‹ Les métamorphoses des insectesChapitre 11 sur 27 · I.KI'II (H'il l;i v · texte numérisé non relu

I.KI'II (H'il l;i v

bruissement, plongeant dans les fleurs tubuleuses une trompe aussi Longue que leur corps. On tire leur nom de la nourriture de leurs chenilles. L'un vil sur les pins, l'autre sur les Iroënes el les lilas, le troisième sur h-s liserons. De longues ailes antérieures aiguës, à nuances grises, les distinguent. Les ailes inférieures du sphinx du troène, ainsi que son abdomen, oui dos bandes noires et roses. Le mâle répand une légère odeurmusquée,qui esl bien plus forte dans le mâle du sphin c du liseron ou corne-bœuf. l-^n,. o;u.clienillc,hl moro-sPhinx. femelles en sont dépourvues. La chrysalide du sphinx du liseron a la trompe déjà I iés-visible. C'est sur ces sphinx qu'on peut constater une chaleur propre énorme, parfois de 1 5° à 1 8° au-dessus de l'air ambiant, et, en outre, C° à 8° d'excès du thorax sur l'abdomen. Les deiléphiles ont en général le vol un peu moins puissant. Les espèces les plus intéressantes sont le petit-pourceau et le sphinx de la vigne, à magnifiques Couleurs d'un rose vif ; le sphinx du laurier-rose, nuancé d'un beau vert, habitant l'Afrique, l'Espagne, l'Italie -méridionale, la Grèce, pays où croit naturellement le laurier-rose. Emportés par leur vol impétueux et s'aidant de courants atmosphériques, certains individus viennent pondre dans l'Europe centrale, et jusqu'en Angleterre, sur les lauriers-roses des jardins ; mais les papillons qui Baissent dans ces contrées trop froides ne se reproduise^ pas, sauf u\u^ génération. Les chenilles de ces trois espèces font rentrer la tète et les premiers anneaux du corps dans les suivants, ornés de taches qui simulent des yeux. Les chenilles paraissent alors ce qui les a fait appeler chenilles co-

chonnes. Le sphinx de l 'euphorbe (fig. 255) a une chenille à peau comme vernissée, bigarrée de jaune et de rouge, vivant sur les enphorbes, ne craignant pas l'ardeur du soleil. Ainsi que plusieurs autres chenilles de deiléphiles, les petites chenilles de cette espèce mangent les peaux qu'elles viennent de quitter. Les chenilles du déiléphile vespertilion, et aussi celles de l'espèce dont nous allons parler (Atropos), qui se cachent le jour, sont cependant attaquées par certaines mouches diurnes, les tachinaires, qui savent bien les trouver et déposer

Fig. 235. — Déiléphile de l'euphorbe.

sur leur peau des œufs d'où naîtront des larves, entrant dans le corps des chenilles et les dévorant.

Enfin la plus grosse espèce de sphinx est le célèbre sphinx à tête de mort (Acherontia Atropos), présentant, grossièrement figuré en jaune clair sur fond noir, un crâne humain dessiné sur son corselet. Il est souvent attiré par la lumière dans les appartements. Le mâle a les pattes de devant très-velues. Ce papillon fait entendre dans les deux sexes un cri aigu et plaintif, qui parait lié chez lui à quelque sentiment de crainte. Il part d'un organe singulier, en forme de coussinet, placé aux

Fig. 236 et '237. — Sphinx â tête de mort et sa chenille.

pattes antérieures, à l'angle de réunion de la jambe el de la cuisse (Al. Laboulbène, 1875). Ce chant un

peu sinishv ne devrail réelle ut épouvanter que les

abeilles; il ;i jeté souvent la terreur dans les populations, joint au lugubre emblème de l'insecte. Cette espèce, originaire des Indes, des lies Malaises, de l'Afrique , s'est répandue en Europe au siècle dernier, avec la pomme de terre sur les feuilles de laquelle vil de préférence son énorme chenille, de iim, 12 long., habituellement jaune et verte avec sept bandes transversales bleues et la corne grenue. <>n rencontre aussi une variété [dus rare à fond brunâtre (fîg. '200, 2r>7i. Elle est parfois assez commune eu Bretagne, et Réaumur nous rapporte (pie l'apparition du papillon ayant coïncidé avec des maladies êpidémiques, « il n'en a pas fallu davantage au peuple timide, toujours disposé à adopter des présages funestes, pour juger que c'était ce papillon qui portait la mort ou au moins qui était venu annoncer les maladies fatales qui régnaient. » Le nom scientifique du papillon, Aclterontiaatropos, est au reste l'expression de ces terreurs populaires. Au dire du docteur J. Franklin, on croit, dans les campagnes de l'Angleterre, que l'Atropos est en rapport avec les sorcières, et va murmurer à leur oreille le nom de la personne pour laquelle la tombe est près de s'ouvrir. « Quant à moi, dit-il, j'éprouve pour ces animaux, longtemps méconnus, voués à l'anallième universel, associés par la superstition au principe du mal, le même sentiment de miséricorde et de respect qui saisit le cœur de l'historien à la pensée des races humaines maudites. L'atropos, si sombre que soit, sa livrée, ne vient point des rives de l'Achéron ; il vient do> sources divines de la vie. Le doigt de la nuit, et non celui de la mort, a marqué sur lui son empreinte. Il n'apporte pas aux hommes de mauvaises nouvelles de l'autre monde; il leur apprend (pie la nature a voulu

peupler toutes les heures et consoler celles du crépuscule, en leur fournissant des compagnes ailées. »

Le sphinx à tête de mort est réellement un papillon qui chante. On peut encore donner, moins exactement, cette qualification à d'autres papillons qui sont munis d'appareils de stridulation non sans rapport avec ceux des cigales. Tels sont Y écaille pudique du midi de la France, et plusieurs espèces des montagnes du genre Selina (fig. 238, 239). Ce sont vraiment des papillons timbaliers.

