‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 102 sur 112 · I. II, 248 (XXXVI · texte numérisé non relu

I. II, 248 (XXXVI

En attendant la vie, celle qui sera mère un jour est très longtemps un enfant, la petite fille persiste dans la jeune fille, et c'est une fauvette... Cet être a du ciel en lui. Cest une pensée bleue mêlée à votre pensée noire.

Les Travailleurs de la mer, I, 1^8 (I, JU, 1).

Déruchette s'éveillait chaque matin avec l'inconscience de ses actions de la veille... Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir, à de certaines heures troubles, un malaise mystérieux^ et de sentir on ne sait quel passage du sombre de la vie sur son épanouissement et sur sa joie. Ces azurs-là ont

ces nuages-là.

Ib,y 206 (I, ni, 15).

Aimons. Allons au bois où chantent les fauvettes. Il faut vivre et sourire, il faut que tu revêtes Cette robe d'azur qu'on nomme le bonheur.

La Légende des siècles^ III, 188 (XXXVI, 1, 10).

Le bonhomme ne lui faisait même plus l'effet d'être vieux, ni d'être pauvre. Elle trouvait Jean Valjean beau, de même qu'elle trouvait le taudis joli.

Ce sont là des effets d'aurore, d'enfance, de jeunesse, de

joie. La nouveauté de la terre et de la vie y est pour quelque

chose. Rien n'est charmant comme le reflet colorant du

bonheur sur le grenier. Nous avons tous ainsi dans notre

passé un galetas bleu.

Les MisérableSy II, 240 (II, iv, 3).

Cette dernière phrase montre le rapport étroit qui existe entre le bonheur et Tillusion. C'est souvent le bonheur qui fait l'illusion , et souvent de l'illusion que naît le bonheur. Aussi Tillusion, le rêve, la chimère, sont-ils bleus comme le ciel où ils emportent rimagination :

On a pour nid des murs bistres, Des galetas fabuleux, Que les rats ont faits sinistres, Que nilusion fait bleus.

Toute la lyre^ II, 99 (VI, vm).

A quoi bon vos trésors mensonges,

Et toutes vos piastres en tas,

Puisque le plafond bleu des songes

S'ajuste à tous les galetas !

Les Chansons des rues et des bois, 62 (I, n, 4).

Margot, c'est Glycère en cornette ;

O chimères qui me troublez.

Le jupon de serge d'Annette

Flotte en vos azurs étoiles.

Si des rêves parfois jusqu'à son front arrivent, Vous répandez votre encre à flots sur cef azur.

Les Contemplations, I, 259 (III, xvi).

Marins, en plein azur, croyait entendre une strophe

chantée par une étoile.

Les Misérables, IV, 321 (IV, vm, a).

Les cajoleries de Marins, toutes saturées de chimère,

étaient, pour ainsi dire, azurées.

Ib,, 323.

Ce petit bonhomme bleu

Qu'un souffle apporte et remporte.

Qui, dès que tu dors un peu,

Gratte de Tongle à ta porte.

C'est mon rêve. Plein d'effroi, Jusqu'à ton seuil il se glisse.

Il voudrait entrer chez toi En qualité de caprice...

LB BLASON DES COULEURS }}l

Il est doux, gai, point morose, Tendre, frais, d'azur baigné.

Les Chansons des rues et des bois, 229-230 (I, vi, 4).

La femme qui n'a plus la pudeur voudrait ne plus avoir l'amour; impossible... Elle a cette misère de bercer un brigand dans le nuage bleu de ses illusions, et d'affubler Mandrin d'une guenille étoilée.

Choses vues. Nouvelle série, 106 (VI, v).

La nuit, on se sentait endormis pas loin les uns des autres, et le rêve de Dea venait se poser sur Gwynplaine, et le rêve de Gwynplaine allait mystérieusement s'épanouir au-dessus de Dea î On n'était pas bien sûr, au réveil, de n'avoir pas échangé des baisers dans la nuée bleue du songe.

VHomme qui rit^ II, 428 (II, ix, 2).

Qu'il s'agisse des rêves du sommeil ou de ceux que Ton fait tout éveillé, la métaphore, on le voit, reste la même. Mais elle prend bien plus de force dans la bouche de Satan, à qui le sommeil ferait oublier un instant son exil du ciel :

Voir toujours fuir, ainsi qu'une île inabordable, Le sommeil et le rêve, obscurs paradis bleus Où sourit on ne sait quel azur nébuleux !

La Fin de Satan^ 285 (Satan dans la nuit, ix).

