‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 82 sur 112 · Z'^«^,373(II · texte numérisé non relu

Z'^«^,373(II

Le mourant se transfigure, et dans ses yeux, comme dans ceux du mort, il y a une lueur d'astre :

Ses yeux étaient caves et fixes. Ils paraissaient presque éteints, et puis, par moments, ils se rallumaient et resplendissaient comme des étoiles. 11 semble qu'aux approches d'une certaine heure sombre, la clarté du ciel emplisse ceux que quitte la clarté de la terre.

Les Misérables, I, 446 (I, vn, 6).

L'ombre des nuits, Le roseau des étangs, le roc du monticule, L'épanouissement sombre du crépuscule, Le vent, souffle farouche ou providentiel, L'air, la terre, le feu, leau, tout, même le ciel. Se mêle à cette chair qui devient solennelle. Un commencement d'astre éclôt dans la prunelle.

Les Contemplations, II, 257 (VI, xui).

Les yeux de Tange, de Têtre surnaturel, sont aussi des étoiles :

L'ange arrêta sur lui ses ailes qui flottaient, Et pleura.

L'on eût dit que ses larmes étaient De la lumière en pleurs coulant de deux étoiles.

La Fin de Satan, 514 (UAnge Liberté y vn).

Deux êtres ont passé pendant que j'étais là; Et leurs regards brillaient, si bien qu'il me sembla Que ces deux inconnus, rayonnant sous leurs voiles, Pour en faire leurs yeux avaient pris deux étoiles... Et sur le front de l'un on lisait : Conscience, Et sur le front de l'autre on lisait : Vérité. Les Quatre vents de Vesprit^ II, 169-170 (Liv, lyr,^ XLV).

Benignus Spiagudry compare à des comètes les yeux flamboyants de Han d'Islande. Il y a des étoiles horribles dans le visage des compagnons de Ratbert. Lilith-Isis, la fille de Satan, épiant Jésus-Christ emmené par les soldats, a des yeux qui ressemblent à des étoiles funèbres :

Quoi ! là, derrière ce mur, dans l'ombre, ces deux yeux flamboyants comme des comètes, qui se sont fixés sur nous. Vous ne les avez point vus ?

Han d'Islande, 256-257 (XXII).

Il semble qu'on pourrait à peine distinguer De ces hommes les loups, les chiennes de ces femmes; A travers l'ombre, on voit toutes les soifs infâmes Flamboyer dans 1 étoile horrible des regards.

La Légende des siècles^ II, 243-244 (XVIU, m, 10).

C'était de Tombre ayant la forme d'une femme ; Cet être épiait Christ dans cette troupe infâme. Comme s'il était là pour une mission ; Or la bande aperçut, en rentrant dans Sion,

a68 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Cette femme fixant sur eux dans les ténèbres

Ses deux yeux qui semblaient deux étoiles funèbres.

La Fin de Satan, i88 (Jésus-Christ^ x).

La duchesse Josiane a un œil bleu et un œil noir. Ses prunelles « faites d'amour et de haine > sont comparées à Aldébaran :

Elle regarda, fatale, avec ses yeux d' Aldébaran, rayon visuel mixte, ayant on ne sait quoi de louche et de sidéral. Gwynplaine contemplait cette prunelle bleue et cette prunelle noire, éperdu sous la double fixité de ce regard de ciel et de ce regard d'enfer.

U Homme qui rit, II, aSo (II, vn, 4).

La langue usuelle assimile souvent Téclat de Tœil à celui d'un charbon ardent, d'une braise. C'est plusieurs fois à des animaux que Victor Hugo attribue des yeux de braise : ces yeux expriment soit l'ardeur, soit la cruauté :

Et quand j'ai dit : Allah ! mon bon cheval de guerre Vole, et sous sa paupière a deux charbons ardents !

Les Orientales, aoa (XXXIX).

L'aspic à Tceil de braise, agitant ses paupières. Passe sa tète plate aux crevasses des pierres.

Les Rayons et les Ombres, 448 (XIII).

Yeux de braise De la chienne Scvlla sur \\ mer calabraise.

Dieu, 16 (I, i).

La métaphore peut aussi désigner simplement des yeux qui luisent dans les ténèbres : Victor Hugo,

dans les ruines d'un vieux burg, éprouve une impression lugubre en entendant « tous les monstres de l'ombre » qui se réveillent et fourmillent autour de lui :

Deux charbons ardents, tombés on ne sait de quelle fournaise, brillent dans Tombre au milieu des ronces ; c'est une

chouette qui vous regarde.