Sur le dernier anneau du thorax , on voit une large membrane blanchâtre , triangulaire , recouvrant une cavité sans communication avec l'intérieur du corps, sans tendon ni battant agissant sur la membrane. C'est du dehors, a reconnu le docteur Laboulbène, que vient le coup sec qui fait vibrer la membrane sèche et parcheminée , tendue sur la vésicule pleine d'air. Ce sont de petites percussions des cuisses des pattes postérieures, ou des pressions latérales rapides des genoux. D'après de Vil— liers, qui a découvert en 1853 le son de l'écaillé pudique, on dirait le bruit d'un métier de fabricant de bas. M. Guenée, en 1861, a fait connaître un acte analogue chez les Setina, où le son produit imite le tic-tac d'une montre ou les pulsations des vrillettes, ces petits coléoptères des bois ouvrés s'appelant la nuit , d'un sexe à l'autre, en frappant contre les cloisons avec leur tête ces coups secs qui leur ont valu les noms & horloges de la mort. Dans nos papillons ces organes de stridulation servent, comme il est d'usage chez les insectes, à des

Fig. 258 et 239.— Appareils stridulants des Chelonia pudica et Setina aurita.

i î.r •ïï.r.ix 245

appels pour la reproduction, car ils sont plus développés chez les mâles que chez Les femelles.

Ces derniers papillons nous conduisent aux bombycides, caractérisés par la forme de leurs antennes, simulanj des dents i\o peigne, surtout chez les mâles, et par l'imperfection de leur bouche. A l'état adulte, ils no mangent pas ci no vivent que pou de jours, uniquement occupés do perpétuer leur espèce. Enfin les chenilles de ces insectes sont par excellence les productrices de soie <'t l'entourent de cocons pour devenir chrysalides. A ce titre, la première place revient au ver à soie (Sericaria mon).

Son origine, perdue dans une haute antiquité, est encore incertaine. 11 a dû exister sauvage et existe sans doute encore dans les forêts du centre de la Chine, de la Perse, des pentes de l'Himalaya. Selon l'opinion la plus répandue, la couleur primitive des cocons était le jaune, et on voit de temps à autre reparaître cette couleur dans les races à cocons blancs. De même, les couvées des serins domestiques, qui sont des albinos, reproduisent parfois le type vert des îles Canaries. Il semble, chez toutes les races domestiques, que des souvenirs de l'état primitif, perçant la nuit des âges, reprennent une influence intermittente sur la loi mystérieuse de la génération. Des auteurs regardent les vers noirs, appelés moricauds ou bouchards, et qui sont très-robustes, comme le type premier de l'espèce. La domesticité aurait blanchi la chenille, puis sa soie, par une véritable dégénérescence. On trouve aussi parfois des vers zébrés, noirs et blancs, surtout dans les races chinoises. D'autres pensent qu'il y a deux espèces très-voisines, l'une à soie jaune, l'autre à soie blanche, confondues par de très-anciens croisements. Ces incertitudes, qui tiennent à l'antique domestication du ver à soie, justifient tout à fait l'heureuse expression de M. Guérin-Ménoville : « Lever à soie est le chien des insectes, n L'influence de l'homme a dé-

pouillé cet animal de (oute force, de toute volonté, à la façon du mouton, si éloigné aujourd'hui du mouflon. Le ver à soie ne peut plus se tenir sur les feuilles inclinées et mobiles du mûrier en plein air, agité par le vent ; il n'a plus l'adresse de se cacher sous les feuilles pour éviter l'ardeur du soleil et échapper aux ennemis des chenilles. La femelle demeure immobile : à peine si elle sait remuer les ailes ; le mâle tourne autour d'elle en voletant, sans quitter le point d'appui. Il est probable que le ver à soie sauvage doit avoir un vol énergique à la façon des bombyx silvestres. M. Martins a reconnu, à Montpellier, qu'après trois générations d'élevage en plein air, les mâles avaient repris la faculté de voler. Depuis huit ans, à Orbe, près Lausanne (Suisse), M. Roland élève avec succès le ver à soie en plein air sur le mûrier, en vue d'obtenir une race rustique robuste, donnant en chambrée close une éducation industrielle exempte d'épidémie.

