II, 190 (XXX
Toute la ville était sous mes pieds. Les fumées se jouaient sur les toits, un rayon de soleil couchant les pénétrait, et elles faisaient un admirable nuage d'or qui se déchirait aux cheminées et aux pignons comme à des iles.
France et Belgique^ a88 (1839, ^^)-
Chiens, voitures, chevaux I cendre au reflet vermeil î Poussière dont les grains semblent d'or au soleil !
Les Contemplations^ I, an (III, n).
Oui, Taube le matin emplit ton corridor Des constellations de la poussière d'or.
Dernière gerbe^ 96 (II, vn).
La nuée au ciel bleu mêlait son blond duvet, Un doux rayon dorait le toit grave et maussade.
Les Voix intérieures^ 393-293 (XV).
L'été, vainqueur des tempêtes.
Doreur des cieux essuyés.
Les Chansons des rues et des bois, 134 (I, n, 7).
Nous brillons tour à tour, jouets d'un fol espoir ; Tel ce dernier rayon, ce dernier vent du soir Dore et berce un peu de fumée.
Odes et Ballades, 404 (Odes^ V, xx).
Il8 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'(»IBRE
L'amour, soleil divin, peut dorer d'un feu pur Le nuage errant de la vie.
Ib.y ^60 ( Odes ^ V, vi).
Le rayon peut produire d'autres nuances : les nuages prennent tantôt la couleur de Targent, tantôt celle de la pourpre ou du cuivre :
Elle leva ses yeux rouges et secs vers le ciel, vers le soleil, vers les nuages d'argent coupés çà et là de trapèzes et de triangles bleus.
Notre-Dame de Paris^ II, 181-183 (VIII, vi).
Ces nuages si beaux Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux.
Les Chants du crépuscule, 138 (XXVIII).
La nue étale au ciel ses pourpres et ses cuivres.
Les Contemplations y I, 277 (III, xxn).
Victor Hugo attribue souvent à la lune comme au soleil la couleur de Tor :
Tout au fond, dans un ciel d'un vert clair, le croissant
descendait lentement vers la terre, si fin, si pur et si délié
qu'on eût dit que Dieu nous laissait entrevoir la moitié de
son anneau d'or.
Le Rhin, I, 81 (V).
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de Tombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait.
Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de Tétemel été Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
La Légende des siècles, I, 70 (II, vi).
Ce fer d or qu a laissé tomber dans les nuées Le sombre cheval de la nuit.
/*., III, ai8 (XXXVII).
Le croissant brillait sur nos têtes.
Et nous, pensifs, nous croyions voir,
Tout en cheminant dans la plaine Vers Pampelune et Teruel, Le hausse-col du capitaine Q.ui reparaissait dans le ciel.
Les Chansons des rues et des bois, 357 (II, m, 4).
Gringoire compare à un jaune d'œuf la lune comme écrasée et répandue au milieu des nuages :
Au-dessous de ce tas de nuages bas, filandreux, barbouillés et sales, où la lune est tout écrasée et répandue comme un jaune d'œuf dont la coquille est cassée.
Notre-Dame de Paris, II, 366 (XI, 1).
Zoîle reproche à la lune de copier Torange :
La lune jaune accuse en copiant Torange Une stérilité d'invention étrange.
Les Quatre vents de Vesprit^l, 164 (Livre sat,, XLII).
Plusieurs fois Victor Hugo nous représente la lune rougie par les brumes. Il distingue d'ailleurs Taspect que lui donne Tair pur des montagnes, et celui qu'on lui voit à travers Tatmosphère alourdie des plaines. Même quand il parle de la lune d'or, nous pouvons hésiter sur la couleur qu'il désigne ainsi, car dans un cas au moins c'est la couleur rouge :
J'aime une lune, ardente et rouge comme l'or, Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor Blanche au bord d'un nuage sombre.
Les Orientales j 53 (IV).
Comme j'atteignais le sommet d'un des bas côtés du mont, la lune, la pleine lune, ronde et éclatante, qui se lève de cuivre dans les plaines et d'or dans les montagnes, apparut tout à coup devant moi.
Le Rhin, II, 116 (XXVIII).
Un bouclier de cuivre à son bras sonne et luit. Rouge comme la lune au milieu d'une brume.
Les Orientales, 100 (XV).
Tout au fond, vers l'orient, à l'extrême bord de l'horizon,
la pleine lune, rouge et ronde comme un œil de cyclope,
apparaissait entre deux paupières de nuages au front du
ciel.
Le Rhin, I, 189 (XIII).
Peut-être aussi est-ce à un œil rouge que pense le poète quand il emploie cette comparaison pour désigner le soleil et la lune :
Et, tour à tour, et l'un après l'autre, au plus noir De l'antre que blanchit l'aube et qu'ombre le soir. On voit passer, forgeant la lumière ou la brume. Sur l'heure, étincelante et ténébreuse enclume. Le Jour, la Nuit, géants cyclopes à l'œil rond, Ayant, l'un le soleil, l'autre la lune au front.
Dieu, 132 (II, iv).
Cette sensation de la couleur rouge est rendue plus vive quand elle coïncide avec un état d'esprit
particulier'. La lune paraît sanglante a jour où il vient d'apprendre l'exécution d< victimes du coup d'état :
Tout à coup la nuit vint, et la lune apparu Sanglante, et dans les cieuz, de deuil envel Je regardais rouler cette tête coupée.
Les Châtiments, ;
La lune, chaste et farouche, semble rou les baisers de deux amants :
C'était l'heure où le nid se couctn Où dans le soir tout se confond; Une grande lune farouche Rougissait dans le bois profond.
Les Chansons des rues et des bois,
Mais c'est plus souvent une lueur pâl( indiquent les métaphores de Victor Hug( Contemplations, dans la Légende des poète nous montre le clair de lune bleu :
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âmi
Le clair de lune bleu qui baignait rhorizor
Les Contemplations, I,
La mélodie encor quelques instants se traî
Sous les arbres bleuis par la lune sereine.
La Légende des siècles, 11, 105
C'est d'un bleu d'opale qu'il veut pa métaphore se rencontre dans deux passa le second, il est vrai, il est question de 1
laa LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE
se montre avant la fin du jour, et dont Téclat pâlit devant celui du soleil :
Et sur Thorizon gris la lune est large et pâle, Et Tarc-en-ciel des nuits teint d'un reflet d*opale Le nuage aux franges d'argent.
Les Orientales, 178 (XXXIII).
La lune au jour est tiède et pâle Comme un joyeux convalescent; Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale D où la douceur du ciel descend.
Les Rayons et les Ombres, 460 (XVII).
La lune est aussi, comme dans les métaphores classiques, Tastre au front d'argent. Elle argenté les nuages, et nous la verrons ailleurs jeter sur Teau le même reflet :
Le soleil large et chaud et la lune d*argent.
La Légende des siècles, I, 358 (XII, vi).
Maia pour lui' n'est pas défunte; Dans son vers, de pluie imbibé, Il met la prairie ; il emprunte Souvent de l'argent à Phœbé.
Les Chansons des rues et des bois, 41a (II, iv, 4).
Quel |ues petits nuages d'argent jouaient au milieu des
étoiles.
Choses vues, 331 (1853).
De même que le soleil donne une impression de joie, la lune dispose à la mélancolie, à la tristesse.