II, 17^ (XXIX
Au crépuscule, se promenant près de Heidelberg, il cherche des hallucinations ; un feu de fagots suffît pour donner à une vieille tour en ruine l'aspect d'une tête monstrueuse, que des créneaux ébréchés couronnent de fleurons aigus :
Des paysans, habitants actuels de cette masure, y avaient allumé dans l'intérieur un immense feu de fagots, dont le flamboiement apparaissait au dehors aux trois seules ouvertures qu'eût la ruine, une porte cintrée en bas, deux fenêtres en haut. Ainsi éclairée, ce n'était plus une tour, c'était la tête noire et monstrueuse d'un eff'rayant Pluton ouvrant sa gueule pleine de feu et regardant par dessus la colline avec ses yeux de braise.
Le Rhin, 11, 122-123 (XXVIII).
La ville de Londres s'illumine pour fêter l'exécution de Fabiani, et Marie Tudor s'indigne de cette joie qui semble la narguer :
Oh ! ville infâme î ville révoltée ! ville maudite î ville
monstrueuse qui trempe sa robe de fête dans le sang et qui
tient la torche au bourreau ! Tu en as peur, Jane, n'est-ce
pas ? Est-ce qu'il ne te semble pas comme à moi qu'elle
nous nargue lâchement toutes deux, et qu'elle nous regarde
avec ses cent mille prunelles flamboyantes, faibles femmes
abandonnées que nous sommes, perdues et seules dans ce
sépulcre ?
Marie Tudor, 270 (III, n, 2).
Dans les Travailleurs de la mer, la maison visionnée terrifie les déniquoiseaux, qu'elle semble regarder avec ses prunelles rouges :
La masure, de son côté, semblait les regarder. Elle avait, dans cette vaste obscurité muette, deux prunelles rouges. C'étaient les fenêtres.
Les Travailleurs de la mer, I, 268 (I, v, 5).
Deux réverbères près d'une cathédrale sont deux yeux flamboyants ; c'est que de la cathédrale Victor Hugo fait un animal fantastique :
Presque en face de moi, la sombre abside-cathédrale,
dressant ses mille clochetons aigus, figurait un hérisson
monstrueux, accroupi au bord de l'eau, dont la grue du
clocher semblait former la queue et auquel deux réverbères
allumés vers le bas de cette masse ténébreuse faisaient des
yeux flamboyants.
Le Rhin, 1, 165 (X).
Victor Hugo représente le plus souvent la lueur de réclair comme une lueur blanche ; il oppose au rayon d'or l'éclair d'acier :
Dans l'ombre que déchire Tantôt le rayon d'or, tantôt l'éctair d'acier,
L'Art d' être grand-père , 64 ^IV, 1),
II était impossible que cet acier ne fit pas penser à l'épée. La foudre frappe comme un glaive, et l'on croit voir dans l'orage la fureur des combattants:
C'est la nuée ardente et forte
Qui se joue avec moi dans l'air,
Et, tournoyant comme une roue,
Fait étincelersur ma proue
Le glaive acéré de l'éclair !
Les Feuilles d'automne, 394 (IX).
Oh 1 regardez le ciel ! cent nuages mouvants, Amoncelés là-haut sous le souffle des vents.
Groupent leurs formes inconnues ; Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair, Comme si tout à coup quelque géant de l'air
Tirait son glaive dans les nues.