Les vers à soie, nommés magnans dans le midi de la France, présentent dans leur existence les phases qui caractérisent tout l'ordre des lépidoptères. On fait éclore les œufs lorsque la feuille du mûrier est assez développée. Autrefois on déterminait cette éclosion par la chaleur du fumier ou celle du corps humain ; on se sert maintenant de chambres d'incubation échauffées par des poêles. Quand le ver est sur le point d'éclore, la loupe permet de voir son bec noir commençant à user lentement la coque. Les éclosions se font à toutes les heures, mais principalement et dans une proportion considérable de cinq à dix heures du matin, et la plus grande partie de cinq heures à sept heures, uniformité fort commode pour le premier travail de la magnanerie ou atelier de l'éducation des vers à soie. On nomme âges du ver à soie les périodes de son existence séparées par des mues. Prenons une éducation dans une bonne condition de température, à 19°, et non à de trop hautes tem-

LEPIDOPTERES. W

pératures ; elles n'ont en effet augmenté le profit des éleveurs par la rapidité du développement qu'en affaiblissanl les races et les prédisposant à la redoutable épidémie qui menace aujourd'hui d'anéantir cette indus* trie capitale de la France, et qui a provoqué les plus jusles alarmes au sein des pouvoirs publics. Le premier âge comprend cinq jours, le second quatre, le troisième six. le quatrième sept, le cinquième dix. Ces âges sont séparés par des périodes où le ver à soie reste immobile et sans prendre de uourriture, le corps à demi relevé, connue les chenilles de sphinx, auxquelles il ressemble par sa tête petite, son premier anneau très-renflé, et l'avant-dernier muni d'une corne. Les magnaniers n'ont donc pas besoin de donner de feuille de mûrier dans chaque jour de passage d'un âge à l'autre, et c'est ce qui explique la grande importance d'une égalité parfaite dans l'éducation des vers. On laisse jeûner les premiers êclos pour assurer cette précieuse et économique uniformité de transformations. La tète de la chenille, qui ne

Fig. — 240 et 241. — Ver à soie en position de mue et sa tête'.

grossit pas, parait allongée et noire au moment d'une mue elle est au contraire grosse et peu foncée après la mue (fig. 240, 2 il). Le ver jette autour de lui des fils qu'il attache comme supports aux objets voisins, et, appuyé silices fils, il soi t de son ancienne peau, qui se fend au milieu du dos. Nous avons pu constater que, dans ces sommeils, la température de la surface du corps du ver devient celle du milieu ambiant, et peut même tomber un

peu au-dessous, pour se relever un peu au-dessus dans les frèzes ou périodes de voracité. Au premier âge, le ver à soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment où va s'opérer la première mue. Pour commencer l'éducation, on a jeté sur les œufs en train d'éclore des bourgeons de mûrier, qu'on ramasse bientôt chargés de petits vers; ou mieux, on verse de la feuille finement hachée sur des papiers percés de petits trous dont on recouvre les œufs dans la chambre d'incubation. Cette feuille hachée convient aux premiers âges, car elle évite de la fatigue aux jeunes chenilles en multipliant les bords artificiels. En effet, à l'exception de très-petiles espèces de papillons dont les chenilles minent le parenchyme des feuilles, les chenilles sont dans l'habitude de manger le plus souvent les feuilles des arbres en partant du bord : ce sont les coléoptères ou les limaces qui dévorent surtout les feuilles dans l'intérieur du limbe.

Au second âge, le ver paraît gris, presque sans duvet, puis blanc jaunâtre, et on voit se dessiner les croissants sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. 11 n'y a plus aucun poil au troisième âge, et le ver devient d'un blanc terne qui va toujours en s'éclaircissant. Pour le nourrir et enlever en même temps la litière sans blesser les vers (délitage) , on place les feuilles fraîches sur .des filets ou sur des papiers percés de trous proportionnés à la grosseur de la chenille. Les vers passent à travers les interstices pour gagner les feuilles; on les enlève alors d'un seul coup, et on se débarrasse des litières putrides.

Au quatrième âge, on opère le dédoublement, c'est-àdire on transporte une partie des vers sur de nouvelles tablettes pour leur donner plus de place, et, par suite, plus d'air. Le cinquième âge est celui de la plus grande voracité de ces insectes. Au septième jour de cet âge, leur faim est insatiable : c'est la grande

frèzeou briffe, la furia des Italiens. En ce jour, les vers issus de 30 grammes de graine (œufs) consomraenl en poids autant que quatre chevaux, et !«• bruit de Leurs mâchoires ressemblée celui d'une forte averse. A la fin de cet âge .se fait la montée. Le ver, prêta filer, va récompenser le travail et la dépense du magnanier. On voit les vers grimper sur la feuille sans la mordre et dresser la tête ; leur corps devient translucide, de la couleur d'un raisin blanc très-mûr, mou comme «le la pâte. Les anneaux se raccourcissent, la peau du cou se ride. Enfin, la plupaii des vers traînent après eux un Long fil sorti de leur bouche. La soie, que le ver produil toute sa vie, provient de deux Longues glandes occupant toute la longueur du corps, el dont la couleur, dans les races à cocon jaune, se voit à travers la peau.' Le fil est formé de deux fils, tordus ensemble par la chenille avant de sortir par la filière, au moyen de petits muscles. On peut, en effet, parfois, au moyen d'eau de savon, dédoubler le fil en deux tils presque invisibles et encore très-tenaces.

Les glandes à soie ne contiennent pas un peloton de fil qui se déroulerait, mais une matière visqueuse qui se solidifie dans l'intérieur même de la bouche du ver. Quand on voit l'animal se raccourcir, ce qui indique qu'il ne donnera qu'un très-mauvais cocon ou deviendra tapissier, c'est-à-dire ne fera qu'un enduit plat de sa soie, on le fait macérer dans du vinaigre et on tire de sa bouche les deux glandes à soie, qu'on crève. Il en sort un filet visqueux qu'on allonge tant qu'on peut en le maintenant à l'air pour qu'il se solidifie. On obtient ainsi ces fils si résistants, servant à attacher l'hameçon à la la ligne, et qu'on nomme fils de soie, fils de Florence.

