Voir Biblioth. des Merveilles , les Météores
{Argynis aglain) (fig. 165), le Tabac (l'iispaf/ne (A. Paphia), dont une belle variété femellea le fond des ailes tout obscurci, sans changement du dessin noir, de même que la panthère noire de Java conserve les taches noires des panthères fauves.
Les chenilles de ces grandes argynnes vivent sur les violettes de plusieurs espèces (fig. 166). Les mélilées ou damiers, dont le nom vient de leurs dessins noirs en carrés, ressemblent en dessus aux argynnes, mais n'ont pas au dessous les taches nacrées.
Dans un autre grand type des papillons à antennes en massue qui nous occupent, les six pattes sont allongées, propres à la marche ; les chenilles se suspendent par la queue en se changeant en chrysalide, mais en outre s'entourent d'une ceinture formée de plusieurs fils de soie accolés. C'est en retournant la tête nombre de fois à droite et à gauche qu'elles fixent ce second lien de la chrysalide, puis elles passent la tête et glissent le corps dans ce demi-anneau ; le même mouvement que les pré-
Fig. 166.
Chenille et chrysalide de VArgynis paphia.
cédentes leur a servi auparavant à constituer le faisceau soyeux qui attache l'extrémité postérieure.
Les prairies, les champs, les bois nous présentent une légion de petits papillons aux vives couleurs, offrant au-dessous de leurs ailes de nombreuses rangées de taches en figure d'yeux, qui leur ont valu le nom général d'argus par un souvenir mythologique. Les chenilles de ces lépidoptères sont lentes dans leurs mouvements, à pattes très-courtes. Élargies et aplaties, elles ressemblent à de petits cloportes. Les chrysalides sont ternes, raccourcies. Dansles papillons de ce groupe, nousdevons signaler les petits porte-queues, à cause des pointes de leurs ailes inférieures. Ils sont brunâtres en dessus et habitent les bois où leurs chenilles se trouvent sur le
Fig. 167, 168, 169.
Polyommate Xanthe, adulte, chrysalide, chenille.
bouleau, le chêne, le pruneDier, la ronce. L'espèce de la ronce a le dessous des ailes d'un vert vif. Les prai-
ries nous offrent les bronzés, à ailes d'un fauve vif en dessus, avec dessins noirs (fig. 167, 168, 169). Les prés, les jardins , les luzernes, les trèfles sont fréquentés par les azurins, à ailes bleues en dessus chez les mâles, brunes chez les femelles. Les chenilles de ces azurins se nourrissent de légumineuses. Par un contraste de taille des plus remarquables, les grands porte-queues sont représentés par des papillons de jour de forte dimension. Leurs ailes, à fond jaune, sont traversées par des bandes noires dans le Flambé (Papilio Podalirius), et couvertes de taches et de dessins noirs dans le Machaon (fig. 170, 171). Cette dernière espèce, très-commune, a sa chenille sur les ombellifères, la carotte, le fenouil, etc. Elle est verte, avec des bandes noires parsemées de taches oranges. Quand on l'inquiète, elle fait sortir, comme toutes les chenilles de son genre, du premier anneau après la tête un tentacule charnu
Fig. 172. Chenille et chrysalide du Papillon machaon.
orangé, en forme d'Y. La chrysalide est tantôt d'un vert clair, tantôt grisâtre ^fig. 172). Dans les Basses-
Alpes, sur les plateaux des environs de Digne et de Barcelonnette, existe le Papilio alexanor, en Corse et en Sardaigne, le Papilio Jiospiton; ces deux rares espèces sont voisines de notre Machaon.
L'homme a amené avec lui et a multiplié par ses cultures de plantes fourragères et potagères plusieurs espèces de la famille des piérides. Ainsi les papillons blancs du chou, du navet, de la rave, décroissent de taille, à partir de la Syrie et de l'Egypte, à mesure qu'ils avancent dans les régions du nord (tig. 173). Leurs chenilles sont légèrement
Fig. 173. Piéride du chou.
velues, et, sans les insectes ennemis dont les larves les dévorent, elles détruiraient la plupart de nos légumes (fig. 174). Les prairies artificielles nourrissent les coliades, dont les ailes ont le fond jaune, à bord noir. Nous voyons voler sur les fleurs des fourrages le Soufré^ d'un jaune clair, et le Souci, d'un jaune orange. Les hautes montagnes et les ré-
Fig. 170, 171. Le Flambé, le Machaon.
gionspolairesontplusieursespècesdecoliades: ainsi celles nommées Palxno, Phicomone, etc. (fig 175).
