CHAPITRE IX
NÉVROPTÈRES
Les termites, ouvriers, soldats et sexués. — Les termites des Landes. -î Les termites exotiques, la mère séquestrée. — Les raphidies et les mantispes. — Singulières métamorphoses des mantispes dans les cocons à œufs des araignées. — Les libellules et leurs chasses, ruse des larves — Les éphémères, leur longue vie à l'état de larves, mœurs diverses de celles-ci, métamorphose supplémentaire. — Les perles et les némoures, larves et nymphes.
Comme dans l'autre section de l'ordre des névroptères, ceux qui n'ont que des métamorphoses incomplètes se divisent, sous ce rapport, en deux groupes, selon que les larves et les nymphes sont terrestres comme les adultes, ou qu'elles habitent l'eau à ce premier état.
Les termites sont les plus curieux représentants des premiers. On les nomme souvent fourmis blanches, à cause de leurs teintes blanchâtres, poux de bois, vagvagues, carias, etc. Les prétendus peuples mangeurs de fourmis se nourrissent réellement de termites , dont on dit que les nègres sont très-friands. Nous retrouvons chez ces insectes l'existence de sociétés nombreuses, et la fonction de reproduction, pivot unique'de ces prétendus gouvernements, est divisée en un plus grand nombre d'individus que partout ailleurs, même chez les bourdons et les abeilles. Lcà où la révolte est impossible, la subordination est inutile. La fonction de reproduction exige ici quatre individus et non plus seulement trois. Il faut le père, la mère, la nourrice et le soldat. Il
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v ,i certaines espèces de fourmis où cette même division quaternaire parail exister.
Gomme la plupart des espèces de termites -<>ui exotiques, elles n'ont été l'objel que d'observations peu scientifiques. <>n se préoccupe surtout des dégâts qu'ils causent, el beaucoup de points de leur histoire restent encore obscurs. Il n'esl nullemenl certain qu'on Boit autorisé à généraliser ce qui n'a encore été constaté que sur mi très-petil nombre d'espèces. Il existe en France, principalemenl dans les landes de Gascogne, doux espèces de termites. La plus abondante fail des nids en parcelles de bois rongé, composés de quelques centaines d'individus, dans les souches des pins qui restent en grand nombre sur Le sol après que les arbres ont été coupés. On nomme celte espèce termite lucifuge, parce que, à l'ordinaire de tous les ténuités, ils rongenl les objets ligneux à l'intérieur, en respectant toujours la surface externe, de sorte qu'on se trouve dans la plus parfaite ignorance de leurs atteintes.
Un grand nombre de maisons de la Rochelle, Rochefort, Tonnay-Charente, ont eu leurs poutres entièrement détruites à l'intérieur. A Tonnay-Charente, une salle à manger s'écroula, et L'amphitryon et ses convives tombèrent à la cave. On peut voir dans les galeries du Muséum les colonnes de bois qui soutenaient la salle et qui lurent rapportées par Audouin, en mission pour constater les dégâts des termites. L'hôtel de la prélecture de la Rochelle était envahi par ces insectes, et les archives furent en partie détruites, la reliure des registres restant intacte. On est forcé de les enfermer maintenant dans des boites de zinc. M. E. Blanchard a vu, aux voûtes des caves de la préfecture, des tubes formés par <les matériaux agglutinés, servant de galeries aux termites qui ne paraissaient pas à l'air libre. Le liu aussi exposé à la dent de ces insectes. Audouin a rap-
porté de Tonnay-Charente le voile de noces d'une dame entièrement troué par eux. Certains quartiers d'Agen et de Bordeaux commencent à souffrir des ravages de ces insectes. Leurs sociétés restent séparées dans les bois; elles se réunissent dans les villes pour leurs déprédations.