A l'état sauvage, le ver à soie établissait son cocon dans les branches mêmes du mûrier. Domestique, il ne procède pas autrement. Il faut donc lui donner des moyens d'attache. Ce sont des branches de bruyère, de

genêt, de buis, des tiges de colza ou de chicorée sauvage, etc., des bottes de paille, ou enfin, ce qui vaut mieux, des sortes d'échelles de petites planchettes parallèles, entre lesquelles il y a place pour un cocon (coconnières Davril), ou des planchettes se croisant en petites cases (système Delprino).Le ver à soie commence par jeter des fils rameux çà et là pour accrocher le cocon ; c'est la bave. Puis il remue constamment la tête en décrivant des tours ovales, et forme son cocon d'un fil continu, mais non homogène, pouvant atteindre environ 1,000 mètres de longueur, de sorte que quarante mille cocons permettraient d'entourer le globe terrestre d'un fil de soie. Les premières couches sont floconneuses, s'enlèvent facilement et forment la bourre, qui, cardée avec les déchets du filage, donnera la fantaisie; vient ensuite la soie proprement dite, qui doit être dévidée sur le tour et former la soie grége, et enfin un tissu interne si serré qu'il n'est qu'une pellicule. Il finit par n'être plus dévidable, et cela d'autant plus tôt que l'ouvrière fileuse est moins adroite. Le fil du cocon est maintenu accolé dans tous ses replis par une sorte de glu naturelle, bien moins tenace et épaisse que celle qu'on trouve dans beaucoup de cocons de bombycides. L'eau bouillante décolle les fils et permet le dévidage. Le plus grand nombre des races de vers à soie font des cocons jaunes, et d'autres des cocons blancs. Il en est à cocon jaune pâle ou soufré, ou blanc verdâtre (céladons) ; en Chine, dit-on, il y a des races à cocons tout à fait verts. On connaît aussi des cocons de couleur nankin ou jaune roussâtre; une race, élevée en Toscane, près de Pistoie, a des cocons d'un rose pâle ; enfin, on a fait mention de cocons couleur de pourpre.

Le ver à soie met trois ou quatre jours à filer son cocon sans muer ; seulement ses anneaux se resserrent, et il se raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit

à mesure que se vident ses glandes à soie. Au boni de deux ou trois juins, il se change en chrysalide (cinquième unir), c'est-à-dire passe au sixième âge. On opère alors le déramage des cocons, on les détache de leurs

appuis cl du se hâte de les vendre à cause de la perle de

poids. En effet, le cocon n'empêche pas complète ni

l'évaporation de la chrysalide. Son rôle harmonique est de diminuer celle êvaporation, ef le refroidissement superficiel qui en résulte. Comme nous l'avons constaté sur beaucoup d'espèces de chrysalides à cocon, au moment où on les en relire, elles sont toujours notablement plus chaudes que l'air ambiant ; puis, mises à l'air, la température de leur surface s'abaisse promptement à celle de l'air qui les entoure et même au-dessous, à mesure «pie l'évaporation superficielle amène des pertes de poids croissantes.

Le septième âge, qui succède à la sixième mue ou èclosion de la chrysalide, est l'âge adulte ou cle reproduction du ver à soie (fig. 242). Les chrysalides éclosent au boni de quinze à vingt jours après la confection du cocon. Celles du ver à soie, comme celles de toutes les espèces à cocon fermé, ont à la tête une vésicule, découverte par M. Guérin-Méneville, et contenant un liquide qui permet au papillon d'écarter les fils de soie en les décollant, afin de se frayer un passage. Les bombycides à cocon très-lâche ou ouvert naturellement à un bout manquent de cet organe. Les cocons percés n'ont pas le fil coupé, car la bouche du papillon n'a aucune partie tranchante, mais aminci et dissocié. Ces cocons non dévidables sont cardés et servent à faire la filoselle. En général, les cocons mâles sont de dimension moyenne et étranglés au milieu; les cocons femelles sont plus gros, plus renflés, plus arrondis aux extrémités. Les coi onde choix, réservés pour la ponte, sont placés dans une chambre où la température varie de 21° à 24°, et on a

soin de les attacher, afin que les papillons ne puissent les entraîner. Ils éclosent le matin (comme les œufs), de cinq heures à huit heures. On établit l'obscurité autour d'eux, car ces papillons nocturnes seraient blessés par l'éclat du jour et se fatigueraient en agitant leurs ailes. On met les mâles à part dans une boîte, puis on les réunit aux femelles après que, les uns comme les autres, se sont vidés d'un liquide de couleur nankin. On fait enfin pondre les femelles fécondées sur des toiles ou sur des cartons (procédé chinois et japonais suivi autrefois à la magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation, et remplacé aujourd'hui par un grainage cellulaire sur autant de toiles qu'on a de femelles). Les œufs sont d'abord d'un jaune tendre, passant, en huit à dix jours, au jonquille, puis au gris roussâlre, et enfin au gris d'ardoise, avec une légère dépression au centre. On conserve les toiles ou les cartons à œufs clans des filets qu'on suspend dans une chambre où la température ne doit pas dépasser 12° à 15°. Au reste, ces œufs, bien que la petite chenille y soit formée de très-bonne heure, peuvent supporter sans périr une chaleur de 50° et les froids les plus rigoureux de nos hivers, et même de la Sibérie, comme l'expérience en a été faite pour des graines chinoises venues par caravane. La réfrigération hibernale est une garantie du succès de l'éducation (glaçage des graines de MM. Duclaux, Raulin). Au printemps, quand la température commence à s'élever, on porte la graine à la cave ou à la glacière, de peur d'éclosions prématurées.

