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« profiter de leurs découvertes et de leurs remar- « ques\ »
Mais la science moderne s’inquiète peu de l’érudition ; on dirait qu’elle ne se croit point d’aïeux, ou qu’elle tient à faire dater sa noblesse d’elle-méme. Il y a là étroitesse de vue et manque d’élévation d’esprit ; il y a, ce qui touchera davantage, défaut de calcul : les tâtonnements de nos prédécesseurs nous apprennent à marcher avec plus de sûreté, et l’on ne sait jamais mieux conduire la science en avant que lorsqu’on sait le chemin qu’elle a fait jusqu’à nous. Ajoutons que cette étude du passé , en excitant les idées de la science moderne, pourrait les féconder et amener d’importantes découvertes.
C’est donc rendre un service que de recueillir ces notions éparses, de les discuter et de produire, s’il se peut, la lumière sur un point déterminé. Tel est le motif qui a inspiré le traité que je publie aujourd’hui pour la seconde fois, après l’avoir un peu retouché et augmenté, et en lui donnant une place qui expliquera mieux l’origine fabuleuse du métal dont je m’occupe, que n’auraient su le faire toutes mes paroles, en le mettant à la suite des Origines religieuses de la métallurgie.
Pour faire apprécier d’un coup d’œil l’importance et la difficulté de ces recherches en même temps que la manière dont elles ont été mises en œuvre, je vais
1 . Manière de traiter Vhist. nat. Œuvres complètes, 1. 1, p. 49, éd. Rapet.
tracer en quelques lignes Texposé du sujet et le résumé de mon travail.
A l’aurore de la littérature grecque , un métal se montre dans la poésie, doué des plus rares propriétés. Plus tard,Fesprit d’examen le relègue parmi les fables. Cependant les fidèles de la poésie se révoltent, non qu’ils aient des arguments en leur faveur, mais parce qu’ils croient, et qu’ici, comme dans les choses plus respectables, la docilité absolue est la marque d’une foi sincère. Bientôt après, l’art découvre un alliage, et le nom du métal fabuleux sert à le désigner. On pourrait croire que la réalité va repousser la fiction dans son domaine naturel ; erreur î elles se confondent. Ce n’est pas tout ; les poètes d’une époque plus récente, qui traitent des sujets mythologiques, favorisent l’illusion, en remontant à la substance imaginée par leurs prédécesseurs. Ajoutez à cela les calculs de l’imposture, qui marche toujours à l’ombre de l’équivoque, et qui, dans ce cas, lorsqu’elle veut rehausser la valeur ou l’antiquité de quelque objet, n’hésite pas à le donner comme .étant fait avec le métal imaginaire. Enfin, pour comble d’embarras, le nom, en passant des Grecs aux Romains, se charge d’une nouvelle fable.
C’est sous ce voile successivement épaissi que l’orichalque arrive entre les mains des savants et des érudits modernes. Les uns, négligeant la partie fabuleuse de l’histoire, ne s’attachent qu’à la partie réelle; les autres déclarent qu’il faut renoncer à découvrir ici la, vérité. Est-ce, en effet, une. énigme sans mot? Nullement. Pour résoudre le problème, il fallait d’abord
concilier l’invention des poètes avec l’opposition des incrédules ; il fallait ensuite distinguer soigneusement, dans tout le cours de l’existence du métal, l’étre véritable de l’étre mensonger, et montrer que la transformation qu’il subit chez les Romains ne dépendit que d’une méprise d’orthographe* C’est là ce que j’ai fait; et, poussant l’histoire jusqu’au bout, je n’ai quitté la brillante substance qu’au moment où elle disparaissait obscurément sous un mot de notre propre langue.
Au sujet principal se rattachaient des questions accessoires importantes, qui n’ont pas été négligées. Ainsi, j’ai prouvé que les anciens trempèrent le cuivre pour le durcir; qu’ils connurent le zinc, et le mêlèrent au cuivre pour produire le laiton. Un second alliage que j’ai constaté , c’est celui de l’étain avec le cuivre. Je me suis en outre arrêté sur quelques autres métaux, soit fictifs , soit réels , tels que le chalcolibanon et le cuivre démonésien. Parmi les procédés de la métallurgie antique, j’en ai signalé un qui s’est transmis à la pratique moderne, l’usage des fondants pour accélérer la fusion des métaux.
Mon sujet présentait encore un côté moral, qui touche à l’histoire de l’art et à la philosophie, et que j’ai eu soin de mettre en relief. Je veux parler de cette disposition irrésistible des anciens à créer des légendes pour expliquer les faits merveilleux, et qui, dans cette circonstance, s’efforça de rattacher la découverte et le
nom de l’orichalque à un statuaire appelé Oreius.
De pareilles études, pour être rigoureuses et complètes, appellent souvent les discussions philologiques;
jamais nous n’avons écarté ces dernières, toutes les fois que quelque passage les réclamait.
Nous n’avons pas même jugé inutile de remonter à l’origine, et de fixer le sens de quelques termes servant à désigner les substances qui reviennent le plus fréquemment dans notre traité : c’est ainsi que nous avons donné l’étymologie des mots cuivre^ laiton et bronze^ et fait sur le nom di Orichalque toutes les observations que demandait sa forme matérielle.
Je n’ajouterai plus qu’un mot sur la dernière partie de mon travail. En parcourant les noms de ceux qui se sont occupés de l’orichalque , on se convaincra de l’intérêt qu’a su inspirer notre métal; en lisant la critique des hypothèses qu’ils ont proposées sur la matière, on jugera que le problème attendait encore sa solution.