Fig. 174. Chenille et chrysalide de la piéride du chou.
Les aurores oflrent, chez les mâles, l'extrémité des ailes supérieures d'un beau jaune orange. Le reste des ailes est blanc dans l'espèce des environs de Paris {Anthocharis cardamincs), et jaune soufre chez l'aurore de Provence (A. eupheno) de nos départements le plus méridionaux (tig. 176). On voit voler
Fig. 175. Chenille et chrysalide de Coliade palaeno.
Fig. 176.
Aurore de Provence.
dans nos bois, dès le milieu de février, les papillons nommés citrons, à cause de leur couleur, d'un beau
jaune chez les mâles, d'un jaune verdâtre pâle chez les femelles. Dans le midi de la France et en Espagne, une espèce très-voisine présente, chez le mâle, une large tache orangée au centre des ailes supérieures.
Une espèce de cette famille, à ailes blanches rayées de lignes noires, dont la chenille vit sur l'aubépine {Leuconea cratœgi, le Gazé), et dont la femelle a les ailes en partie dépouillées d'écaillés, nous conduit aux parnassiens, habitants des montagnes. Leurs noms rappellent les souvenirs du mont cher aux poètes, le Mnémosyne des Alpes, VApollo7i^\us répandu, se rencontrant dans les montagnes moyennes, comme les sommets des Vosges , les hauts plateaux ou causses de la Lozère, etc.
1 ig 177 Painassieu Apollon
(fig. 177). Dans le nord de l'Europe, en Finlande, en Norvège, ce beau papillon descend dans les
plaines. On dit que sa femelle vient parfois dans les jardins de Besançon. Les chenilles des parnassiens vivent sur les saxifrages et s'entourent pour se transformer d'un léger réseau de soie, maintenant enroulées autour d'elles une ou plusieurs feuilles. Nous ne trouverons plus maintenant de chrysalides suspendues. Les chrysalides des parnassiens sont saupoudrées d'une efflorescence bleuâtre, sorte d'enduit cireux, comme les prunes. Les femelles portent sous l'abdomen une singulière poche cornée, d'un usage encore inconnu et qui doit se rapporter à quelque particularité de leur ponte.
C'est également dans un mince cocon soyeux que se transforment les chenilles des hespériens, papillons qui nous amènent naturellement aux anciens crépusculaires et nocturnes. Leur tête est élargie, leur thorax épais, leurs six pattes sont développées et robustes (fîg. I78j. Les ailes sont médiocres, et par suite le vol peu est soutenu et comme par sauts. En outre, ces ailes, lors du repos de l'insecte, ne se dressent pas l'une con- i^'ig- ns.
tre l'autre perpendiculaires ^^pene by \ain njcue. au corps; elles sont seulement relevées à demi. Le nom de ces papillons vient de ce qu'ils volent de préférence dans l'après-midi. On les rencontre sur
le bord des grandes routes, dans les avenues des bois, sur les coteaux secs, etc.
Les papillons dont la grande majorité ne se montre qu'au crépuscule et à l'entrée de la nuit, avec d'assez fréquentes exceptions, ont les antennes de forme très-diverse. En outre, leurs ailes inférieures sont liées aux supérieures au moyen d'une sorte de crin roide, situé à l'insertion des secondes ailes et qui enlre dans un anneau placé à la base des ailes de devant. En examinant un des grands sphinx de nos jardins de campagne, on verra trèsbien celte disposition qui met les ailes en dépendance mutuelle. Au reste, en coupant cet organe, on ne rend pas le vol impossible, mais seulement de moindre durée et moins rapide.
