‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 188 sur 248 · III, 65-67, éa. de L’Escalopier · texte numérisé non relu

III, 65-67, éa. de L’Escalopier

par adopter aurichalcum^ et s’en servit, tant qu’elle parla latin, pour désigner l’alliage du cuivre et du zinc; et cela, en concurrence du mot laiton, qui s’était établi depuis très-longtemps dans notre langue.

Ainsi, Martin Rulandus, dans son Lexique d'Jlchi^ mie, imprimé en 1612, au mot Laton, l’interprète par aurichalcum ; et, au mot Aurichalcum, il traduit celui-ci par l’allemand Ertz oder Messing, airain ou laiton. Ainsi, Jean Corbichon, traducteur et presque contemporain de Barthélemy Glanvill, rend \ aurichalcum de son auteur par laiton, comme il s’écrit aujourd’hui. Dans le grand Propriétaire de toutes choses (traduction ♦ du titre, de Proprietatibus rerum), publié en 1556, nous lisons : « Laiton meslé avec airain et orpin et « autres médecines, prent la couleur d’or, quand on <c le met au feu, mais il n’en prent pas la valeur*. »

\] aurichalcum ne persista pas seulement à se maintenir dans la langue latine, il était aussi entré dans la langue française, sous cette forme et sous cette acception. Mais subissant une loi de commune contraction, il lui fallut s’amoindrir, se resserrer jusqu’à devenir le nom qui désigne encore aujourd’hui le fil de laiton, le nom à'archal, corruption évidente de aurichalcum, devenu archalcum, puis archal,

La Glose de la Bible française, imprimée à Paris, en 1 544, au chapitre 7 du livre lîl des Piois, nous dit : « Ne ayes pas merveilles, si tu lis en aucuns lieux « à la fois, que ces choses estoient iP airain et à la « fois arcal; car airain et arcal est un mesme métal. » Il est , en effet , fréquemment question du cuivre

dans ce chapitre, etlaVüîgate, après avoir rendu partout yal>coç par æs^ ]e rend, au verset 45, par aurichalcum : « Omnia vasa , quæ fecit Hiram , de auri- « chalco erant. — Tous les ^ases que fit Hiram « (Fartiste employé par Salomon pour la construction « et les ornements du temple) étaient d’aurichalque.» D’où vient ce changement? Le grec des Septante porte :

(( rtavTa Ta £pya, a 2TTroi7]T£ Xipàg,,, ‘^cù.y.S. apâ'viv. — Tous (( les ouvrages que fit Chiram étaient entièrement de « cuivre. » La Vulgate aurait-elle pris api^vjv comme indiquant une supériorité dans le cuivre ? Cela ne se peut.

Citons encore un exemple Marchai de la version meme de celte Bible française. Quand Fauteur arrive • au verset ^ 5 du chapitre I de X Apocalypse^ où figure le mot y^a'XaoTviêavo;, qui nous a précédemment occupés, et que la Vulgate a rendu par aurichalco : « Et « pedes ejus similes aurichalco, » il traduit : « Et ses « pieds semblaient à archaV, «

Toutefois, le nom à' aurichalque ne tarde pas à s’effacer presque entièrement devant celui de laiton^ et il ne tient plus à la langue que par un fragile lien, qui va bientôt se briser, et mettre fin à sa destinée.

Pour ne pas interrompre l’histoire de notre métal par des remarques de grammaire, nous avons reculé jusqu’ici quelques observations qui ont pour objet exclusif la forme matérielle du mot orichalque.

Les Grecs firent toujours 6p£Lya)^ao;du masculin, parce que les noms de leurs métaux étaient tous de ce genre ; les Latins firent toujours aurlchalcum du neutre, parce que les noms de leurs métaux étaient tous de ce genre.

