SCÈNE I MADAME CARPIER, FINETTE
FINETTE, eiitr.nl.
Madame a sonné?
MADAME CARPIER, avac smtMinia.
Oui, je voulais savoir... je n'ai pas de lettres? Perfloooe n'est venu?...
FINETTE
Non, Madame, pas encore !...
MADAME CAKPIER.
Pas encore ! qu'est-ce à dire?
FINETTE
Oh ! mon Dieu, rien, Madame ! ( jouant u timidité.) C'est que, voyez-vous , je suis bien sûre qu'ils viendront aujourd'hui ces deux beaux messieurs qui viennent si souvent depuis quelque temps. Vous savez bien !... Et ce n'est pas pour dire, mais quoiqu'ils vous sachent très-riche, je suis sûre que ce n'est pas pour ça qu'ils vous en veulent; j'en mettrais ma main au feu. Des jeunes gens si bien ! (a part.) et qui donnent de si belles étrennes !
MADAME CARPIER.
• Taisez-vous, bavarde. Parce que j'ai des bontés pour vous, et que dans l'isolement où j'ai voulu rester depuis la perte cruelle que j'ai faite (eiu s'essuie les yeux) , j'ai bien voulu vous traiter mieux que je ne devrais peut-être,- vous abusez de ma bienveillance , et vous parlez à tort et à travers de choses que vous ignorez, et qui d'ailleurs ne vous regardent nullement. Où donc avez-vous pris toutes les sornettes que vous venez me raconter? Sans doute, M. le baron Fringant et M. le comte Alezan m'ont été présentés par la seule amie que j'aie voulu voir depuis la mort de mon pauvre M. Garpier (Biie s'essuie les reuz); mais est-ce une raison pour que vous vous montiez follement la tête et que vous supposiez des choses qui ne sont pas, qui ne peuvent pas être, qui ne seront jamais? J'ai juré de garder étemelle fidélité à la mémoire de mon premier
mari (eue s'essuie les yeax); ce Serment 9 je le tiendrai malgré
tout. (Bile pousse un profond soapir.)
FINETTE
Mon Dieu , Madame, ne vous fâchez pas. Je croyais, moi , qu'on pouvait être fidèle à la mémoire de son premier mari, comme vous dites, et en épouser tout de même un second; il parait que je me trompais, puisque Madame pense le contraire. Il suffit, on n'en parlera plus; et si Madame le désire, on fermera même la porte au nez de ces beaux messieurs. Oh ! mon Dieu ! ce n'est pas plus difficile que ça : Madame est sortie ; Madame est trop indisposée pour recevoir ; et puis ce sera toujours ainsi. Madame sera sortie ou indisposée.
MADAME CARPIER, à part.
Voyez donc la petite sotte. (Haat.) Mais non, mais non, vous allez d'un extrême à l'autre. En vérité, vous me faites frémir avec vos extravagances. Y pensez-vous , des impolitesses ! Ne serait-ce pas d'ailleurs faire une injure indirecte à cette chère Laure, qui me donne tant de preuves d'amitié, et qui siérait en droit de se plaindre de mes mauvais procédés envers ses deux protégés ! Ne peuton pas, après tout, recevoir quelqu'un sans être obligé d'en faire son mari? Et puis ils sont deux..., et je ne sache pas que vous vouliez me les faire épouser l'un et l'autre à la fois.
FINETTE
Madame veut rire de moi sans doute. Ce n'est pas
rembarras, et si Madame ne tenait pas tant à la mémoire de son premier mari (Madame carpier soupire), comme dit Madame, et qu'elle voulût se remarier avec un de ces deuK messieurs, ça ne serait pas bien difficile d'arranger la chose ; car ils m'ont l'air furieusement montés l'un contre l'autre, à preuve que hier, quand ils sont sortis d'ici, ils se regardaient de travers , et que même ils parlaient de se battre au bois de Boulogne ! que les jambes m'en tremblent encore !
MADAME CARPIER.
Oh ! mon Dieu ! que me dites-vous là. Finette? Seraitil possible? un pareil scandale à mon occasion ! Je n'y survivrais pas ! Et s'ils allaient se tuer tous les deux ! Je veux les voir. Finette; je veux m'assurer de la vérité de vos paroles, et, s'il le faut, si les choses en sont arrivées au point que vous dites , je saurai mettre fin à ces débats ; je me dévouerai ; je déclarerai hautement que je veux rester veuve, et alors. ••
On sonne.
FINETTE
Justement, Madame, j'entends sonner. C'est peut-être l'un de ces Messieurs.
G O LIM A C O N , annonçant.
M. le baron Fringant, M. le comte Alezan.
MADAME CARPIER, bas.
Tous les deux ensemble ! Oh ! je me sens défaillir. (Haut.) Messieurs...