Dans une première série de ces papillons, les antennes sont élargies vers le milieu, puis amincies à l'extrémité, qui souvent se recourbe en crochet. Plusieurs types bien tranchés se montrent à notre observation. On prend d'habitude pour des hyménoptères les sosies, à ailes vitrées et au vol rapide comme celui des mouches. On voit voler à l'ardeur du soleil un grand nombre de petites espèces de ce groupe sur les fleurs des prairies, sur les troncs des arbres, sur les groseilliers des jardins, etc. Il faut une grande habitude pour les reconnaître et les saisir au filet. Les chenilles sont blanches ou rosées et se creusent des galeries dans l'intérieur des tiges
OU des racines. La chrysalide est entourée d'une coque faite avec de la sciure de bois agglutinée, provenant des érosions de la chenille, tantôt au pied de l'arbre, tantôt à l'entrée de la galerie où elle sait se hisser afin que le papillon sorte à l'air libre. La plus grosse espèce et la plus commune {Sesia apiformis) dévaste les jeunes plantations de peupliers (fig. 179). On voit facilement les entrées des galeries de la chenille et les pelotes de parcelles de bois ^ mouillées de salive qui en sont expulsées. On croirait à une guêpe-frelon quand on aperçoit le papillon posé ' ^^'S- ^''^- ^^^'^ "P^^^™^ ^^^'^''• sur les troncs de peuplier : même taille, même livrée; les couleurs sont plus vives et mates. Si on prend les sésies au sortir de la chrysalide, leurs ailes sont couvertes d'une fine poussière brune. Ce sont les écailles ordinaires des ailes des papillons, mais si peu attachées qu'elles tombent aux premiers coups d'aile de l'insecte.
Les prairies sont fréquentées, de la fin du printemps au milieu de l'été, par des papillons à ailes brillantes, d!un noir velouté, avec des taches d'un rouge carmin. Ce sont les zy gènes, au vol pesant et
peu prolongé, immobiles pendant la grande chaleur du jour- (fig. 180). Les chenilles sont épaisses, comme boursouflées, jaunâtres avec des taches noires.
Elles se nourrissent de légumineuses, et se changent en chrysalides allongées dans Pio. if^Q un cocon aminci aux deux
Zygène de la fiiipenduie. extrémités, ressemblant à un bateau, fixé dans sa longueur à une tige, lisse, comme vernissé, jaunâtre ou blanchâtre (fig. 181). Près des zygènes se placent les procris, qui volent comme elles pendant le jour dans les prairies humides. Leurs ailes sont d'un beau vert brillant ou d'un bleu de turquoise. Les auteurs rangent souvent à la suite des procris un genre de papillons à métamorphoses trèscurieuses, les hètérogynis, dont les mâles et les femelles ont les plus étranges dissemblances. Les mâles sont des petits papillons gris, à antennes pectinées ; les femelles ressemblent tout à fait auxciienilles, sans trace d'ailes, ayant six très-petites pattes au thorax; elles sont d'un jaune verdâtre avec des bandes noires. Les chenilles filent un joli cocon, très-soyeux, un peu lâche,
Fig. 181.
Son cocon.
ovoïde, d'unjaunepûlo, attachéàune tige de genêt, plante qui les nourrit. La chrysalide de la femelle est une sorte de sac brunâtre, renflé à l'abdomen. Du côté de la tête est un petit clapet que la femelle pousse après sonéclosion. Elle sort de cette chrysalide etdu cocon, mais resteattachée postérieurement à celui-ci, près de l'orifice de la chrysalide demeurée dans l'intérieur du cocon. Elle se lient ainsi recourbée, la tète en bas, attendant le mâle qui la cherche de son côté (fig. 182, 183, 184. 185). Si on vient à la toucher, elle rentre dans la peau de la chrysalide pour ressortir ensuite.
Quand elle a été fécondée, elle retourne définitivement dans la chrysalide et laisse retomber le clapet sur elle.
Elle s'enferme ainsi dans son sépulcre qui doit être le berceau de sa postérité. Son cor[is se réduit beaucoup après la ponte d'un nombre énorme d'œufs jaunâtres liés entre eux en chapelet par une humeurvisqueuse. Les petites chenilles restent quelque tem{ sdans ce sac de la chrysalide et mangent l'humeur visqueuse qui colle les œufs et même le cadavre rétréci de leur mère. Ce n'est qu'au moment
Fig. 182, 183, 184, 185.
Heterogijnis penella , raàle, femelifi, cocon et chrysalide de la femelle.
de leur première mue qu'elles percent la chrysalide et le cocon et se répandent sur les feuilles de genêt. Nous devons à l'observation de M. de Graslin ces curieux détails reconnus sur l'espèce française, VHeterogynis penella, rencontrée dans différentes localités, au Yernet, dans les Pyrénées-Orientales, dans le département des Basses-Alpes, dans la Côted'Or, près de Dijon.
