Dionys.y XXIX
plèle. Longtemps auparavant Calliinaque avait donné l’exemple de cette intime assimilation dans \Bjmne a Jupiter, où il appelle Curètes^ au vers 52, ceux qu’il vient d’appeler Corjbantes, au vers 46. Plus haut, nous avons déjà cité le vers où le pseudonyme Orphée semble ne plus faire qu’un mot composé des noms des Curètes et des Cory hantes : Koup'^Tsç Kopuêavvsç.
Faut-il donc se résigner à laisser les Corybantes et les Curètes comme des personnages dont rien ne pourra jamais préciser l’équivoque et démêler l’ambiguïté ? L’antiquité elle-même vient à notre secours. . Strabon nous offre une distinction- qui pourra tout concilier : « Dans la Crète, dit-il, se célébraient parti- « culièrement des fêtes en l’honneur de Jupiter, avec « orgies et concours de ministres, tels que sont les « Satyres des fêtes de Bacchus. On les nommait Cu- « rètes , sortes de jeunes gens exécutant en dansant « des mouvements sous les armes. Et pour expliquer « ces usages, on rappelait la fable relative à la nais- « sauce de Jupiter, fable où l’on représente, d’un U côté, Saturne, habitué à dévorer ses enfants aussitôt « après leur naissance , et , de l’autre , Rhée , s’effor- « çant de cacher ses enfantements et de faire dispa- « raître le nouveau-né, et de le sauver autant qu’il « était en elle. Ils ajoutaient que c’était à cause de a cela qu’elle avait pris pour aides les Curètes, les- « quels, entourant la déesse avec des tambours et « d’autres bruits semblables , et une danse en armes et du tumulte , cherchaient par là à troubler Sa- « turne, et à lui soustraire l’enfant, sans qu’il s’en « aperçut : et que c’était avec la même précaution « que .lupiter leur avait été remis, et qu’il avait été
a ëlevë par eux ; de sorte que les Curétes furent' ho- « norës de cette qualification, soit pour avoir rempli a leur ministère ëtant adolescents et jeunes garçons « (zoOpoi), soit pour avoir ëlevë le jeune (xoupov) Jupiter « (car on donne les deux explications) , jouant en « quelque sorte le rôle d’espèces de Satyres auprès de « ce dieu. — ’Ev KpviV/i va tou Aïoç Upà sTusTsXeÎTo « p^st’ 6p.yta(jp.ou xal toioutwv xpoTroT^wv , olot. Trepl tov Atovu- « TOV eiTiv 01 2aTupot. * toutouç wvop.a^6v Koup'^vaç , veouç {< Ttvaç, £V07U)^t0V XIV71TIV [/.St’ dpy 7]TSCt)Ç aTTO^l^dvTaç, TUpOTTYl- « Tap.8V0t p.uôov TOV TTSpl TYjç TOU AlOÇ ySVSTSCOÇ * £V d) TOV p.£V (( KpOVOV £LTayOUG'lV £t0lT(J!.£VOV XaTaXlVElV TOC T£XVCC CCTTO T*^'ç « y£V£T£CO(; EÙOuÇ • T'^V ^£ 'P£aV 7T£l.pü)p.£Vr|V £7T:iXpU7rT£C»6aC TOCÇ « w^cvaç, xal to y£vvv)67iv (âp£Cpoç Ixiro^œv 7Coi£?v, xai TUEptTco- « ^£tv £iç ^uvap-cv Trpoç ^£ TOUTO cuv£pyoù(; TOUÇ Roup'^-
« Taç, oc p.£T(X TUp.'TOCVWV, Xal TOIOUTWV œXkoiV tj^üipwv xal £V0c( Tu'Xiou y op£caç, xal Ôopuêou, 7C£pi£xovT£<; t-^v 0£ov, iy.Tzkrî^ziv cc £p,£ÜOV TOV Kpdvov , Xat >ëT£t.V U7rOT7rOCTaVT£Ç aUTOU tov (( 7uat(5‘a* T“^ aÙT'fl £7utp.£”X£coc xal Tp£(pdp.£vov ûtt’ aÙTwv Tcapa- « ^c^oaGai ' wcO’ oc Koup“^T£ç , titoc ^coc to v£oc xac xdpoc cc 6vt£ç ÛTUOupy£cv, Y) ^coc TO xou po T p 0 cp £ Tv TOV Aca ()c£y£TaC cc yàp àp.0OT£pct)ç) TauTTiç viÇicoGTiaav t’^; TrpoTYiyopcaç , ocov£c
cc SoCTUpOC TCV£Ç OVT£Ç TC£pC TOV Aca. » .
Ensuite , après avoir ajouté que les Phrygiens offraient à Rhëe le meme culte que les Crëtois à Jupiter, Strabon continue : cc Et les Grecs appellent les « ministres de la dëesse Curètes , du meme nom que cc les ministres de Jupiter; non toutefois en vertu de cc la même fable, mais à un autre titre, comme qui dicc rait des espèces de serviteurs ayant du rapport avec cc les Satyres. Les Grecs appellent encore ces mêmes « ministres Corybantes. — Oc ''EX>.7iv£ç tou; 7ïpo7rd)couç
a aÙT^ç 6[/.ct)vu[^(oç Koup^Taç leyouGiv , où {xv(v ye airo (c auT'/ii; pLuGoTTOuaç , (k\V éirspouç, wç àv ÙTCOupyoùç Ttvaç, (c Totç SaTupotç àva)^oyov. Toùç aÙToùç x,al Kopùêavraç îca-
Remarquons que les Grecs auraient pu à la rigueur appeler Curètes les serviteurs de Rbée, en dérivant aussi le mot de ;toupoTpo(p£tv, puisque Jupiter était fils de Rhée; mais il paraît d’après Strabon que, dans ce cas, ils faisaient venir le nom de xoùpoç, en donnant simplement à ce dernier substantifle sens de ÙTroupyoç, aide^ sen^iteur,. On peut encore induire de ce passage que les ministres de Rbée s’appelaient indifféremment Curètes et Coiybantes, et ceux de Jupiter, Curètes, Et par là s’expliquera comment le plus ordinairement on attribua les Corybantes à Rbée et les Curètes à Jupiter, bornant ceux-ci à la Crète, ceux-là à la Pbrygie, et comment aussi assez souvent on confondit ou l’on doubla les deux rôles dans les deux cas. La lumière se fait : les Curètes et les Corybantes formaient une même classe de personnages chargés des mêmes fonctions, mais qui servaient des divinités différentes, et qui prirent , pour distinguer ce service, un nom particulier.
Le point de départ de ces Génies subalternes est la Pbrygie , et la souveraine qui les envoie est la mère des dieux.
Ainsi , par les pays où ils faisaient leur habituelle résidence, par le goût naturel qui les portait à fabriquer et à manier des armes d’airain, les Corybantes et les Curètes appartiennent essentiellement à la métal-