X. Il s'adresse à Charles Lacretelle
320 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE
Et que, dans le bois sombre ouvrant ses ailes blanches, Ton vers jeune et vivant chante au milieu des branches.
Dernière gerbe ^ 6 (l, n).
 de certains moments toutes les jeunes flores
Dans la forêt Ont peur, et sur le front des blanches métaphores
L'ombre apparaît ;
Cest qu'Horace ou Virgile ont vu soudain le spectre
Noir se dresser ; C'est que là-bas, derrière Amaryllis, Electre
Vient de passer.
Les Quatre vents de Vesprit^ II, aao [Liv, /^r., LV).
La blancheur maladive est la pâleur. Les mots pâle^ hlêmcy blafard^ se trouvent très souvent chez Victor Hugo. Ils expriment une idée de souffrance et de tristesse ; quelquefois une idée de faiblesse et d'impuissance ; ou bien ils s'appliquent à ce qui est sinistre et malfaisant :
J'ai songé; j'ai suivi de l'œil de la pensée
La grande caravane humaine dispersée
Tantôt dans les bas-fonds, tantôt sur les sommets,
Avec ses chameliers, avec ses Mahomets,
Marchant sans but, sans ciel, sans soleil, sans patrie,
Blême troupeau montrant son épaule meurtrie.
La Pitié suprême^ 119 (V).
ici le précipice, ici l'écroulement,
Ici la chute, ici ce qui fuit, ce qui ment,
Ce qui tue, et là-bas, dans l'âpre transparence,
Les vagues bras levés de la pâle espérance.
Tonte la lyre, \, 168 (III, 1).
LE BLASON DES COULEURS }2y
Tous les morts qui, sur toute la terre.
Dans la plaine difforme et pâle de la guerre Sont tombés, glaive au poing, depuis quatre mille ans.
ZM«^,347(iX).
C'est à nous, cette fois, de garder, de défendre La mort contre Toubli, son pâle compagnon.
Les Rayons et les Ombres^ 444 (XII).
Donc, vieux passé plaintif, toujours tu reviendras Nous criant : — Pourquoi donc est-on si loin ? Ingrats ! . . . Q.ui marche t'assassine, ô bon vieux passé blême ! Les Quatre vents de V esprit y I, ^3 (Liv, sat.y XIII).
Ne faisons point douter les hommes; laissons-leur L'horreur du meurtrier, du menteur, du voleur... Si vous livrez le peuple au scepticisme obscur, Il ne sait plus quelle est la lueur qui le mène; Alors tout flotte; alors la conscience humaine A des blêmissements pires que la noirceur.
Toute la lyre^ II, 326 (La Corde éC airain ^ xni).
Je viens de voir le blême édifice construit
Par l'homme et la chimère, avec Tombre et le bruit...
On voit là s'agiter, geindre, monter, descendre,
Ces pâles nourrisseurs qui font du pain de cendre,
Arius, Condillac, Locke, Érasme, Augustin ;
L'un verse là son Dieu, l'autre offre son destin.
VAne, 284-28^ (I, 11).
C'est durant ce loisir forcé que Voltaire, âgé de vingtdeux ans, ébaucha son poème blafard de la Liguc^ depuis la
Henriade.
Littérature et philosophie ^ 132 (Sur Voltaire).
Les esprits originaux, les poètes directs et immédiats, n'ont jamais de ces chloroses; la pâleur maladive de Timi-
tation leur est inconnue. Ils n'ont pas dans les veines la poésie d'autrui. Leur sang est à eux.
Posi'Scriptnm de ma vte^ 66 (Les grands hommes^ i).
Et la bise de mer...
M'apparut, face pâle, à travers ma fenêtre.
Les Quatre vents de l'esprit, II, 108 (Ltv, lyr,, XXVI).
Et la blême ironie autour de cette fosse Voleta quelque temps, étant chauve-souris.
La Légende des siècles , IV, 16 (XL VI).
Il y a cependant des pâleurs sublimes : telle est celle des chercheurs, des mages, qui s'élancent dans rinfini où les emportent leurs songes :
Quand même tu serais un de ces mages fiers Que nous voyons parfois, blêmes passants des airs, Se ruer dans le gouffre où, comme eux, tu te plonges, Pâles, les poings crispés aux rênes de leurs songes.
Dieu^ 5a (I, n).
Le bleu, c'est la couleur du ciel pur, du ciel serein. Le bleu, Tazur, sera donc l'innocence, celle des enfants et celle des hommes, le calme, la sérénité :
Vous êtes parmi nous la colombe de Tarche.
Vos pieds tendreset purs n'ont point Tâge où Ton marche.
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor vous regardez le monde. Double virginité! corps où rien n'est immonde,
Ame où rien n'est impur î
Les Feuilles d'automne, 329 ^XIX).