On a depuis longtemps créé en Italie une race spéciale, dite trivoltine, à peine connue en France, en choisissant pour la reproduction des vers hâtifs qui accomplissent leurs évolutions en trois mues au lieu de quatre. L'éducation a alors une moindre durée, mais la soie est médiocre. Dans les pays chauds existent des races de vers à soie à plusieurs générations dans l'année.

Fi- 242. — Ver à soie à ses divers états.

Los autres bombycides à cocons soyeux présentent, les Uns des chenilles munies de tubercules surmontés d'é-

Fig. -2-ir.. — Petit paon de iiuii, femelle.

pines, les autres de longs poils. Les deux principales espèces du premier groupe, originaires de l'Europe, sont le

Pig. 244.

Chenille du petit paon de nuit.

grand paon de nuit et le petit paon, à cause des taches arrondies et vitrées de leurs ailes (fig. 245, 244, 245).

La première espèce, le plus grand papillon d'Europe, ne dépasse guère la latitude de Paris. Introduit par des amateurs dans le département du Nord, il a bientôt dépéri. Il est très-commun dans tous les environs de Paris, vit sur les arbres fruitiers de sa banlieue, sur les platanes du chemin stratégique des fortifications, etc. La seconde s'étend plus au nord, existe en Angleterre , se nourrit sur le prunellier, l'aubépine, l'orme, le charme. Dans ces deux insectes, la chenille se file un cocon en forme de nasse, ouvert naturellement à un bout pour la sortie du papillon. Elle ne casse nullement le fil à cet orifice de sortie, comme on l'a cru autrefois, mais le replie ; on la voit, par un mécanisme différent du ver à soie, transporter continuellement sa tête d'une extrémité à l'autre du cocon. La chrysalide manque de la vésicule destinée à la liqueur servant à percer le cocon ; elle était inutile dans ces espèces à cocon ouvert. Leurs cocons sont trop incrustés pour être dévidables. L'Allemagne nous présente en outre le paon moyen; une autre espèce, à ailes jaunes, est spéciale à la Dalmatie. Enfin, dans le centre de l'Espagne, vit une rare et magnifique espèce, à ailes d'un vert d'émeraude, avec d'épaisses nervures rougeâtres, découverte en 1848, et dédiée à la reine Isabelle. Elle conservera ainsi, dans le paisible domaine de la science, un rang à jamais incontestable. Quelques personnes seules connaissaient exactement les localités de cette espèce et l'arbre qui la nourrit ; mais elles gardaient le secret avec soin. Aussi une paire de ces papillons s'est vendue 250 francs. Nous figurons, pour la première fois en France, le mâle, si curieux par les longues queues un peu tordues qui terminent ses ailes inférieures (fig. 246). Dans tous ces Attacus d'Eiir rope, les antennes du mâle sont bien plus pectinées que celles de la femelle. On sait maintenant quelques détails biologiques sur le splendide Attacus de la reine Isabelle.

LÉPIDOPTÈM S. 25fl

Après un premier voyage infructueux en Espagne à la recherche de cel insecte, le docteur Staudinger, plus heureux une seconde fois, rencontra la chenille (fig 247) sur les collines qui avoisinenf Madrid. Elle se nourril des feuilles aciculaires du pin maritime, entre lesquelles elle se transforme en chrysalide dans une coque soyeuse dont la couleur varie du brun rougeâtré au bl I presque blanc. M. Staudinger élève maintenant cette espèce qui constitue une des belles découvertes entomologiques du siècle. On en trouvera de très-bonnes figures coloriées dans les Annules delà Société linnéenne de Lyon (août 1868), avec un mémoire intéressant de M. Millière.

Les antennes sont à peu près également fournies dans les deux sexes de deux races ou espèces, à cocons ouverts, employés pour leur soie grise, plus grossière que celle du ver du mûrier. Ce sont les Attacus «lu ricin et de Pailante, le premier de l'Inde, le second du nord de la Ghine. M. Milne Edwards éleva le premier au Muséum, en 1854, le ver du ricin, abandonné aujourd'hui en France, à cause de ses générations trop rapprochées et de l'impossibilité de le nourrir en hiver. Quant au ver de l'ailanîe, dont on doit l'introduction en France à M. Guérin-Ménevillé, en 1858, il n'a d'ordinaire que deux générations par an. Le cocon commence à être dévidé en soie grégo. On peut dire qu'il est tout à fait acclimaté aujourd'hui. On a pu voir, à l'Exposition des insectes de 1865, un nombre considérable de ces cocons, et une vaste cage de toile pleine de papillons dus aux remarquables éducations de M. Givelet, en son château de Flamboin (Seine-et-Marne). On trouve maintenant de ces papillons, échappés aux éducations, venant voler autour do> aitantes, dans les jardins de Paris, poury déposer leurs œufs. M.Usèbe cultive aujourd'hui cette espèce sur trois hectares de terrain, à Milly, arrondissement d'Etampes(S.-et-M.). L'Asie donne également à l'industrie trois vers à soie

