TELCHINES
Confusion des Telchines, habitants primitifs de Rhodes, avec les Telchines inélallurges. — Ceux-ci étaient partis de la Crète ; de là ils se rendent à Chypre, à Rhodes et à Sicyone. — Ce sont des métallurges et des artistes; leurs œuvres et leur renommée comnie artistes. — Cette supériorité les fait jalouser et calomnier; on leur attribue des méfaits qui doivent rester à la charge de leurs homonymes ; détails sur ces premiers habitants de Rhodes. — Pourquoi nos métallurges furent appelés enchanteurs et envieux. — Erreurs graves de Lobeck relevées. — Nos Telchines formaient une corporation de métallurges et d’artistes. — On en distingua trois principaux dans le commencement. — On prouve que tous les lieux qu’ils visitèrent les avaient attirés par des causes physiques ou des circonstances locales relatives à leur industrie. — Ils iTont pas dû construire le temple de Minerve Telchinienne en Béotie; réfutation de ^Pausanias sur ce point. Ils ont dû se rendre en Samothrace.
En commençant à parler des Telchines, il faut d’abord, pour éviter une confusion où sont tombés nonseulement les anciens, mais les modernes, faire une distinction entre les primitifs habitants de l’île de Rhodes et les personnages dont nous avons à nous occuper. Le nom de Telchines leur fut commun aux uns et aux autres; mais il y eut entre eux la différence qui se doit trouver entre tout un peuple et une classe d’indixidus. De là des entreprises qui ne peuvent convenir qu’aux premiers, des qualités et des défauts qu’on ne
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peut attribuer qu’aux seconds. Les Telcbines, en un mot, réclament la meme distinction que Strabon a si judicieusement faite entre les Curètes. F.orsque le cri-
tique historien passe des Curètes, peuple de l’Etolie et
de l’Acarnanie, aux Curètes, serviteurs de Rbée, il fait 1 emarquér la confusion commise par ses prédécesseurs pour réxiter lui-même, en prouvant que l’on ne saurait voir de synonymie possible entre ces homonymes \ Ici sans doute la ligne de démarcation sera souvent difficile à poser ; mais nous tâcherons du moins de rindiquer le plus exactement qu’il se pourra.
Nous n’avons aucun témoignage bien ancien de l’existence historique des Telcbines, de sorte qu’on serait tenté de les prendre pour des membres nouveaux venus dans la famille des métallurges. Stésichore est le premier qui en ait fait mention ; or, Stésichore florissait vers l’an 530 avant l’ère chrétienne. xMais disons tout : Stésichore a fait allusion à une très-ancienne réputation des Telcbines, et qui était, nous le verrons plus bas, devenue proverbiale, d’où l’on peut induire un passé très-reculé. Dans la pénurie de documents où nous nous trouvons aujourd’hui, on doit étudier ainsi l’antiquité : tirer parti de tout et ne donner à rien une valeur idéale.
De qui ferons-nous descendre les Telcbines ? Diodore les appelle fils de la mer : « Ceux qui habitèrent, « dit-il , les premiers l’île nommée Rhodes furent les « hommes qu’on appela Telcbines ; ceux-ci étaient fils « de Thalassa, comme la fable l’a rapporté. — Tviv « vvjcov T‘^v 6vo[y.a*(op.ev7]v 'Po<^ov TupwTOi /-aTwxviGav oi TTpoda-
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N on nus les dira fils de Neptune, Dëriades, dans sa harangue, s’écrie :
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naxp'i Iloaeioàwvi [ji,e[/.YiXoTa
« Ensevelissez dans la mer voisine! les corps des « Telchines, qui seront l’objet des soins de Neptune, « leur père. »
Déjà la confusion commence entre les deux espèces. Nos Telchines ne furent pas des marins, c’étaient des métallurges; ceux de Rhodes, au contraire, pouvaient être métaphoriquement appelés fils de la mer. La supériorité de cette ile résida principalement dans son goût et son génie pour la navigation ; de là vient que les fables qui enveloppent l’origine de son histoire sont presque toutes des allégories désignant symboliquement un peuple issu de la mer et fait pour elle.
L’extraction de nos métallurges iTest donc pas connue. Mais de quel pays sortaient-ils? Nonnus les fait naître à Rhodes, car il appelle cette île, nous le verrons plus bas, leur nourrice . Une opinion rapportée par Strabon semble aussi leur avoir assigné le même lieu de naissance. Le géographe, après nous avoir dit que, selon les histoires crétoises, ce furent les Curètes mandés de la Phrygie en Crète par Rhée qui servirent de nourriciers à Jupiter, ajoute : « D’autres
prétendent que, comme il se trouvait neuf Telchines