‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 5 sur 112 · I. Cf. Les Contemplations^ I, 304 flll, xxx, 1), etc · texte numérisé non relu

I. Cf. Les Contemplations^ I, 304 flll, xxx, 1), etc

l6 LA COULEUR, LA LUMIERE ET L^OMBRE

Des carrés de blé d'or; des étangs au flot clair.

Les Feuilles d'automne^ 38a (XXXIV, i).

Ton regard voit, tandis que notre œil flotte au loin, Les blés d'or en farine, et la prairie en foin.

Les Voix intérieures, 306 (XIX).

L'air courait, les oiseaux chantaient, la flamme et Tonde Se courbaient, la moisson dorait la terre blonde.

Les Rayons et les Onibres, 536 (XXXV, v).

Oui, je veux creuser le noir limon.

Et tirer Tépi d'or de la terre profonde.

Quand le soc a passé, la plaine devient blonde.

Les Contemplations, I, 299 (III, xxix).

Respecte le blé d'or plein des rayons du jour.

Dernière gerbe, 203 (IV).

La métaphore n'empêche pas l'emploi du mot propre : la moisson est jaune ' :

Les bois verts, le flot d'or de la jaune moisson.

Odes et Ballades, 399 [Odes, V, xix, a).

L'étang frémit sous les aulnes ; La plaine est un goufl're d'or Où court, dans les grands blés jaunes, Le frisson de messidor.

Les Chansons des rues et des bois, 125 (I, i, 7).

L'or des blés et celui des cheveux se rencontrent dans une même métaphore :

La Champagne pouilleuse, à laquelle juillet vient de

couper ses cheveux d'or.

Le Rhin, l, 69 (IV).

I Cf. p. 9.

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Il est inutile de continuer à chercher ce qu'il y a de commun entre les métaphores de Victor Hugo et celles deTépoque antérieure. Nous en trouverons dans la suite beaucoup d'autres qu'il n a pas créées, et qu'il ne pouvait pas rejeter. Les astres d'or, les fleuves d'argent, les perles de la rosée figureront toujours dans la langue de' la poésie, et même dans la prose imagée. Reprocherons-nous à Victor Hugo de n'avoir pas été fidèle à son programme ? Nous le féliciterons au contraire de n'avoir eu, dans la pratique, aucun parti pris. Il n'a pas condamné telle ou telle métaphore parce qu'elle appartenait au vieux répertoire, mais parce qu'elle était banale, usée, vide de sens, et ne correspondait à rien de précis. Il a surtout reproché aux classiques la haine du mot propre et l'habitude constante de le remplacer soit par une définition plus ou moins exacte, soit par une comparaison souvent peu satisfaisante pour Tesprit. Dans sa Réponse à un acte d'accusation^ il exagère, il plaisante, mais sous les grossissements de la forme , on peut reconnaître la vérité du fond. Il n'a jamais voulu faire table rase, rejeter en bloc tous les anciens procédés ; il a toujours admis des distinctions qui ne pouvaient trouver place dans une proclamation révolutionnaire, mais jamais, si l'on fait exception de ses premières œuvres, il n'a commis les fautes qu'il a blâmées chez ses prédécesseurs.

Nous pourrons voir d'ailleurs que, chez Victor Hugo, les métaphores traditionnelles ont une réalité, une vie, une signification qu'elles n'avaient

l8 LA COULEUR, LA LUMIERE ET L^OMBRE

pas auparavant. Et en face des comparaisons consacrées par Tusage , nous en verrons toujours d'autres que les classiques auraient pu trouver basses, vulgaires ou étranges. La Esméralda irritée a les joues rouges comme une pomme d'api :

Elle sauta d'un bond à Tautre bout de la cellule, se baissa, et se redressa, avec un petit poignard à la main, avant que Gringoire eût eu seulement le temps de voir d*où ce poignard sortait ; irritée et fière, les lèvres gonflées, les narines ouvertes, les joules rouges comme une pomme d'api, les prunelles rayonnantes d'éclairs.

Notre-Dame de Paris, I, 148-149 (I, vu).

La colère produit sur M. Gillenormand un effet plus violent. Il rougit comme un tison sous le soufflet de forge :

Chacune des paroles que Marius venait de prononcer avait fait sur le visage du vieux royaliste l'effet des bouffées d'un soufflet de forge sur un tison ardent. De sombre il était devenu rouge, de rouge pourpre, et de pourpre flamboyant.

Les Misérables, III, 128 (III, m, 8).

La pudique rougeur de Sara la baigneuse est plus poétique, mais l'expression n'est pas moins étrangère à la langue de la vieille poésie :

Elle est là, sous la feuillée.

Éveillée, Au moindre bruit de malheur;

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Et rouge, pour une mouche

Qui la touche, Comme une grenade en fleur.

Les Orientales^ wj (XIX).

D'ailleurs si le teint blanc donne lieu presque toujours aux mêmes comparaisons, Victor Hugo, même dans les Orientales y cherche à définir d'autres nuances, et crée des métaphores nouvelles:

Tu n'es point blanche ni cuivrée, Mais il semble qu'on t'a dorée Avec un rayon de soleil.

Les Orientales y 91-93 (XII)

De plus en plus , on sent qu'il a réellement observé les couleurs qu'il décrit, et que ses métaphores ne sont pas employées pour éviter le mot propre, mais pour suppléer au terme exact qui fait défaut :

Sa face d'un jaune rance était comme modelée dans

une pâte visqueuse ; ses joues immobiles semblaient de

mastic*.

VHomme qui rit ^ I, 3^5 (II, i, 7).

Il semblait profondément calme. Son hàle était livide. Du bronze qui souffre, tel était ce visage.

Les Travailleurs de la mer^ II, 514 (III, ni, 2).

Rien n'avait été perdu de la pâte dont il avait été fait ; pas un muscle qui n'allât à son but, le pugilat. Il y avait de

I. n est possible que dans cette comparaison Victor Hugo pense plutôt à la consistance qu'à la couleur.

la concision dans son torse ferme, luisant et brun comme

Tairain.

L'Homme qui rsi, I, 390 (II, i, la).

(Marat) Face de cuivre et dents de vert-de-gris.

Quairevmgt-tret\e, 339 (II, ni, a).

Peut-être aussi le visage de Gilliat est-il comparé au bronze parce qu'il est immobile et impassible. Peut-être, en comparant à Tairain le torse d'un lutteur, Victor Hugo a-t-il voulu nous donner une idée de force et de solidité. En tout cas, on peut constater qu'il se sépare très nettement des classiques parce qu'il observe ce qu'il veut décrire au lieu d'employer des termes de convention, qu'il cherche à représenter ce qu'il a vu, et qu'il choisit, sans s'inquiéter de leur rang noble ou vil, les mots qui peuvent le mieux l'y aider.

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