du chêne, de l'Inde, de la Mandchourie, du Japon, à cocons fermés, dévidables comme ceux du ver à soie [du mûrier. De très-intéressantes tentatives se sont faites dans ces dernières années pour introduire en France l'espèce japonaise (Attacus yama-maï), à cocon d'un blanc verdàtre, ressemblant aux céladons. En Autriche,. M., de Bretton élève cette espèce et la fait reproduire depuis 1865. En France, elle est élevée à Metz par M. de Saulcy, à Romorantin par M. Votte, à Paris même par MM. Berce et E. Deyrolle. 11 y a là le germe d'une bien précieuse conquête. L'intérêt qu'offre cette espèce si importante nous fait un devoir d'en figurer les divers états. Le papillon est dessiné un peu réduit en taille (fig. 248, 249, 250). C'est au Muséum que furent essayées les premières éducations, en France, de Y Attacus Cecropia, par Audouin, puis par MM. Lucas et E. Blanchard. Cette espèce, des régions méridionales de l'Amérique du Nord, se nourrit volontiers d'aubépine, de pommier et surtout de prunier. La Guyane, le Sénégal ont aussi des espèces à cocon utilisable1.

Les bombyx proprement dits ont des chenilles trèsvelues. Nous voyons les papillons de plusieurs espèces parcourir nos bois d'un vol rapide, avec de fréquents crochets. Le plus commun, celui du chêne, n'a qu'un cocon de couleur brune, comme une sorte de gros papier. Le Bombyx de la ronce, dont la chenille se roule dès qu'on la touche, ce qui l'a fait appeler anneau du diable, présente un cocon plus soyeux, mais bien trop pauvre encore pour nous servir. Le même genre est beaucoup plus favorisé en soie à Madagascar, et plusieurs espèces sont utilisées par les Hovas. Elles vivent sur un cytise, Yambrevate, et pourront être acclimatées à l'île de la Réunion. Les cocons sont remplis de poils de la

1 Vov. les Auxiliaires du ver à sole. Paris, 18(3i, J.-B. Baillière et Fils'

fig. 248, 249, 250. - Cocon du ver du chêne, chenille et papillon de ce ver à soie du chêne du Japon.

chenille; il faul s'en débarrasser par des lessives bouillantes, puis les entier. La soie est inaltérable, el les Bovas eouvrenl leurs morts de vêtements de cette soie. Les chrysalides servenl encore à un curieux usage : on tes mange frites ou bouillies. Lors de la réception de L'ambassade française envoyée au couronnemenl «lu malheureux Radama II, le docteur Vinson rapporte que le fils du roi, enfant de dix ans, présent à l'audience, mangeait dé ces chrysalides avec un grand plaisir. Les chrysalides du ver à soie sont aussi employées à l'alimentation dans plusieurs provinces de la Chine.

Les bombyx ont des espèces qui vivent en société dans d'immenses toile> de soie filées en commun, et où chaque chenille, parvenue à sa croissance, se file en outre un cocon particulier. A Madagascar, au Mexique, on a cardé la soie sauvage de certaines de ces espèces. Nos bois de pin et surtout les forets de chêne offrent en France deux espèces de mœurs analogues. Celle du chêne est appelée la Processionnaire, parce que le soir les chenilles sortent du nid commun en véritable procession, une en tète, suivie de files qui augmentent d'une chenille à chaque rang, jusqu'à une largeur égale à l'entrée du nid. Ces chenilles sont très-velues, et les poils se détachent, volent de toute part, munis d'une matière acre, produisant des rougeurs, des cuissons comme les orties, au point de donner la fièvre à certaines personnes. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses, si redoutées dans les bois des environs de Paris, dans les années où les bourses abondent collées au tronc des chênes. Dans l'année 1865, plusieurs allées du bois de Boulogne furent interdites aux promeneurs pour cette cause. Ces poils urticants empêchent de faire aucun usage des toiles. Enfin, rien de plus commun que le Bombyxneustrien, dont la chenille est nommée la livrée, à cause de ses lignes longitudinales, de diverses couleurs. Les œufs

sont pondus en bracelets autour des branches, et éclosent au printemps, aux premiers bourgeons. Accidentellement, si on les garde chez soi, à la chambre, soustraits au froid de l'hiver, on voit la chenille sortir de l'œuf en octobre ou en novembre. Cette chenille de la livrée se file un mince cocon blanc , saupoudré d'une poussière comme de la fleur de soufre.

Les tiparis sont très-nuisibles aux arbres. Une espèce à

ailes blanches (L. chrysorrhea) dévaste les plantations des promenades parisiennes (fig. 251). Les petites chenilles, nées à la fin de l'automne, assemblent des paquets de fe*uil-

Liparis queue dorée, mâle. les avec d^S fils de soie

pour y passer l'hiver. Dans cette loge commune sont façonnées de petites logettes séparées, où vivent un certain nombre de chenilles, comme associées par une prédilection plus particulière. Elles se dispersent au printemps. Les femelles des liparis s'arrachent les poils roux de leur abdomen, et en font un moelleux duvet autour de leurs œufs, pour préserver du froid ces enfants qu'elles ne verront jamais, car leur mort suit la ponte. Sur nos boulevards extérieurs nous trouvons sur le tronc des ormes des plaques d'œufs du L. dispar, passant l'hiver sous cet abri prolecteur. On dirait des tampons d'amadou. Les mâles de cette espèce sont bien plus petits que leurs énormes femelles immobiles.

