Institut, divin., I
Cabire tient de la main droite un objet que l’on a pris tantôt pour une enclume, tantôt pour un rhyton, mais qu’il est difficile de délèrminer; et de la gauche, le signe de la profession qu’il exerça, l’outil du forgeron, un marteau. Une médaille représente le Cabire portant le marteau sur l’épaule gauche ^ Du reste, ce culte et ces honneurs rendus à nos Génies niétallurges et à la déesse leur souveraine s’expliquent de la part d’un pays aussi fertile en métaux que la Macédoine, surtout aux environs de Thessalonique^
J’ai dégagé les Cabires de l’entourage mystique qui s’épaissit autour d’eux pendant des siècles , et qui les refoula jusqu’à n’en faire que l’idéal support de cet amas de superstitions connues sous le nom de
rnvstères de la Samothrace. Je les ai rattachés aux
métallurges leurs frères par leur métier de forgeron, par les lieux qu’ils habitèrent et par leur soumission à la déesse de la Phrygie, c’est-à-dire par leurs liens de famille. Ils ont reparu tels que les envisagèrent les historiens critiques de l’antiquité , non plus ces augustes divinités que grandit successivement la superstition, mais de simples serviteurs, d’humbles ministres du culte de Rhée, mis sur le même rang que les Corybantes, comme le dit Strabon : üpoTwoXouç, Gepa^suTa; twv Upwv sjcaXo’jv RaêsLpouç y.cd Ropuêavraç
Ministres du culte de Rhée ; c’est là le grand signe
1. Eckhel, Doctrina vet. num.^ t. II, p. 70-80; Mionnet, Descript. des méd. ant.^ t. I, p. 490-505.
2. Voy. la monographie de Tafel , 7)^ Thessalonica^ p. 267 sqq.
qui n^avait point échappé aux anciens. Par là les Cabires sont rattachés, ainsi que leurs frères, à la métallurgie terrestre et réelle dont la déesse de Phrygie daigna donner elle-même les premières leçons aux hommes. Par là, ils sont soustraits à Tautorité de Vulcain, et c’est le moment de revenir en quelques mots sur ce qui a été dit précédemment, afin de ne laisser subsister aucune incertitude.
Yulcain n’était point essentiellement le dieu des métaux ; c’était plutôt le dieu du feu intérieur de la terre, le dieu des volaans^ auxquels il a donné son nom : aussi toutes les résidences qui lui sont assignées sont-elles volcaniques avant tout, la Sicile, les îles de Lipari, Lemnos. Mais l’Olympe avait besoin de son artiste métallurge, et ce fut Vulcain qui le devint naturellement, à cause de l’intime rapport du travail des métaux avec le feu. 11 devait en même temps devenir le dieu qui préside aux opérations métallurgiques , et c’est ce qui arriva aussi son culte alla-t-il se mêler et se confondre avec ceux des dieux souterrains, avec ceux de la Samothrace, comme on le verra dans le résumé général que nous donnerons à la fin de ce travail.
Maintenant, si les traditions mythiques nous montrent les Cabires dans l’atelier de Yulcain, gardonsnous, je ne dirai pas seulement de les prendre pour des Cy dopes, mais même de les en rapprocher. Les Cyclopes, attachés aux mêmes officines que leur maître, ne travaillaient, comme lui, que pour le service de l’Olympe. Leurs noms indiquent la nature de leur travail le plus ordinaire, la fabrication des armes de Jupiter. Selon Hésiode, ils s’appelaient BpovTviç, de
ppovT/i, tonnerre^ 2T£po7T7);^ de (jTspoTu^, eclaii\ et '^Apy'/iç, de àpyo;, éblouissant :
BpovT^v T£ SfEpoTc^v T£ xat 6|xSpiui.ôôuu.ov ^ .
Virgile a remplacé 'Apy^ç par Pyracmon, eiichiine brûlante :
Brontesque Steropesque et nudus membra Pyracmon ^ .
Les Cabires, au contraire, comme tous les autres métallurges, sont des missionnaires de Rbée, qui partent de la Pbrygie, ou ils ont dû se livrer auparavant aux travaux métallurgiques , pour aller à Imbros, à Lemnos, et de là se rendre et se fixer dans la Samotbrace. Pourquoi cependant les a-t^on représentés dans la forge de Vulcain ? C’était une conséquence inévitable de la tradition, qui les faisait fils de ce dieu. On crut, en effet, qu’il était impossible que des Génies métallurges, regardés comme enfants de Vulcain, n’eussent pas exercé leur art dans l’atelier de leur père ; mais on le crut, sans les soustraire au pouvoir d’une déesse plus puissante que Vulcain, meme sous le rapport de la métallurgie.
Quant à la tradition en elle-même, j’y vois un ingénieux symbole de la nécessité du feu dans la métallurgie, et je la supposerais accréditée par les habitants de Lemnos. Cette île avait fait de Vulcain sa grande divinité ; mais Phérécyde nous a dit plus haut que les Cabires y reçurent aussi des honneurs particuliers ; Hésycbius a même ajouté qu’ils y étaient absolument adorés comme des dieux. Or, quelle fut la cause de