X NOTICE SUR GRANDVILLE
quelle le soleil envoyait libéralement ses rayons, constituait l'atelier. Quand les visiteurs étaient nombreux, on relevait le rideau, et le tout formait uii vaste salon.
« Quelques jeunes artistes avec lesquels Grandville était lié habitaient le même quartier. Dans la maison contiguë à la sienne, rue des Marais Saint- Germain (actuellement rue Visconti), demeurait Paul Delaroche, qu'il avait connu chez son oncle, et qu'il voyait alors assez souvent; puis, dans le voisinage, il y avait Guiaud le paysagiste, Renou le peintre d'intérieur, Pannetier le miniaturiste, Horeau l'architecte, Drulin, Eugène Forest, Delange, qui tous vivaient de leur pinceau ou de leur crayon, puis Philippon, Charton, Taschereau, puis enfin M. Falampin, son ami le plus intime, qui a eu la bonté de nous aider de ses souvenirs. »
Grandville était alors assez gai, du moins en apparence; il causait timidement, mais finement, faisait peu de bruit et plaisantait le plus souvent le crayon à la main. Le soir, quand, au sortir du fameux salon de cent couverts, on s'était groupé autour d'une lampe chez le président du club, Grandville prenait une plume et se mettait à des-
NOTICE SUR GRANDVILLE. xi
siner. Pendant que la conversation s'échauffait ou qu'on faisait de la musique, il traduisait sur le papier les idées que lui suggérait la mélodie, les bons mots qui se croisaient, les aventures qu'on venait de raconter; puis, s'égarant peu à peu dans sa propre pensée, oubliant ce qui l'entourait, il paraissait se plonger dans une méditation solitaire; il rêvait, et machinalement sa plume donnait une forme à ses rêves; mais son dessin devenait vague, décousu, inintelligible comme un songe. Chose bizarre! cet esprit si positif, si bien façonné à la critique de toutes les folies, était lui-même enclin aux chimères. Il côtoyait constamment les abîmes de la fantaisie.
Ses publications, pourtant, ne révélaient pas encore cette tendance. En 1827, il avait mis au jour les Quatre Saisons de la Vie humaine^ recueil de dix planches où il peignit les divers passe -temps de l'homme depuis l'âge de deux ans jusqu'à celui de soixante-dix. Rien de bien nouveau dans cet ouvrage, rien de brillant; le dessin en est roide et la pensée très-banale : le gros des humains y est représenté tout bonnement, en proie à la bêtise bien connue de ses goûts. Pauvre humanité! vous pouvez la