Les bombycides ont certaines chenilles des plus bizarres, où les pattes anales se sont changées en prolonge-, ments fourchus, qu'elles agitent d'un air de menace et qui paraissent destinés à chasser les insectes hostiles, cherchant à pondre sur leur corps. Telles sont les che-

LEi'inoi'TKnr.s.

nillcs du genre dicranure (fig. 252) et celles de la /<«rpie du hêtre, d'un aspect si étrange, qu'on hésite d'abon

Fig. -Ib'l. — Clienillo de Dicranura erminea.

à y reconnaître une chenille (fig. 253). Les papillons n'ont an contraire rien de remarquable.

Fig. 253. — Chenille de harpie du hêtre.

Il y a quelques bombycides dont les chenilles vivent

dans l'intérieur des bois. Les femelles ont alors l'abdomen très-prolongé en pointe pour pondre dans les cavités des écorces. Ainsi le cossus gâtebois, à chenille rougeâtre, comme cuirassée, d'une odeur très-désagréable, ronge l'intérieur des saules et d'autres arbres ; ainsi la

Fig. 254. — Zeuzère du marronnier, femelle.

coquette ou Zeuzère du marronnier d'Inde, qui vole le soir dans nos jardins publics (fig. 254), vit à l'état de chenille dans l'arbre qui donne son nom à l'espèce.

Les femelles des bombycides sont en général aussi lourdes et paresseuses que les mâles sont vifs et agiles. Bien plus, il en est qui n'ont que des rudiments d'ailes et sortent seulement sur le bord du cocon. Ce sont les orgyes (fig. 255, 256). Nous voyons souvent, dans les rues de Paris à jardins, voler, en septembre et octobre, le mâle à ailes fauves de Yorgye antique. Les femelles perdent complètement les ailes chez les psychés. Elles ressemblent tout à fait aux chenilles, et en général ne sortent pas du fourreau de celles-ci. Leurs chrysalides n'ont aucune marque d'ailes. Les chenilles ont les anneaux du thorax assez durs et à pattes agiles (fig. 257,

258-); les autres anneaux sont très-mous el leurs pattes ne servent qu'à retenir des brins d'herbes, de feuilles, des morceaux d'écorce, etc., avec lesquels la chenille se

Fig. 255, 256.— Orgye antique (mâle et femelle)

fabrique un fourreau protecteur, toujours hérissé et de forme spéciale, ainsi que la nature des matériaux, sui-

Chenille de Psyché du gramen

et de Psyché radiella.

Fig. 259.

Psyché du gramei mâle.

vant les espèces. Les mâles, à antennes pectinées, sont d'un gris noirâtre et volent très-vivement (fig. 259). Un très-nombreux groupe de papillons esl constitué

par les noctuelles. Les papillons ont, en général, les ailes supérieures sombres, avec des taches au milieu en forme de rein, et les inférieures très-variablement colorées,

Fig. 260. — Trachea piniperdd à ses divers états.

parfois rouges ou jaunes, souvent blanchâtres. Ils volent presque tous le soir, sont pourvus d'une trompe pour sucer le miel des fleurs. On en capture le soir sur les raisins de treille, sur le miel dont on enduit les arbres, sur

LÉPIPOPTÊRES, Ï6fl

des pommes sèches trempées dans l'éther nitreux. Les chenilles, lisses ou très-peu velues, se cachent pendant le jour, vivent le plus ordinairement de plantes basses, parfois de racines, et soi il alors très-nuisibles i b cultures.

Kllcs (ml presque toujours seize pattes. Il en est qui se dévorent entre elles. Les unes s'entourent d'un légei cocon pour devenir chrysalides, et d'autres s'enfoncent dans la terre meuble (fig. 260). .Nous représentons,

Chenilles arpenteuses d'Ennomos de l'aune

comme exemple de ce type, une espèce qui vit sur les pins et qui leur nuit dans certains pays. On la trouve près de Paris, mais pas très-commune.

Dieu plus singulières sont les chenilles qu'on nommé arpenteuses ou géometr es. En général, outre les six pattes du thorax, elles n'ont plus que lesquatre pattes de l'abdomen, y compris les deux autour de l'orifice anal. Quand

27ô LES METAMORPHOSES DES INSECTES.

elles veulent avancer, elles fixent d'abord les pattes de devant, puis rapprochent les pattes postérieures en formant une boucle avec leur corps. Elles paraissent ainsi arpenter le sol sur lequel elles marchent. Souvent elles restent immobiles des heures entières, dressées sur leurs pattes de derrière, leur corps simulant tout à fait une baguette (fig. 261). Les chrysalides sont le plus habituellement dans la terre. Les papillons ont des ailes délicates, ornées parfois de riches couleurs et en général horizontales au repos. On les nomme spécialement phalènes. Nous figurons une belle espèce du début du printemps (fig. 262).

Fig. 262. — Amphidasys prodromaire.

On peut appeler certaines phalènes les papillons de l'hiver. On ne se doute guère que des papillons volent

Fig. 263.

Phalène hyémale, mâle.

Fig. 264.