Le Bhin, II, 131 (XXVIII).

Iblis, l'esprit du mal, travaillant dans sa forge, a les yeux ardents comme des braises ; et la prunelle de Satan brille au fond des nuits comme une goutte de flamme :

Les éclairs des marteaux faisaient une tempête ; Ses yeux ardents semblaient deux braises dans sa tète.

La Légende des siècles^ I, 52 (II, m).

La rondeur de sa rouge et luisante prunelle Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs, Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.

La Fin de Satan , 300 (UAnge Liberté, n).

Le poète voit encore une fournaise dans Torbite des césars morts :

Et ces tètes de mort au regard de fournaise

Qui portent la couronne et qu'on nomme césars

M'ont parlé.

La Pitié supremCy 120 (V),

Une vive émotion donne de Tardeur au regard : Claude Frollo qui va frapper Phœbus a des yeux de braise. C'est l'éclat de la braise qu'on voit dans les

prunelles des combattants, et même dans les yeux du bon sergent Radoub :

Deux hommes entrent. Un noir avec un bel officier. On ne voyait que les yeux du noir, deux braises.

Notre-Dame de Paris^ II, lia (VIII, i).

La lutte était farouche. Un carnage effréné Donnait aux combattants des prunelles de braise.

V Année terrible^ 31 (Août).

La femme trembla de la tête aux pieds. Elle regarda le sergent, rude visage dont on ne voyait que les sourcils, les moustaches, et deux braises qui étaient les deux yeux.

Quatrevingt'tret\ey 8 (1, 1).

Les yeux sont souvent comparés à une flamme.

Cette métaphore peut prendre divers aspects. De beaux yeux de femmes brillent comme des flambeaux :

Ton sérail est très grand, tes jardins sont très beaux. Tes femmes ont des yeux vifs comme des flambeaux. Qui pour toi seul percent leurs voiles.

Les Orientales, 198 (XXXVIII).

J'en suis amoureux fou ! Les yeux noirs les plus beaux. Mes amis! Deux miroirs! Deux rayons! Deux flambeaux!

Hernaniy 39 (II, i).

A travers les cils, c'est un feu sous les branches :

Quand brillesous tescils, comme un feusousles branches, Ton beau regard, terni par de longues douleurs.

Les Chants du créptiscîdc^ 141 (XXVIII).

Les doux yeux d'une enfant semblent éclairer plutôt que briller :

Ses yeux bleus sont plus beaux sous son pur sourcil brun. En elle tout est joie, enchantement, parfum ; Quel doux regard, Tazur ! et quel doux nom, Marie ! Tout est rayon ; son œil éclaire et son nom prie.

La Légende des siècles, III, 54 (XXVI).

Les yeux de Dea sont clairs, quoique paralysés : ce sont des flambeaux qui ne brillent que pour les autres :

Ses yeux, grands et clairs, avaient cela d'étrange qu'éteints pour elle, pour les autres ils brillaient. Mystérieux flambeaux allumés n'éclairant que le dehors. Elle donnait de la lumière, elle qui n'en avait pas. Ces yeux disparus resplendissaient. Cette captive des ténèbres blanchissait le milieu sombre où elle était. Du fond de son obscurité incurable, de derrière ce mur noir qu'on nomme la cécité, elle jetait un rayonnement. Elle ne voyait pas hors d'elle le soleil et l'on voyait en elle son âme.

V Homme qui rit, I, 408 (II, 11, 2).

La lumière est le symbole de la pensée. L'œil au fond de Tarcade sourcilière est une lampe qui veille au fond d'un antre :

Son profil (le profil de Louis XI), quoique d'une ligne très bourgeoise, avait quelque chose de puissant et de sévère ; sa prunelle étincelait sous une arcade sourcilière très profonde, comme une lumière au fond d'un antre ; et, sous le bonnet rabattu qui lui tombait sur le nez, on sentait tourner les larges plans d'un front de génie.

Notre-Dame de Paris ^ I, 259 (V, i).

Dieu a voulu faire et a fait la tête de Thomme belle. Il a haussé le front pour y loger l'intelligence ; il a allumé le regard sous larcade sourcilière comme la lampe qui veille dans Tantre mystérieux et profond de la pensée.

Correspondance^ II, 67 (1845).