Lespès a reconnu dans les termitières des landes cinq sortes d'individus bien distincts. Chaque nid présente d'abord un couple fécond, roi ou reine, ou petit roi et petite reine. Il s'y trouve des neutres de deux formes différentes. Les plus nombreux sont des ouvriers, de la taille d'une forte fourmi, chargés de creuser les galeries dans le bois, de soigner les œufs, les larves et surtout les nymphes, en les aidant à opérer leurs mues, les brossant, les léchant; d'aller à la recherche des provisions, de les emmagasiner dans le nid. Chose singulière! ils sont aveugles. D'autres neutres, bien moins abondants, au lieu de la tête arrondie des ouvriers et de leurs courtes mandibules, ont une énorme tête, presque moitié du corps, un peu carrée et avec de très-fortes mandibules croisées. Ce sont les sojdats chargés de la défense du nid , se précipitant pour mordre les agresseurs. Au reste, ces pauvres défenseurs sont aveugles comme les ouvriers. L'anatomie a fait voir à Lespès que ces neutres des deux sortes sont les uns des mâles, d'autres des femelles, toujours à organes avortés. Il se rencontre des larves de deux variétés , ressemblant beaucoup aux ouvriers. Les unes doivent devenir des neutres, les autres des mâles ou des femelles, et on les reconnaît en ce qu'elles ont de très-légers rudiments d'ailes. Les nymphes à ailes imparfaites deviendront des mâles et des femelles. Il en est qui ont de longs fourreaux pour les ailes; d'autres, plus ramassées, ont des fourreaux alaires plus courts. Les larves et les nymphes des individus sexués ont les yeux cachés sous la peau. Les
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jiiàlcs et femelles seuls ont des yeux des deux espèce , composés et simples. Ils prenneni des ailes el émigrenl ; puis, comme les fourmis, les perdent aussitôt après que la fécondité des femelles esl assurée. Les mâles el femelles provenani des nymphes à longs f Teaux de> ien-
nenl les petits rois el petites reines, après leur essaimage qui a lieu à la fin de mai. En août, des autres nymphes proviennent des mâles el des femelles plus volumineux, plus féconds, qui sont les mis et reines. Les couples des deux sortes, recueillis par les ouvriers et les soldais, forment le noyau de colonies de printemps el d'automne. Il y a là, comme on le voit, une remarquable complication. L'abdomen de la reine est énor
el traîne à terre. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale; le mâle ordinairement près d'elle. Quoique très-embarrassée de son gros ventre, elle marche cependant assez bien, et le roi est toujours très-vif. Les ouvriers no paraissent pas avoir pour eux de soins d'aucun genre.
Des faits analogues, mais avec un caractère plus tranché, plus exagéré, se montrent chez les termites exotiques. Quelques espèces ont été étudiées dans l'Afrique australe par un voyageur hollandais. Siueallnnan, à la fin du siècle dernier. L'une d'elles, le termite belliqueux ou fatal, construit en terre gâchée des nids en monticules coniques, pouvant dépasser ."> mètres de hauteur, assez solides pour supporter le poids des taureaux sauvages. Smeathman et ses compagnons se cachaient en embuscade entre ces grands nids pour chasser; il rapporte qu'il monta une fois sur l'un d'eux avec quatre hommes pour chercher à l'horizon si quelque navire n'était pas en vue. Au milieu de la partie inférieure (\\\ nid esl la cellule royale oblongue, à voûte arrondie, ayant jusqu'à 0m,25 de longueur. Elle est entourée des salles de service du couple royal. Au-dessus sont des
magasins remplis de parcelles de gomme et de sucs de plantes solidifiés, Dans le pourtour du nid sont de grandes chambres ou nourriceries, avec cellules de bois collé à la gomme. Là sont déposés les œufs de la reine, et éclosent les jeunes larves. Ces chambres, grandes parfois comme une tête d'enfant, sont bien ventilées. Le haut du nid est occupé par un dôme creux, plein d'air. On trouve dans ce nid une multitude d'ouvriers, de 0m,005 de longueur, des soldats, de 0m,010, dont chacun pèse autant que dix ouvriers, des mates et des femelles non fécondées, de 0in,018 de longueur, pesant autant que trente ouvriers. Les ailes des mâles, qui ne subsistent que quelques heures, ont 0m,050 d'envergure.
