces insectes ; la douleur est vive, mais passagère, car il n'y a pas de venin versé dans la piqûre. Les plus grandes espèces appartiennent au groupe des ichneumoniens, dont le nom vient de celui de l'ichneumon, ce carnassier vermiforme, vénéré auterfois par les Égyptiens, et que les anciens croyaient, à tort, pouvoir faire parvenir ses petits dans l'intérieur du corps du crocodile oij ils dévoraient ses entrailles. La plupart des ichneumoniens introduisent leurs œufs sous la peau des chenilles, et celles-ci paraissent marquées de points noirs. Les petites larves sont privées de pattes, avec des yeux rudimentaires et des mandibules crochues. Elles ont l'instinct de vivre d'abord aux dépens des tissus graisseux, en respectant les organes essentiels de la digestion, de la circulation et de la respiration qu'elles n'attaquent qu'en dernier. Tantôt elles sortent de la chenille ou de sa chrysalide pour se transformer au dehors; tantôt elles demeurent sous sa peau desséchée. Elles se filent des petits cocons ovoïdes, en soie blanche, jaune ou brunâtre, parfois ceinturés de bandes brunes. On voit finale^ ment sortir un ou plusieurs hyménoptères au lieu du papillon, et c'est ce qui avait donné l'idée à

d'anciens observateurs des insectes de véritables transmutations. Les adultes paraissent se nourrir de nectar des fleurs et de pollen, surtout des ombellifères. On les voit voler au soleil le long des talus, des troncs d'arbres, des murs. Toujours en quête de la proie, ils courent en agitant continuellement leurs longues antennes, souvent noires et blanches. La même espèce peut s'attaquer à divers insectes ; elle cherche avant tout de la chair fraîche. Ces adultes répandent parfois des odeurs variées, tantôt fortes et acides, tantôt agréables, de rose ou de tubéreuse. Les ichneumons proprement dits ont une tarière courte. Ils pondent leurs œufs sous la peau des larves en repliant l'abdomen en avant sous la poitrine et s'appuyant sur leurs pattes. Les pimples , au contraire, ont, chez les femelles, une très-longue tarière qui, avec ses deux appendices latéraux, simule trois soies (fig. 147); aussi les anciens observateurs les appelaient muscx tripiles. Ces longues tarières permettent aux femelles de piquer les larves au milieu du bois ou dans les nids maternels. L'insecte s'arc-boute avec ses pattes et rephe son ventre en dessous. La tarière s'enfonce à angle droit, s'il faut atteindre les larves de capricornes (coléoptères) , ou les chenilles de sésies (lépidoptères), au milieu des tiges. Elle se place parallèle au corps, si elle doit se glisser entre l'écorce et le bois. Les ophions sont remarquables par leur abdo-

men aminci en faucille (fîg. 148). Ils pondent leurs œufs en dehors des chenilles, attachés à leur peau par un pédicule contourné. Les larves qui sortent de l'œuf se mettent aussitôt à ronger leur victime, et leur tête est engagée sous sa peau, alors que leur ventre est encore dans l'œuf. Il ne sort par chenille qu'un ou deux sujets de ces grandes espèces.

Si la chenille est attaquée par une femelle de braconiens, qui sont de très-petite taille , c'est une nuée de larves qui percent la peau de la victime et se filent à côté une série de petites coques de soie agglomérées; tels sont les amas de petits cocons jaunes du Microgaster glomerator qui attaque les chenilles du papillon blanc du chou. D'autres espèces ont des cocons blancs, d'autres brunâtres.

Fig. 147. Pimple manifestateur femelle.

Une innombrable multitude d'imperceptibles parasites s'acharnent après les plus minimes insectes; il en est qui pondent leur œuf dans l'œuf d'un papillon, suffisant à nourrir leur larve.

De petits hyménoptères, noirs ou fauves, ont, chez les femelles, une tarière très-gréle, roulée en spirale et cachée dans l'abdomen (fig. 149). Elles

Fig. 148.

Ophion jaune.

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