‹ Les métamorphoses du jourChapitre 4 sur 49 · VIII NOTICE SUR GRANDVILLE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE SUR GRANDVILLE

pointe et permet au graveur de sculpter, pour ainsi dire, son dessin sur la planche*.

Dessinateur lithographe, Grandville n'avait plus qu'à inventer, et c'était là précisément sa supériorité naturelle. Il pensait beaucoup, il avait beaucoup observé. Des travers du monde, de ceux que l'on coudoie chaque jour sur le pavé ou sur les tapis, .pas un ne lui avait échappé. Il commença la Suite des Dimanches d'un bon bourgeois ou les Tribulations de la petite propriété. Il était d'ailleurs assez disposé à railler la vie, dont il connaissait déjà les petites misères... en attendant les grandes. 11 occupait alors dans l'hôtel Saint-Phar, sur le boulevard Poissonnière, une petite chambre, la même peut-être qui fut habitée depuis par un écrivain dont la plume a certains rapports frappants avec le crayon de Grandville, Alphonse Karr. Là il se mit à l'œuvre, conseillé, dit-on, par Duval-Lecamus, fit des dessins remarquables, tomba aux mains d'un éditeur en déconfiture, dut se débattre avec les créanciers, vit saisir ses dessins, et perdit son temps à courir après son argent.

4 . Voyez les curieuses Reclierches sur Jacques Callot , que M. Meaum^ a publiées à Nancy, en 4854, et la biographie de ce peintregraveur que nous«vons donnée dans V Histoire des Peintres,

NOTICE SUR GRANDViLLE. ix

Au milieu des tribulations qu'il peignait si bien et de celles qu'il éprouvait lui-même, il fit heureusement la rencontre d'un futur ami, M. Falampin, alors avocat, depuis un des administrateurs de 1'//luslration. Cet ami habitait la rue des Petits-Augustins. Il était d'une sorte de club, dont le fondateur avait dû être Achille Ricourt, club d'artistes qui, chaque jour, sur les cinq heures, se réunissaient rue Saint -Benoît, dans les salons d'un Véfour à 13 sous, où l'on dépensait beaucoup d'esprit. On y voyait venir Paul Huet, Jules Janin, Chenavard et vingt autres. Grand ville fut invité à quitter l'hôtel Saint-Phar et à venir se loger près de son ami.

«Il avait, au cinquième étage, dit M. ClogensonS dans une maison située en face du palais des Beaux- Arts, une mansarde spacieuse, dont son esprit inventif savait tirer un rare parti. Outre le lit, la table et les six chaises qui composaient son ameublement, ses amis se rappellent un vaste rideau vert qui servait à partager en deux son appartement. Une partie, non éclairée, était sa chambre à coucher; l'autre, ornée d'une fenêtre en tabatière, par la-

4 . Dans une notice intéressante sur Grandville, publiée par YAlhenœum français des 42 et 49 mars 4S53.

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