L'idéal est un ciel immense et bleu, où planent l'âme du poète et celle du penseur. Tout ce qui vit dans cet azur s'en imprègne et s'en colore :

Le bien germe parfois dans les ronces du mal. Souvent, dans l'éden vague et bleu de l'idéal Que, frissonnant, sentant à peine que j'existe,

J'aperçois à travers mon humanité triste Comme par les barreaux d'un blême cabanon, Je vois éclore, au fond d'une lueur sans nom, De monstrueuses fleurs et d'efi'rayantes roses.

Toute la lyre^ II, 65 (V, xxi).

Je travaille presque nuit et jour, je vogue en pleine poésie, je suis abruti par Tazur ; de là mon silence.

Correspondance y II, 191 (14 janvier 1855).

Oui, Tart, c'est l'azur ; mais l'azur du haut duquel tombe le rayon qui gonfle le blé, jaunit le mais, arrondit la pomme, dore l'orange, sucre le raisin.

William Shakespeare^ 338 (II, vi, i).

Homère est un des génies qui résolvent ce beau problème de l'art, le plus beau de tous peut-être, la peinture vraie de l'humanité obtenue par le grandissement de l'homme, c'est-à-dire la génération du réel dans l'idéal. Fable et histoire, hypothèse et tradition, chimère et science, composent Homère. Il est sans fond et il est riant. Toutes les profondeurs des vieux âges se meuvent, radieusement

éclairées, dans le vaste azur de cet esprit.

/*.,49(I,ii, a).

Et je dis : Pas de mot où l'idée au vol pur Ne puisse se poser, tout humide d'azur !

Les Contemplations^ I, 29 (I, vu).

La vérité n'a pas de bornes.

Grâce au grand Pan, dieu bestial.

Fils, le réel montre ses cornes Sur le front bleu de l'idéal.

Les Chansons des rues et des bois, 56 (1, 11, 3).

Les penseurs, qui combattent les superstitions et les tyrannies, rappellent au poète les soldats de la

Révolution, et le rapprochement s'exprime dans un jeu de mots :

Le progrès qui poursuit ses vaincus haletants,

Qui veutqu'onsoit,qu'onmarcheetqu'on fouille et qu'on taille,

Pousse ses légions d'zzuT dans la bataille,

Ses penseurs constellés, éthérés, spacieux,

Tous ses olympiens vêtus d'un pan des cieux,

Euler le sidéral, le splendide Épicure,

£t, comme les chouans dans la Vendée obscure.

Les hommes du passé, lourds, troublés, nébuleux,

Disent en les voyant : Fuyons ! voici les bleus !

Dieu, i88 (II, vn).

Dans chacun des trois passages qui suivent, les mêmes mots, appliqués à la strophe, ont une valeur différente : dans le premier, lazur représente la joie, dans le second Tidéal, dans le troisième le bonheur céleste :

O strophe du poète, autrefois dans les fleurs. Jetant mille baisers à leurs mille couleurs, Tu jouais, et d'avril tu pillais la corbeille ; Papillon pour la rose et pour la ruche abeille. Tu semais de Tamour et tu faisais du miel ; Ton âme bleue était presque mêlée au ciel ; Ta robe était d*azur et ton œil de lumière.

Les Contemplations^ 11, 159 (V, xxv).

C'est pourquoi des canons que la lyre a fait naître, Que la strophe azurée enfanta, doivent être Braqués, gueule béante, au-dessus du fossé; Cest pourquoi le penseur frémissant est forcé D'employer la lumière à des choses sinistres.

L Année terrible^ 107 (Décembre, iv).

Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie Où les hymnes vivants sont des anges voilés, Où Ton voit, à travers Tazur de l'harmonie, La strophe bleue errer sur le$ luths étoiles?

Les Contemplations y II, 241 (VI, vm).

Enfin, la pureté, la sérénité, le bonheur, le rêve, ridéal, tout se résume dans Tespérance d'une vie future, c'est-à-dire dans la mort qui seule pourra nous rendre ce que l'existence présente nous a enlevé, et nous donner ce qui nous a été refusé. La mort est le suprême azur ; la mort n'est pas noire, elle est bleue :

On ne s'étonnera donc pas de voir, nuance à nuance, ces

deux volumes s'assombrir pour arriver, cependant, à l'azur

d'une vie meilleure.

Les Contemplations, Préface, I, 3.

La mort et la beauté sont deux choses profondes Qui contiennent tant d'ombre et d'azur qu'on dirait Deux sœurs également terribles et fécondes Ayant la même énigme et le même secret.

Toute la lyre^ II, 59 (V, xix).

Une espèce dazur que dore un vague jour, L'air de l'éternité, puissant, calme, salubre, Frémit et resplendit sous le linceul lugubre ; Et des plis du drap noir tombent tous nos ennuis. La mort est bleue. O mort I ô paix !

Les Contemplations y II, 257 (VI, xm).

Je ne .sais même plus le nom de ceux qui m'ont Fait mordre, moi rêveur, par le mensonge infâme*.

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