‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 110 sur 248 · Iphig, Taur.y 382 sqq · texte numérisé non relu

Iphig, Taur.y 382 sqq

Sainte-Croix a tirée de cette première erreur, qui est pernicieuse ; car elle établit un usage imaginaire , et que tout désavoue, dans la religion antique. 11 n’est pas vrai que l’on purifiât les cadavres; et lorsque Électre dit du corps de sa mère, qu’// est purifié par le feu.f 7uupl ywOcGvfyvKJTai elle veut seulement signifier

qu’il a été brûlé, abstraction faite de toute cérémonie purificative.

Pourquoi cependant le soin de purifier Angeles est-il confié aux Cabires, et pourquoi ces derniers emploientils l’eau du lac Achérusie ? Angélos était une déesse, et il convenait à nos Génies divinisés de lui rendre sa pureté première. Angélos devait être la souveraine des enfers, et si pour sa lustration , on ne pouvait se servir de l’eau d’un fleuve comme l’Achéron, puisqu’elle n’était pas encore dans le royaume souterrain, il convenait du moins , en considération de sa dignité future, d’employer une eau qui rappelât celle de l’enfer par le nom et par la vertu : et voilà pourquoi Angélos fut conduite auprès du lac Achérusie. Il y avait, en effet, plusieurs marais de ce nom^ qui tous passaient pour être en communication plus ou moins directe » avec l’enfer ou avec l’Achéron. Il s’en trouvait un dans le voisinage de Cumes, et que quelques-uns, au rapport de Strabon, confondaient avec FAverne^ 11 y en avait un autre dans l’Épire, où se déchargeait le

1. Orest., 40. — J’ai cité cet exemple, et expliqué ce vers, parce que Lomeier s’y est trompé, et a cru pouvoir en induire que l’on purifiait les cadavres par le feu : « Ipsa quoque cadavera « igné lustrari credebant » ÇDe Lustrationihus veter.^ XXVII, p.256).

fleuve Achéron, qui fut confondu avec l’Acliëron infernal \

Angeles fut donc purifiée sur la terre, et Ton voit maintenant comment le baron de Sainte-Croix, avant

pris le marais Aebérusie pour le fleuve Acliéron et l’Acbéron souterrain, a du s’égarer à la suite de cette méprise, et perdre enlièrement le sens du passage.

Je laisserais mon travail incomplet, si je n’essayais maintenant de répondre à quelques questions que le sujet provoque naturellement. Peut-on savoir à quelle époque furent institués les mystères de la Samotlirace, à quelle époque ils cessèrent d’étre célébrés et comment s’en fit la propagation dans le monde? Peut-on savoir quels rapports ils eurent avec les mystères de la Phrygie et d’Éleusis?

Pour reculer dans un passé inaccessible à toute conjecture l’établissement de ce culte , l’antiquité s’y prit assez habilement. Diodore de Sicile nous dit, en parlant de la Samotlirace : « C’est là que naquirent, dit- (( on, de Jupiter et d’Electre, Dardanus et lasion et « Harmonie. Dardanus, étant passé le premier en Asie

« sur un radeau, v fonda la ville de Dardanus et en

cc appela le peuple Dardanien, de son nom même. Mais « Jupiter, voulant que son second fils, lasion, obtînt « aussi un honneur, lui ens.eigna l’initiation de ces <c mystères, qu’il n’est permis qu’aux initiés d’en- « tendre; initiation établie, à la vérité, anciennement (( dans l’île, mais qui fut alors transmise en quelque « sorte comme une tradition^ — Aspuct xap’ aÙToî; sz « Alo; y.al ’HUx-Tpaç yevscÔat. Aap^avov ts zal ’lacLOiva y.7.1

i. Thacyd., I, 40.

(( *Ap[JLOViav. Tov (y.àv Aapâ^avov TupwTov dç T'^v ’Aaiav IttI « c^s^taç ^iaxspatw0£VTa, atIgoli Tzo'kiv Aap^avov, 7-al tou; cc Xaou; aç’ âauTOU Aap^avou; 6vù[jAgoli. Tov Ata ^ouV/iÛevTa, « xat TOV 8T£povTwvutc5v Tipt'^; Tu^stv, Trapai^aÇat auTw ttiv twv ({ [AucTTipiwv TsXsTTiv, luaXat p,àv oÙTav Iv vvicrw, tots f^g tuco; cc xapaMstaav, cbv où 6é[Jtt; avouerai ttV^v twv [Acj/.u7i|jt£Vcov ^ »

De là il suit, en effet, qu’à l’époque de Dardanus Jupiter ne fonda pas, mais restaura les mystères, dont la célébration avait été interrompue, et renoua au temps présent la chaîne d’un passé indéfini.

Quant à la cessation de ces mystères, le moment n’en saurait être fixé ; mais nous voyons qu’ils étaient encore célébrés vers la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne. Libanius, dans le discours qu’il adressa à l’empereur Julien en faveur d’un proscrit du nom d’Aristophane, l’atteste positivement : « Tà aTroppviTa « Tcov ^ai[/.ov(ov. Ta Raê£(pci)v, Ta A7i[7//iTpo; )i

Poursuivons le récit de Diodore de Sicile ; il va peutêtre nous mettre en état de répondre aux questions qui nous restent à résoudre.

Yers le temps de la restauration des mystères de Samothrace, Cadmus arrive dans cette île, se fait initier et épouse Harmonie. A ces noces tous les dieux assistèrent, cc Et Gérés fit présent à la jeune épouse du ^ ce fruit du blé, Mercure d’une lyre, Minerve du fameux cc collier, Électre des mystères de la déesse qu’on ap-, cc pelle la grande mère des dieux. Après son mariage, ce Cadmus, selon l’oracle qui lui avait été rendu, alla « fonder Thèbes en Béotie. Et l’on dit qu’Iasion, ayant

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