‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 36 sur 112 · Le colosse de Rhodes · texte numérisé non relu

Le colosse de Rhodes

ia6 LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET l'oMBRE

Les rayons du soleil sont comme les gerbes d'un feu d'artifice :.

L'artificier Phébus là-bas tire sa gerbe.

Théâtre en liberté, 254 (La Forêt mouillée, 11).

Un astre est comparé à une braise :

On voit rutiler comme une braise Jupiter qui est douze cents fois plus gros que la terre.

Les Misérables, III, in (III, m, 6).

Et sur l'astre, espérant le faire étinceler, Comme sur une braise il se mit à souffler.

La Fin de Satan^ 9 (Et noxfacta est).

Il est impossible de ne pas comparer les astres à des flambeaux, et Victor Hugo n'y manque pas. Mais la comparaison a bien des degrés. Souvent elle n'exprime pas autre chose qu'une analogie entre ces deux lumières si différentes :

Et le soir je compare aux purs flambeaux du ciel Tout flambeau qui s'allume.

Les Voix intérieures, 364 (XXX, m).

Une lampe, humble sœur de l'étoile du soir.

Les Rayons et les Ombres, 571 (XLIV, m).

Là, méditant sous le grand dôme.

Près du flot sans trêve agité.

Surprise de trouver Tatome Ressemblant à l'immensité,

Tu compares, sans me connaître, L'onde à l'homme, Tombre au banni,

Ma lampe étoilant ma fenêtre  Tastre étoilant Tinfini !

Les Contemplations, II, 263-264 (VI, xv).

Les constellations en âamme Frissonnaient à son cri vivant Comme dans la main d'une femme Une lampe se courbe au vent.

Les Chansons des rues et des bois^ 11 (Le Cheval).

Tout ce que nous appelons lumière est également vain devant Dieu, le soleil unique :

Les astres ne sont pas. Ces lueurs des tombeaux Sont fausses, et le jour ignore les flambeaux. La constellation dans Tillusion rampe, Le plein midi n'aurait que faire d'une lampe ; Tout rayonnement vient du centre et du milieu ; Comme il n'est qu'une aurore, il n'est qu'un soleil , Dieu, Qui pour les yeux de chair, couverts de sombres voiles, Pleut le jour en rayons et la nuit en étoiles.

Dieu, 2^0 (II, vu).

Ce qui empêche toujours la métaphore de Victor Hugo d'être banale, c'est qu'il voit réellement les astres comme des flambeaux. Il les voit aller et venir comme des lumières qu'on porte. Il les voit s'allumer et s'éteindre, il leur attribue leur rôle dans l'immense mécanisme du ciel :

Je me suis contenté de souper en attendant la malle et d'errer autour de la gigantesque silhouette de Saint-Jeandes- Vignes, hardiment posée sur le ciel comme une décoration de théâtre. Pendant que je marchais, je voyais les étoiles paraître et disparaître aux crevasses du sombre

IsS LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

édiTice, comme s'il était plein de gens effarés, montant, descendant, courant partout avec des lumières.

Le Rhin, I, 64-65 (iv).

Ils sont I ils vont I ceux-ci brillants, ceux-là difformes,

Tous portant des vivants et des créations!

Ils jettent dans l'azur des cônes d'ombre énormes.

Ténèbres qui des cieux traversent les rayons,

Où te regard, ainsi que des flambeaux farouches

L'un après l'autre éteints par d'invisibles bouches,

Voit plonger tour à tour les constellations !

Les Contemplations, I, jia-^ij (III, xxx, a).

C'était l'heure où, sous la voûte bleue, Comme un flambeau qui sort d'un gouffre, Vénus luit. Les Quatre vents de l'esprit, II, 76 (Liv. lyr. XVIII).

Le Nord lui-même n'est pas imperturbable. Il change âe âambeau. L'astre régulateurest relevé comme un soldat ie garde. L'étoile polaire d'Homère n'est pas la nôtre.

Post-scriptum de ma vie, aao, (Choses de l'infini, 11),

Quelquefois le mot employé est plus précis :

l'astre est comparé ou opposé, par exemple, à une chandelle, à un lampion, à un cierge; la signification de ces rapprochements varie. Ils peuvent être purement descriptifs :

Le clair du crépuscule prenait lentement possession de l'horizon. Les constellations s'éteignaient comme des chandelles soufflées l'une après l'autre.

L'Homme qui rit, I, 165 (I, in, 6).

