‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 82 sur 248 · Oper. et Z · texte numérisé non relu

Oper. et Z

2. J’avais d’abord songé à lire tcsSi'ou, le champ ^ la terre ^ au lieu de Oei'w; mais je sous-entends cIjv devant Osi'w, et ne m’arrête pas à la correction proposée par Lobe'ck : Xrji'tov, moissons'. Ce mot se trouve déjà compris dans (puxwv^ et ferait ici tautologie. Le docte grammairien, qui rudoie les traducteurs latins pour avoir traduit : Sulfure admixtam Stygis aquam , prétendant que Strabon n’a pas dit cela : « Sed hoc non dicitur a Strabone {Aglaopham., « p. 1192),» le docte grammairien ne s’est pas souvenu que le soufre avait une vertu surnaturelle aux yeux des anciens, et que le nom qu’ils lui avaient donné prouvait la céleste origine qu’ils lui attribuaient, ôsTov. Il ne s’est pas souvenu qué, dans Homère, toutes les fois que Jupiter lance sa foudre, elle n’est si redoutable

« ^ta^epovTaç ToùvavTiov utto twv àvTtT£)(vwv ^aaxavO'^vai x.ai « T^ç ^ua^7i[jt.ia(; Tu^eîv TauTviç^ »

Ce passage me semble prouver que les anciens faisaient quelquefois à leur insu la différence des deux espèces de Telchines; car des deux opinions que cite le géographe comme se rapportant aux memes personnages , la première évidemment , sauf quelques expressions, ne saurait atteindre nos métallurges. Cette fureur, qui dévaste et dépeuple la terre, ne peut rappeler que la vengeance des Telchines Rhodiens; mais la confusion était si aisée qu’elle a du être inévitable.

Nous tenons donc, et sur l’indication même des anciens, la source des injures passionnées et des calomnies qui ont poursuivi.les Telchines à travers toute l’antiquité. Mais une cause de haines non moins vives et non moins ardentes entre les hommes qui exercent la même industrie ou le même art, c’est la possession de secrets, de procédés ou de méthodes, qui passent pour en rendre quelques-uns supérieurs à leurs rivaux. Les Telchines eurent ce tort aux yeux des corporations rivales; nous le savons par Diodore de Sicile : « On « dit encore, rapporte l’historien, que ces hommes-là « furent des enchanteurs, et qu’ils faisaient arriver à « volonté et les nuages et les pluies et les grêles, et

que par la présence du soufre ; Jupiter a lancé sa foudre, « Et a une terrible flamme s’est élevée du soufre embrasé. »

Aeiv^ cpXb^ wpxo 6ee(ou xaio[j.évoio [II. 0', 135).

Jupiter a lancé sa foudre, « Et une terrible odeur de soufre se a répand. »

0£e{ou [II. S', 415).

1 . XIV, p. 653 sqq. ; cf. EustatK. ad Dionys. Perieg.., 504.

« qu’ils attiraient aussi de meme la neige ; qu’ils chan- « geaienl encore leurs propres figures et qu’ils se mon- « traient envieux dans l’enseignement des arts. — Aé- « yovTai oÙTOt x-cd jovireç 'yeyovevai, >cai Tuapayetv, ots (t pOuXoïVTO, VS(p7] TS TiOcl 0(/.êpOUÇ Y.cà yOLkcxZoLi;, OfAOtCaç zal

« yio^oL 6(psX)C£cÔai. \XkdTTeiv y.cl\ zolç {/.opçàç, xal

« eivai (pGovepoùç êv ^i^aay.oCkioL twv ts)(vwv*. »

Ils se montraient emieux dans V enseignement des arts; ils gardaient le secret de leur supériorité et de leur génie : voilà leur crime, et aussi, n’en doutons pas, la source d’où dérivent toutes ces accusations de magie, d’enchantements et de sortilèges.

