Satiirnal.^ III, à
Du reste, le seul rapprochement de ces deux traditions suffît pour expliquer comment on put voir des Cabires dans lasion et Dardanus. « Athénion, nous dit a le scboliasle d’Apollonius de Rhodes, assure qu’il y « a deux Cabires, qui sont fils de Jupiter et d’Electre, « fille d’Atlas, Dardanus et lasion. — ’aOvjvlwv (pv](7l K sEvai Toùç Kaê £tpou;, ygyovoTaç uioùç Atoç y.cà ’lD^sîCTpaç,
(( ’A-TTwavTOç, Aap^avov îtal ’lacTLtova^. »
Mais si les mystères de Samothrace ne furent point portés en Italie, allèrent-ils en Égypte? Hérodote nous a dit, à l’article des Cabires, que ces Génies avaient un temple vénéré à Memphis; de là faudrait-il conclure que dans ce temple on célébrait aussi les mystères de la Samothrace? INon certainement. J’ajoute qu’Hérodote, initié lui-méme à ces mystères, et qui en a parlé avec un respect superstitieux, n’aurait pas manqué de relever une circonstance si propre à rehausser la dignité du temple de Memphis et à aggraver la profanation de Cambvse.
Je trouve des signes plus certains du culte cabirique associé à la reproduction des mystères samothraces sur le continent de la Grèce, et c’est encore le passage de Diodore qui me les fournit.
Il est dit dans le récit qu’Électre fit présent à sa fille Harmonie des mystères de la grande mère des dieux, et qu’après son mariage, Cadmus, suivi de sa jeune épouse, alla fonder Thèbes en Béotie. Aurions-nous ici l’explication tant cherchée de l’établissement de ces mystères cabiriques à ïhèbes, mystères dont a parlé Pausanias en même temps que d’un peuple ca-
i. Ad Argonaut.^ I,‘,917.
biréen ? Je laisse au Périégète la responsabilité de ce peuple cabiréen ; mais je ne puis m’empécher de voir dans les mystères cabiriques le présent de noces d’Electre, et ce qui achève de me confirmer dans cette idée, c’est l’espèce de communauté que signale Pausanias entre ces mystères et ceux de Gérés. « A une (( certaine distance de Thèbes, dit-il, se trouve le bois U sacré de Gérés Gabirienne et de Proserpine. Le « temple des Gabires est distant de ce bois sacré d’en- « viron sept stades. Quels sont ces Gabires, et quels « sont les sacrifices qu’on leur offre à eux et à la mère? « Que ceux qui désireraient le savoir me pardonnent « de garder le silence sur un pareil sujet. — Av](/.viTpo(: (( Kaêeipiaç y.cà Kopviç £gtIv akaoi;. Toutou tou ccXtouç stutoc « 7U0U GTa^lOUÇ TWV KaêsipWV TO Upov à(p£(JT71ÎC£V. Ot TIV£Ç ^£
« £icrtv 01 Raê£ipoi, y.cà ÔTrota ettiv auTOtç v.cà T'ip [/.viTpl t« c( ^p(o[^.£va, TttoTV'^v a-yovTt uTrèp aùrCiV Guyyvw[JL7] Tuapà av^pwv
« ÇlV/lZOCOV SGTO) [xoG. »
Ge voisinage, cette association, cette alliance, pourrait-on dire, car le surnom de Cahirique donné à Gérés y autorise, nous amènent à parler des rapports qui unissaient les mystères de Gérés et ceux des Gabires.
Il n’y avait point d’identité entre eux, sans doute, mais une affinité des plus étroites, la dépendance de la cause et de l’effet ; car, si la découverte des métaux fut le premier pas vers la civilisation, la culture du blé en fut le second, dirigé et affermi par le premier. Aussi l’antiquité a-t-elle souvent cité conjointement les deux initiations, et Gicéron les confondait si bien qu’il leur suppose un seul et meme objet.
i. IX, 25, 5.
i( Je laisse*, dit~il, Éleusis de côté, je ne m'arrête
« point à la Samothrace Si Ton interprète ces
« mystères, et qu'on les ramène à un sens conforme K à la raison, on apprend plutôt à connaître la nature « des choses que celle des dieux. — Omitto Eleusina,
(( prætereo Samothraciam Quibus explicatis, ad
« rationemqiie revocatis, rerum magis natura cogno- « scitur quam deorum ^ »
La même personne se faisait initier aux deux sanctuaires, comme l’atteste Galien : «EÏ ttots p.uou(jLevoç ’ET^su- « aivia xal 2a[jLoGpay«ta®; » et le secret était aussi sévèrement imposé pour les mystères de Samothrace que pour ceux d’Eleusis, comme l’affirme Tertullien : « Samothracia et Eleusinia reticentur^» De là le double sacrilège de Diagoras, qui révéla les deux espèces de mystères , comme nous l’apprend Athénagoras : « Aia'yopa Tot £v ’ET^euaTvi y.oli toc twv Kaêetptpv ^7ipt.£uovTt pcua dTvipta*. »
Et à propos de ce sacrilège, rappelons un mot impie du même philosophe, ne fût-ce que pour montrer de combien d’offrandes et d’ex-voto avait orné le temple de Samothrace la piété reconnaissante. Un jour, raconte Cicéron, que Diagoras se trouvait en Samothrace, un de ses amis lui montrant les tableaux votifs d’un grand nombre de personnes qui avaient échappé au naufrage, lui dit : « Toi, qui penses que les dieux ne « s’occupent point des choses humaines, ne remar- « ques-tu pas, à tous ces tableaux peints, combien de