Æn., VIII
CG double culte ? Ce ne fut pas seulement le désir d’opposer un sanctuaire rival au sanctuaire de la Samothrace ; ce fut encore le dessein secret et mystérieux de figurer par cette alliance la double nature de son sol, volcanique à la fois et métallique.
Dans le progrès de Fart métallurgique, les Cabires succèdent aux Dactyles. Ils n’ont plus à extraire le métal de la terre, à le fondre et à le purifier; ils le travaillent dans l’atelier, ils le plient aux divers usages.
J’arrive à deux divinités qui sembleraient devoir être tout à fait étrangères à nos métallurges, mais qui cependant se mêlent si intimement à leur histoire qu’il est impossible de les en séparer : ce sont les deux jumeaux éclos du même œuf. Castor et Pollux. D’où naquirent ces rapports et comment se forma cette association? La question est encore assez obscure, et je vais tâcher de l’éclaircir de mon mieux.
Descendons de quelques siècles au-dessous de l’époque où nous étions placés. Tous nos métallurges ont été divinisés, et sont devenus, dans la Samothrace, l’objet du culte le plus saint et des mystères les plus vénérés. Je dis tous nos métallurges, et non pas seulement les Cabires. Bien que ces derniers, en effet, aient tendu à usurper les adorations du sanctuaire, c’est une erreur de croire que les dieux de la Samothrace n’aient pas compris aussi tous les autres Génies dont nous écrivons l’histoire.
Le pseudonyme Orphée, qui est une grave autorité dans ces antiquités mystiques, s’adressant aux Curètes, leur dit :
XaX>côxpoToi Koup^xsç, ’ApT^ïa tsu/s’ £J(ovt£c;,
Oupavtoi, ybovioi x£ xai EÎvàXtot,
ijj». ■T.viigTrT.CT.n-m
Oi T£ 2atj!,o6p^>tY]v, isp'^v ‘/^ôova, vaieTdcovxsç,
Ktvôuvouç ÔVTJXWV aTTEpUXSTS TTOVTOTrXaVT^XWV *
*Tpt.£Ïç xai xsXexrjV irptoxoi piepoTtsffaiv sôsaôs,
’AGàvaxot Koupvîxsç
Aaipt-ovsç aGavaxoi, xpo<ps£(; x£ xa\ aux’ oXfiX^peç,
KoupTjxsç Kopuêavxsç, dvaxxop£c;, EuSuvaxoi x£,
’Ev DapLoGpTixT] dvaxx£ç, opiou Z7]vbt; xbpoi auxoi’^.
(c Curètes, qui faites retentir l’airain, qui portez des « armes martiales, Génies célestes, terrestres et marins, « et qui, habitant la Samothrace, terre sacrée, écartez « les dangers des mortels qui errent sur la mer ; c’est « vous qui les premiers aussi avez établi parmi les a hommes l’initiation, Curètes immortels. Génies im- « mortels, nourriciers, et d’un autre côté destructeurs, <c Curètes Corybantes, souverains et tout-puissants, « rois dans la Samothrace, en meme temps que vous f( êtes les fils de Jupiter. »
Dans sa Prière à Musée, le poète associe aux Cabires les Corybantes, les Curètes et les Dactyles :
Koup^xdç x’ IvoTcXouç, Kopu^avxdç x’, Ka6£ipouç,
Kai pLcYocXouç SoiXïjpaç ôpt,ou, Atbç dcpôixa xÉxva,
’lÔaiOUÇ X£ Ô£OUÇ^.
(( J’invoque les Curètes armés, et les Corybantes « ainsi que les Cabires, et les puissants Sauveurs en « même temps, fils impérissables de Jupiter, et les « dieux Idéens. »
Je ne ferai point valoir le suspect témoignage du prétendu Sanchoniathon, cité par Eusèbe, et d’où il résulterait cependant que nos Génies furent appelés