RICHARD WATSON
Trois ans après de Launay, en 1783, un membre de la Société Littéraire et Philosopliique de Manchester, Richard Watson, évéque de Landaff, présentait aussi à sa compagnie un Mémoire Sur üorichalque^ On orichalcum h Ce travail, qui ne diffère essentiellement en rien de celui de l’avocat du Brabant, mérite les memes reproches, mais un peu aggravés : ni ordre, ni critique, ni discussion d’aucun genre, pas même l’indication des passages les plus indispensables.
Comme son prédécesseur, Watson a vu partout du laiton sous Porichalque : s’appuyant de quelques passages, notamment de celui de Cicéron, où l’orichalque désigne évidemment cet alliage, il en a conclu par induction que de tout temps le même mot signifia la même chose. Mais l’assertion négative d’Aristote et de ses partisans; mais cette longue réclamation de l’antiquité contre l’existence de l’orichalque primitif? Watson ne s’en inquiète point. Cependant le docte évêque reconnaît que dans la haute antiquité notre métal jouit d’une estime universelle, et que pour cette raison, on a été fondé jusqu’à un certain point à le regarder comme une substance d’un ordre plus relevé que le cuivre; mais il croit pouvoir concilier cette difficulté avec son opinion, à l’aide d’une hypothèse qui lui est particulière, et qui fait aussi toute l’originalité de son Mémoire. A son avis, après
1 . Memoirs of the Literary and Philosophical Society of Man-chester, t. II, p. 47-67.
la découverte du laiton, il dut s’écouler un temps considérable, peut-être même plusieurs siècles, pendant lesquels cet alliage fut extrêmement rare; or cette rareté, jointe à la supériorité réelle du métal, dut le rendre un objet très-précieux, et lui valoir les plus grands éloges. « Whenever the method of makcc ing brass was first found ont, it is certain that it « must bave been for some tinie, perbaps for some « âges, a very scarce commodity; and tbis scarcity « added to its real excellence as a metallic substance, « must bave rendered it verv valuable, and intitled it « to tbe greatest encomiums »
Cette bypotbèse n’est pas plus soutenable que celle de de Launay, et les mêmes objections se présentent. D’abord Watson remonte arbitrairement l’origine du laiton à une époque ou bien certainement il n’existait pas; en second lieu, il oublie que les anciens ont toujours donné l’oricbalque primitif comme un métal naturel, et que les propriétés qu’ils lui supposent ne sauraient s’appliquer au laiton. Le docte prélat à la vérité admet aussi l’existence d’un oricbalque natif : « Pour ce qui est, dit-il, de l’oricbalque naturel, « rien n’empêcbe de supposer qu’une mine de cuivre « puisse être si intimement mêlée avec une mine de « zinc ou de quelque autre substance métallique, que (( le composé, quand on vient à le fondre, puisse pro- « duire un métal mixte, d’une teinte plus pâle que le « cuivre, et ressemblant en couleur, soit à l’or, soit à « l’argent. — As to tbe natural oricbalcum, tbere is
i. Memoirs of the Literary and Philosoph. Society of Man~ chester^ t. II, p. 61 .
« no impossibility in supposing, that copper ore may (( be so intimately blended with an ore of zinc, or of (( some other metallic substance, that the cornpound, cc when smelted, may yield a mixt métal of a paler w hue than copper and resembiing the colour of either « gold or silver h » Mais il rie fait par là qu’ajouter une impossibilité physique à ses autres erreurs.
Nous avons dit que Watson ne discute point, en revanche il affirme beaucoup. A l’entendre, on serait autorisé à conclure d’un passage d’Aristote et d’un autre de Strabon, qu’il se fit du laiton en Asie absolument de la même manière qu’il paraît s’en être fait à Rome : c( Moch after the same manner in which (f it appears to hâve been made at Rome. » Le lecteur connaît les deux passages, et il s’étonnera sans doute que Watson ait découvert la fabrique du laiton dans le premier, et qu’il n’ait point expliqué comment il la découvrait dans le second.
Qu’ajouter encore ? si ce n’est qu’au lieu d’un Mémoire d’académie, nous n’avons ici en réalité que quelques conjectures jetées superficiellement sur un sujet que l’auteur avait peu étudié, et qu’il eût peutêtre difficilement approfondi, faute de l’instrument qui manquait à de Launay.