Nous n’avons pas encore parlé du nombre des Telchines. Il dut être considérable, à les prendre dans toute la succession de leur durée; mais ils paraissent avoir eu au commencement trois principaux représentants. Eustathe nous a déjà dit qu’on leur avait donné les noms de l’or, du cuivre et du fer, du métal que chacun d’eux découvrit. Strabon nous a parlé, il est vrai, de neuf Telcbines qui se trouvaient à Rhodes; mais Nonnus est revenu au nombre trois. Il est vrai aussi qu’il leur donne les noms des Dactyles, sauf le nom d’Âcmon, changé en celui de Lycus, confusion qui montre même, pour le remarquer en passant, la proche parenté, sinon l’identité de ces personnages. Un grammairien de peu d’autorité, il est vrai, Lactance, le commentateur de Stace, nous dit, à propos du passage de la Thébaïde précédemment cité, que nos Telchines étaient trois frères, minés par Penvie, qui, voyant prospérer les champs de leurs voisins, y répandirent la

stérilité avec les eaux du Styx, et qui, après ce méfait, forcés de s’exiler, se retirèrent auprès des Cyclopes :

« Telchines très fratres dicuntur fuisse invidia lividi, qui (( quum vicinorum agros vidèrent proventu fertiles,

« natura felices, fios sparsisse dicuntur aquis Stygiis, ut « redderent infecundos. Quaculpa pœnarn metuentes,

« solum verterunt, seque ad Cyclopas contulerunt. »

Je ne discuterai point cette note, et ne m’arrêterai pas à montrer que l’idée de la retraite des Telchines auprès des Cyclopes a été suggérée par le travail que leur fait exécuter en commun le poète latin; je ne veux que signaler les trois frères.

On peut donc admettre comme probable qu’il exista dans le principe trois Telchines dont les noms nous sont inconnus; car le Lycus de Nonnus n’est pas autre que celui de Diodore de Sicile, et celui-ci appartenait aux Telchines Rhodiens.

Je viens de dire que ces noms sont inconnus, et cependant Tzetzès va nous en nommer jusqu’à six. « Ils faisaient, dit-il, assurément partie des Génies en- « vieux les Telchines, ,\ntée, Mégalésius, Hormène et « Lycus, ainsi que Nicon-et Mimon, et les autres réu- <( nis à ceux-ci. Ces Telchines, arrosant la terre avec (( l’eau du Stvx, la rendaient inféconde, cherchant à « ne laisser absolument se produire aucun aliment « pour les hommes. »

TsX^Tveç •i^aav tivsç twv (pôovspwv Sai[/.ovwv,

’Avxaîoç, “OpfJievoi; t£ xal Auxoç,

Kai Nixwv T£ xai Mipiwv, xai £X£poi aov toutok;.

O&T0t Sxuyoç TO) uoaxt paivovT£(; y^iV fixapTrouv,

Tpocpà<; avôptoTTOiç <J7r£uâovx£(; piyiSoXojç^.

d . Chiliad» VII, 123 sqq.

Mais où a-t-il pris tous ces noms-là ? Outre Lycus, on ne connaissait que Nicon et Mimon , ou plutôt Simon, d’après Zënobius, qui, sous sa responsabilité, en fait deux chefs des Telchines : « sysvovTo

« 7Îy£[jL0V£ç, xal NutoV ^ »

Si nous ne cherchions qu’à prouver et à établir historiquement que nos Telchines travaillèrent les métaux en forgerons et en artistes, et qu’ils embrassèrent toute la métallurgie, à prendre le mot dans sa grande acception, nous aurions assez dit. Mais le sujet que nous traitons est soumis à des conditions exceptionnelles : nous devons compte de tous les pas que font nos métallurges , et nous sommes tenu de montrer que tous les lieux qu’ils visitèrent devaient les attirer par des causes physiques ou des circonstances locales relatives à leur industrie. C’est donc maintenant à la géographie à confirmer par ses indications les témoignages de l’histoire, et à nous faire voir à sa manière que nos Telchines furent des métallurges et des artistes.

Nous les avons rencontrés pour la première fois en Crète, et déjà nous avons suffisamment expliqué d’où venait l’attraction exercée par cette île sur nos métallurges, qui s’y rendirent tous, à l’exception des Cabires. De là ils ont passé à Chypre ; qu’ajouter encore à ce qui a été dit précédemment de cette riche et inépuisable minière ?

Mais nos Telchines étaient aussi des artistes, et, à ce titre, ils se distinguaient de leurs frères. N’est-ce pas chose remarquable qu’à ce titre encore ils s’en soient distingués par les pays qu’ils visitèrent ? On

Page 1