‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 79 sur 112 · I. Le poète · texte numérisé non relu

I. Le poète

Pour. faire fête à l'aube, au bord des flots dormants, Les ronces se couvraient d'un tas de diamants ; Les brins d'herbe coquets mettaient toutes leurs perles.

/*., 66fZi'r. 5J/.,XVI).

Les perles de la rosée contribuent aussi à la parure des rochers des Alpes :

Mai brode à mes rochers la passementerie Des perles dé rosée et des fleurs de prairie.

La Légende des siècles^ III, 98 (XXXI, n).

La limpidité de la goutte de pluie ou de rosée et la limpidité de la perle s'unissent pour symboliser la pureté morale :

Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu,

Qui de nous n'a pas vu de ces femmes brisées

S'y cramponner longtemps de leurs mains épuisées !

Comme au bout d'une branche on voit étinceler

Une goutte de pluie où le ciel vient briller,

Qu'on secoue avec l'arbre et qui tremble et qui lutte,

Perle avant de tomber et fange après sa chute !

Les Chants du crépuscule, 87 (XIV).

L'âme de l'humble vierge a toute sa lumière.

La perle de l'aurore est encor dans la fleur.

Les Rayons et les Ombres, 411 (IV, 11).

Bien des poètes ont parlé des larmes de la pluie et surtout des pleurs de l'aurore ; Victor Hugo plus que personne. Aussi cette perle humide^ cachée dans le calice de la fleur, désigne-t-elle métaphoriquement les larmes secrètes. 11 faut que la femme qui pleure se cache pour pleurer, qu'elle ait en ellemême un asile, et mette à part son trésor de larmes :

2^S LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Car la fleur qui s'ouvrit avec Taurore en pleurs, Et qui fait à midi de ses belles couleurs

Admirer la splendeur timide, Sous ses corolles d'or, loin des yeux importuns. Au fond de ce calice où sont tous ses parfums.

Souvent cache une perle humide !

Les Feuilles (t automne^ 321 (XVII).

La goutte d eau, diamant de loin, est larme de près ; cette idée a été deux fois développée par le poète, presque dans les mêmes termes. Il semble probable que la rédaction donnée dans la Dernière gerbe est la plus ancienne :

Oh ! Tamour est pareil aux perles de rosée %

Qui brillent aux feuilles des fleurs,

Et qui, sur la corolle au soleil exposée, Scintillent de mille couleurs.

N'approchezpasvosyeux, quêtant de splendeurcharme. De cette goutte d'eau qui reluit un moment.

De près, ce n'est plus qu'une larme ;

De loin, c'était un diamant !

Dernière gerbe ^ 67 (1, xxiv).

Vois-tu, mon ange, il faut accepter nos douleurs.

L'amour est comme la rosée Qui luit de mille feux et de mille couleurs

Dans l'ombre où l'aube l'a posée ; Rien n'est plus radieux sous le haut firmament. De cette goutte d'eau qui rayonne un moment N'approchez pas vosyeux, que tant de splendeur charme.

De loin, c'était un diamant ;

De près, ce n'est plus qu'une larme.

Toute la lyre, II, 87 (VI, ni).

La goutte d'eau n'est plus qu'une larme quand elle tombe :

UNE GOUTTE d'eau, en tombant.

J'étais diamant, je suis larme.

Femmes, ne tombez pas.

Théâtre en liberté ^ 266 (La Forêt mouillée y 11).

D ailleurs la larme brille elle aussi, comme la goutte d'eau; Victor Hugo la compare à la perle et à rétincelle :

Ce que dit votre bouche étincelle en vos yeux. Il semble, quand parfois un chagrin vous alarme, Qu'ils versent une perle et non pas une larme.

Les Contemplations y I, 45 (I, x).

Une de ces grosses larmes, qui sont les sombres perles de Tâme, germait lentement dans son œil.

Les Misérables^ V, 490 (V, ix, 5).

L'on vit une grosse larme rouler sur sa joue et s'arrêter au bout de sa moustache, comme une perle.

Quatrevingt-trei^e^ ao (I).

Et Fabrice a dans l'œil une humide étincelle.

La Légende des siècles^ II, 230 (XVIII, m, 3).

Une antithèse oppose à la perle la goutte de sueur :

Change en perles dans mes décombres Toutes mes gouttes de sueur !

Les Contemplations, II, 265 (VI, xv).