Les sphinx ont reçu ce nom général d'après l'attitude fréquente de leurs chenilles, redressant la moitié antérieure de leur corps et restant ainsi longtemps immobiles, dans la position prêtée par les sculpteurs au monstre de la Fable, jetant sa terrible énigme aux passants. L'avant-dernier et onzième anneau de leur corps porte un appendice courbé simulant une corne. Elles se changent en chrysalides dans des coques de grains de terre ou de débris de feuilles sèches, agglutinés par une salive visqueuse et réunis par quelques fils de soie. Ces chrysalides sont ovoïdes, sans angles et deviennent promptement d'un brun marron. Nous citerons d'abord les smérinthes du peuplier et du tilleul, à ailes découpées, d'un vol faible, contre l'ordinaire de cette famille; les macroglosses, doués au contraire d'un vol rapide comme la flèche, ne laissant pas distinguer leurs ailes frémissantes. Pendant toute l'année, le Moro-sphinx ou Sphinxmoineau, à cause du faisceau de poils divergents
LEPIDOPTERES.
qui termino son abdoinon à l;i façon d'nno queue d'oiseau, butine en plein jour sur les Heurs de nos jardins (fig'. 186). Il reste en vol, stallunnaire ûeyanl
'c uni»
Fiff. 186. Moro-s|)hinx butinant.
chaque fleur, sans s'y poser, c'est-à-dire qu'il contre-balance par la vibration continue de ses ailes l'action de la pesanteur, ce qui est le cas des meilleurs voiliers seuls. En même temps sa longue
trompe se recourbant à angle droit avec son corps s'enfonce dans les corolles jusqu'aux nectaires. Cette espèce paraît pendant toute la belle saison,
et au milieu de l'automne, entre souvent dans les maisons pour se réchauffer (fig. 187).
Les sphinx proprement dits , se trouvent le" soir sur les fleurs, volant
Fig.;187. sa chenille. ^^^^ ^^^ ^^^^.^^ ^.
tesse , avec un léger bruissement, plongeant dans les fleurs tubuleuses une trompe aussi longue que leur corps. On tire leur nom de la nourriture de leurs chenilles. L'un vit sur les pins, l'autre sur les troènes et les lilas, le troisième sur les liserons. De longues ailes antérieures aiguës, à nuances grises, les distinguent. Les ailes inférieures du Sphinx du trome, ainsi que son abdomen, ont des bandes noires et roses. Le mâle répand une légère odeur musquée qui est bien plus forte dans le mâle du Sphinx du liseron, ou Corne-bœuf. Les femelles en sont dépourvues. La chrysalide du sphinx du liseron a la trompe déjà très-visible. Les deilèphiles ont le vol un peu moins puissant. Les espèces les plus intéressantes soni\Q Petit-pourceau etle Sphinx de la vigne, à magnifiques couleurs d'un rose vif; le Sphinx du laurier-rose , nuancé d'un beau vert,
habitant l'Afrique, l'Espagne, l'Italie méridionale, la Grèce, pays où croît naturellement le laurierrose. Emportés par leur vol impétueux et s'aidant de courants atmosphériques , certains individus viennent pondre dans l'Europe centrale, etjusqu'en Angleterre, sur les lauriers-roses des jardins ; mais les papillons qui naissent dans ces contrées trop froides ne se reproduisent pas. Les chenilles de ces trois espèces font rentrer la tète et les premiers anneaux du corps dans les suivants ornés de taches qui simulent des yeux. Les chenilles paraissent alors avoir un groin, ce qui les a fait appeler chenilles cochonnes. Le Sphinx de l'euphorbe (lig. 188) a
Fig. 188. Déiléphile de l'euphorbe.
une chenille à peau comme vernissée, bigarrée de jaune et de rouge, ne craignant pas l'ardeur du soleil. Ainsi que plusieurs autres chenilles de déiléphiles, les petites chenilles de cette es-
pèce mangent les peaux qu'elles viennent de quitter.
