Antiqait. Rnm., I, 58, t. I, p. 172 sqc|,, ed. Reisk
« poursuit Denys d’Halicarnasse, les mystères que cé- « lèbrent encore de notre temps ces insulaires. — Kal
Taç TsXsràç ccùroiç, ràç y.cd elç To^e ypovou 'yivopt.svaç utto « 2a{Ao9pay-(ov iTctTsT^eiv. » De là il passa en Asie, mais en laissant aux Samothraces le culte et les mystères des grands dieux, et se bornant à emporter axec lui les images des dieux et les deux Palladiums, simulacres qu’Enée transportera plus tard en Italie, à Pexceplion du Palladium enlevé par Diomède et par Ulysse, et qui deviendront les dieux tutélaires de Rome.
Il est aisé de saisir entre la tradition de Diodore et celle de Denys une opposition que je suppose même calculée. Dans la première, c’est lasion qui reçoit des mains de Jupiter le dépôt des mystères; dans la seconde, c’est Dardanus qui le reçoit de Minerve par l’entremise de sa femme. Dans la première, c’est lasion qui institue les mystères en Samothrace; dans la seconde, c’est Dardanus qui les y transplante. Dans la première, enfin, c’est Cybèle qui transporte en Asie le sacré dépôt; dans la seconde, Dardanus laisse ce dépôt en Samothrace, et n’emporte en Asie que les images des dieux présidents des mystères.
Cette opposition, ai -je dit, me paraît calculée, et j’attribue la fraude à la vanité romaine, qui prit pour complice l’adulation grecque. Le souci de Rome, de7 venue maîtresse du monde, fut d’assortir son origine à sa fortune, et elle trouva dans la servilité ingénieuse des Grecs Pinstrument propre à son dessein. Je soupçonne donc Denys d’Halicarnasse de s’étre fait ici le flatteur de cette faiblesse orgueilleuse, et d’avoir disposé son récit en vue de rattacher le berceau des Romains à la religion de Samothrace, et de mettre leur
empire, sinon soüs la protection des mystères euxmêmes, qu’on ne pouvait établir en Italie, du moins sous la sauvegarde des images des dieux qui présidaient à ces mvstères.
C’est dans une intention semblable, je présume, que les écrivains qui s’occupèrent des origines de Rome, assuraient que Tarquin l’Ancien avait été initié aux mystères de la Samotbrace. Macrobe, rapportant l’opinion de certains critiques, qui dérivaient le mot Penales de penitus^ c’est-à-dire dieux présidant aux fonctions intimes de la vie physique et morale, et qui désignaient par là l’éther d’en haut, l’étber du milieu et l’air inférieur, divinisés, le premier sous le nom de Minerve, le second sous celui de Jupiter, et le troisième sous celui de Junon, nous apprend que ces critiques se fondaient principalement sur ce que Tarquin, qui était initié aux mystères de la Samotbrace, avait réuni dans un même temple et sous une même adoration les trois divinités allégoriques : « Qui diligentius a eruunt veritatem, Penales esse dixerunt, per quos cc penitus spiramus, per quos rationem animi posside- « mus : esse autem medium æthera Jovem, Junonem c( vero imum aéra cum terra, et Minervam summum (c ætheris cacumen ; et argumento utuntur quod Tar- « quinius, Demarati Corintbii filius, Samothracicis recc ligionibus mystice imbutus, uno templo ac sub eo- (c dem tecto nurnina memorata conjunxit^ »
Rien ne saurait mieux montrer, selon moi, d’un côté, l’ambitieuse préoccupation des Romains, et de l’autre, le zèle obséquieux des écrivains à la flatter.