« La cellule royale, dit M. de Quatrefages1, renferme toujours un couple unique, objet des soins les plus empressés, mais qui achète sa grandeur au prix d'une réclusion perpétuelle, car les portes et les fenêtres du palais, suffisantes pour laisser passer un ouvrier ou un soldat, sont trop étroites pour livrer passage au roi et plus encore à la reine. Celle-ci, toujours au centre de la chambre princière et reposant à plat , frappe tout d'abord les yeux de l'observateur. Qu'elle ressemble peu à ce gracieux insecte aux ailes fines, à la taille svelte, qui n'avait que trois à quatre fois la longueur et trente fois le poids d'un ouvrier ! Ses ailes ont disparu, la tête et le corselet sont restés à peu près les mêmes ; l'abdomen, au contraire, a pris un développement monstrueux et tend à s'accroître sans cesse. Dans une vieille femelle, il est deux mille fois plus gros que le reste du corps, et atteint jusqu'à 0m,15 de long. Cette femelle pèse alors autant que trente mille ouvriers, et, grâce à cette obésité exagérée, les précautions prises pour
1 Souvenirs d'un naturaliste, t. II, p. 587.
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Kg. "rit;, 327, 328 el 329 -Termite lucifuge, mâle, ouvrier, soldat, grossi
femelle féconde d'un termite exolique.
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prévenir la faite sont parfaitement inutiles, car elle ne peut Paire un seul pas. Quanl au mâle, il a aussi perdu sos ailes, mais n'a d'ailleurs changé ni de dimensions, ni de formes. Toutefois il use peu «le sa faculté de locomotion, et, tapi d'ordinaire sons mi t\t>s côtés du vaste abdomen de sa compagne, il se borne à être le mari de la reine. Les travailleurs el les soldats ont l'air de Taire assez peu d'attention au roi; mais ils sonl fort oceupés <le la reine. L'espace laissé libre autour «le celle-ci est constamment rempli par quelques milliers de serviteurs empressés qui circulenl autour d'elle en tournant toujours dans le même sens (fig. ôvJi», 527, 328, 329). Les uns lui donnent à manger, d'autres enlèvonl les œufs qu'elle ne cesse de pondre, car ici, comme chez les abeilles, cette reine est avant tout la mère de ses sujets. » Sa fécondité est devenue vraiment prodigieuse chez les termites exotiques. Son corps déformé n'est plus qu'un sac à œufs. 11 y en a toujours un de mûr, et on voit de continuels mouvements de contraction s'exécuter, tantôt sur un point, tantôt sur l'autre. Elle pond au delà de soixante œufs par minute, plus de quatre-vingt mille par jour. De ces œufs naissent des petites larves blanches, objets des soins les plus attentifs ; elles se nourrissent de champignons qui poussent sur les murs gommeux et humides des couvoirs. Vers la saison des pluies, les nombreux mâles et femelles de la termitière prennent des ailes, et sortent par millions, lors d'une soirée d'orage, de leurs retraites souterraines. Leur vie aérienne dure peu, leurs ailes flétries se détachent au bout de quelques heures. Le sol est jonché de ces insectes qui deviennent la proie de mille ennemis. Quelques couples, recueillis par des ouvriers, protégés par des soldats, sont les noyaux de nouvelles termitières, et bientôt se trouvent cloitrés chacun dans une cellule rovale.
