‹ Les métamorphoses du jourChapitre 2 sur 49 · IV NOTICE SUR GRANDVILLE · texte numérisé non relu

IV NOTICE SUR GRANDVILLE

Cependant Grand ville passait ses soirées à l'Opéra- Comique, et les entr'actes dans le cabinet de M- Leméteyer, où il avait connu déjà quelques artistes en renom : Vernet , Picot , Hippoly te Lecomte , Léon Cogniet, et parmi eux un deuxième ténor, Féréol, qui chantait bien et peignait mal, mais qui se croyait plus de talent pour peindre que pour chanter, genre de méprise assez fréquent chez les artistes. Hippoly te Lecomte surprit un jour Grand ville dessinant à nouveau, sur le bureau de son oncle, une composition que Féréol venait de peindre, et critiquant à coups de crayon toutes les fausses notes que le ténor avait laissé échapper dans son tableau. Le lendemain, Grand ville devient l'élève d'Hippolyte Lecomte, qui bientôt le fait peindre à l'huile; mais ce genre de peinture l'embarrasse, lui parait compliqué et d'une difficulté superflue, inutile à vaincre. Par un nouveau trait de ressemblance avec Callot, Grandville répugne à ce procédé; il le trouve trop chargé d'entraves matérielles, et pas assez net pour sa pensée. D'un. coup de plume, il avait dit tout ce qu'il voulait dire : pourquoi ces mélanges, ces préparations, ces toiles qui doivent sécher quinze jours, et sur lesquelles il faudra revenir, quand on aura peut-

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être jeté ailleurs tout soq feu ou changé d'idée, à moins de peindre au premier coup, ce qui n'était guère possible à un homme qui avait comme lui rinquiétude de son art? Grand ville faisait ainsi le procès à la peinture à l'huile, impatient qu'il était d'en venir aux moyens les plus simples d'épancher sa verve, car il avait l'esprit plein de pensées, l'imagination pleine de rêves!

Découragé, l'élève de Lecomte veut retourner à Nancy, lorsqu'un sociétaire du théâtre lui propose de dessiner des costumes pour les troupes de province, lui donne un peu d'argent, lui demande beaucoup de croquis, et en somme le laisse bientôt aussi abattu, aussi pauvre que devant.

Dans ce temps-là, pourtant, on venait d'inventer un art qui semblait créé tout exprès pour Grandville : la lithographie. On n'entendait chanter partout, dans les salons, dans la rue, que la ronde suivante, empruntée à un vaudeville du théAtre de la rue de Chartres :

Vive la lithographie , C'est une rage partout :

Grand, petit, laide, jolie.

Le crayon retrace tout.

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