CHAPITRE VII
Les cousins, larves et nymphes, éclosions en bateau. — Les moustiques. — Les tipules. — Les cécidomyes, ravages, larves vivipares. — Le vermiliori et ses pièges. — Les volueelles. — Les mouches des viandes et des cadavres. — La mouche qui tue les forçats à Cayenne. — Les mouches des squelettes. — Les mouches ennemies des chenilles. — La mouche tsetsé, fléau de l'Afrique centrale. — Les œstres, leurs larves à l'intérieur des chevaux et des moutons. — Les mouches des tumeurs. — Les mouches-araignées sur les mammifères et. les oiseaux.
Les diptères ou mouches à deux ailes offrent une immense quantité d'espèces; beaucoup sont très-peu distinctes, et les naturalistes sont très-loin de. connaître : complètement ces insectes, dont les larves ont cependant des habitudes curieuses et des plus variées. Ce sont les diptères qui s'avancent le plus loin vers les pôles, et ils forment les seuls insectes des régions glacées qui entourent le pôle boréal ; ils peuvent vivre et voler à des températures inférieures à celle de la glace fondante. Il en est qui piquent les animaux et môme l'homme pour se repaître de son sang. C'est au moyen de leur bouche munie de lancettes perforantes que la piqûre s'opère. Il n'y a aucun danger à saisir entre les doigts les diptères dont la piqûre est le plus douloureuse. Ils sont alors terrifiés et ne songent aucunement à manger. Ils n'en- ! foncent leurs lancettes que quand ils sont sans crainte et libres sur la peau. Au contraire, nous pouvons laisser
courir une abeille ou une guêpe sur La main el le visage : «'II*4 ne fera pas usage de l'aiguillon qui lerraine son abdomen. G'esl que chez les hyménoptères, <»u mouches à quatre ailes, cel aiguillon est une arme el non une bouche, el l'insecte ne s'en sort que lorsqu'on le sci ro ou qu'on l'irrite.
Il nous os! impossible de présenter autre chose que l'examen de quelques types remarquables, en laissant de côté tous les intermédiaires.
Il est d'abord des diptères dont les antennes sont développées, souvent plumeuses. Ils ont de longs balanciers et des pattes excessivement allongées se dirigeant en arrière dans le vol. Ce sont les némocères.
Au-dessus des eaux, apparaissent le soir des danses aériennes formées de contins qui montent et descendent en s'entre-croisant en tous sens, illuminés par les rayons obliques du soleil couchant. De temps à autre, les femelles fécondées quittent la troupe, s'abattent doucement à la surface de l'eau, placent leurs quatre pattes de devant sur quelque corps qui flotte ou même les appuient sur l'eau. L'abdomen porte son extrémité sur la surface liquide, et les œufs allongés sortent, passant à mesure entre les pattes de derrière entre-croisées. La mère en façonne ainsi une espèce de radeau eu les accolant les uns contre les autres. Sa forme est celle d'un fuseau : il se renfle au milieu et s'amincit aux deux extrémités. Le radeau est abandonné à la chaleur solaire, et, au bout de deux jours, apparaissent des larves ressemblant à de très-petits poissons, à corps allongé et diaphane, à grosse tête, à œil noir. Elles aiment les eaux croupies, se trouvent dans les tonneaux d'arrosage, etc. Dès qu'on agite l'eau, elles fuient i\r toutes parts en faisant de nombreux soubresauts. Elles sont sans pattes ; de courtes antennes poilues les aident à nager avec vivacité (fig. 279). En outre, une roue loco-
motrice de cils, servant aussi de branchies, entoure l'orifice anal ; l'avant-dernier anneau porte un tube destiné à puiser l'air en nature au-dessus de Teau. En quinze jours ou en trois semaines, cette larve éprouve trois ou quatre mues. Elle sort de l'eau la région dorsale du thorax. La peau se dessèche et se fend, et tout le corps parvient à sortir par cette ouverture, en laissant l'ancienne peau flotter à la surface de l'eau. A la dernière mue, la larve du cousin prend l'aspect d'une nymphe encore mobile. La forme est tout à fait changée ; le thorax, très-élargi, gonflé d'air, vient flotter ; l'abdomen, replié en dessous, se termine par des battants membraneux qui aident l'animal à nager, et aussi par deux larges branchies. La respiration se fait en outre par deux tubes, simulant deux cornes, implantés sur le thorax. La nymphe monte à la surface de l'eau ; elle déroule sa queue, son thorax se boursoufle et crève entre les deux cornets respiratoires. La dépouille de la nymphe forme alors une nacelle, au centre de laquelle sort d'abord la tête du cousin. Il se dresse verticalement, comme un mât, et l'esquif tournoie sous le vent sans chavirer et se remplir d'eau. Ensuite, les pattes et les ailes se dégagent; les paltes se posent sur l'eau, les ailes s'écartent. Si la brise souffle doucement sur ces voiles, cent fois plus fines que la dentelle, le navigateur est poussé vers la rive; si un vent impétueux s'élève, la frêle embarcation est submergée, et le cousin trouve la mort dans les flots qui tout à l'heure lui donnaient la la vie.