Smeathman signale encore un termite mordant, construisant des nids en forme de colonnes cylindriques, terminées par des chapeaux voûtés comme des champignons, et un termite destructeur, établissant aux fortes branches des arbres des nids en forme de grosses boules composées d'un mélange de branchages, de feuilles et de terre réunis à des sucs gommeux et résineux. Les insectes y abordent au moyen de tubes clos et maçonnés descendant le long de l'arbre. Rien de plus curieux; rapporte-t-il, que les voyages des termites. Les soldats, qui font l'office d'inspecteurs quand les ouvriers réparent une brèche au nid, se postent ici en défenseurs sur les flancs de la colonne d'ouvriers. Certains se placent en sentinelle sur des plantes, et de temps en temps battent des pattes, de façon à produire un cliquetis. A ce signal, l'armée répond par une sorte de sifflement prolongé, et tous doublent le pas avec la plus grande ardeur.
On rencontre au printemps dans les bois, volant contre les troncs d'arbres, surtout les pins et sapins, des in sectes à grosse tête triangulaire suivie d'un long corselet. Les ailes ont de fines nervures, et les femelles ont une longue tarière pour déposer leurs œufs entre les écorces où vivent les larves (fig. 550). Celles-ci sont allongées, carnassières, et se tordent comme de petits serpents pio __0 (fig. 551). De là le nom de raphidie
Raphidie remarquable, serpentine donné à l'une des espèmale- ces. Il y en a plusieurs se ressem-
blant beaucoup, toujours rares. On les nomme, en Allemagne, mouches à tête de chameau. Les nymphes, pourvues de fourreaux d'ailes, sont agiles et commencent à ressembler aux adultes (fig. 552). Près de ces raphidies se rangent les mantispes. La forme du corps et des ailes
NÉVROPTÊRES.
esl analogue; les pattes de devant sont élargies, épineuses el repliées pour saisir les insectes, comme chez le mantes. Une des plus 'rares captures qu'on puisse Paire dans les bois des environs de Paris esl celle de la Montispe païenne que ne connaissait pas Geoffroy (fig. 333).
Fig. 331. — Larve
de raphiéie
grossie.
.Nymphe de aphidie, grossie.
Mantispe païeniu
Los métamorphoses dos mantispes ont été tout récemment découvertes en Autriche, et publiées par M. F. Brauer. Elles offrent des faits si étranges qu'on ne s'étonne plus du temps très-long pendant lequel elles pestèrent complètement ignorées. 11 y a un parasitisme et des transformations qui ont des analogies avec le cas des sitaris, passant leurs premiers états dans les nids de mellifiques solitaires. Pour les mantispes, les victimes de la voracité de leurs larves sont certaines espèces d'araignées. 11 y a un certain nombre d'araignées vagabondes, ne faisanl pas ou très-peu de toiles, mais qui savent confectionner des cocons d'une soie très-fine dans lesquels seront déposés les œufs que la mère veille et protège avec La [dus touchante sollicitude. Les lycoses portent parfois le cocon à œufs sur leur dos, puis les petites araignées rassemblées en tas et voyageant avec la mère: ainsi le lycosa saccata, à cocon jaunâtre, commun près de Paris
Ôi6 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
dans les lieux marécageux, aux bois et aux champs, les L. paludicola et leimonia à cocon bleuâtre, pyratica, à cocon verdâtre, vivant près des mares, etc. D'autres lycoses gardent leur précieux cocon au fond d'un trou où elles se retirent ; la célèbre tarentule de l'Italie appartient à ce groupe. Les clubiones ont des mœurs un peu différentes. Elles attachent aux tiges des végétaux leurs cocons soyeux, parfois d'une belle soie blanche qui brille au soleil, parfois revêtus de grains de sable. Le ménage se tient dans cette chambre nuptiale, qui devient ensuite le berceau des enfants. Le clubione nutrix '(actuellement genre cheiracanthium) assez commun près de Paris, attache un grand cocon blanc dans les épis des plus hautes graminées, en réunissant souvent entre eux plusieurs épis, ainsi dans les avoines, les paturins, les liolcus, etc. Ces cocons de ponte sont très-abondants au mois de juillet dans les landes sèches de Champigny, de la Varenne, près de Paris.