Phalène hyémale, femelle.

par les soirées brumeuses du mois de novembre. C'est pourtant ce qui arrive aux mâles des hibernia. Deux es-

LÉPIDOPTÈRl S.

pèces, la phalène dèfeuillée et la phalène hyémaie, sont tort communes. La rem elle de la seconde n*a que des ailes très-petites, toul à lait impropres au vol (fig. 263, 264); celle de l'autre, entièrement aptère, marquée de taches noires sur le dos, à abdomen pointu, ressemble à

Phalène dèfeuillée mâle.

Fig. 266.

Phalène dèfeuillée femelle.

une araignée allongée (fig. C2G5, 266). On les trouve facilement, au commencement <le novembre, dans mu* singulière station, sur les candélabres à gaz de certaines promenades publiques, par exemple des routes du bois de Boulogne, soit qu'elles aient grimpé, attirées par la lumière, soit que les mâles ailés les y transportent. En février et mars apparaissent d'autres espèces analogues. On peut citer parmi elles, comme type nouveau de femelles sans ailes, la phalène œsculaire, ;'i femelle cylindrique, couverte de brosses de poils étagées, dont l'abdomen se termine par une houppe (fig. 267). Nous trouvons aussi près de Paris, dans les prairies qui entourent le confluent de la Seine et de la Marne, à la fin du mois de mars, le Nyssia zonaria, dont les mâles restent pendant le jour immobiles sur l'herbe; les le-

Fig. 267.

Phalène œsculaire feme

melles à moignons d'ailes sont trèe-poilues. Les mâles volent le soir en rasant l'herbe. Nous représentons cette espèce (Ci g. 268, 269), qui malheureusement va disparaître tout à fait près de Paris, car ces prairies sont envahies par les constructions et livrées à la culture maraîchère.

Fig. 268, 269. — Nyssia Zonaria, mâle et femelle.

Les derniers papillons sont de très-petite taille. Leurs écailles semblent une imperceptible poussière que détache le moindre contact. Les chenilles de ces délicates espèces, tantôt roulent les feuilles en attachant leurs

Fig. 270.

Œcophore du prunier, très-grossie.

Fig. 271.

Teigne des draps, très-grossie.

bords avec de la soie, tantôt minent leur parenchyme, n'attaquant que la matière verte, trop faibles pour manger les nervures (fig. 270). Il en est qui vivent à l'inté-

rieur des pommes

m des poires (frui

châtaignes, des glands. On donne en

véreux), des énéral !<• nom de teignez à ces insectes. Les chenilles courenl Irès-vite, se tortillent en tous sens dès qu'on les touche. Il en est deux espèces qui vivent des grains de blé, deux <|ui dévastenl les vignes. Certaines de ces chenilles se nourrissent de matières animales. Les galleries chassent les abeilles des ruches et mangenl la cire dont les rayons sonl pénétrés de leurs (ils soyeux. Une chaleur considérable, sensible à la main, se dégage des gâteaux envahis par ces larves voraces. Beaucoup de chenilles de teignes s'abritent sous des fourreaux qu'elles traînent avec elles. Telle est la teigne des draps (fig. 271 ), qui accroît son fourreau

Fig. Ti'l. — Drap rongé.

à mesure qu'elle grandit en y mettant des pièces de laine (fig\ 272, 275, etc.). En lui donnant à manger des étoffes de laine de diverses couleurs, on finit par lui voii un véritable habit d'arlequin. Nous représentons, en ligures grossies, les chenilles qui attaquent le drap dans

diverses attitudes. La teigne des pelleteries se comporte de même. Dans nos bois, beaucoup de teignes ont des

Fig. 275.

Teigne du drap marchant.

Fourreau suspendu.

iourreaux lisses, d'une sorte de carton grisâtre : ainsi

Fig. 275.

Adèle de de Géer, très-grossie.

les petites chenilles des adèles (fig. 275), dont les adultes, ornés des plus riches couleurs métalliques, lors-

qu'ils sont rassemblés dans les matinées de printemps sur les buissons, ressemblenl à des émeraudes <>u à dos améthystes étincelantes. Les antennes démesurées des

mâles, comme des fils d'argent, les gênent | • leur

V()|. toujours li'ni el oblique. Il esl des teignes dont l<is Chenilles s'entourenl de plusieurs étages de parcelles de fouilles en forme <lii collerettes. Réaumur les nommait les teignes à falbalas (fig. 276).

Remarquons aussi des papillons frappés de dégradai

lion organique, ayant 1rs ailes divisées en espèces de

plumes. Leurs chenilles, à seize pattes, sont couvertes

Fig. 276.

Chenilles à fourreau.

Ptérophore pentadactyle.

d'un duvet, court et serré ; la plupart s'attachent, pour se transformer, par la queue et par un lien autour du corps. Les chrysalides ressemblent beaucoup aux chenilles, dont elles gardent la couleur et la villosité. Une espèce fort commune dans les jardins, au bord dechemins, le long des haies, est le ptérophore pentadactyle, d'un beau blanc de lait (fig. 277). I ne autre espèce, assez fréquente contre les vitres à l'intérieur des maisons de campagne, est ïorneodehexadactyle, dont les ailes ont l'apparence d'un évenlail étalé, à douze divisions. La chenille vit sur le chèvrefeuille des jardins et se file un petit cocon à claire-voie (fig

Fig 278.

Ornéode bexadactyle.

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