Enfin la plus grosse espèce de sphinx est le célèbre Sphinx à tête de mort, présentant grossièrement figuré en jaune clair sur fond noir un crâne humain dessiné sur son corselet. Il est souvent attiré par la lumière dans les appartements. Le mâle a les pattes de devant trèsvelues. Ce papillon fait entendre un cri aigu et plaintif, sortant probablement de la base de la trompe et qui paraît Hé chez lui à quelque sentiment de crainte. Ce chant un peu sinistre ne devrait réellement épouvanter que les abeilles; il a jeté souvent la terreur dans les populations, joint au lugubre emblème de l'insecte. Cette espèce, originaire des Indes, des îles Malaises, de l'Afrique, s'est répandue en Europe au siècle dernier, avec la pomme de terre sur les feuilles de laquelle vit de préférence son énorme chenille, de douze centimètres de long, habituellement jaune et verte avec sept bandes transversales bleues et la corne grenue. Elle est parfois assez commune en Bretagne et Réaumur nous rapporte que l'apparition du papillon ayant coïncidé avec des maladies épidémiques, « il n'en a pas fallu davantage au peuple timide, toujours disposé à adopter des présages funestes, pour juger que c'était ce papillon qui portait la mort ou au moins qui était venu annoncer les ma-
ladies fatales qui régnaient. » Le nom scientifique du pa)tiIlon, Acherontia atropos , est au reste l'expression de ces terreurs populaires. Au dire du docteur J. Franklin, on croit, dans les campagnes de l'Angleterre, que l'Atropos est en rappoct avec les sorcières et va murmurer à leur oreille le nom de la personne pour laquelle la tombe est près de s'ouvrir. « Quant à moi, dit-il, j'éprouve pour ces animaux, longtemps méconnus, voués à l'anatlième universel, associés par la superstition au principe du mal, Je même sentiment de miséricorde et de respect qui saisit le cœur de l'historien à la pensée des races humaines maudites. L'Atropos, si sombre que soit sa livrée, ne vient point des rives de l'Achéron ; il vient des sources divines de la vie. Le doigt de la nuit, et non celui de la mort, a marqué sur lui son empreinte. Il n'apporte pas aux hommes de mauvaises nouvelles de l'autre monde; il leur apprend que la nature a voulu peupler toutes les heures et consoler celles du crépuscule, en leur fournissant des compagnes ailées. »
Le Sphinx à tête de mort est réellement un papillon qui chante. On peut encore donner, moins exactement, cette qualification à d'autr es papillons qui sont munis d'appareils de stridulation non sans rapport avec ceux des cigales. Tels sont ['Écaille pudique, du Midi de la France, et plusieurs espèces des montagnes du genre Setina (fig. 189, 190). Ce
sont vraiment des papillons timbaliers. Sur le der-
nieranneaudu thorax on voit une large membrane blanchâtre , triangulaire , recouvrant une cavité sans communication avec l'intérieur du corps, ni tendon, ni battant agissant sur la membrane. C'est du dehors, a reconnu le docteur Laboulbène, que vient le coup sec qui fait vibrer la mem-
Fig. 189, 190.. Appareils stri- ^rane sèclie et parchemiduiants des Cheionia pu- née, tendue sur la vésicule
dica et Selina aurita. , . i, . ,-,
pleine d air. Ce sont de petites percussions des cuisses des pattes postérieures ou des pressions latérales rapides des genoux. D'après de Villiers, qui a découvert en 1833 le son de l'Écaillé pudique, on dirait le bruit d'un métier de fabricant de bas. M. Guenée, en 1861, a fait connaître un acte analogue chez les setina, où le son produit imite le tic tac d'une montre ou les pulsations des vrillettes, ces petits coléoptères des bois ouvrés s'appelant la nuit, d'un sexe à l'autre, en frappant contre les cloisons avec leur tête ces coups secs qui leur ont valu le nom di horloges de la mort. Dans nos papillons ces organes de stridulation servent, comme il est d'usage chez les insectes , à des appels pour la reproduction , car ils sont
plus développés chez les mâles que chez les femelles.
Ces derniers papillons appartiennent aux bombycides caractérisés par la forme de leurs antennes, simulant des dents de peij,me, surtout chez les mâles , et par l'imperfection de leur bouche. A l'éiat adulte ils ne mangent pas et ne vivent que peu de jours, uniquement occcupés de perpétuer leur espèce. Enfin les chenilles de ces insectes sont par excellence les productrices de soie et s'entourent de cocons pour devenir chrysalides. A ce titre la première place revient au ver à soie {Sericaria mori).
