I. Le ver du sépulcre
Le mystère se concrète en monstres. Des morceaux d^ombre* sortent de ce bloc, Timmanence, se déchirent, se détachent, roulent, flottent, se condensent, font des emprunts à la noirceur ambiante, subissent des polarisations inconnues, prennent vie, se composent on ne sait quelle forme avec l'obscurité et on ne sait quelle âme avec le miasme, et s'en vont, larves, à travers la vitalité. C'est quelque chose comme les ténèbres faites bêtes.
Les Travailleurs de la mer^ II, 209-aio (II, iv, 2).
Victor Hugo a de ces métaphores aussi pour désigner les personnages tragiques. Javert et Jean Valjean, côte à côte, dans la nuit, ont devant eux le corps de Marins qu'ils croient un cadavre. Jean Valjean semble fait d'ombre, et Javert de pierre*. Le docteur Gerhardus Geestemunde, debout au milieu des gens agenouillés, et disant la dernière prière sur le pont de la Matutina qui s'engloutit, est la statue parlante des ténèbres*. Ladislas et Sigismond, projetant leur crime, ont parlé tout bas, près du rocher ; l'ombre du rocher a semblé plus noire, et, quand on voit au loin Éviradnus, le terrible défenseur du faible,
on dirait qu'un morceau de cette ombre A pris forme et s'en est allé dans le bois sombre.
La Légende des siècles^ 11, 75 (XV, ni, i).
C'est une des formes du merveilleux de Victor Hugo, dont l'imagination a créé toute une mythologie, rivalisant, à elle seule, avec l'imagination collective du paganisme antique.