CHAPITRE X
HEMIPTERES
Les cigales et les fables anciennes. — Les cigales de France et leur chant. — Les fulgores, les lystres et leur cire. — La cercope sanglante, l'aphrophore écumeuse. — le petit diable, les raembraces aux formes étranges. — Les pucerons, double reproduction. — Les cochenilles, espèces utiles. — Les punaises des eaux, pain d'oeufs de punaises. — Les gerris et les hydromètres -courant sur l'eau. — Les punaises de bois. — La punaise des lits et le réduve. — Les puces, leurs larves.
Les hémiptères ont tous un bec replié en dessous et plus ou moins long, droit et non courbé en spirale comme la trompe des papillons. On appelle homoptères ceux dont les ailes supérieures sont partout de même consistance. Parfois les ailes inférieures sont pareilles aux précédentes, parfois plus minces.
Les plus remarquables représentants de ce premier groupe d'insectes sont les cigales. Nous empruntons à l'érudition d'un de nos anciens collègues de la Société entomologique, Amyot, quelques détails sur les croyances antiques dont les cigales furent l'objet. Les Grecs étaient des partisans déclarés des cigales et faisaient leurs délices de leur chant qui nous paraît, à si juste titre, étourdissant et monotone. Platon, au début du Phèdre, s'exprime ainsi : « ParJunon, le charmant lieu de repos!... Il pourrait bien être consacré à quelques nymphes et au fleuve Achêloùs, à en juger par ces figures et ces statues. Goûte un peu le bon air qu'on res-
pire ; quoi charme el quelle douceur! <>n entend comme un bruit d'été, un murmure harmonieux <|ui accompagne le chœur des cigales. J'aime surtoul cette herbe si douce dont la ponte mollement inclinée Bemble disposée tout exprés pour s'y coucher et y reposer sa tête, avec quel plaisir! * Homère compare les sages vieillards troyens, n»is près des portes Scées, aux cigales, à cause de la suavité de leur éloquence. Platon a rem aussi le même éloge. On parle «l'un monumenl qui avait été élevé en Laconie à la beauté du chant des cigales, avec une inscription destinée à en célébrer le mérite. Les cigales, disaient les Grecs, provenaient d'hommes nés du limon de la terre (c'est toujours la vieille Table des générations spontanées). Ils enseignèrent aux Muses l'ait de la musique : mais ils avaient une telle passion d'harmonie, qu'oubliant de boire et de manger pour chanter, ils moururent de faim. Les Muses reconnaissantes les changèrent en cigales, en leur donnant la faculté de vivre sans manger, pour ne s'occuper qu'à chanter. Cette fable ingénieuse peint l'insouciance des artistes, oublieux des soins de la fortune par amour de leur art. Aussi la cigale était l'emblème de la musique. On la représentait posée sur un instrument à cordes, la cithare. Eunomeet Ariston, luttant un jour ensemble de talent sur cet instrument, et une des cordes de celui d'Eunome s'étant brisée, une cigale vint se poser dessus et remplaça avec tant de succès la corde manquante, qu'il remporta la victoire. Les Égyptiens traçaient aussi la figure de la cigale dans leurs hiéroglyphes comme symbole de la musique. La cigale était spécialement chez les Athéniens xm signe de noblesse; ceux qui se vantaient de l'antiquité de leur race, qui se prétendaient autochthones ou nés de la terre du pays, portaient une cigale d'or dans les cheveux. Les Locriens frappaient sur leurs monnaies la Ggure d'une cigale. La rive du fleuve où Locres était bâtie se faisait,
dit-on, remarquer par l'abondance et le bruit des cigales, tandis que sur l'autre rive du même fleuve où Rhège était située, on ne les entendait jamais clianter. Une fable populaire prétendait qu'Hercule ayant un jour voulu chercher le sommeil sur cette rive, fut tellement tourmenté par le bruit des cigales, qu'il s'emporta en imprécations contre elles, et obtint des dieux qu'elles ne pourraient plus chanter en ces lieux.
Dans toute l'antiquité et jusqu'aux temps modernes, on croyait que la cigale ne prenait aucune nourriture, si ce n'est en suçant la rosée. De là l'ode charmante d'Anacréon :