Son origine, perdue dans une haute antiquité, est encore incertaine. Il a dû exister sauvage et existe sans doute encore dans les forêts du centre de la Chine, de la Perse, des pentes de l'Hymalaya. Selon l'opinion la plus répandue la couleur primitive des cocons était le jaune, et on voit de temps à autre reparaître cette couleur dans les races à cocons blancs. De même les couvées des serins domestiques, qui sont des albinos, reproduisent parfois le type vert des îles Canaries. Il semble, chez toutes les races domestiques, ([ue des souvenirs de i'état primitif, perçant la nuit des âges, reprennent une influence intermittente sur la loi mystérieuse de la génération. Des auteurs regardent les vers noirs, appelés moricauds ou bouchards et qui sont
très-robustes, comme le type premier de l'espèce. La domesticité aurait blanchi la chenille, puis sa soie, par une véritable dégénérescence. D'autres pensent qu'il y a deux espèces très-voisines, Tune à soie jaune, l'autre à soie blanche, confondues par de très-anciens croisements. Ces incertitudes qui tiennent à l'antique domestication du ver à soie justifient tout à fait l'heureuse expression de M. Guérin-Méneville : lever à soie est le chien des insectes. L'influence de l'homme a dépouillé cet animal de toute force, de toute volonté, à la façon du mouton, si éloigné aujourd'hui du mouflon. Le ver à soie ne peut plus se tenir sur les feuilles inclinées et mobiles du mûrier en plein air, agité par le vent; il n'a plus l'adresse de se cacher sous les feuilles pour éviter l'ardeur du soleil et échapper, aux ennemis des chenilles. La femelle demeure immobile, à peine si elle sait remuer les ailes ; le mâle tourne autour d'elle en voletant, sans quitter le plan d'appui. Il est certain que le ver à soie sauvage doit avoir un vol énergique à la façon des bombyx sylvestres. M. Martins a reconnu, à Montpellier , qu'après trois générations d'élevage en plein air, les mâles avaient repris la faculté de voler.
Les vers à soie, nommés maynans dans le midi de la France, présentent dans leur existence les phases qui caractérisent tout l'ordre des lépidop-
tères. On fait éclore les œufs lorsque la feuille du mûrier est assez développée. Autrefois on déterminait cette éclosion par îa chaleur du fumier ou celle du corps humain; on se sert maintenant de chamhres d'incubation échauffées par des poêles. Quand le ver est sur le point d'éclore, la loupe permet de voir son bec noir commençant à user lentement la coque. Les éclosions se font à toutes les heures, mais principalement et dans une proportion considérable de 5 heures à 10 heures du matin, et la plus grande partie de 5 heures à 7 heures, uniformité fort commode pour le premier travail de la ?nfl(/??fl77erie ou atelier de l'éducation des vers à soie. On nomme âges du ver à soie les périodes de son existence séparées par des mues. Prenons une éducation dans une bonne condition de température, à 19", et non à de trop hautes températures; elles n'ont en effet augmenté le profit des éleveurs par la rapidité du développement qu'en affaiblissant les races et les prédisposant à la redoutable épidémie qui menace aujourd'hui d'anéantir cette industrie capitale de la France, et qui a provoqué les plus justes alarmes au sein des pouvoirs publics. Le premier âge comprend cinq jours, le second quatre, le troisième six, le quatrième sept, le cinquième dix. Ces âges sont séparés par des périodes où le ver à soie reste immobile et sans prendre de nourriture, le corps à
demi relevé, comme les chenilles de sphinx auxquelles il ressemble par sa tête petite, son premier anneau très-renflé et l'avant-dernier muni d'une corne. Les magnaniers n'ont donc pas besoin de donner de feuille de mûrier dans chaque jour de passage d'un Age à l'autre, et c'est ce qui explique la grande importance d'une égalité parfaite dans l'éducation des vers. On laisse jeûner les premiers éclos pour assurer cette précieuse et économique uniformité de transformations. La tête de la chenille, qui ne grossit pas, paraît allongée et noire au moment d'une mue, elle est au contraire grosse et peu foncée après la mue. Le ver jette autour de lui des fils qu'il attache comme supports aux objets voisins, et, appuyé sur ces fils, il sort de son ancienne peau, qui se fend au milieu du dos. Nous avons pu constater que dans ces sommeils la température de la surface du corps du ver devient celle du miheu ambiant et peut même tomber un peu au-dessous pour se relever un peu au-dessus dans les frèzes ou périodes de voracité. Au premier âge, le ver à soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment où va s'opérer la première mue. Pour commencer l'éducation, on a jeté sur les œufs commençant à éclore des bourgeons de mûrier qu'on ramasse bientôt chargés de petits vers; ou mieux, on verse de la feuille finement hachée sur des papiers percés de petits trous dont on recou-
vre les œufs dans la chambre d'incubation. Cette feuille hachée convient aux premiers âges, car elle évite de la fatigue aux jeunes chenilles, en multipliant les bords artificiels. En effet, à l'exception des très-petites espèces de papillons dont les chenilles minent le parenchyme des feuilles, les chenilles sont dans l'habitude de manger les feuilles des arbres en partant du bord : ce sont les coléoptères ou les limaces qui dévorent les feuilles dans l'intérieur du limbe.
