XII NOTICE SUR GRANDVILLE
suivre tout le long de sa carrière; vous la retrouvez à la fin telle qu'au début; elle a seulement changé de poupée. Le héros commence par martyriser son chat, par monter un cheval de bois ou une girafe de carton. Ensuite il vole des pommes; mais du moins, à l'inverse de Tavare de Florian, il respecte les mauvaises et ne mange que les bonnes. A douze ans, il aligne des régiments en papier et joue au soldat, absolument comme les souverains. A seize ans il fait la cour, non pas aux femmes encore, mais à leurs robes, et trouve que ï étoffe en est moelleuse. De vingt à vingt- cinq, il chasse sans port d'armes sur les terres des fermiers et des maris. A trente ans, il se déguise en poissarde et va parler Targot au bal masqué. Plus tard, il pèche à la ligne, chante Frétillon, cultive le vin muscat, compromet sa perruque dans les coulisses... que sais-je? Enfin, il termine sa vie d'une manière vraiment sinistre, en lisant devant son poêle le Constitutionnel!
Aux Quatre Saisons de la Vie humaine succède une sorte de danse macabre tout à fait inconnue aujourd'hui, entièrement oubliée du moins, et qui est cependant la mise en scène imprévue et originale d'une idée d'ailleurs bien commun^. On sait que les peintres
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du moyen âge se plaisaient à représenter, sur les murs d'enceinte des lieux de sépulture, une sorte de ronde fantastique menée par des trépassés de toute
profession et de tout Age, comme celle qui fut peinte au \y^ siècle, dans le cimetière de Bâle et de laquelle s'est inspiré Holbein dans sa fameuse .Danse des morts. Grandville a repris cette allégorie funèbre, qui cadrait, mieux peut-être que la plaisanterie» avec la tournure sérieuse de son imagination. 11 intitula le Voyage pour rÉiernité une série de planches où il avait dessiné la Mort empruntant tous les visages pour nous attirer à elle, changeant à chaque pas de costume pour nous séduire. Ici, elle s'affuble d'un immense bonnet à poil, prend une canne et une allure de tambour-major, et conduit dans son empire tout un régiment de pauvres conscrits qui partent, en emboîtant le pas, pour le grand voyage; Là, elle s'est déguisée en cocher de tilbury, s'est fait suivre d'un groom qui porte la cocarde et l'habit galonné, et de l'air le plus charmant, elle montre son équipage à une jeune dame, en l'invitant à aller au bois... d'où l'on ne revient plus. Une autre fois, sous le masque d'une prostituée, elle appelle d'une voix doucereuse de jeunes étourdis, et leur propose