Quand Claude Frollo regarde à travers les fentes d'une porte Phœbus et la Esmeralda, c'est la flamme du désir et de la jalousie qui allume ses yeux :

Qui eût pu voir en ce moment la figure du malheureux collée aux barreaux vermoulus eût cru voir une face de tigre regardant du fond d'une cage quelque chacal qui dévore une gazelle. Sa prunelle éclatait comme une chandelle à travers les fentes de la porte.

Notre-Dame de Parisy II, 99-100 (VII, vm).

Dans Tœil de Jean Valjean, le feu qu'on voit briller c'est le ressentiment de l'injustice subie, et la haine de la société :

C'était d'ailleurs un profil ferme, énergique et triste. Cette physionomie était étrangement composée ; elle commençait par paraître humble et finissait par sembler sévère. L^ceil luisait sous les sourcils comme un feu sous une

broussaille.

Les MisérableSy I, 117 (II, i).

Dans Toeil de Nemrod, c'est le feu de Torgueil :

Il resta trente jours au fond des solitudes, Rêvant parmi les rocs aux sombres attitudes ; Quand il revint, son œil brillait comme un flambeau.

La Fin de Satan, 6^ (Le Glaive, lu).

La femme du bourreau Nychol Orugix a dans ses yeux sinistres les rayons d'une torche funèbre. La jeune fille qui doit mourir pour avoir levé son voile voit briller des lampes funéraires dans les yeux de ses frères prêts à la châtier :

L'aspect de cette femme n!était pas lui-même très rassurant... Ses traits livides, sa figure sèche et anguleuse, avaient quelque chose de cadavéreux, et il s*échappait de ses yeux creux des rayons sinistres pareils à ceux d'une torche

funèbre.

Han d'Islande, 140 (XII).

Qu'avez- vous, qu avez-vous, mes frères ?

Vous baissez des fronts soucieux.

Comme des lampes funéraires.

Vos regards brillent dans vos yeux.

Les Orientales, 85 (XI).

Victor Hugo exprime souvent Tidée que l'œil laisse voir ou plutôt montre la pensée. C'est une fenêtre par laquelle on voit dans Tâme, et un visage aux yeux fermés est comme un palais sans fenêtres :

Claude ayait acquis un ascendant singulier sur tous ses compagnons... Cet empire lui était venu sans qu'il y songeât. Cela tenait au regard qu'il avait dans les yeux. L'œil de l'homme est une fenêtre par laquelle on voit les pensées

qui vont et viennent dans sa tète.

Claude Gueux, 462-463.

Il serait plus beau, s'il n'avait pas les yeux fermés. Un visage sans yeux, c'est un palais sans fenêtres.

Lucrèce Borgia, 27 (I, 11).

Aussi l'éclat du regard révèle-t-il un feu intérieur.

Dans les yeux clairs de Dea, Victor Hugo nous a montré la lumineuse pureté de Tâme de la jeune fille. Au contraire les yeux de Claude FroUo laissent entrevoir uoe fournaise :

Quel était ce feu intérieur qui éclatait parfois dans son regard, au point que son œil ressemblait à un trou percé dans la paroi d'une fournaise ?

Notre-Dame de Paris^ I, 247 (IV, v).

Les yeux brillants d'une femme sont « les soupiraux d un centre étincelant » :

Chacun se récriait, admirant tour à tour Son front plein de pensée éclose avant Tamour, Son sourire entrouvert comme une vive aurore, Et son ardente épaule, et, plus ardents encore, Comme les soupiraux d'un centre étincelant, Ses yeux où Ton voyait luire son cœur brûlant.

Les Voix tniàrieures, 2S4(\ll).

. Jean Valjean, quand il approche de la maison de Cosette, a dans les yeux la lumière d'une aurore intérieure :

Plus il approchait de ce coin de rue, plus son œil s'éclairait ; une sorte de joie illuminait ses prunelles comme une

aurore intérieure.

Les Misérables^ V, 439 (V, vni, 4).

Certains regards montrent une lueur horrible. Dans l'œil de Philippe 11-, on croit voir un soupirail de caverne : sa prunelle laisse apercevoir une âme ténébreuse. La comtesse d'Ahlefeld dans Han

d'Islande, Laflfemas dans Marion de Lorme^ Thénardier dans les Misérables, ont dans les yeux des rayons d'enfer :

Morne en son pourpoint noir, la toison d*or au cou,

On dirait du destin la froide sentinelle ;

Son immobilité commande ; sa prunelle

Luit comme un soupirail de caverne ; son doigt

Semble, ébauchant un geste obscur que nul ne voit,

Donner un ordre à l'ombre et vaguement l'écrire.

