‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 2 sur 248 · LES DIEUX DE LA SAMOTHRACE · texte numérisé non relu

LES DIEUX DE LA SAMOTHRACE

LES DACTYLES , LES CABIRES LES CORYBAWTES , LES CURATES ET LES TELCHINES

REPRÉSENTÉS COMME DES MÉTALLURGES , d’après l’histoire et la GÉOGRAPHIE.

Dans mes recherches pour Thistoire du cuivre, j’avais souvent rencontré sur ma route un ordre de personnages jouant le rôle de prêtres et adorés comme dieux , renommés surtout pour leur enthousiasme inspiré, pour leurs transports frénétiques et la fureur divine qui les saisissait, remplissant aussi auprès de certaines divinités des fonctions qui demandaient des mouvements violents et un grand bruit. Mais bientôt je m’aperçus que tous les lieux où la tradition faisait résider ces personnages étaient riches en métaux, et je constatai en même temps qu’il existait entre les personnages et les métaux la même relation qu’entre l’inventeur et la découverte^ entre la matière et l’ouvrier qui la façonne. Ce n’est pas tout: à mesure que j’étudiais dans le détail chacun de ces personnages, je vis

s’établir entre eux une véritable gradation, qui figu- , rait exactement le progrès de l’art métallurgique. D’abord, le minerai extrait de la terre et se purgeant, sous l’action du feu, des matières hétérogènes, et se convertissant en pur métal ; ensuite ce métal devenant ductile sous les coups du marteau, et se pliant à divers usages de la vie ; bientôt l’art naissant de l’industrie, et le cuivre se transformant en casques, en boucliers et en lances, et apprenant meme, au moyen de l’alliage, à se rendre plüs sonore ; enfin, le métal recevant sa plus noble consécration, et cédant aux efforts de l’esprit pour représenter la forme humaine.

Il me parut dès lors avoir trouvé le caractère primitif de ces êtres équivoques envisagés sous tant d’aspects divers; il me parut que ceux qu’on avait pris tantôt pour des fanatiques suscités par la fureur divine, tantôt pour des initiateurs de mystères et des fondateurs de religions n’étaient que les premiers hommes qui avaient exploité la terre minérale et montré l’usage des métaux, et que c’était sur ce fondement qu’on avait édifié leur histoire religieuse. Enfin, j’acquis la conviction que nous n’avions ici qu’un même art symbolisé dans les divers degrés de son développement, depuis son premier départ jusqu’à son dernier terme, depuis l’extraction du minerai jusqu’au moment où le métal devient un monument sous la main de l’artiste.

Ceux qui savent ce qu’ont dit sur le sujet les symbolistes et les hiérologues, notamment Sainte-Croix et Creuzer, croiront que je viens aussi essayer mon hypothèse aventureuse et proposer mon roman mystique; mais, je le répète, mon guide est la géographie, mon garant est l’histoire, et je m’appuie partout sur

des textes bien compris. A. la différence de ces hommes qui font hardiment, ou plutôt témérairement, penser et parler l’antiquité comme eux , je ne ferai que la citer et la traduire. J’appelle l’attention des lecteurs sérieux sur ce travail. Il ne s’agit de rien moins que de rallier dans une même religion des dieux jusqu’ici errants et sans culte, et que l'on a, faute de mieux, pêle-mêle logés dans la Samothrace. Il s’agit, en un mot, de montrer que, comme l’invention du blé et de la vigne, la découverte des métaux

servit de fondement à une institution de mvstères.

Chez les Grecs, toute découverte un peu importante se rattache à la théologie; c’est l’œuvre de l’admiration et de la reconnaissance des hommes. Ainsi, à l’origine des sociétés, nous voyons déjà diviniser les mortels qui les premiers maîtrisèrent le feu, domptèrent les métaux et les firent servir aux usages de la vie et aux plaisirs de l’esprit. De là les Dactyles, les Cabires , les Corybantes , les Curètes et les Telchines, ministres de divinités plus ou moins augustes, ou dieux eux-mêmes plus ou moins relevés , mais composant une même famille par la' communauté de leur rôle et la nature des pays ou ils s’étaient fixés. Les anciens ne paraissent pas s’en être fait une autre idée, et c’est le moment de dire un mot d’un passage de Strabon , dont nous étions loin de soupçonner la portée avant d’avoir pénétré la nature des Génies métallurges. L’historien nous apprend que parmi, les écrivains savants qu’il consulta, « Ceux-ci déclaraient « que les Corybantes, les Cabires, les Dactyles Idéens « et les Telchines étaient les mêmes que les Curètes, « ceux-là prétendaient qu’ils étaient parents entre eux

« et séparés les uns des antres par quelques légères « différences. — Twv [/,èv toÙç aÙToùç toiç Koup^^ci toùç « KopuêaVTaç ^ y.oc\ Kaêstpouç y.cà ’l^aiouç Aocx.tu'Xou; , xal a Tekji'^ocç à7TO(patvovTtov twv au'yysva; ccIXtiT^cov , %al « [xixpàç Tivaç auTwv Trpoç à)^‘XY})^oui; ^laçopàç ^ioLüTzXk6v-

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