Ces sacs à œufs sont le théâtre des premiers états des mantispes, comme l'observateur autrichien l'a reconnu sur la mantispe styrienne, assez commune aux environs de Vienne sur les buissons et les ombellifères. Les faits qui vont suivre ont été reconnus dans des éducations en captivité, dans des vases de verre à fond garni de terre. On donnait aux jeunes mantispes les cocons blancs remplis d'œufs de diverses lycoses et dolomèdes qui se trouvent dans les trous de refuge de ces araignées. La mantispe femelle pond en juillet de très-petits et très-nombreux œufs roses d'où sortent en août des larves agiles, hexapodes allongées, courant çà et là (fîg. 534). Elles demeurent longtemps en plein air sans nourriture, fait analogue à celui que nous a présenté la première larve du sitaris. C'est seulement en avril de l'année suivante qu'il faut leur donner les cocons à œufs des araignées. Elles ne tardent pas à s'y cramponner, les grattent et
Pig "". i. 333, 336, 331 el 338 Métamorphoses de la mantispe styrienne. — 1. Larve récente. 1 Son entrée dans le cocon à œufs. — 5. Larve développée avant la première mue — 4. Larve adulte. '— 5. Nymphe.
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[es examinent, puis enfonçant leurs mandibules acérées dans la soie, \ fonl des trous où elles se glissent en entier (fig. 335). Fait digne de remarqi i bien conforme aux harmonies qui régissent b-s parasites ! on peut laisser les araignées mères près de leurs sacs â œufs; elles ne fonl aucune attention aux petites larves des mantispes qui s'apprêtent â porter le carnage dans la progéniture affectionnée.
La petite larve reste plusieurs semaines sans manger, visible à travers la paroi extérieure du cocon, attendant réclusion des œufs. Elle grossit ensuite peu â peu, au milieu d'une sorte «le bouille formée par les cadavres des jeunes araignées. Parvenue à son entier développement (fig. 336), elle subit une mue fort importante, qui esi une sorte de métamorphose. La seconde larve n'a plus que des pattes rudimentaifes, grosses et coniques, impropres à la marche, une très-petite tête transversalement ovale avec six ocelles de chaque côté; les mandibules servant à la succion sont séparées par un bourrelet et il y a de grosses antennes tri-articulées. La larve est boursouflée (fig. 537), et les derniers segments sont très-rétrécis avec des filières anales analogues à celles des araignées. Cette larve, comme dans la précédente période, reste enroulée au milieu des cadavres des petites araignées, dans le cocon à œufs, et finit par atteindre sept à dix: millimètres de longueur. Elle se file un cocon jaune ou vert, rond ou ovale, à l'intérieur du sac à œufs de la lycose, et on ne remarque à l'extérieur aucune trace du parasite. La larve demeure enroulée dans ce cocon environ une quinzaine de jouis sans changer de peau ; puis elle se change en une nymphe à gros yeux bruns, toujours à très-petite tête (fig. 558) et avec les pattes antérieures ravisseuses pliées sur le côté. Cette nymphe est agile, ce qui n'est pas le cas des vraies métamorphoses complètes. D'abord blan-
che, puis jaunâtre et s'étant formée au milieu de juin, au bout d'un mois elle sort de son cocon, qu'elle abandonne dans le sac à œufs, et perce aussi l'enveloppe de celui-ci. Après cette sortie, la nymphe éprouve encore un changement de peau avant de devenir mantispe adulte.
Nous espérons que ce court exposé de faits si étranges et si peu connus en France engagera nos jeunes amateurs à collecter les cocons à œufs des araignées, et à les mettre en boîte sur de la terre. Ce sera un moyen de se procurer, par l'éclosion de la nymphe, notre rarissime mantispe païenne, qui doit offrir les mêmes mœurs que celle d'Autriche.
