‹ Les métamorphoses du jourChapitre 3 sur 49 · VI NOTICE SUR GRANDVILLE · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR GRANDVILLE

Nos boulevards tout du long A prësent sont un salon Où, sans même avoir posé, Chacun se trouve exposé.

On tapisse les murailles De soldats et de hauts faits; On ne voit que des batailles, Depuis que Ton a la paix , Sur les assiettes , les plats , On dessine des combats; Jusqu'au fond des compotiei*s.

On va placer des guerriers.

Sur nos indiennes nouvelles On voit prendre des remparts ^ Et sur les ûchus des belles On voit charger des hussards.

Les paravents, les écrans, Sont ornés de combattants; Mille canons en travail Font feu sur un éventail.

Là, des villes assiégées Sur les foulards les plus beaux^ Ou des batailles rangées Sur des schalls de mérinos.

Nos mouchoirs de poche aussi

NOTICE SUR GRANDVILLE- vu

Ont lears combats. Dieu merci !

Grâce à cette nouveauté,

Une sensible beauté

Peut, quand la douleur l'attaque ,

Essuyer ses yeux très-bien

Avec le bras d'un Cosaque,

Ou la jambe d'un Prussien.

La lithographie, pour un artiste qui était pressé •de produire, qui avait d'ailleurs le côté populaire du ^énie, et sentait le besoin d'agir sur l'esprit des autres, c'était une merveilleuse invention. Cependant, comme si le crayon écrasé sur la pierre eût donné des contours trop mous, comme si l'impression eût été moins incisive que le trait, Grandville voulut exécuter la lithographie à la manière d'une gravure : au lieu de grainer son dessin ou de l'estomper, il arrêta vivement ses contours, ombrant avec des hachures, précisant de plus en plus ses formes au moyen des tailles, et faisant entrer ses figures dans la pierre avec son crayon, comme il les eût rentrées dans le cuivre avec un burin. C'est absolument l'histoire de Callot, lorsqu'il imagina de substituer au vernis mou, dont se servaient les graveurs à l'eau-forte, le vernis des luthiers, qui, étant ferme et dur, donne plus de netteté au travail de la

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