Quel ange que l'enfant ! Tout, le mal, sombre mer. Les hydres qu'en leurs flots roulent les vils avernes.
Les griffes, ces forêts, les gueules, ces cavernes, Les cris, les hurlements, les râles, les abois, Les rauques visions, la fauve horreur des bois, Tout, Satan et sa morne et féroce puissance, S'évanouit au fond du bleu de Tinnocence !
V Art d'être grand-père y 93 (IV, vni).
Et tu souris à nos cieux.
A ton âge un nain joyeux Sur la faïence des yeux Peint rinnocence, fleur bleue.
Toute la lyre, II, 184 (VII, iv).
Quand mon courage succombe, J'en reprends dans ton cœur pur; Je suis comme la colombe Qui vient boire au lac d'azur.
Les Contemplations yly 182-183 (II, xxv).
La douce aveugle lumineuse, sans autre effort que sa présence, dissipa toute l'ombre en lui... et Gwynplaine, enchantement céleste, eut dans la conscience une rentrée d'azur. Il redevint subitement, par la vertu de cet ange, le grand et bon Gwynplaine innocent.
U Homme qui rit, II, 91 (II, iv, i).
Vous que le sort expose, âme toujours sereine.
Si modeste à la gloire et si douce à la haine,
Vous dont Tesprit, toujours égal et toujours pur,
Dans la calme raison, cet immuable azur,
Bien haut, bien loin de nous, brille, grave et candide,
Comme une étoile fixe au fond du ciel splendide.
Les Voix intérieures, 338 (XXVIII).
L'héroïsme est un ciel, l'honneur est un azur.
Toute la lyre, II, 326 (La Corde d* airain, xni).
326 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRB
Vous pleurez quand Sy.lla dresse ses mornes listes ; Vous plaignez les proscrits, mais vous ne savez pas Tout ce qu'ils ont d'air pur, d'orgueil, de larges pas, De respiration fière et de paix sublime, Tout ce qu'ils ont d'azur au fond de leur abîme.
La Pitié suprême, 162 (XIV).
Qu'importe I Ici tout berce, et rassure, et caresse. Plus d'ombre dans le cœur! plus de soucis amers! Une ineffable paix monte et descend sans cesse Du bleu profond de l'âme au bleu profond des mers. Les Quatre vents de Vesprity II, 184 (Liv. lyr,^ XLVIll, n).
Quoique le mal m'ait dans sa serre, Quoique je sois nu, faible, obscur.
Quoique je sois fait de misère Et que tu sois faite d'azur*,
Sans fléchir dans ta confiance, Sans te rebuter dans ta foi.
Sainte servante, conscience.
Tu vas dans l'ombre devant moi I
/*., 142 (^Zic./rr., XXXVI).
Les nuagesauront passé dans votre gloire*; Rien ne troublera plus son rayonnement pur ; Elle se posera sur toute notre histoire Comme un dôme d'azur.
La Légende des siècles^ IV, 34 (XLVIII, i).
Dans le mot af wr, il y a aussi une idée de divinité. Le satyre est une bête et un dieu ; l'homme, Tâme d'en haut, a de l'azur en lui, et peut-être n'est-il pas seul sur la terre à posséder une parcelle divine : on croit en voir une lueur dans l'œil de l'animal :
X. Ici le mot a\ur peut désigner soit le calme, soit la divinité. 3. La gloire de Napoléon. -
Pour ce songeur velu*, fait de fange et d'azur, L'andryade en sa grotte était dans une alcôve.
La Légende des siècles^ III, 4 (XXII, Prol.).
L'être est une famille où Thomme est le grand frère; Et lui, Tâme d'en haut, il doit, dans leurs combats. Verser tout son azur sur les âmes d'en bas.
DieUy 246 (II, viu).
Tout être se rachète et tout être se vend.
Bien et mal. La loi vient de derrière la vie Et derrière la mort continue. Homme, envie Ton chien ; tu ne sais pas, triste maître hagard, S'il n'a pas plus d'azur que toi dans le regard. Tout vit. Création couvre métempsychose.
Ib,y 214 (II, vn).
C'est parce que la prière s'élève vers Dieu qu elle a des ailes bleues :
Le blasphème devient le psaume ardent et pur, L'hymne prend, pour s'en faire autant d'ailes d'azur, Tous les haillons de la huée.
La Légende des siècles y IV, 310 (LVIII, 11).
Aimer, prier, c'est l'aube et c'est le soir de l'âme... Quand l'aile rose meurt, l'aile bleue a son tour. La prière a la même audace que l'amour, Et l'amour a le même effroi que la prière.
VArt d^êtregrand-pèrCy 178 (X, v).
De même, dans la beauté, Victor Hugo voit quelque chose de divin. Le corps de Cléopâtre, le doigt de la femme sont mêlés d'azur. Cosette est aux yeux de Marius une apparition bleue :