Au second âge, le ver paraît gris, presque sans duvet, puis blanc jaunâtre, et on voit se dessiner les croissants sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. Il n'y a plus aucun poil au troisième âge, et le ver devient d'un blanc terne qui va toujours en s'éclaircissant. Pour le nourrir et enlever en même temps la litière sans blesser les vers (délitage), on place les feuilles fraîches sur des filets ou sur des papiers percés de trous proportionnés à la grosseur de la chenille. Les vers passent à travers les interstices pour gagner les feuilles; on les enlève alors d'un seul coup et on se débarrasse des litières putrides.
Au quatrième âge, on opère le dédoublement^ c'est-à-dire on transporte une partie des vers sur de nouvelles tablettes pour leur donner plus de place, et par suite, plus d'air. Le cinquième âge est celui de la plus grande voracité de ces insectes.
Au septième jour de cet âge, leur faim est insatiable; c'est la grande frcze ou briffe, la fu7-ia des Italiens. En ce jour, les vers issus de 30 grammes de graine (œufs) consomment en poids autant que quatre chevaux, et le bruit de leurs mâchoires ressemble à celui d'une forte averse. A la fm de cet âge se fait la montée. Le ver, prêt à filer, va récompenser le travail et la dépense du magnanier. On voit les vers grimper sur la feuille sans la mordre et dresser la tète; leur corps devient translucide, de la couleur d'un raisin blanc trèsmûr, mou comme de la pâte. Les anneaux se raccourcissent, la peau du cou se ride. Enfin, la plupart des vers traînent après eux un long fil sorti de leur bouche. La soie, que le ver produit toute sa vie, provient de deux longues glandes occupant toute la longueur du corps et dont la couleur, dans les races à cocon jaune, se voit à travers la peau. Le fil est formé de deux fils, tordus ensemble par la chenille avant de sortir par la filière, au moyen de petits muscles. On peut, en effet, parfois, au moyen d'eau de savon, dédoubler le fil en deux fils presque invisibles.
Les glandes à soie ne contiennent pas un peloton de fil qui se déroulerait, mais une matière visqueuse qui se sohdifie dans l'intérieur même de la bouche du ver. Quand on voit l'animal se raccourcir, ce qui indique qu'il ne donnera qu'un
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très-mauvais cocon ou deviendra tapissier, c'est-àdire ne fera qu'un enduit plat de sa soie, on le fait macérer dans du vinaigre et on tire de sa houclie les deux glandes à soie qu'on crève. Il en sort un filet visqueux qu'on allonge tant qu'on peut en le maintenant à l'air pour qu'il se solidifie. On obtient ainsi ces (ils si résistants, servant à attacher l'hameçon à la ligne et qu'on nomme fUs de soie, fils de Florence.
