‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 180 sur 248 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Troisième époque, ou âge latin de roriclialque. — Les Romains altèrent l’orthographe du mot, et ce changement fait croire à une nouvelle composition fabuleuse du métal, et en engendre deux espèces. — Preuve évidente qu’il n’entrait pas du tout d’or dans l’orichahjue. — Remarques grammaticales sur la déclinaison et la prosodie de ce nom.

Je n’ai pas encore signalé toutes les vicissitudes qu’éprouva notre métal; les Romains devaient apporter dans sa destinée un changement considérable, et faire commencer ici la troisième époque de son histoire.

On sait que les anciens Latins remplacèrent la diphthongue au par o, écrivant plostrum pour plaustrum^ codex pour caudex ; d’où sont restés sodés pour si audes ^ explodo pour explaudo^ etc. Plus tard, cette orthographe se régularisa, et rendit la diphthongue aux mots qui la réclamaient, en l’imposant même à quelques-uns qui la repoussaient. De ce nombre fut orichalque^ et la raison en est aisée à deviner. Parmi les mots qui s’écrivaient avec la simple voyelle o, se trouvait orum pour aurum; Festus nous le dit, en nous apprenant que les campagnards, conservateurs opiniâtres des anciens usages, retinrent longtemps cette façon de prononcer. Au mot ôrata, espèce de poisson qu’on appelle vulgairement daurade^ et que les ichthyologistes ont nommé le spare dorade : « Orata, « dit-il, espèce de poisson ainsi appelé de la couleur

« de l’or {aurum)^ que les campagnards prononçaient (( orurriy comme oriculas pour auriculas. — Orata, (( genus piscis, a colore auri dicta, quod rustici orum (c dicebant, ut auriculas ^ oriculas. » Cette orthographe primitive fit croire que la première àH orichalque

représentait aussi l’ancien orum, et que ce nom désignait une composition d’or et de cuivre. C’est pourquoi lorsque arriva la permutation de la voyelle o en la diphthongue au, dans orum, le changement s’étendit aussi à orichalcum, et engendra le mot hybride aurichalcum, espèce équivoque dont le goût des Romains paraît s’étre fort bien accommodé ; car chez eux ces composés étaient une des sources qui fécondaient la langue; Quintilien nous l’atteste. Après avoir dit que leurs mots se formaient quelquefois de deux mots latins entiers, comme superfui, subterfugi, il continue : « Ou bien ils se forment encore d’un mot de « notre langue et d’un mot etranger, comme biclii< nium (du latin bis et du grec xXlvvi) ; ou, en renver- (( sant l’ordre (d’un mot étranger et d’un mot latin), comme epitogium (du grec sttI et du latin iogd) et cc Anticato (du grec avvl et du latin Caio^ ; ou de (( deux mots étrangers, comme epirrhedium. Car cc bien que la préposition âm soit grecque, et que cc rheda soit gaulois; et que ni les Grecs cependant cc ni les Gaulois ne se servent d’un pareil composé, cc les Romains, en accouplant les deux mots étran- (c gers, en ont fait un qui leur est propre. — Aut cc (junguntur) ex nostro et peregrino, ut biclinium ; « aut contra, ut epitogium cü Anticato; aut ex duobus c( peregrinis, ut epirrhedium. Nam cum sit præpositio « £m Græca, rheda Gallicum; nec Græcus tamen, nec

c( Gallus utitur composito; Romani suum ex utroque (( alieno feceriint\ »

Festus reproduisant Tune et l’autre orthographe, et les accompagnant de leur étymologie, nous dit encore: (ü A urichalcum vel orichalçum quidam putant com- (( positum ex ære et auro^ sive, quod colorem habeat (( aureum. Orichalcum sane dicitur, quod in rnontuosis cc Iqcîs invenitur- monselenim Græce opoç appelîatur^ « ^ Aurichalcum ou orichalcum : quelques-uns pence sent que ce métal est appelé aurichalcum , parce (c qu’il est composé de cuivre et d’or, ou qu’il a la cc couleur de V or. Quant au nom ^orichalcum , il lui ç< xient sans aucun doute de ce qu’on le trouve dans cc les endroits montueux ; car en grec, montagne se (( dit opo;. »

Isidore admet la première orthographe à l’exclusion de la seconde, et affirme positivement que le mot est composé du latin et du grec ; cc Est autem nomen « compositum ex lingua Latina et Græca ; æs enim sercc mone Græcorum joCky.Qç vocatur®. »

1. I, 5,68. — Pour plus amples détails sur ces hybrides, dans la langue latine, on peut consulter Saumaise (Ad Hist. Aug, Script. , t. II, p. 405). Cependant je dois dire qu’ailleurs le meme érudit a prétendu que les Romains n’étaient point dans l’usage de former des hybrides du genre à' aurichalcum : « Non hic mos antiquorum « mixto genere voces hybridas componere, ut hæc composita vice detur, si aurum in ea sumimus, ex Græco Latinoque. » {Be H omonym. Hyl. latr..^ p. 229.)

Cette assertion est formellement démentie par le principe de Quintilien et par le témoignage de Festus ; je ne parle pas d’Isidore.

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