La métaphore est encore descriptive dans cette phrase où une fille du peuple raconte les hallucinations produites chez elle par la faim :

Savez-vous, la nuit, quand je marche sur le boulevard, je vois les arbres comme des fourches... je me figure que les murs blancs sont la rivière, je me dis : Tiens, il y a de l'eau là î Les étoiles sont comme des lampions d'illuminations, on dirait qu'elles fument et que le vent les éteint.

Les Misérables^ III, 299-300(11!, vm, 4).

Dans d'autres cas il y a une antithèse, mais une antithèse implique nécessairement une comparaison :

Il était fier d'être tenace, et se comparait à Napoléon.

Ceci n'est qu'une illusion d'optique. Il y a nombre de gens

qui en sont dupes et qui, à certaine distance, prennent la

ténacité pour de la volonté, et une chandelle pour une

étoile.

Claude Gueux^ 461.

Je cherche le réel, toi tu cherches le vrai.

On vit par le réel, par le vrai Ton se brise ;

Le réel craint le vrai. Reconnais ta méprise.

Le devoir c'est l'emploi des faits. Tu Tas mal lu.

Au lieu du relatif tu choisis l'absolu.

Un homme qui, voulant y voir clair pour descendre

Dans la cave, ou fouiller dans quelque tas de cendre,

Ou pour trouver, la nuit, dans les bois, son chemin,

Enfoncerait au fond du ciel sombre sa main.

Et prendrait une étoile en guise de chandelle.

C'est toi,

U Année terrible^ 336 {Juillet^ i).

O théologiens toisant Dieu !...

Conseil de jardiniers jugeant la forêt vierge 1

O stupeur I Sirius contrôlé par le cierge !

• VAne^ 326 (I, vu).

Ailleurs, Tastre est comparé à une torche ; dans le premier cas, le poète applique ce mot à la lueur d'Aldébaran, Tastre dont le nom revient si souvent sous sa plume ; dans le second, la torche dont il parle, celle que brandit la malédiction, est la torchedu bourreau ou celle de l'incendiaire :

Je vis Aldébaran dans les cieux. Je lui dis : — O toi qui luis î ô toi qui des clairs paradis Ou des hideux enfers portes la torche énorme, Toi seul connais ta loi, je ne vois que ta forme.

Les Quatre vents de V esprit^ I, 8 (Prologue.)

Ta caverne, fermée au ciel clément et bleu,

N'admet qu'un flamboiement lugubre sous son porche ;

Un astre dans ta main deviendrait une torche. •

La Pitié suprême^ ici (I).

Dans l'océan du ciel, il est assez naturel que Tastre soit un phare. C'est une métaphore que Victor Hugo emploie surtout au sujet d' Aldébaran, Tastre aux trois couleurs, qu'il appelle un phare à feux tournants :

De Tautre côté, tout au fond du paysage, un magnifique phare à feu tournant, bleu, écarlate et blanc, rayait de sa rutilation éblouissante les sombres coteaux qui séparent Noyon du Soissonnais. Au moment où je me demandais ce que pouvait faire ce phare en pleine terre, dans ces immenses plaines, je le vis quitter le bord des collines, franchir les brumes violettes de Thorizon et monter vers le zénith. Ce phare, c'était Aldébaran, le soleil tricolore, rénorme étoile de pourpre, d'argent et de turquoise, qui

LE CIEL ET LES ASTRES l)î

se levait majestueusement dans la vague et sinistre blancheur du crépuscule.

Le Rhin^ I, 6i (iv).

Ce phare éclaire la mer de TÊtre ; il voit autour de lui les navigations et les naufrages ; il remet en son chemin Tétoile égarée:

Dans cette mer de TEtre, où tout sert, où tout nuit,

Qu'es-tu ? fanal peut-être, au cap noir de la nuit,

Peut-être feu de proue à Tavant d'un navire.

La vie autour de toi naît, meurt, flotte, chavire,

Astre !

Les Quatre vents de V esprit^ l, 8-9 (Prologue).

Elle* fait, sur ce globe où pleure Adam banni, La même fonction que toi dans Tinfini ; Et quoique, fixe et calme au fond du ciel immense, Tu ramènes au but la comète en démence

Et remettes Tétoile errante en son chemin.

Tu n'es pas lumineux plus que Tesprit humain Q.ui montre Dieu, l'enfer, les bonheurs, les désastres, O phare à feux tournants de l'océan des astres!

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