Les névroptères aquatiques dans leurs premiers états quittent peu le bord des eaux. Les libellules volent avec rapidité en repassant sans cesse aux mêmes endroits. La grâce de leurs mouvements, leurs riches couleurs, qui disparaissent malheureusement par la dessiccation, leur ont valu le nom de demoiselles. Leurs yeux énormes, embrassant tout l'horizon, leurs fortes mandibules indiquent des insectes cruels et carnassiers. Chacun a son territoire de chasse, saisit au passage les mouches, les papillons et les déchire aussitôt. On voit souvent les femelles planer au-dessus des eaux, surtout des eaux stagnantes et vaseuses.
L'extrémité de leur long abdomen se replie et touche, l'eau de temps à autre. C'est un œuf qui tombe au fond et donne naissance à une larve. Celle-ci rappelle la forme de l'adulte, mais plus ramassée. Elles sont souvent couvertes de la vase dans laquelle elles aiment à vivre. Leur respiration est fort étrange L'eau pénètre dans la partie terminale du tube digestif très-élargie, et dont les parois portent un réseau de délicates branchies communiquant avec les trachées. Cette eau sort ensuite refoulée brusquement, et la larve s'avance par un effet de recul.
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Elle n'a [plus ces branchies latérales «m panaches qui servent en outre à la natation chez d'autres larves aquatiques. Cette larve, lourde et peu agile, esl cependant très-carnassière, avides d'insectes, de mollusques, de petits poissons. Elle s' approche lentemenl de sa victime; puis, tout d'un coup, débande sa lèvre inférieure, trèslongue, qui était repliée sous le Ihorax. Deux crochets,
Fig. r>59 et 540. — Larve de libellule et éclosion de L'adulte.
situés à l'extrémité, forment une pince pour saisir la proie, qui, par le retrait de cette lèvre, se trouve naturellement, portée à la bouche. Les nymphes, un peu plus allongées que les larves el à moignons d'ailes, ont les mêmes mœurs (fig. 539, 540). Pour se transformer elles smtent de l'eau el s'attachent par les pattes à quelque plante. Le soleil sèche peu à peu la peau, qui se tend
en long sur le dos, et la libellule se débarrasse de son fourreau. Elle reste molle pendant quelques heures ; puis, ses téguments, bien raffermis, prend son essor. Les adultes vivent plusieurs mois. Les grandes espèces sont souvent emportées, dans l'ardeur de leur chasse, fort loin des eaux. On rencontre parfois sur les coteaux secs la plus grande espèce des environs de Paris, atteignant 0m,l de longueur, Vœschne grande, dont le vol dépasse en vélocité celui de l'hirondelle. Ce sont surtout les ailes antérieures qui concourent au vol des libellules, et qui peuvent encore le produire seules, quand on a coupé les autres. Quand ces insectes se tiennent au repos à l'extrémité des branches, les ailes restent étalées.
Dans des genres voisins, les insectes volent beaucoup plus lentement, et tiennent au repos les ailes relevées. Ainsi les calopteryx, dont les larves aiment les eaux courantes, et dont les adultes, pourvus d'ailes colorées, volent au bord des fleuves et des rivières. Le calopïeryx vierge est très-commun dans toute la France. Le mâle, d'un bleu métallique, a ses ailes diaphanes traversées d'une bande bleue verdâtre, et la femelle offre le corps d'un vert de bronze et les ailes d'un brun clair. Les ailes sont brunâtres chez les jeunes mâles récemment éclos, et ne prennent leurs belles bandes bleues qu'au bout do quelques jours. Ils se posent fréquemment sur les roseaux. Les agrions ont le corps très-grêle, les yeux trèséloignés l'un de l'autre et très-saillants. Leur corps est tantôt d'un blanc de lait, tantôt brun, tantôt vert. Ils volent faiblement, et abondent sur les buissons qui bordent les mares. Ils peuvent voler avec l'une ou l'autre paire d'ailes qui sont bien égales. Leurs larves sont minces et allongées.
Les éphémères sont des sortes de libellules dégradées, dont les adultes ne vivent que quelques heures sans prendre d'aliments, comme l'indique leur bouche impar-
faite.