La Légende des siècles, JII, 59 (XXVI).

La jeujie fille sarréta au moment de prononcer le nom adoré. Elle avait vu luire dans l'œil de l'étrangère un éclair de sombre joie qui semblait un rayon de lenfer.

H an d'Islande, 396 (XXXVI).

Autour de moi j'ai vu tourner tes pas, Démon ! j'ai dans tes yeux vu la sinistre flamme De ce rayon d'enfer qui t'illuminait l'âme î

Marion de Lortne, a«)a (111, x).

Il (Thénardier) décocha à la dérobée à Marins un regard furieux, tout de suite éteint. Si rapide qu'il fût, ce regard était de ceux qu'on reconnaît quand on les a vus une fois ; il n'échappa point à Marins. De certains flamboiements ne peuvent venir que de certaines âmes; la prunelle, ce soupirail de la pensée, s'en embrase ; les lunettes ne cachent rien; mettez donc une vitre à l'enfer.

Les Misérables, V, 467 (V, ix, 4).

Les yeux de sieur Clubin, quand il se croit arrivé à son but, montrent un horrible embrasement intérieur. On y voit luire Téclair d'une conscience « devenue ombre et nuée » :

2']6 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Une sérénité épouvantable blêmit sur ce front obscur. Son œil terne et au fond duquel on croyait voir une cloison devint profond et terrible. L'embrasement intérieur de cette âme s'y réverbéra... Une mauvaise pensée qui triomphe illumine un visage ; de certaines combinaisons réussies, de certains buts atteints, de certaines félicités féroces, font apparaître et disparaître dans les yeux des hommes de lugubresépanouissements lumineux. Cest de l'orage joyeux, c^est de Taurore menaçante. Cela sort de la conscience, devenue ombre et nuée.

Il éclaira daos cette prunelle.

Cet éclair ne ressemblait à rien de ce qu'on peut voir luire là-haut ni ici-bas.

Les Travailleurs de la mer, I, 355-556 (I, vi, 6).

La fureur des combattants leur met dans les yeux une lueur d'enfer :

Elle* mettait l'enfer dans Tœildes combattants. L'éclair dans le fourreau d'Ajax, et des courroies bans les pieds des Hectors traînés autour des Troies.

La Légende des siècles, IV, 4 (XLV).

C'est aussi Tenfer qu'on voit dans l'œil flamboyant du tigre ou du serpent :

Et l'obscur tigre noir, dont le masque d'ébène A deux trous flamboyants par où l'on voit l'enfer.

LArt d'être grand-père^ 74 (iV,iv).

Tu ne parviendras pas, drôle, à t'enfler assez

Pour être un python vaste et sombre au fond des fanges ;

Tu n'égaleras point ces reptiles étranges

Dont Toeil aux soupiraux de l'enfer est pareil.

Les Quatre vents de V esprit y I, 52 (Liv, sat,^ XII). I. La Muse.

Satan, pendant qu'en son âme comme sur son visage luttent le bien^et le mal, a sous ses paupières baissées des lueurs de foudre :

Le bien, le mal, luttaient sur son visage entre eux

Avec tous les reflux de deux sombres armées ;

Ses lèvres se crispaient, sinistrement fermées ;

Ses poings s'entreheurtaient, monstrueux et noircis ;

Il n'ouvrait pas les yeux, mais sous ses noirs sourcils

On voyait les lueurs de cette âme inconnue ; f

Tel le tonnerre fait des pourpres sous la nue.

La Fin de Satan ^ 321 (VAnge Liberté^ viu).

La prunelle des poètes mages est une vitre à travers laquelle se voit Tidéal :

Eschyle en qui frémit Dodone, Milton, songeur de Whitehall, Toi, vieux Shakspeare, âme éternelle, O figures dont la prunelle Est la vitre de Tidéal !

Les Contemplations, II, 298 (VI, xxiii, 1).

La langue usuelle emploie couramment le mot vitreux au sujet de Toeil dont Téclat, semblable à celui du verre, nMndique plus la vie et la pensée. Victor Hugo renouvelle la métaphore, ou plutôt la remplace par une autre, en la rattachant au mot vitre; ce qu'il voit dans l'œil morne de Tinintelligence et de la stupeur, c'est une vitre, une vitre qui peut réverbérer le jour extérieur, mais derrière laquelle ne brille plus aucune lumière :

Où Fintérét a remplacé Tintclligence il n'y a plus de

27^ LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'OMBRE

fierté ; la narine se resserre, Toeil se ternit ; la prunelle y

est encore, le regard n'y est plus ; il y a toujours la vitre,

il n'y a plus la lampe.

