Ibid
C’est, je pense, pour consacrer le souvenir des services que rendit le cuivre primitif et du haut prix qu’y attachèrent les hommes, que plus tard la religion affecta de se servir d’instruments et d’outils dé ce métal. Macrobe a constaté l’usage: « Omnino autern ad cc rem divinam pleraque ænea adhiberi solita, multa indicio sunt « {Saturn,, V, 19, il). » Une loi de Numa ordonnait aux prêtres de se couper les cheveux avec des ciseaux de cuivre et non de fer : « Kal touto Se Trpoç tou Noupia oiaTéOeuat, wore touç tepsîç )(aX— a xatç <]>otXicriv, aXX’ ou c7iSr,paT(;-à7roxetpsc6ai. » Lydus, qui nous l’apprend, croit cette loi inspirée par les idées Pythagoriciennes, d’après lesquelles le fer appartenait à la matière informe : « 'O yotp atSyipoç cc xarà Touç nuôayopeiouç uXv) àvaxetxai (De Mens., I, 31).»
L’explication que je donne me paraît plus raisonnable que les rêveries attribuées aux Pythagoriciens.
la fonte du fer est mieux connue, et ce métal remplace le cuivre partout où il est besoin de force et de durée. D’un autre côté, le luxe , par une valeur de convention, rehausse le prix de For et de l’argent, et relègue le cuivre parmi les substances vulgaires. Lucrèce signale encore cette vicissitude comme un des caprices auxquels tout semble assujetti^ les caprices de la fortune et du temps :
Nunc jacet æs, aurum in summum suecessit honorem :
Sic volvenda ætas commutât tempora rerum ;
Quod fuit in pretio, fit nullo denique honore^.
c( Maintenant c’est le cuivre qui est dédaigné, l’or qui « est parvenu au comble de l’bonneur : ainsi le temps, « dans ses révolutions, change les conditions des cho- « ses ; ce qui fut en estime finit par n’étre plus d’au- « Clin prix. »
Cependant les poètes se rappelant les services nombreux que le cuivre avait rendus et l’estime singulière où l’avaient d’abord tenu les hommes, idéalisèrent ce métal , et l’appelèrent orichalque ou cuivre de montagne par excellence, de opoç et de yjùc/Âq, Par cette transformation, il devint quelque chose d’intermédiaire entre l’or et l’argent, placé habituellement audessous du premier, et au-dessus du second; quelquefois aussi, grâce à l’indécision de sa nature, assimilé aux substances métalliques les plus précieuses. Telle est l’origine de l’oricbalque, double fiction des poètes; de là vient cette matière équivoque , qui fit illusion