A l'état sauvage, le ver à soie établissait son cocon dans les branches même du mûrier. Domestique, il ne procède pas autrement. Il faut donc lui donner des moyens d'attache. Ce sont des branches de bruyère, de genêt, de buis, des tiges de colza ou de chicorée sauvage, etc., des bottes de paille, ou, enfin, ce qui vaut mieux, des sortes d'échelles de petites planchettes parallèles , entre lesquelles il y a place pour un cocon (coconnières Davril). Le ver à soie commence par jeter des fils rameux çà et là, pour accrocher le cocon; c'est la bave. Puis il remue constamment la tête en décrivant des tours ovales, et forme son cocon d'un fil continu, mais non homogène, pouvant atteindre environ mille mètres de longueur, de sorte que quarante mille cocons permettraient d'entourer le globe terrestre d'un fil de soie. Les premières couches sont floconneuses, s'enlèvent facilement et forment la bourre, qui, cardée avec les déchets du fi-
2(i4 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
lage, donnera la filoseUe ; vient ensuite la soie proprement dite, qui doit être dévidée sur le tour, et enfin un tissu interne si serré qu'il n'est qu'une pellicule. Il finit par n'être plus dêvidable, et cela d'autant plus tôt que l'ouvrière fileuse est moins adroite. Le fil du cocon est maintenu accolé dans tous ses replis par une sorte de glu naturelle, bien moins tenace et épaisse que celle qu'on trouve dans beaucoup de cocons de bombycides. L'eau bouillante décolle les fils et permet le dévidage. Le plus grand nombre des races de vers à soie font des cocons jaunes, et d'autres des cocons blancs. Il en est à cocon jaune pâle ou soufré, ou blanc verdâtre (céladons); en Chine, dit-on, il y a des races à cocons tout à fait verts. On connaît aussi des cocons de couleur nankin ou jaune roussâtre; une race, élevée en Toscane près de Pistoie, a des cocons d'un rose pâle; enfin, on a fait mention de cocons couleur de pourpre.
Le ver à soie met trois ou quatre jours à filer son cocon sans muer; seulement ses anneaux se resserrent et il se raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit à mesure que se vident ses glandes de soie. Au bout de deux ou trois jours, il se change en chrysalide (cinquième mue), c est-à-dire passe au sixième âge. On opère alors le déramage des cocons, on les détache de leurs appuis et on se hûte de les vendre à cause de la
perte de poids. En effet, le cocon n'empêche pas complètement l'évaporation de la chrysalide. Son rôle harmonique est de diminuer cette évaporation et le refroidissement superficiel qui en résulte. Comme nous l'avons constaté sur beaucoup d'espèces de chrysalides à cocon, au moment où on les en retire, elles sont toujours notablement plus chaudes que l'air ambiant; puis, mises à l'air, la température de leur surface s'abaisse promptement à celle de l'air qui les entoure et même au-dessous, à mesure que l'évaporation superficielle amène des pertes de poids croissantes.
Le septième âge, qui succède à la sixième mue ou éclosion de la chrysalide, est l'âge adulte ou de reproduction du ver à soie (fig. 191). Les chrysalides éclosent au bout de quinze à vingt jours après la confection du cocon. Celles du ver à soie, comme celles de toutes les espèces à cocon fermé, ont à la tête une vésicule, découverte par M. Guérin-Méneville, et contenant un liquide qui permet au papillon d'écarter les fils de soie en les décollant, afin de se frayer passage. Les bombycides à cocon trèslâche ou ouvert naturellement à un bout manquent de cet organe. Les cocons percés n'ont pas le fil coupé, car la bouche du papillon n'a aucune partie tranchante, mais aminci et dissocié. En général, les cocons mâles sont de dimension moyenne
et étranglés au milieu; les cocons femelles sont plus gros, plus renflés, plus arrondis aux extrémités. Les cocons de choix, réservés pour la ponte, sont placés dans une chambre où la température varie de 21** à 24", et on a soin de les attacher, afin que les papillons ne puissent les entraîner. Ils éclosent le matin (comme les œufs), de cinq heures à huit heures. On établit l'obscurité autour d'eux, car ces papillons nocturnes seraient blessés par l'éclat du jour et se fatigueraient en agitant leurs ailes. On met les mâles à part dans une boîte, puis on les réunit aux femelles après que, les uns comme les autres, se sont vidés d'un liquide de couleur nankin. On fait enfin pondre les femelles fécondées sur des toiles ou sur des cartons (procédé chinois et japonais suivi à la magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation). Les œufs sont d'abord d'un jaune tendre, passent, en huit à dix jours, au jonquille, puis au gris rolissâtre, et enfin au gris d'ardoise, avec une légère dépression au centre. On conserve les toiles ou les cartons à œufs dans des filets qu'on suspend dans une chambre où la température ne doit pas dépasser 18". Au reste, ces œufs, bien que la petite chenille y soit formée de très-bonne heure, peuvent supporter sans périr une chaleur de 50" et les froids les plus rigoureux de nos hivers et même de la Sibérie, comme l'expérience en a été
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