Correspondance^ II, 67-68 (1845).

L'œil de Jean Valjean était devenu eflFrayant. Ce n'était

plus une prunelle ; c'était cette vitre profonde qui remplace le regard chez certains infortunés, qui semble inconsciente de la réalité, et où flamboie la réverbération des épouvantes et des catastrophes. II ne regardait pas un spectacle; il subissait une vision.

Les Misérables, IV, 154 (IV, m, 8).

L'œil, en effet, est souvent un miroir. L'œil d'une jeune fille, innocent et bleu, réfléchit Tazur du ciel :

Riez pourtant ! du sort ignorez la puissance ; Riez î n'attristez pas votre front gracieux, Votre œil d'azur, miroir de paix et d'innocence. Qui révèle votre âme et refléchit les cieux !

Odes et Ballades, 392 (Odes, V, xvii).

Des jeunes femmes réfléchissent dans leurs yeux ardents l'éclat du grand jour, le soleil éblouissant :

Oh ! toutes ces jeunes femmes, Ces yeux où flambe midi.

Ces fleurs, ces chiffrons, ces âmes.

Quelle forêt de Bondy !

Les Chansons des rues et des bois, 149-150 (1, iv, 6).

Les yeux de Lilith-Isis sont deux miroirs horribles :

Deux yeux brillaient, ainsi que deux ardents miroirs. Sur cet épouvantable et sinistre visage.

La Fin de Satan, 311 (L'Ange Liberté, vi).

Philippe II, qui protège Tinquisition, a dans les yeux le reflet du bûcher :

S'il secouait parfois sa torpeur de couleuvre, Cétait pour assister le bourreau dans son œuvre, Et sa prunelle avait pour clarté le reflet Des bûchers sur lesquels par moments il soufflait.

La Légende des siècles, III, 58 (XXVI).

C'est aussi ce reflet qu'on voit dans les yeux du bourreau de Jean Huss :

Difforme sous le faix de Thorreur éternelle, Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle, Il était là, tordant sa bouche sous Tafl^ront ; On voyait des reflets de spectres sur sou front Où se réverbéraient les supplices sans nombre.

La Pitié suprême^ 164 (XIV).

Victor Hugo parle d'une jeune fille morte à vingt ans. Dans ses beaux yeux qui devaient briller si peu de temps, on voyait déjà le reflet des cierges funéraires * :

Il n'a brillé qu'un jour ce beau front ingénu. Elle était fiancée à Thymen inconnu.

A qui mariez-vous, mon Dieu, toutes ces vierges ? Un vague et pur reflet de la lueur des cierges Flottait dans son regard céleste et rayonnant.

Les Contemplations^ II, 130 (V, xiv).

Sieur Clubin aussi a dans les veux la clarté du cierge : mais c'est parce que sieur Clubin est un dévot :

I. On peut aussi comprendre autrement le mot: la lueur du cierge symbolise peut-être la pureté d'une âme que le ciel va prendre.

aÇo LA COULEUR, LA LUMIERE ET L*OMBRE

Il était petit et jaune avec la force d'un taureau... Sa chair semblait de cire. 11 était de la couleur d'un cierge et il en avait la clarté discrète dans les yeux.

Les Travailleurs de la mer^ I, 335 (I, v, i).

Ce que réverbère le regard de TOcéan, c'est Dieu furieux :

Je suis souffle, éclair et lame.

Je prends volontiers leur âme

Aux curieux.

Je suis le triple cerbère Dont le regard réverbère

Dieu furieux, La Légende des siècles^ III, 274 (X^I, r).

On voit luire un glaive dans les yeux du bey outragé, et dans les prunelles du Cheval:

Ses regards sont insondables ; Son glaive dans ses yeux luit ; Ses paupières formidables, Où passe un éclair de nuit,

Laissent, sans qu'il les essuie, Tomber sur son yatagan Ces larges gouttes de pluie Qui précèdent Touragan.

La Légende des siècles^ II, 168 (XVI, iv).

Le cheval luttait ; ses prunelles, Comme le glaive et Tatagan, Brillaient ; il secouait ses ailes Avec des souffles d'ouragan.

