XXXVIII
Les nuages donnent à la mer une teinte sombre que Victor Hugo compare à Tairain. C'est peut-être encore la couleur verte qu'il veut désigner ainsi :
D'imperceptibles bateaux pécheurs nagent au fond du
gouffre à mes pieds ; les maquereaux, les lubines et les
sardines brillent au soleil dans le fond des barques comme
des tas d'étoiles. Les nuages donnent à la mer des reflets
d airain.
Alpes et Pyrénées^ 241 (1843, i^*)-
Toi, mer, qui resplendis comme un liquide airain.
La Fin de Satan ^ s^ (Le Glaive^ n).
La mer triste entrechoque en grondant, Sous les nuages lourds que les souffles assemblent, Ses monstrueux airains en fusion qui tremblent.
Dieu, 115 (II, II).
Victor Hugo est surtout frappé du resplendissement de Teau sous le soleil. Tout enfant, d'après le récit du Témoin de sa vie, il compare la mer qui brille au loin à une grosse pierrerie. Et plusieurs fois, plus tard, il retrouve la même image :
Victor, apercevant au loin à droite un point qui brillait, disait-il, comme une grosse pierrerie, questionna le marquis du Saillant qui lui répondit que cette pierrerie était le golfe de Fontarabie.
Victor Hugo raconté, I, m (XVIII).
Une source abondante et gonflée se répandait hors du rocher au grand soleil comme un dégorgement de pierreries liquides.
Alpes et Pyrénées y 88 (18)9, vu).
Quand l'eau vive au soleil se change en pierreries.
Les Châtiments^ 347 (VI, xiv).
Dans la transparence charmante de cette eau qui était comme de la pierrerie dissoute.
Les Travailleurs de la mer^ II, 79 (II, i, 13).
La langue usuelle emploie la métaphore inverse quand elle dit une rivière de diamants. Victor Hugo emploie dans les Orientales l'expression ruisselants de pierreries^ dont il constate plus tard le succès * :
Et son rouge turban de soie et ses habits Tout ruisselants de pierreries".
Les Orientales, 124 (XXI).
I. Post-scriptum de m.i vie^ 56 (Tas de pierres, III). 1. Cf. "Noire-Dame de Paris, I, 199-200 (III, 11).
Le soleil, surtout le soleil couchant, jette sur Teau un reflet doré. Il couvre d'écaillés d'or les pontons noirs, fait glisser dans Teau verte des anguilles d'or; il met de Tor dans la chevelure des rivières et dans la crinière de TOcéan :
Ils peuplent d'innocents les geôles, les donjons,
Et les pontons, nefs abhorrées.
Qui flottent au soleil, sombres comme le soir, Tandis que le reflet des mers sur leur flanc noir Frissonne en écailles dorées.
Les Châtiments, 197 (IV, m).
Une belle eau verte, moirée, que les rayons du soleil semblent remplir , en s'y brisant, d'une foule d'anguilles d'or.
Le Rhin, Il 215 fXXXlI).
De temps en temps TArve l'investit (un roc) de vagues furieuses, les presse, les roule, les gonfle, les amoncelle, surmonte le rocher qui reste quelque temps inondé de tous ces flots dorés comme d'une chevelure blonde.
Fragment d'un Voyage aux Alpes, dans Victor Hugo raconté, II, 20a.
Il * tresse le bleu Rhône aux cheveux d'or de l'Arve.
La Légende des siècles, III, iti (XL).
Comme ce grand lion dont Daniel fut l'hôte.
L'océan par moments abaissait sa voix haute, Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu. Sous sa crinière d'or passer la main de Dieu.
Les Feuilles d'automne, 269 (IV).
La lune elle-même , quand elle descend vers Thorizon, est capable de dorer les vagues :