Les maringouins ou moustiques, très-voisins des cousins, sont le fléau des pays humides, plus encore dans les régions froides que sous les tropiques (fi g. 280). Ils rendent certaines localités inhabitables. Ils sont en telle quantité dans le haut Canada, pays des grands lacs, que les bisons sauvages et les bestiaux passent les mois d'été
Fig. 279. - Le cousin, mâle et femelle, nymphe, larve, cloison
(Figures très-grossies.)
enfoncés dans l'eau tout le jour, ne laissanl sortir que le mufle, tant ils sonl tourmentés par ces insectes. Nous empruntons sur ces moustiques du Nord <le curieux Entrait s à l'exploration du capitaine Bach, à la re- ■herche de la rivière du Poisson qui se jette dans l'océan Arctique amérieain (Voyages dans les glaks du pôle arctique, Hervé M de Lanoye. Taris, Ila- Biette, 1865, p. 523 el KO).
a Parmi les nombreuses misères inhérentesà la vie aventureuse du voyageur,
Fig. 280.
.Elles cendrés, moustique grossi.
il n'en esl point, dit Bach, de plus insupportable et de plus humiliante cpie la torture que vous l'ait subir coït.4 peste ailée. En vain vous essayez île vous défendre contre ces petits buveurs de bang, en vain en abattez-vous des milliers, d'autres milliers arrivent aussitôt pour venger la mort de leurs compagnons, el vous ne lardez pas à vous convaincre bue vous avez engagé un combat ou votre défaite est certaine. La peine et la fatigue que vous éprouvez à chasser ces innombrables assaillants deviennent à la fin si grandes, qu'à moitié suffoqué vous n'avez d'autre ressource que de vous envelopper d'une couverture et de vous jeter la face contre terre, pour tâcher d'obtenir quelques minutes de répit. Les vigoureuses et incessantes attaques de ces insectes montrent bien toute l'impuissance de l'homme, puisque avec toutes ses forces si vantées, il ne peul venir à bout de repousser ces faibles atomes de la création. »
Et plus loin :
a Mais comment décrire les souffrances que nous causèrent, dans ce trajet, les moustiques et leurs alliés les maringouins? Soit qu'il nous fallût descendre dans des abîmes où la chaleur nous suffoquait, ou passer à gué des terrains marécageux, ces persécuteurs s'élevaient en nuages et obscurcissaient l'air. Parler et voir était également difficile ; car ils s'élançaient sur chaque point de notre corps qui n'était pas défendu, et y enfonçaient en un instant leurs dards empoisonnés. Nos figures ruisselaient de sang comme si l'on y eût appliqué des sangsues. La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, immédiatement suivie d'inflammation et de vertige, nous 9 rendait presque fous. Toutes les fois que nous nous arrêtions, et nous y étions souvent forcés, nos hommes, même les Indiens, se jetaient la face contre terre en poussant des gémissements semblables à ceux de l'agonie.
« Comme mes bras avaient moins souffert, je cherchai à me garantir moi-même en faisant tournoyer un bâton dans chaque main ; mais en dépit de cette précaution, et malgré les gros gants de peau et le voile que j'avais pris, je fus horriblement piqué. »
A ce sujet, il rapporte une anecdote assez curieuse :
Leur guide Maufelly, le voyant remplir sa tente de fumée, se jeter à lerre, agiter des branches pour chasser les intolérables insectes, témoigna sa surprise de ce qu'il ressemblait si peu à l'ancien capitaine, sir John Franklin. Il paraît, en effet, que celui-ci, se faisant scrupule de tuer une mouche, avait assez d'empire sur lui-même pour continuer tranquillement son ouvrage, en dépit de toutes les piqûres de ces venimeux essaims, et ne leur faisait lâcher prise que lorsqu'ils étaient à moitié gorgés.
Un jour qu'il en était affreusement tourmenté, il se
coulent;! de souffler dessus en disant : i Allez, le monde est assez grand pour vous el pour moi.
G'esl pour se garantir des moustiques que beaucoup de peuplades sauvages s'enduisenl le corps de graisse, et ([iio le pauvre Lapon se condamne à vivre dans une hutte enfumée. Les régions boréales, el aussi, moins souvent, les vallées humides des Cévennes, des basses Alpes of-