‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 111 sur 112 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Après une énumération d'exemples, une conclusion est-elle bien nécessaire ? Je crois inutile de résumer ici toutes les observations que j'ai faites dans les divers chapitres de ce recueil. Je ne rappellerai que Tessentiel.

Victor Hugo a-t-il réellement observé la couleur? On ne peut en douter. On le constate à chaque page des lettres qu'il écrit pendant ses voyages. Le ciel, Teau, la végétation sont pour lui de continuels sujets d'étude. Rien n'échappe à son attention dans les nuances successives que donnent au ciel du matin les progrès de la lumière ; il assiste avec éblouissement au coucher du soleil, et se sent pénétré de mélancolie à mesure que s'éteint le ciel crépusculaire. Tous les aspects de l'eau l'intéressent, depuis la goutte de rosée jusqu'à Tocéan. Le panache vert des forêts, les tapis de verdure, la fleur qui brille dans l'herbe comme dans un écrin, tout lui laisse une impression inefi'açable, dont il retrouvera toujours sans efi'ort la fraîcheur et la netteté.

A-t-il eu une sensation exacte des nuances ? On pourrait en douter en voyant qu'il les a souvent négligées, et l'on aurait probablement tort, car certaines phrases nous le montrent très capable de noter des différences de teinte. Il distingue dans le

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ciel « toutes les nuances du bleu depuis la turquoise jusqu'au saphir», et dans la mer « toutes les nuances du vert depuis Témeraude jusqu'à la chrysoprase >*. I>a verdure offre à ses yeux une « gamme harmonieuse qui va de Taigue-marine à Témeraude »% et quand il lui attribue Taspect étincelant de la pierre précieuse, c'est qu'il la voit resplendir sous le soleil qui allume la goutte de pluieou de rosée ; ailleurs, rherbe a plutôt l'éclat lustré du velours. Il remarque toutes les couleurs sous lesquelles, suivant les cas, peut apparaître la lune : elle est rouge, jaune, bleue, ou pâle comme un cadavre. Elle a la couleur du sang, de Torange, du cuivre, de Tor, de Topale, de l'argent. Sans doute la métaphore ne traduit pas toujours aussi précisément la sensation, mais une traduction large n'est pas un contre-sens.

Victor Hugo aurait certainement pu représenter la couleur dans toute sa réalité. Pourquoi ne Ta-t-il pas fait ? C'est que ses yeux ont eu leurs préférences et n'ont pas également noté tout ce qu'ils voyaient. Comme Ta bien montré M. Mabilleau, ils sont surtout sensibles à Téclat rayonnant, et c'est rarement un objet de teinte mate que Victor Hugo choisit comme point de comparaison. Les métaux et les pierres précieuses lui fournissent la plupai:t de ses métaphores. C'est l'aspect le plus radieux des choses qui lui laisse l'impression la plus nette, et c'est sous cet aspect qu'il se plaît à nous les montrer. Le paysage dont il conserve le mieux le souve-

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