Les Chansons des nies et des bois^ loii.

L'œil brille comme un éclair, quand Tâme est comme une mer orageuse et profonde ; sa lueur

LES YEUX a8i

est un éclair aussi quand on y voit Tâme formidable de Masferrer :

En pressant ta main convulsive,

J'ai compris ta douleur pensive,

Et ton regard morne et profond,

Qui, pareil à l'éclair des nues, ,

Brille sur des mers inconnues,

Mais ne peut en montrer le fond.

Odes et Ballades, 407-408 (Odes, V, xxi).

La montagne, acceptant cet homme sur les cimes. Trouve son vaste bond ressemblant aux abîmes, Sa voix, comnle les bois et comme les torrents Sonore, et de Téclair ses yeux peu différents.

La Légende des siècles, II, 356 (XXI, 11, 4).

Victor Hugo compare plusieurs fois les yeux à des pierres précieuses, et en particulier à des escarboucles. On voit que la couleur lui est indifférente, et que l'éclat seul fait naître la métaphore :

Une jolie créature, sur mon âme, que cette danseuse ! les plus beaux yeux noirs I deux escarboucles d'Egypte I

Noire Dame de Parts, II, 66-67 (VU, v).

Houris au cœur de verre, aux regards d'escarboucles.

Les Châtiments, 228 (IV, xm).

Son cœur fut si profond que j y perdis mon âme. Je l'aimais! Quand, le soir, les yeux de cette femme

Au front pur, au sein nu.

Me regardaient, pensifs, clairs, à travers ses boucles, Je croyais voir briller les vagues escarboucles

D'un abîme inconnu.

La Légende des siècles, II, aa (XIII).

aSa LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET l'oMBRB

Cette belle Thérèse, aux yeux de diamant.

Les Contemplations y I, 89 (I, xxii).

Une vierge était chez nous.

Ses yeux étaient ses bijoux.

Toute la lyre^ II, 241 (Vil, xi, 6).

Dans Toeil du Cheval, où le poète nous a montré la lueur du glaive, il voit aussi celle de Tescarboucle :

Monstre, à présent reprends ton vol.

Approche, que je te déboucle.

Je te lâche, ôte ton licol, Rallume en tes yeux Tescarboucle.

Les Chansons des rues et des bois, 421 (Au Cheval),

Si les yeux sont des pierreries, les pierreries aussi sont des yeux :

Que fait Torfèvre ? Il achève Quelque anneau mystérieux.

Sa boutique semble un rêve Qu'emplissent de vagues yeux;

L'opale est une prunelle, La turquoise est un regard; La flamme tremble éternelle Dans Tœil du rubis hagard...

L'ambre est une larme austère ; Le saphir au chaste feu Est devenu bleu sous terre Tant il a contemplé Dieu.

Toute la lyre, II, 177-178 (VII, m).

On peut citer aussi ces vers où Ton trouve presque l'équivalent d'une métaphore :

Pas de perle à son front, mais aussi pas de ride, Mais un œil chaste et vif^ mais un regard linrpide. Où brille le regard que sert le dUniaat ?

Les Rsfoms et les Ombres, 411-412 (IV, 11).

A quoi bon vos étincelles, Bleus saphirs, sans les yeux doux?

Les diamants, sans les belles, Ne sont plus que des cailloux.

Les Contemplations, I, 144 (II, xi).

L'œil, comme Teau, est un miroir, nous Tavôns vu déjà. Il a la transparence et la clarté de Teau. Il â parfois la profondeur de Tocéan :

O Maria î tu ressembles au beau palmier, svelte et doucement balancé sur sa tige, et tu te mires dans rœil de ton jeune amant, comme le palmier dans Teau transparente de

la fontaine.

Bug^Jargal, 36 (Vil).

Ceux qui n'ont pas connu cette charmante fille Ne peuvent pas savoir ce qu'était ce regard Transparent comme Teau qui s'égaie et qui brille Quand l'étoile surgit sur Tocéan hagard.

Les Contemplations, II, 235 (VI, vin).

Ses bras sont blancs ; elle est châtaine; Elle a de petits pieds joyeux.

Et la clarté d'une fontaine Dans son regard mystérieux.

Toute la lyre, II, 127-128 (VI, xvn).

Si quelqu'un pouvait voir dans l'œil de ce fantôme* Debout en ce moment l'épaule contre un mur, Ce qu'on apercevrait dans cet abîme obscur,

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