NÉVROPTÊRES.
éclosion a lieu le soir, plus rarement le malin.
et la îmii ou le jour suffil pour accomplir leur reproduction et mettre fin à leur existence. C'est ce qu'indique leur nom. Bientôl les étangs, les rivières sont jonchés de leurs cadavres, véritable manne pour les poissons. Le sol semble parfois couvert de neige, et on assure même que, dans certaines parties de la Hollande, on les ramasse à pleines charrettes, et qu'on s'en sert comme engrais, audessus dos eaux, on voit une nuée de ces éphémères qui se précipitent en tournoyant autour des lumières. A Gompiègne, sur l'Oise, on guette le soir leur apparition, et une foule de personnes, postées aux bords de la rivière, les 1 amassent comme amorces de pèche sur des linges devant lesquels est une chandelle ou une lampe allumée. Chez les éphémères les ailes de la seconde paire sont très-petites, et manquent dans certains genres. Les antennes sont deux soies très-courtes comme celles des libellules. L'abdomen se termine par deux ou trois longs filets; les pattes antérieures, trèsgrandes, se tiennent dirigées en avant. L'éphémère vulgaire est brune, tachée de jaune, avec les ailes enfumées, à taches brunes, et les trois filets de l'abdomen sont bruns (fig. 341). Les éphémères, dans leur vol, s'élèvent et s'abais>ont continuellement ; en agitant leuft
kJ5
Fig.r>u.
Éphémère vulgaire, adulte.
ailes, elles montent : en les laissant étalées et immobiles, ainsi que les filets de l'abdomen, elles retombent. Les poètes et les philosophes se sont complu à établir leurs comparaisons sur la vie si courte de cet élégant insecte. Le fait n'est même pas exact pour les adultes, car on peut prolonger leur vie pendant une à deux semaines en empêchant la reproduction. Il est tout à fait faux, si on prend l'existence entière de l'insecte, qui est d'un an ou plus. Les femelles laissent tomber dans l'eau leurs œufs en deux ou trois paquets portés au dehors de l'abdomen, et cette ponte se fait avec une extrême rapidité. Les paquets d'oeufs s'imbibent d'eau et vont au fond. Il en naît des larves très-agiles, entourées sur les côtés de longs panaches de branchies qui leur servent en même temps à nager. L'extrémité de l'abdomen est munie de deux ou de trois longs filets, comme dans les insectes parfaits. Selon les genres, ces larves offrent des différences intéressantes. Celle des éphémères proprement dites et des palingénies, de forme cylindrique, sont fouisseuses, et se creusent avec leurs mandibules et leurs pattes de devant des galeries droites, séparées les unes des autres et à deux ouvertures, dans la vase argileuse et molle des bords des rivières et des étangs (fig. 542). Dans cet abri qui les soustrait à la voracité des poissons, elles se nourrissent de petits insectes, et vivent deux ou trois ans. Les bœtis ont des larves plates qui ne creusent pas de terriers, mais demeurent appliquées contre les pierres dans les ruisseaux rapides. Elles sont carnassières, et vivent un an. Les cloës ont des larves nageuses allongées et cylindriques
Fig. 542.
Larve d'éphémère vulgaire, grossie.
NEVROI'TEKES.
qui chassent en nageanl les petites proies. On trouve souvent dans les maisons, contre les vitres et les ri deaux, la cloë diptère, qui n'a fini' deux ailes et voir peu (fig. 543). Enfin, les larves rampantes des pota manthes ne peuvent fouir, se traînent sur le limon, s'entourent de vase et chassent à l'embuscade.
Fig. 343.
Cloë diptère, grossie,
Fig. r.ii.
.Nymphe d'Éphémère vulgaire
grossie.
