‹ Les métamorphoses du jourChapitre 15 sur 49 · XXXVI NOTICE SUR GRANDVILLE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE SUR GRANDVILLE

langage original d'un homme d'esprit. 11 fit un jour une leçon curieuse sur les formes du visage, qu'il ramenait toutes à des figures géométriques. Tête carrée, tête pointue, disait-il; si les passe-ports s'exprimaient ainsi, ils trahiraient beaucoup mieux leur homme qu'avec ces formules consacrées : nez gros, bouche moyenne. Aux yeux de l'enfant, les têtes humaines sont toujours rondes, et pour beaucoup d'hommes, les visages ne diffèrent que du cercle à l'ovale; mais le caricaturiste, dont les yeux sont exercés à surprendre les nuances de formes qui constituent le ridicule propre à chaque physionomie, connaît encore plus de lignes, de coupes et de contours que le langage n'en peut définir. Les plaisants contrastes qui provoquent notre hilarité sont le résultat d'une méthode non apparente.'.. Grandville disait là son secret. A la façon de Lava ter, il avait classé les visages dans un certain nombre de figures géométriques, où il avait encadré chacune de nos passions. Le cercle, le carré, le triangle ou le cœur, le losange ou le carreau, la pyramide, le rectangle, l'ovale parfait, l'ovale écrasé, l'ovale allongé, c'était pour Grandville autant de caractères. L'entêté, le bourru, le poltron, le niais, chacun avait sa case

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dans cette autre phrénologie, et le crayon de l'artiste venant illustrer sa doctrine, on voyait ces visages bien connus s'aplatir, s'étirer, s'évaser en cœur, s'amincir en pyramide, se gonfler en cercle, se manié^ rer en ovale, et changer évidemment d'expression morale suivant la déviation du contour physique.

L'expression ! c'était le côté fort de Grandville. En quelques traits patiemment calculés, trouvés avec peine, mais trouvés juste, il faisait dire à une physionomie tout ce qu'il voulait. Vous connaissez le monologue de Baptiste lorsqu'il monte se coucher : « Que je vais bien doi*mir !..• Eh! ma porte est ouverte... Euh! le vilain bruit... Ouch! on approche... Qui va là?... Au voleur!... Eh mais, si c'était... ce serait drôle... Eh! oui, c'est Minette... hi! hi! hi! pauvre bête,* comme je lui ai fait peur !... » Voilà une figure qui monte et qui descend toutes les gammes de la frayeur. Croirait-on qu'avec ses croquis le

dessinateur a mieux rendu ces fines nuances que ne l'a fait l'écrivain avec les ressources du langage?

Je ne parle pas de Gargantua au berceau, ni des Barbes à la vapeur, ni d'une certaine Physionomie du chat que Balzac n'aurait point désavouée, ni de tant d'autres fantaisies disséminées dans notre recueil

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