III
« vœu de relâcher à Saniothrace, Aussitôt l’orage a s’apaisa, et on vit paraître au bout des mâts les « flammes que nos matelots appellent feux Saint-Elme : i< elles indiquaient, suivant les anciens, Xépiphanie^ « ou la présence des Dioscures, pris pour les divinités « cabiriques^ »
Les Argonautes qui font vœu de relâcher à Samothrace ; singulier vœu, en vérité! Et les Dioscures qui sont pris pour des mâts : quelle intelligence des textes et quel sentiment de l’antiquité !
Plus tard, je dirai un mot des mystères de nos Cabires; mais j’avertis ici que je viens de traiter toute la partie sérieuse de leur histoire, celle qui se recommande par l’importance des faits et l’autorité des témoignages, celle qui nous révèle le fondement meme des mystères, et qui nous achemine à la solution que nous cherchons. Tout le reste est loin d’inspirer la meme confiance et d’offrir le meme intérêt; je ne parle pas des mystères, dont nous ignorons tout, mais des détails qui ont pu transpirer à travers les âges sur quelques formes extérieures du culte, sur quelques privilèges du sanctuaire et sur le rôle, de quelques prêtres. Ces détails dérivent tous de sources relativement récentes et assez souvent suspectes, et datent d’une époque où le temple de Samothrace, après avoir reçu les affluents d’une multitude de religions, était devenu non plus seulement un Panhellenium, mais le sanctuaire commun de toute l’antiquité.
Je crois utile d’ajouter que nos Gabires ne visitèrent
1 . Recherches siir les Mystères^ etc., p. 31 de la édit., et 1. 1, p. 45 de la 2®.
point, il s’en faut, tous les pays où nous les voyons adorés. Rien de plus court et de plus borné que l’itinéraire de ces Génies considérés comme métallurges. De la Phrygie ils se rendent à Imbros, à Lemnos, et passent en Samothrace, pour s’y arrêter. On peut assurer qu’ils ne poussèrent même pas jusqu’en Macédoine. Mais, en revanche, leur culte voyagea fort loin. Hérodote nous dit que Cambyse, après avoir profané le temple de Vnlcain, à Memphis, entra aussi dans celui des Cabires, pour y porter la destruction avec l’irrévérence. « Bien qu’il ne fût permis, ajoute l’historien, à w nui autre d’entrer dans le temple, si ce n’est du moins « au prêtre. — ’Eç to où.Ôep.i.Tov scti iaiévca œXkow yg ^ « Tov »
Pausanias parle d’un temple consacré aux Cabires auprès du temple de Gérés et de Proserpine, à Anthédon, dans la Béotie^ Le Périégète signale aussi un autre temple élevé aux mêmes dieux, à une certaine distance d’un bois sacré de Gérés Cabiria et de Proserpine, qui se trouvait près de Thèbes^
Quoique l’établissement du culte des Cabires ne fût pas nécessairement subordonné à l’existence des métaux dans un pays, et qu’il pût dépendre de causes différentes, comme, par exemple, en Béotie, du culte de Gérés et de Proserpine, culte qui vint se joindre plus tard, ainsi que nous le verrons, à celui des dieux de Samothrace, il est cependant remarquable que tous les pays qui se montrèrent adorateurs de nos Génies métallurges se faisaient aussi distinguer par leur ri-