‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 27 sur 112 · I. Les Orientales^ 18 I, m · texte numérisé non relu

I. Les Orientales^ 18 I, m

100 LA COULEUR, LA LUMIERB ET l'oMBRE

Un tourbillon d'écume forme au milieu des flots noirs une vasque d'albâtre. A côté de cette comparaison presque classique on peut en placer une toute moderne, une comparaison photographique :

Uu tourbillon d'écume au centre de la baie Formé par de secrets et profonds entonnoirs, Se berce mollement sur Tonde qu'il égaie, Vasque immense d'albâtre au milieu des flots noirs. Les Quatre vents de l'esprit, II, iSifLsv. lyr., XLVIII, i).

Subitement, une interruption s'étant faite dans la bourrasque glaciale qui laveuglait, il aperçut à peu de distance devant lui un groupe de pignons et de cheminées mis en relief par la neige, le contraire d'une silhouette, une ville dessinée en blanc sur l'horizon noir, quelque chose comme ce qu'on appellerait aujourd'hui une épreuve négative.

V Homme qui rit, I, 233-234 (I, m, 3).

Victor Hugo tient tellement à marquer le contraste qu il va chercher parfois ses points de comparaison hors de la réalité :

Les miroirs détamés semblaient, sur les dressoirs, Des morceaux de ciels blancs tout piqués de trous noirs.

Dernière gerbe, l'j^ (III, xn).

On ne rencontrait plus de navires. Si, au loin... quelques bâtiments étaient en mer hors du brouillard, pour eux la Durande, submergée dans la brume, n'était pas visible, et sa longue fumée, rattachée à rien, leur faisait l'effet d'une comète noire dans un ciel blanc.

Les Travailleurs de la mer, I, 343-344 (I. vi, 4).

LES INFLUENCES DETERMINANTES 101

Son imagination avide de symboles exagère aussi ces oppositions. Dans les plaines de Montmirail, elle ajoute du noir à de vieilles meules pour qu'elles puissent devenir les pièces d'un damier. Elle se représente, pour en faire les touches d'un clavier, les cercueils noircis sous la pierre des tombeaux:

De grosses meules toutes faites et bien rondes, les unes

blanches et neuves, les autres vieilles et noires, gisaient

pêle-mêle sur le sol, debout, couchées, en piles, comme

les pièces d'un énorme damier bouleversé. En effet, des

géants avaient joué là une grande partie.

Le Rhin, I, 29 (II).

O sépulcres ! j'entends Torgue effrayant de Tombre, Formé de tous les cris de la nature sombre

Et du bruit de tous les écueils ; La mort est au clavier qui frémit dans les branches, Et les touches, tantôt noires et tantôt blanches,

Sont vos pierres et vos cercueils.

La Légende des siècles, III, 161 (XXXIV, n).

Le jour et la nuit sont deux eunuques qui gardent le sérail de Thomme :

Il * est le blême époux de la vie, odalisque Au sein gonflé de lait, aux lèvres de corail ; Sultan triste, il ne sait que faire du sérail ; Il voit auprès de lui passer, aidant ses vices, Offrant à son néant d'inutiles services.

Le jour, eunuque blanc, la nuit, eunuque noir.

L'Ane, 322 (I, vu).

L'idée de la mort, qui tient une si grande place dans l'œuvre de Victor Hugo, détermine une grande

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