LAUBE ET L AURORE, LE COUCHER DU SOLEIL I9I
dans les cheveux et qui empourprait dune lueur sanglante la face sauvage de Jean Valjean.
Les Misérables^ I, 194 (I, n, 13).
Les lions auxquels on va livrer Daniel sont dans la fosse, et depuis trois jours sans nourriture. Ils sont pleins de haine et regardent le couchant :
lisse plaignaientderhomnie,et,pleinsdeso"rîibres haines, A travers leur plafond de barreaux et de chaînes", Regardaient du couchant la sanglante rougeur.
La Légende des siècles, I, 55 (II, iv).
Après une journée de massacre et de pillage, les rois bandits des Pyrénées laissent derrière eux la plaine qui râle, et remontent vers leurs repaires. Le soleil inonde de sang la chaîne des vieux monts :
Vainqueurs, sanglants, joyeux, les rois s'en retournèrent Chacun avec ses gens, chacun vers son état ; Et, reflet du couchant, ou bien de Taittentat, La chaîne des vieux monts, funeste et vaste bouge, Apparaissait, dans Tombre horrible, toute rouge ; On eût dit que, tandis qu'en bas on triomphait, Quelque archange, vengeur de la plaine, avait fait Remonter tout ce sang au front de la montagne.
La Légende des siècles^ I* 315 (X, v, 6).
Pendant le siège de Paris, le poète rêve à la nuit tombante, et, du haut des remparts, assiste au coucher du soleil. La lutte de l'Allemagne contre la France lui inspire cette comparaison :
J'allais. Quand je levai me« yeux vers rhprizori. Le couchant n'était plus qu'une lame sanglante.! '
Cela faisait penser à quelque grand duel
D'un monstre contre un dieu, tous deux de même taille ;
Et Ton eût dit Tépée eflfrayante du ciel
Rouge et tombée à terre après une bataille.
. L Année terrible y 70 (Novembre^ i).
Zabeth parle de Tor sanglant où se couche le soleil. C'est qu'elle se voit dans les bois, près du bandit avec qui elle aurait pu vivre heureuse, « pauvre avec Thomme sombre > :
J'eusse pu rencontrer, oui, pourquoi le nier? Quelque âpre aventurier des bois, un braconnier, Q.uesais-je ? un voleur î oui, dans Tombre et dans Tortie, Un homme commençant, prince, une dynastie, Un bandit, le fusil sur Tépaule, un rôdeur Demandantauxmonts noirs, pleinsd*ombre et degrandeur, Aux bois, où le soleil dans Tor sanglant se couche, Une épouse, et j'aurais pris cette âme farouche, Et j'aurais laissé prendre à cette âme mon cœur !
Les Quatre vents de l'esprit, I, 326 (Esca^ II, iv).
Le soir du châtiment de Ratbert, on voit un archange • essuyer son glaive aux nuées ; le sang du roi décapité se mêle sans doute à la pourpre du soleil qui va disparaître :
Le glaive qui frappa ne fut point aperçu ; D*où vint ce sombre coup, personne ne Ta su ; Seulement, ce soir-là, bêchant pour se distraire, Hétaclius le Chauve, abbé de Joug-Dieu, frère D'Acceptus, archevêque et primat de Lyon, Etant aux champs avec le diacre PoUion,
LAUBE ET L AURORE, LE COUCHER DU SOLEIL l()}
Vit, dans les profondeurs par les vents remuées, Un archange essuyer son épée aux nuées.
La Légende des siàctes^ II, a 60 (XVIII, m, 16).
Cette comparaison est si naturelle qu'on en trouve aussi les termes transposés. Durandal donne à la terre couverte de morts la couleur d'un nuage au soleil couchant :
Durandal, à tuer ces coquins s'ébréchant, Avait jonché de morts la terre, et fait ce champ Plus vermeil qu'un nuage où le soleil se couche.
La Légende des siècles^ II, 73 (XV, 11, 11).
Le soleil englouti continue quelque temps à colorer les nuages. Cette teinte vermeille célèbie le triomphe de la nuit :
L'ombre baignait les flancs du sombre promontoire; Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire Un grand arc-de-triomphe éclatant et vermeil, A l'endroit où s'était englouti le soleil, La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Les Contemplations y II, 158 (V, xxiv).
Cet éclat s'atténue peu à peu. Toutes les couleurs du spectre solaire s'étalent encore, après le soleil disparu, sur le sommet des montagnes. A l'horizon, la bande rouge s'amincit et le cuivre rouge cède la place à rétain :
Je m'étais assis au haut du Geissberg... Le soleil avait disparu. Je contemplais ce magnifique paysage. Quelques nuées fuyaient vers Torient. Le couchant posait sur les
Vosges violettes ses longues bandelettes peintes des couleurs du spectre solaire. Une étoile brillait au plus clair
du ciel.
Le Rhin, II, 133-134 (XXVIII).
Le crépuscule, ouvrant la nuit qui les recèle, Fait jaillir chaque étoile en ardente étincelle; L'occident amincit sa frange de carmin.
Les Feuilles d'automne^ 401 (XXXVII).
L'immense cône de ténèbres que projette le Rigi... gravissait lentement... le flanc escarpé du Rossberg. La montagne de Tombre dévorait la montagne du soleil. Ce vaste triangle sombre couvrait déjà Art, Goldau, dix vallées, dix villages^ la moitié du lac de Zug et tout le lac de Loweriz. Des nuages de cuivre rouge y entraient et s'y changeaient
en étain.
Alpes et Pyrénées, 45 (1839, n).
Le ciel d'étain au ciel de cuivre Succède. La nuit fait un pas.
Toute la lyre, I, 143 (II, xxv).
Après le couchant rouge, le crépuscule gris. Tout devient blême comme le visage d'un mourant. C'est maintenant sur un ciel d argent que se détachent les branches noires :
La nuit, pas à pas, monte au trône obscur des soirs; Un coin du ciel est brun, l'autre lutte avec Tombre ; Et déjà, succédant au couchant rouge et sombre, Le crépuscule gris meurt sur les coteaux noirs.
Les Feuilles d'automne, 310 (XXXV, n).
Une dernière lueur rose, qui ressemble au reflet de l'autre monde sur le visage blême d'un mourant, colore
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encore quelque temps, au faîte de son rocher, TEhrenfels
pâle, décrépit et décharné.
Le Rhin, I, 428 (XXII).
Le soir, comme un mourant, les horizons blêmissent.
Religions et religion, a 16 (II).
Quand je suis arrivé à Barneville, le soleil était tout à fait couché, de beaux arbres d'encre se découpaient sur le ciel d'argent du crépuscule.
France et Belgique, 7s (i*' juillet 18)6).
La nuit est venue maintenant, et le poète n'a pas cessé de contempler. Ce qu'il observe, ce ne sont pas seulement les astres. Quand les astres sont invisibles, il regarde l'ombre, et nous verrons ailleurs tout ce qu'il sait y découvrir.