‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 58 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE FEU ET l'Éclair

On trouve dans les œuvres de Victor Hugo plusieurs descriptions d'incendies, et toutes ces descriptions sont très belles. Le poète admire le feu pour deux raisons au moins : d'abord parce que le feu est magnifique, ensuite parce qu'il est vivant. Le feu est vivant non seulement parce qu'il dévore, non seulement parce que ses ondulations imitent celles du dragon, mais aussi parce qu'il est constamment mêlé à la vie de Thomme, qu'il l'aide dans son activité, et qu'il éclaire sa pensée. Le feu est féroce, effroyable, quand il attaque une maison ; il est amical et doux quand il brille à la lampe du travailleur.

Voyons d'abord comment Victor Hugo compare entre eux les différents aspects du feu. Un flambeau qui s'allume derrière une vitre fait de la fenêtre un trou de braise :

Çà et là des fenêtres commençaient à y scintiller comme

des trous de braise.

Notre-Dame de Parts^ II, 196 (IX, i).

Ces braises, Claude FroUo les voit s'allumer sur l'immense obélisque que forme , allongée par la

perspective, la masse des maisons de la rive gauche de la Seine. Pour lui, cet obélisque est un clocher de l'enfer, et les lumières sont des porches laissant apercevoir la fournaise intérieure :

Claude, dans l'état d'hallucination où il se trouvait, crut voir, voir de ses yeux vivants, le clocher de l'enfer; les mille lumières répandues sur toute la façade de l'épouvantable tour lui parurent autant de porches de l'immense

fournaise intérieure.

Dans les Orientales^ nous voyons une comparaison analogue, moins l'hallucination :

Tolose a des forges sombres

Qui semblent, au sein des ombres,

Des soupiraux de l'enfer. •

Les Orientales, i6o (XXXl).

Une forge installée dans une vieille tour semble jeter sa lueur par les trous d'une lanterne sourde :

La lueur n'était plus une lueur; c'était un flamboiement éclatant et farouche qui jetait au loin de longs rayonnements jusqu'aux montagnes et sortait par les crevasses et par les baies difformes de la tour comme par les trous d'une lanterne sourde gigantesque.

Le Rhin, I, 328 (XX).

Dans les Travailleurs de la mer, la maison visionnée offre aussi l'aspect d'une lanterne sourde ; mais ses fenêtres sinistres sont des soupiraux de Venfer ou du sépulcre :

La lumière s'éclipsait, reparaissait, s'éclipsait encore comme font ces lumières-là. Ces intermittences sinistres tiennent probablement au va-et-vient de Tenfer. Cela s'entr'ouvre, puis se referme. Le soupirail du sépulcre a des effets de lanterne sourde.

Les Travailleurs de la mcr^ I, a68 (I, v, 5).

Une étincelle sur la cendre ressemble au fanal qui brille au loin sur Teau, ou à la lumière qu'on voit , dans une maison, courir d'une fenêtre à l'autre :

Vous aviez seulement...

Pris, parmi ces papiers que hk» esprit colore,

Quelques vers,groupe informe, embryons prèsd'éclore, Puis vous les aviez mis, prompts à vous accorder. Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder Dans une cendre noire errer des étincelles, Comme brillent sur Teau de nocturnes nacelles, Ou comme, de fenêtre en fenêtre, on peut voir Des lumières courir dans les maisons le soir.

Les Voix intérieures^ 315-316 (XXII).

Le poète compare à la lumière d'un phare la flamme qui, dans l'incendie des villes maudites, jaillit de la tiare du grand-prêtre. Ailleurs, Téclat éblouissant d'un banquet donne lieu à la même comparaison. Le mot phare ne vient-il là que par nécessité, pour rimer avec tiare et avec fanfare ? Je ne le crois pas. Ou plutôt j'admettrais, comme M. Rigal*, la rime génératrice d'images, la rime imposant le mot et le vers, mais ne tombant jamais dans la banalité. Il faut bien que la flamme du phare

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