Le mot est pris au figuré
l'ombre 301
L'ombre, qui est un voile, peut aussi être un manteau. C'est un vêtement sous lequel s'abritent les hommes et les choses :
Cet habit était vert. Alors Marius ne sortit plus qu'après la chute du jour. Cela faisait que son habit était noir. Voulant toujours être en deuil, il se vétissait de la nuit.
Les Misérables, III, 191 (III, v, i),
Le crépuscule s'était fait; la nuit venait, la grande libératrice, Tamie de tous ceux qui ont besoin d'un manteau d'ombre pour sortir d'une angoisse.
Dieu, répondit Iblis de ténèbres vêtu, Joutons à qui créera la chose la plus belle.
La Légende des siècles^ I, 51 (II, m).
Il fallait être tout près pour apercevoir l'ourque amarrée
aux rochers et comme cachée dans leur grand manteau
d'ombre.
U Homme qui rit^ I, 65 (I, i, i).
Le profond océan, d'obscurité vêtu.
Les Contemplations y I, 300 (III, xxix).
Crois-tu que le tombeau, d'herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu'un silence ?
/A., II, 33a (VI, xxvi).
Les monts sont vieux ; cent fois et cent fois séculaires. Muets, drapés de nuit sous leurs manteaux polaires, « Leur âge monstrueux épouvante Tesprit.
Dieu y 25 (I, n).
A quoi, sous la neige ou les laves.
Pensent les monts, ces vieux esclaves, Fouettés de tous les fouets de l'air.
}02' LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE
Ces patients du grand supplice, Vêtus d'ombre, et, sous leur cilice, Marqués du fer chaud de Téclair?
Toute la lyre, I, 239 (III, xxiv).
La terre sous ses pieds*, de ténèbres vêtue, Se tait; il est la blanche et muette statue Debout sur ce tombeau dans Téternelle nuit.
La Fin de Satan, 294 (LAnge Liberté^ i).
Laissez errer là-haut la torche funéraire* ; Ne questionnez point sur son itinéraire Ce fantôme, de nuit et de clarté vêtu.
La Légende des siècles, IV, 10 (XLVI).
A la lèvre d'un dieu le fiel atroce est dû.
Tout astre a pour manteau les ténèbres infâmes.
L Année terrible^ 367 (Juillet, iv).
L'obscurité lugubre apparut toute nue ; On eût dit qu'elle ôtait Tombre qui la revêt, Que le masque hideux de Tenfer se levait.
Et qu'on voyait la face effroyable du vide.
La Fin de Satan, 308 (LAnge Liberté, iv).
Victor Hugo emploie souvent le mot crêpe en parlant des nuages ou de la nuit. Il faut avoir soin de distinguer les deux sens différents du mot : il peut désigner les nuages légers qui flottent avec la légèreté d'une mousseline ; il peut désigner les nuages noirs, le ciel ténébreux qui semblent tendre au-dessus de nous un voile de deuil. C'est évidemment ce dernier cas qui doit seul nous occuper ici :