Les métaphores qui désignent la glace et la neige ressemblent beaucoup à celles que le poète emploie en parlant de Teau. Il en est pourtant quelquesunes qui ne contiennent que Tidée de blancheur:

36o LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET l'oMBRE

Monts sacrés, hauts comme Texemple, Blancs comme le fronton d'un temple.

Les Châtiments^ 103 (II, iv).

Schwitz tendant ses glaciers comme de blanches toiles.

La Légende des siècles y III, 262 (XL).

Ces sommets, éclatants comme d'énorme lys.

/*., 96 (XXXI, n).

Cette blancheur est lumineuse. Sur le sommet des vieux monts brille une aube éternelle ; leurs cimes semblent des cratères enflammés :

Son front blanc dans la nuit semble une aube éternelle.

Les Feuilles d* automne, 276 (Vil).

Et chaque soir, tandis que Tombre en bas Tassiège,

Le soleil, ruisselant en lave sur sa neige,

Change en cratère le glacier.

Rien ne ternit ces pics que la tempête lave,

Volcans de neige ayant la lumière pour lave,

Q.ui versent sur l'Europe un long ruissellement

De courage, de foi, d'honneur, de dévouement*.

La Légende des siècles , III, 105 (XXXI).

La nuance argentée apparaît dans les ondulations du glacier des Pèlerins, que Victor Hugo compare à des boucles de cheveux blancs :

Plus haut, sur le même plan, apparaissent les deux pics des Pèlerins et des Charmoz... entre lesquels le glacier des

I. On voit que le mot lumière est pris à la fois au sens propre et au sens figuré.

l'eau, la glace et la neige 261

Pèlerins répand ses ondulations pareilles à des boucles de cheveux blancs sur la tête grise du mont.

Fragment d'un Voyage aux Alpes ^ dans Victor Hugo raconté^ II, 207.

Victor Hugo nous montre dans la Mer de Glace d'éclatants reflets métalliques et la splendeur des pierres précieuses :

Au-dessus de cette forêt, l'extrémité de la Mer de Glace,

dépassant le Montanvert comme un bras qui se recourbe,

penche et précipite ses flots marmoréens, ses lames énormes,

ses tours de cristal, ses dolmens d'acier, ses collines de

diamant, dresse à pic ses murailles d'argent.

Ib,

Le manteau qui tombe de Tépaule du mont Blanc n'est pas moins magnifique :

Une mer de cristal, d'azur, de diamant, Crinière de glaçons digne du lion Pôle, . Tombe, effrayant manteau, de sa farouche épaule.

La Légende des siècles y III, 263 (XL).

Le glacier des Bossons a des frontons d'albâtre et des pilastres de nacre :

Qu'on se figure d'énormes prismes déglace, blancs, verts, violets, azurés, selon le rayon de soleil qui les frappe... On dirait une ville d'obélisques, de cippes, de colonnes et de pyramides, une cité de temples et de sépulcres, un palais bâti par des fées pour des âmes et des esprits ; et je ne m'étonne pas que les primitifs habitants de ces contrées aient souvent cru voir des êtres surnaturels voltiger entre les flèches de ce glacier à l'heure où le jour vient rendre

a62 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

son éclat à l'albâtre de leurs frontons et ses couleurs à la nacre de leurs pilastres.

Fragment d'un Voyage aux Alpes ^ dans Victor Hugo raconté y II, 306-207.

L'éclat de la neige rappelle celui de Targent, et réclat de la glace celui de Tacier. Victor Hugo nous a déjà montré <r cette magnifique émeraude du Léman enchâssée dans des montagnes de neige comme dans une orfèvrerie d'argent », et « l'argent sombre » du mont Blanc mêlé « aux moires du Léman »*. Ailleurs nous voyons la glace comme un flanc d'acier ; le glacier est poli comme un tranchant de hache, et les hallebardiers suisses semblent avoir pris dans la montagne non seulement le bois de leurs piques, mais encore le reflet de Tacier :

Comme le haut cimier du mont inabordable, Alors il dresse au loin sa crête formidable.

L'arc-en-ciel vacillant joue à son flanc d'acier.

Les Feuilles d'automne y 276 (VII).

En des glaciers polis comme un tranchant de hache, Qu'il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache

De l'ongle à leurs parois*.

Les Orientales, 137 (XXV).

Deuilsansfond ! c'est Thonneurdeleurpaysqu'ils tuent; En se prostituant, c'est moi qu'ils prostituent ; Nos vieux pins ont fourni leurs piques, dont l'acier Apporte dans l'égout le reflet du glacier ;

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