En grec, n’a pas de pluriel; Diomède,

nous venons de l’entendre, croyait aurichalcurn n’en avait pas non plus, et Priscien était du meme avis : « Sciendum, dit-il, quod metallorum nomina « pleraque semper singularia inveniuntur, ut aurum, « argentum , æs, plumbum , stannum , vitrum , ori- « chalcum^ electrum, etc/ » Mais les deux grammairiens se sont trompes; car Valerius Flaccus et Stace, comme nous l’avons vu plus haut, ont l’un et l’autre employé orichalca.

L’adjectif dérivé de ce nom avait en grec deux désinences, op£i)(^a}^xo?, qui ne différait pas du substantif, et op£i)(^a‘X>avoç. En latin, il n’y en avait qu’une, et qui le confondait presque avec son substantif, c’était aurichalcusy a, um.

Pour ce qui est de la quantité prosodique, les Grecs ont toujours fait longue la syllabe p£i ; Les Latins, au contraire, ont toujours fait ri bref, qu’ils écrivissent aurichalcum ou orichalcum. Ils pouvaient s’y croire autorisés par les poètes grecs eux- memes, qui, dans les composés de cette sorte, abrègent quelquefois la dipbtbongue £t en comme opi|Aa);i^£ç pour 6p£ip(.a)^(- ^£ç, dans ce vers de Théocrite :

«HuXotç ôptuLaXiSsç, cet pisv

Et 6p,têa)c)(^oç pour 6p£iêax,^oç, dans ce vers d’Oppien : Oujc lôéXü) TpiEtî) (JÊ favuv optêax)<ov aeéSeev^*

Toutefois, si nous consultons les grammairiens grecs,

1. V, 94. — Les manuscrits et Grégoire de Corinthe (p. 263, ed Schæf.) donnent ôpofjeaXéSeç, leçon admise aujourd’hui par beaucoup d’éditeurs.

2, Cfneg.j I, 24.

jamais il ne fut loisible d’abréger la diphthongue dans et dans les noms de cette espèce ; voici, en effet, la règle que pose Philémon, dans son Lexique technologique ^ au mot 6pLêp£(7.6V/iç : « 11 faut savoir,

(c dit-il, que les composés de opo;, s’ils ont la syllabe (( qui suit pi , commençant par deux consonnes, s’é- (( crivent avec l, comme opiêpop;, ôpiêpsjy.sV/i; et autres (( semblables; et s’ils ont cette syllabe commençant (c par une seule consonne ou par deux voyelles ou par « une, ils s’écrivent avec la diphthongue êi, comme (( op£iêa(jiO(; , op£iya7.xoç, 6p£Lau};oç et autres semblables.

« ’I(7T£0V OTt Ta xapà TO opoç CUY‘/-£l[i.£Va, d [X£V tyOUGl

(C T7]V xpo ToOi pl auXkOL^7\V Cl>[i,©WV(i)V , TO’J l ypci-

« (psTca f olov opiêpop.ot; , ôpiêp£[/.£T-/iç xal Ta o[7.oia* £i

(C SVOÇ (7l)[XÇptOVOU, £IT£ ^UO ÇCt)V'/l£VT6)V, £IT£ £V0Ç,

a T'^'; £i ^epÔoyyou, oiov op£têa(7ioç, ô^e(y al'/.oç , « op£iau‘Xoç, y,cil Ta opiah» Le grand Étymologique^, l’Étymologique de Gude^ et Eustathe'" reproduisent à peu près la meme règle. Le premier ajoute quelques dé tails dignes d’intérêt ; parlant des composés, où entre le datif d’un nom neutre, terminé en oç, il dit : « Si ce (( datif est suivi d’une voyelle ou d’une simple con- « sonne, il garde la diphthongue £t, comme opei dans cc 6p£iau‘Xoç, op£iy£V'é;; ùans âyy^Eijy.opoç. Mais s’il est

(C suivi de deux consonnes, il rejette p£, comme ây/si (( dans syyL/.Tuiuûç, op£i dans opiTpocpoç. Sont exceptés les {( composés de zay^oç et de u^oç, ou plutôt les seuls com- « posés de YÂXkQç, ; car pour ceux qui paraissent déri-

P. 86, ed. Osann.

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