Les nymphes des éphémères ne diffèrent des larves que parce qu'elles ont des rudiments d'ailes (fig. 344). Elles se meuvent et se nourrissent de la même manière. Le dos, sorti de l'eau, se gonde et se fend lors de L'éclosion de l'adulte. Elle a lieu à la surface même de l'eau pour les larves cylindriques, et la peau de la nymphe
sert de radeau à l'adulte. Les larves plates sortent de l'eau et s'attachent. En s'échappant de la peau de nymphe, les éphémères présentent une particularité remarquable. L'animal paraît lourd, il vole mal, ses ailes sont en partie opaques. Il se fixe sur quelque plante, et se débarrasse, au bout d'une ou deux heures, d'une dernière peau, très-fine et blanche, qui recouvrait le corps et les ailes, et reste attachée au support en conservant la forme de l'insecte. On obtient, au lieu de la première
Fig. 345. — ferle à deux points, adulte.
forme (subimago), un insecte à ailes diaphanes, volant beaucoup mieux, et dont les antennes, les soies caudales et les pattes sont plus longues (imago). Cette dernière mue est spéciale aux métamorphoses des éphémères.
Les pertes et les némoures sont des insectes au vol faible, ne quittant pas le bord des eaux. Leur corps est large, la tète surtout, leurs ailes amples et celles de la seconde paire très-développées en arrière, et se repliant sur elles-mêmes dans le repos (fig. 545). En outre, les
NEVR0PTÈR1 S
supérieures s'entre-croisent. Les larvea sont toujours nues, sans fourreaux, toujours aquatiques (fig. 546), Les unes respirent au moyen de branchies placées latéralement, les autres par la peau. ËHes nagent pou, mais marchent au fond des eaux, en laissant leur abdomen traîner sur la vase. Elles se cachent sous les pierres, ou contre les feuilles et les tiges des plantes aquatiques. Kilos aiment les eaux courantes, et se plaisent là où l'eau se précipite et se brise sur les pierres. On les voit souvent balancer leur corps, en se tenant fixées par leurs pattes contre une pierre.
Elles sont exclusivement carnassières, vivent de petits insectes, de larves d'éphémères ou de larves d'espèces de leur genre. Elles chassent à l'affût en se cachant dans la vas.». Les nymphes prennent des rudiments d'ailes, et, à cela près, ont la vie et les habitudes des larves (fig. 047). Pour se métamorphose]', elles sortent de l'eau et attendent, en se séchant, qu'une couche d'air soit venue s'intercaler entre l'ancienne peau et la nouvelle. Alors, la peau se fend au milieu du thorax. L'adulte ne vit que peu de jours, car sa bouche est imparfaite et il ne mange pas. Les larves ont passé l'hiver, et c'est surtout au printemps qu'éclosent les adultes. Une espèce est très-commune à Paris, au commencement d'avril, et se trouve sur les parapets des quais et des ponts, et contre les maisons des rues voisines. Les femelles sont hien plus fortes que les mâles.
Fig. 346.
Peilo à deux points,
larve.
et pondent dans l'eau les œufs associés en paquets peu compactes, sans gelée comme les phryganes, et se séparant facilement.
Les larves et les nymphes des perles ont à l'extrémité de l'abdomen deux longs filets qui subsistent chez les
Fig. 547.
Perle bordée, larve-nymphe.
Fig. 348.
Aémoure trifasciée, larve.
adultes. Il en est de même pour les premiers états des némoures (fig. 548); mais chez celles-ci les soies caudales demeurent attachées à la dépouille de la nymphe, et les adultes en manquent ou n'en sont que des vestiges (fig. 549). Ils sont plus grêles et plus délicats que les perles, avec une tête plus petite, plus ronde et moins aplatie. Dans beaucoup d'espèces, les mâles ont les ailes
NEVROPTÈRES.
plus petites que les femelles, ••! même quelquefois .'• l'état de rudiments, (l'est nue exception forl remar-
I i^. 7)W. — Némoure bigarrée.
quable chez les insectes, où ce sont au contraire les femelles qui d'habitude présentent, dans certains types des divers ordres, uno réduction des ailes.