‹ Les métamorphoses du jourChapitre 7 sur 49 · CIV NOTICE SUR GRANDYILLE · texte numérisé non relu

CIV NOTICE SUR GRANDYILLE

tie monter dans son bouge pour lui acheter Taniour. Le crayon de Grandville a cette fois l'énergie d'un liéniistiche de Juvénal. Plus loin, elle se fait garçon îipothicaire, et, cachée dans l'officine où on lui voit piler ses poisons dans un mortier, elle sourit en •écoutant le maître assurer à ses pratiques que ses drogues sont pures, de bon aloi, et selon Vordonnance. L'artiste, en composant cette série de dessins, •s'est relevé des faiblesses et des banalités précédentes; il a taillé dans le vif.

Mais le titre le plus sérieux de Grandville à la popularité, son œuvre la plus remarquable, la plus originale, c'est la série des Métamorphoses du Jour. L'idée était neuve, par une face, du moins, et piquante : elle fit fureur dès le début; aussi l'artiste îî'eut-il pas besoin d'aller chercher les éditeurs : il les vit venir. Sans doute l'apologue qui prêtait notre langage aux animaux était aussi ancien que le monde, et Aristote, qui a remué toute chose, avait dit, il y a quelque deux mille ans, les rapports de la physionomie humaine avec celle des animaux; mais la nouveauté consistait à leur faire endosser nos habits, à les Introduire en escarpins dans nos salons, à les transformer en personnages vraisemblables, en

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leur assignant un rôle à chacun dans Télernel vaudeville du monde. Grandville a rendu l'homme inséparable de ranimai; il les a soudés Tun à l'autre comme la fable avait fait les deux êtres qui composaient Chiron; mais, à l'inverse du centaure, ses acteurs ont des hures de bêtes sur des épaules humaines.

Les Métaviorphoses du Jour eurent un succès prodigieux. Parmi ces satires toutes morales, il s'était glissé un trait politique, et ce fut la fortune de l'auteur; je me trompe, de l'éditeur. Il n'était bruit,, dans ce temps-là, que d'une historiette de coulisses^ assez ordinaire d'ailleurs, mais rendue piquante par la qualité des personnes. Le héros de l'aventure était le jeune duc de Chartres, depuis duc d'Orléans, le fils de Louis- Philippe; l'héroïne était une ingénue du boulevard qui amusait les bourgeois par son talent et ennuyait les beaux fils à force de vertu. On disait alors, et sans horreur je ne puis le redire, que M. le duc avait été heureux comme il convient à un colonel de hussards, et que c'était le père de la belle ingénue qui avait lui-même conduit le jeune colonel à la victoire. Grandville, vengeant d'un seul trait la morale outragée et les soupirants jaloux^

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